Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Nous sommes la rage vivante de ce monde mourant

Quatre nouvelles et quelques poèmes entre désastre environnemental et thématiques d’anticipation. Le souffle des ruines et le soleil de l’espérance.

Les croyances au fil du progrès et les catastrophes, « J’eus droit à l’ennui, au silence, à la lenteur et à des informations de plus en plus fractionnées sur le monde. Je guettais les allées et venues des villageois derrière la fenêtre de mon bureau de cette maison d’où j’écris ces lignes, j’échangeais rarement avec eux et, d’ailleurs, ceux que je croisais encore étaient de plus en plus taiseux », la campagne désolée, les escargots, « J’essaie de l’écouter, l’escargot qui glisse le long d’une feuille, l’escargot qui donne sa leçon de vie. Avancer à sa façon. Chacun. Garder son rythme. C’est donc ça. J’écoute le temps et le silence »… Lire la suite

La Pierre est des peuples. Des peuples dont il ne reste qu’elle

« Du temps de l’esclavage dans les isles-à-sucre, il y eut un vieux-nègre sans histoires ni gros-saut, ni manières à spectacle. Il était amateur de silence, goûteur de solitude. C’était un minéral de patiences immobiles. Un inépuisable bambou ».

Chacun e par la fenêtre ouverte ainsi sur le passé, pourrait composer une histoire à partir de ces quelques mots. Les phrases du conteur ravivent la mémoire du poids des « terres amères des sucres ». Patrick Chamoiseau prévient « Au démarrage de cette histoire, chacun sait que cet esclave vieil homme va bientôt mourir ». Pourtant en l’écrivant si sobrement, il instille un doute sur cette mort probable, il souffle le possible chant de la révolte. Lire la suite

Spécial James Lee Burke

Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption, ses ouragans – Katrina a laissé des traces durables – aussi sa musique bien sur, le jazz, le blues particulier de la Ville et sa générosité dans la violence et la sauvagerie. Burke a construit un personnage représentatif de la Ville, Clete Purcell.Trop pur, trop violent, alcoolique, remplit du sentiment naïf, évident de la fraternité.Un personnage entier qui ne fait la part de rien, loin de tout compromis. On aimerait le rencontrer. Il est possible de réaliser ce rêve entre les pages de ces romans de James Lee Burke. Lire la suite

Seules les plantes ont besoin de racines, tandis que les femmes et les hommes veulent se faire pousser des ailes

Pour S. et V.

La première fois que j’ai entendu parler d’Yitzak Litvak c’est à Nice dans un appartement situé non loin de l’hôtel où je logeais. Il était à la fois bien présent et pourtant déjà assassiné (« Ligoté, le corps du professeur Yitzhak Litvak gisait sur le lit défait », 1987). C’est la force de la littérature de permettre cette interpénétration des temporalités, comme par ailleurs l’activation de personnages en ressemblance non fortuites. Lire la suite

S’interdire de pleurer afin de ne pas se noyer dans ses propres larmes

Dima Wannous nous propose une mise en abime, une construction en miroir, un dispositif narratif troublant. Au récit raconté par Sulayma, « Je n’aime pas les choses complètes, rondes, finies », comme un contrepoint, un roman écrit par Nassim.

Passé, angoisse, peur, « Plutôt par peur de la peur », ne relèvent pas seulement de deux histoires individuelles travaillées avec Camille psychiatre, de sentiments échangés ou non entre elleux, du cœur de la ville et des violences, du régime et de ses actions contre la révolution… Lire la suite

Découvrir William R. Burnett. Un auteur laissé pour compte mais qui compte

William R. Burnett, né à Springfield (Ohio), en 1899, a eu le choc de sa vie en arrivant à Chicago. La deuxième grande ville des Etats-Unis, la porte du Midwest, industrielle et corrompue, capitale de l’architecture mais aussi de la pègre dans les années 1920 – il arrive en 1927 -, années de la prohibition et de Al Capone. Le 18e amendement de la Constitution américaine interdisait de servir des boissons alcoolisées. Le mauvais alcool, Moonshine tel était son nom, proliférait, les fortunes aussi. Burnett, fort des travaux de l’école de sociologie de Chicago, mis en scène la Ville qui façonne les habitant-e-s et les formes d’intégration de ces populations rejetées, juive et italienne en particulier. Il écrira : « Je me sentais écrasé par sa taille, son grouillement, sa saleté, sa turbulence, sa vitalité frénétique. » Et c’est encore la sensation qu’elle donne sans oublier – et notre auteur ne l’oublie pas – le jazz. Lire la suite

Le temps de vingt quatre heures

6h30, un appel téléphonique, le frère, un infarctus.

« Le mot « infractus », ce mot des pauvres, des illettrés, des apeurés, je veux qu’il soit un mot puissant et vigoureux comme un chevalier, désignant le sentiment d’être brisé du dedans, d’être vaporeux et en lambeaux, sans base distincte. » Ce mot qui surgit à l’annonce de l’infarctus de son frère, Angela Lugrin s’en empare comme d’un « lieu‐caverne » sur les parois duquel se profile l’ombre de leur lien de frère et sœur. » Lire la suite