Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Du coté des romans (décembre 2019)

Qui est coupable ? Comment survivre ?

Un accident de voiture. Qui est responsable ? Le conducteur ? Sa passagère, en même temps que son épouse ? Le hasard d’une route mouillée par la pluie ? La voiture dévale le bas côté et finit dans le ravin. La femme est morte, le mari, Ogui, est paralysé et ne peut pas parler. Il communique par le battement de ses yeux. « Le jardin » de Hye-Young Pyun, écrivaine sud-coréenne, nous plonge dans le cerveau de cet homme cloué à son lit qui veut survivre malgré tout. L’hôpital ne peut pas le garder – il faut libérer des lits -, Ogui se retrouve enfermé dans sa propre maison avec tous les souvenirs, les siens comme ceux de sa compagne. Se tissent les éléments d’une vie et d’une culpabilité de plus en plus évidente. Lire la suite

Le coin du Polar (décembre 2019)

Polar historique

Paul Doherty, médiéviste dans le civil et auteur de plusieurs séries, nous entraîne avec ce nouveau « grand détective », Christopher Urswicke un peu aussi agent double, dans l’Angleterre de la Guerre des deux Roses, en mai 1471 pour le début de cette saga. Le personnage central est « La reine de l’ombre », titre de cette première enquête, soit Margaret Beaufort, mère du futur roi. L’ombre pour définir le pouvoir de cette femme qui met tout en œuvre pour sauver son fils et le faire accéder au trône. En 1471, les York triomphent dans le sang. Ils cherchent à supprimer tous les prétendants possibles qui pourraient mettre en cause leur légitimité et leur descendance. Lire la suite

A se libérer, c’était drôle à dire, de son absence

Avant d’aborder un épais livre, je fais l’hypothèse qu’un des sujets abordés sera le temps mais pas la météorologie. Je n’espère pas une nouvelle scène de bal et de remémoration, le temps retrouvé… mais une échappée aux rythmes lents ou rapides que l’autrice ou l’auteur construira par ses récits et ses silences.

Ce qui me frappe dans le roman de Ludmila Oulitskaïa c’est justement le jeu entre les temps, en particulier le temps de deux femmes, Maroussia et Nora. Lire la suite

Octavia E. Butler remise à l’honneur avec Liens de sang de Damian Duffy et John Jennings

Octavia Estelle Butler, féministe noire américaine, autrice de science-fiction, est morte tragiquement il y a quelques années dans un tout bête accident de la vie quotidienne. La plupart de ses romans ont été traduits, et on doit son renouveau en France suite à la publication de son roman Liens de sang par les éditions du Musée Dapper, en 2000.

On est littéralement saisi par cette fiction où une femme noire, Dana, vivant à l’époque contemporaine au nord de Los Angeles, se retrouve par intermittence comme téléportée à la période de l’esclavage, dans le sud des Etats-Unis. Lire la suite

Certaines phrases de Rimbaud m’avaient torché le coeur

« Des voix urgentes montent des marges de l’oubli, de mon enfance, du silence, se lèvent et enflent, me hèlent, m’élisent si continûment qu’aucun exil n’est possible »

Les Ardennes, l’ombre d’Arthur Rimbaud, la frontière, les pointillés entre la Belgique et la France, les choses entre les lignes, les lieux de tous les possibles, une ligne ténue ou têtue, « la frontière en moi est comme infuse », la douane, « La douane est un genre de confessionnal où on ne fait pas le malin », une brèche, « Mais entre les interdits et les péchés, il y a plein de brèches où je me faufile avec délices pour sucer mon pouce, faire des grimaces et dire merde tout haut », la plume traçant des suspensions, l’essui et le torchon, l’appel du large, la lisière, des mots et des sens… Lire la suite

Histoire, Mémoire et Romans. Partir à la découverte.

La rentrée serait sous le signe de l’austérité. Moins de livres que l’an dernier, disent les spécialistes qui font état de plus de 530 romans et ne comptent pas les essais et autres publications. Même ainsi, le choix est inhumain. Il ne peut s’agir que d’un échantillon très limité provenant plus de l’instinct que de la rationalité. Pourtant, le travail de mémoire est le point de chute de la plupart des romans. Comme si la recherche du passé se posait comme vital face à un monde vacillant qui fait de l’accélération son seul credo. Lire la suite

Une seule vie n’est pas suffisante pour perdre du temps à demander

Un roman polyphonique. Des personnages, particulièrement des femmes, « Je suis de celles qui se redressent », entre la France et le Sénégal, dans un présent marqué par le passé et un mensonge revêtu de travestissements.

L’écriture et le flux des énonciations est différencié suivant les locutrices. J’ai particulièrement apprécié celui d’Estelle et son « Je suis quelqu’un qui » entrecoupé de messages téléphoniques reçus. Lire la suite