Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Le spectacle vivant en danger

Les festivals reprennent plus ou moins timidement. Le contexte périlleux, l’absence de déplacements obligent à des choix drastiques. Les grands rassemblements sont interdits qui obèrent leur rentabilité. La COVID19 pourrait-elle permettre que la culture opère la rupture avec la marchandisation qui sévit depuis, au moins, 40 ans. Qu’elle se considère comme un service public et pas une machine à faire du fric. L’Etat devrait prendre en charge ces secteurs pour les faire sortir de la logique du marché. Lire la suite

Toute la fragilité du monde s’enfuit dans le sel de tes yeux

« Aujourd’hui, je m’aperçois que je t’écris depuis sept mois. J’ai commencé à le faire un peu moins de deux mois après t’avoir vue pour la première fois. Aujourd’hui, la lettre que je t’adresse dépasse les 150 pages. Ses proportions ne cessent d’enfler »

Une écrivaine et un personnage croisé et photographié un jour. Une lycéenne passait en courant. L’adresse inventive dans une réalité identifiée et imaginaire, à une jeune fille et à un personnage. Le jeu de l’écriture et une immersion dans un possible d’une petite ville d’un ancien bassin minier du nord de la France. Lire la suite

Recherche famille perdue

« L’écho des promesses » – un titre bien trouvé – fait partie de la catégorie docu-fiction. Le point de départ est le lot de bien des familles séparées par la guerre et le nazisme. Un amour passionné naît entre une jeune juive et un fils de banquiers qui trafique avec les autorités d’Occupation. L’antisémitisme le rapproche des nazis. La mère de Judith a eu une aventure avec Lica Grunberg qui demande à sa fille, Jacobina, avant de mourir, en 1982 à Montreal, de retrouver sa demi-sœur. Une promesse difficile à tenir et il faudra un concours où les circonstances vont gagner pour que ce soit possible. Après, tout s’embrouille avec l’entrée en scène de Béatrice pour arriver à l’année 2006 et faire un tour à la Banque mondiale où elle travaille, à Washington, au service de presse. Description des petits chefs et des conditions de travail de cette banque étrange pour une française qui s’habille chez les grands couturiers. Il fallait que, dans sa vie professionnelle, des déboires pour qu’elle songe à s’occuper d’une vieille dame… Jacobina Grunberg. Lire la suite

En chaque personne que tu connais, il y a quelqu’un que tu ne connais pas

Des abeilles et des rêves éparpillés, la destruction d’un monde et d’Alep, « nous venons du pire endroit sur terre ». Nuri et Afra, « j’ai peur des yeux de ma femme » et le récit d’un exil au temps des frontières fermées. La perte de la vue et la confusion des enfants. Le long voyage des migrant·es, « Nous sommes une dizaine, dans cette pension décrépie au bord de la mer, tous originaires d’endroits différents, tous dans l’attente », les parias et leurs souffrances, leurs rêves aussi… Lire la suite

Je perds l’équilibre. C’est sans ambiguïté

« Un vieil homme, nu, sur le sol de sa salle de bain ». Julia Wolf utilise des phrases courtes, quelques fois réduites à un mot. Le rythme de la lecture, la navigation entre le passé et le présent, les non-dits ou les fantasmes imprègnent, en surface ou en profondeur, les lecteurs et les lectrices. Se construit une image d’un homme flou ou multiforme en partie assemblé par le rythme propre de lecture de chacun·e. Lire la suite

Toutes les petites filles ne veulent pas être des princesses

Je souligne en premier lieu la force de la construction littéraire, la répétition et ses variations du « Je m’appelle Fatima », la coloration progressive et toujours inachevée du puzzle de la personnalité. Un tableau animé par des éclairages adjacents à l’instar du « Je me souviens » de Georges Pérec.

Des lumières et des images, « il ne me reste qu’une seule image : nos pieds sous la table, la tête dans notre assiette. Ma mère aux fourneaux, la dernière à s’installer. Le Royaume de Kamar Daas, ce n’était pas mon espace ». Lire la suite

Ceci est une chanson d’amour

Maurizio De Giovanni habite son commissaire, Ricciardi aux yeux verts étranges et au comportement qui l’est plus encore, et sa ville, Naples avec ses baisers de feu bien connus. Le fil conducteur est une initiation à la manière de jouer, de la mandoline bien entendu, pour accompagner une chanson d’amour et de désespoir rempli d’espérances, pour faire partager ces sentiments contradictoires face à l’être aimé.e. « Tu vas me faire souffrir mais comment t’échapper ? » Lire la suite

J’étais jeune et aujourd’hui je suis une autre

Carmac, les vies paisibles et ordonnées, « Quand le soir tombe, à l’heure où la brume et les chaumes calcinés confondent leur fumée, et qu’au dehors tout se retire, les maisons se remplissent de bruits », un vacarme quotidien et familier, le silence d’hiver, « C’est peut-être à cause de ce vacarme que personne n’a rien entendu le soir où ils ont été tués. On dit qu’il y a eu des hurlements, des coups de feu, des supplications. Mais les murs du chalet ont tout absorbé. Un carnage à huis clos. Et personne pour les sauver. Dehors, pourtant, pas la moindre respiration du vent. Rien qu’un interminable silence d’hiver ». Lire la suite

Milan, mélanges de noir et de rose

Alessandro Robecchi, qui n’a pas renié son passé – il fut « éditorialiste pour Il Manifesto -, dresse le portrait de Milan, une ville italienne considérée comme bourgeoise mais abrite des secrets redoutables. Il met en scène un de ces auteurs de téléréalité qui se pensent de gauche parce qu’ils analysent ce qu’ils proposent aux téléspectateurs comme de la merde mais qui font de larges audiences et eux gagnent beaucoup d’argent. Carlo Monterossi est de ceux là. Alessandro ne craint pas de se moquer de son personnage dont il souligne avec une verve sauvage et chargée de venin, tous les travers. Lire la suite

Pouvait-il être mon prisonnier, bien que je fusse sa captive ?

Cela aurait pu être simplement un jeu littéraire. Mais Catherine Mavrikakis assume la complexité induite par le choix de cette Annexe en référence à Anne Frank. D’un coté celles et ceux qui se réinventent un court moment « en fugitifs juifs entassés dans un placard », de l’autre des exfiltré·es du coté de l’espionnage. L’autrice construit un cadre entre réalité et mémoire, entre victimes de la barbarie nazie et espion·ne tueur/tueuse. Il y a bien des effluves de sang dans cette brillante variation littéraire. Des traces et des effacements aussi. L’effacement des gestes et des historiques du personnage féminin Anna, dont la vie en clandestinité et les activités d’élimination impliquent de ne pas laisser construire un profil psychologique repérable ; à l’exception de fait de cette « appartenance perdue ou à découvrir » dans ces instants répétés dans l’Annexe d’Amsterdam. L’autrice trouve des mots justes pour dire l’enfermement, « On ne peut décidément pas imaginer avec l’air frais combien l’atmosphère demeurait étouffante là-haut ». Il y aura d’autres espaces dans la mise hors du monde dans l’autre Annexe, immense lieu partagé par des exilé·es d’un genre tout à fait particulier. Lire la suite

L’Institut du Monde Arabe (IMA) propose le tome 5 des Arabofolies

Soulèvements

Les printemps arabes, s’en souvient-on ?, avaient provoqué d’énormes espoirs de par le monde. Enfin les dictateurs étaient tirés de leur lit, obligés de partir ou de rendre des comptes. Enfin, les libertés démocratiques à commencer par les droits des femmes faisaient des pas importants, l’émancipation semblait la donnée principale de tous ces soulèvements. Lire la suite

Le coin du polar coréen

Copieur ?

« Séoul Copycat » est un titre explicite. Séoul est le lieu où se déroule la scène, copycat signifie que le tueur en série copie les crimes commis par d’autres. Ici, le tueur est un policier qui ne supporte pas les crimes impunis faute de preuve et qui assassine de la même façon que l’assassin sorti libre ses victimes. Qui est-il ? C’est la question récurrente que va subir celui que la police nommera Lee Suyin – Suyin signifie prisonnier en coréen -, qui a perdu la mémoire et la vue dans un incendie criminel. Une mécanique bien huilée se constitue dans ce premier roman de Lee Jong-kwan, qui oblige le lecteur à suivre le déroulement de l’interrogatoire. Qui ment le plus ? Han Jisu, profileuse au service de Oh, chef de la police ou l’aveugle qui fait marcher son cerveau pour se comprendre et comprendre la situation ? Par un montage judicieux, il apparaîtra comme le Copycat et fera l’objet d’une réaction populaire violente. Le lecteur l’avait compris avant que l’auteur ne lui dise. Une manière de le satisfaire. Le retournement, logique après coup, le laisse heureux que la solution ne soit pas aussi simple que prévue. Lire la suite

Ne nourrissez pas les robots…

« Les robots colonisent notre quotidien. Les voitures sont déjà autonomes et les grille-pains ne vont pas tarder. Les implants cérébraux transhumaniseront chacun et chacune en individu augmenté. À moins qu’un grain de sable… Les Mikrodystopies, avec leur regard acide, sont comme des bugs, des glitchs, des zébrures sur l’écran des futurs parfaits et lisses promus par les techno-prophètes. Lire la suite

Le coin du polar (octobre 2020)

Jeux de rôles meurtriers

L’Europe du Nord n’en finit pas de faire découvrir de nouveaux auteurs de polars souvent à la limite du thriller sans la mécanique du genre qui fait désespérer de l’écriture. Stefan Ahnhem est le dernier arrivé mais déjà il bat des records de vente, dans son pays, la Suède, et un peu aux États-Unis. « Moins 18° » est le dernier traduit en français. Une double enquête se déroulant des deux côtés du détroit d’Oresund séparant la Suède du Danemark avec une place particulière, on le comprendra, pour le ferry qui effectue la navette entre les deux rives. Le passage d’un pays à l’autre est un facteur d’extraterritorialité qui ouvre la porte à tous les excès en donnant un sentiment d’impunité. Lire la suite

Vie de femme

« La danse du temps » est un curieux roman. Trois moments de la vie d’une femme américaine, celle de Willa Drake. Anne Tyler prétend, dans une note préalable, avoir une théorie : « une unique décision prise durant notre enfance quant à la personne que nous souhaiterions devenir, peut façonner notre vie toute entière ». Elle le démontre dans les trois premières parties de ce parcours. La mère de Willa quitte le domicile familial lorsqu’elle a 11 ans et sa vie de femme se conformera à ce contre modèle, surtout ne faire de peine à personne. Elle épousera celui qui la demande en mariage – elle a 21 ans -, se trouvera veuve à 41, se remariera en cherchant toujours à contourner les colères, la mauvaise humeur de son mari qui joue au golf et boursicote. Lire la suite

Ce n’est rien d’autre qu’un meurtre…

Un lieu imaginaire « Plaguetown, USA », une des nombreuses citées des Etats du Sud des Etats-Unis. Comme l’écrit Gérard Cogez dans sa présentation, « Dans le Sud, la simple menace proférée par un Noir à l’encontre d’un Blanc vaut en somme peine de mort ».

Un assassin sans culpabilité, « le meurtre d’un « nègre » est un acte qui ne porte guère à conséquence, surtout lorsque ce « nègre » s’est montré agressif, voir irrévérencieux à l’égard d’un blanc – en bref, lorsque ce nègre n’a pas su « rester à sa place » », la distance séparant « l’Amérique blanche de l’Amérique noire », la violence et la terreur, les hantises et les mensonges, le contexte économique et social du racisme, les représentations fantasmatiques et le « refus épidermique du race-mixing », les mécanismes à l’oeuvre chez les « petits Blancs », l’absence de doute tant du coté blanc que du coté noir sur l’acquittement de l’assassin… Lire la suite

La messe chantée par les corbeaux

« Les petits-fils de la reine Victoria occupaient le trône d’Angleterre et d’Allemagne, un même derrière avait posé ses fesses sur deux chaises ». Eric Vuillard parle avec humour d’un monde avant les millions de mort·es, la consanguinité des monarques, les attributions de titres hiérarchiques militaires, l’autorité barbue, les armées et leur attirail de péplum, « Qu’on imagine à présent toutes ces armées couvertes de galons, de panaches, ces tenues de golf mélangées avec le tartan, le kilt, le pompon, ces képis colorés et ces casques à pointe, toutes sortes de hures picardes ou bataves, sifflant, marchant au pas, dans une grande flaque de soleil ! », la création d’une « école de guerre » prussienne, le théâtre guerrier, la fabrication des officiers et la production de canon, le temps des nombres et « l’addition glacée des forces », les colonnes de chiffres et de soldats, les troufions et les bidasses, « il faut de la chair et du sang », la conscription, « La chose prospéra dans le monde et devint pour les Etats d’Europe le moyen d’une nouvelle sorte de guerre où l’industrie et la chair allaient donner ensemble une fantastique leçon de gaspillage », la mort de jeunes au milieu des champs de betteraves sucrières… Lire la suite

Peinture des États-Unis en noirs

A la manière de Soulages avec ses études sur les noirs, Colson Whitehead désormais écrivain reconnu et primé, poursuit ses investigations, à travers une sorte de docu-fiction, sur le racisme et ses conséquences dans la société américaine. « Nickel Boys », les enfants de Nickel Academy, terme de dérision pour une Maison de correction sise en Floride, est une description de cette Amérique des années 1960 qui fait d’un Noir un délinquant par définition, par nature. Elwood Curtis est un jeune homme qui part faire ses études à l’Université, pris en auto stop par un voleur de voitures Noir, il est condamné à la maison de correction où se pratique la ségrégation, les délinquants noirs sont séparés des blancs, et la torture pouvant entraîner la mort. Le jeune homme en fera l’expérience. Lire la suite

Des nœuds dénoués dans la scène imaginaire

Des récits parfois irrévérencieux, des « blagues », des « bêtises », des « mensonges », des contes facétieux, la force du dire et du raconter, l’ironie distillée, la richesse d’une tradition orale…

Dans son introduction, Micheline Lebarbier aborde les relations maître-serviteur, les récits du cycle de Păcală, les relations époux-épouses, la caricature des défauts attribués aux femmes, les relations sociales, les Tsiganes et les popes…. Lire la suite

Le coin du polar (août 2020)

Un retour en arrière

« Le mystère de la chambre bleue », qui n’a rien à voir avec la jaune, est une enquête de Louis Fronsac, un héros récurrent de Jean d’Aillon. Un notaire, fils de notaire qui exerce son métier de détective dans un environnement incertain, celui des intrigues de Richelieu – puis de Mazarin – sous les règnes de Louis XIII – l’auteur en donne un portrait plus nuancé que celui d’Alexandre Dumas – et du jeune Louis XIV. Lire la suite