Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Histoire, Mémoire et Romans. Partir à la découverte.

La rentrée serait sous le signe de l’austérité. Moins de livres que l’an dernier, disent les spécialistes qui font état de plus de 530 romans et ne comptent pas les essais et autres publications. Même ainsi, le choix est inhumain. Il ne peut s’agir que d’un échantillon très limité provenant plus de l’instinct que de la rationalité. Pourtant, le travail de mémoire est le point de chute de la plupart des romans. Comme si la recherche du passé se posait comme vital face à un monde vacillant qui fait de l’accélération son seul credo. Lire la suite

Une seule vie n’est pas suffisante pour perdre du temps à demander

Un roman polyphonique. Des personnages, particulièrement des femmes, « Je suis de celles qui se redressent », entre la France et le Sénégal, dans un présent marqué par le passé et un mensonge revêtu de travestissements.

L’écriture et le flux des énonciations est différencié suivant les locutrices. J’ai particulièrement apprécié celui d’Estelle et son « Je suis quelqu’un qui » entrecoupé de messages téléphoniques reçus. Lire la suite

Si je ne bouge pas, la mort ne me voit pas

Un homme, un village et son passé lointain. Une recherche en fin du XIème siècle. La reconstitution plausible de la vie d’une femme, née fille de Normand se mariant à un fils de rabbin. Vigdis devenue Hamoutal, « La porte de la liberté s’ouvre en grand, mais c’est un piège ». Une double traversée des lieux et des temps (avec quelques anachronismes comme ces mots pogrom et  antisémitisme d’invention beaucoup plus tardive ; je m’interroge aussi sur ces sentiments amoureux qui semblent venir d’une époque plus moderne) par l’auteur et son personnage. Stefan Hertmans indique : « Ce livre s’inspire d’une histoire vraie. Il est le fruit à la fois de recherches approfondies et d’une empathie créative ». Lire la suite

Ton silence te tue à petit feu… Parle !

Août 1978, la violence, Noura et son amie Sabah, une lettre de sa sœur Hana, « une sensation d’étouffement, une envie de hurler », le suicide d’Hana, « Et pour se débarrasser du fœtus, elle avait mis fin à sa propre vie », Beyrouth, « Beyrouth est gouvernée par la peur et le silence, humiliées par un officier syrien, un soldat israélien ou des miliciens, tour à tour ou conjointement », un pistolet et une mort, « Sur la banquette arrière, on trouve le cadavre d’une femme, la nuque et le chemisier de coton bleu sanguinolents, la tête dépassant du siège, les cheveux et le corps parsemés de tessons »… Lire la suite

Nous sommes en face d’une mémoire exigée

Le déshumain grandiose est composé de :

Tome I : L’esclave vieil homme et le molossela-pierre-est-des-peuples-des-peuples-dont-il-ne-reste-quelle/

Tome II : Un dimanche au cachotraconter-cest-aimer-raconter-cest-donner/

et d’une postface : De la memoire obscure à la mémoire consciente

« LE VIEUX SILENCE – Mes parents et arrière-grands-parents se sont tus sur la Traite et l’esclavage. Au sortir de ce crime, le silence a régné. Rien de ce que j’en sais ne m’a été transmis de manière directe et volontaire ». Lire la suite

Entre la fin et le début. Histoires noires de notre temps.

Portrait d’une Amérique profonde.

William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allégrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en droite ligne de Faulkner et de ses personnages maléfiques dessinés par ce Sud des Etats-Unis toujours marqué par la guerre de Sécession. « Stoneburner » se partage en deux parties. « Thibodeaux », le nom de l’ami de Stoneburner, détective privé pour respecter les codes du roman noir, vit une drôle d’aventure, une sorte de rêve éveillé qui tourne au cauchemar et semble échappée à toute rationalité. La deuxième partie, « Stoneburner », vient apporter une apparence de raisonsà une épopée maudite. En arrière-fond le traumatisme de la guerre du Vietnam qui avait réuni les deux amis. Lire la suite

Partout et nulle part chez soi

Dans son prologue, Pedro Kadivar débute par le suicide à Paris de l’écrivain iranien Sadegh Hedayat, les rapports à la langue dite maternelle et à la ville, « A Paris, il est demeuré un « immigré », conservant sa nationalité iranienne et écrivant en persan, étant très attaché à cette ville où il a vécu de nombreuses années jusqu’à y mettre fin à ses jours », les migrations et la littérature, « L’écrivain incarne à lui seul la migration, la littérature et l’exil, l’Iran et l’Europe, les ponts entre l’Occident et l’Orient », la migration et l’exil, la quête et la biographie, « Plutôt une quête sur la migration, son sens, ses épreuves et ses implications. En arrière-fond, notamment, Paris et Berlin, comme villes d’immigration, Hedayat, Proust, Beckett et d’autres, ainsi que ma propre biographie », l’histoire des migrations et ce qu’elles nous disent sur des êtres humains, « elle exprime avant tout un désir que les hommes partagent au-delà des circonstances et du temps, celui de la survie intérieure »… Lire la suite