Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Herman Melville (1819-1891), un révolté incarné par Moby-Dick

Mythologies américaines.

« Moby-Dick ou le Cachalot » fait partie des textes étudiés à l’école comme partie de la littérature mondiale, une raison suffisante pour ne pas le lire ou le relire. Herman Melville pourtant joua un rôle essentiel dans la construction des mythes adoptés par les Etats-Unis. Les références à la baleine blanche – le blanc est la « couleur » de Melville – sont multiples et se retrouvent chez Hemingway comme chez Philip Roth. Il représente la première tentative d’émanciper les lettres américaines de la tutelle britannique. Lire la suite

Je suis pour elle un reproche et une nécessité

Certains livres jonglent avec la temporalité. Certain·es lecteurs et lectrices s’y plongent avec effroi ou délectation. Et contrairement au sentiment que j’en avais à la fin de l’adolescence, les récits d’anticipation ne parle que du présent. Un présent dépouillé comme un oignon, avec ses couches au passé, au présent, au futur… Lire la suite

Une épopée et un travail de mémoire

Shanghai, destination oubliée des exilés Juifs allemands

Andrea Maria Schenkel a le talent particulier de faire renaître la mémoire des années de l’Allemagne sous le joug du nazisme. S’inspirant de faits réels, ici, dans « Le bracelet », la migration des Juifs allemands en 1938 en partance vers Shanghai. Ceux-là, les derniers à partir, n’avaient pas cru aux déclarations antisémites de Hitler pensant être protégés par, souvent, leur participation à la Première Guerre Mondiale ou leur conversion au protestantisme. Ils se sentaient de nationalité allemande. Ils n’étaient que des Juifs. La législation tatillonne de la bureaucratie nazie avait formulé des critères stricts pour déterminer qui était Juif et qui ne l’était pas. Lire la suite

Le monde s’est tu pendant que nous mourrions

Début et fin des années 60. La fragmentation du temps et des vies.

« Il y a deux réponses aux choses qu’on t’enseignera sur notre pays : la vraie réponse et celle que tu donnes à l’école pour passer ».

Olanna et Kainene. Denigho et Richard. Ugwu et les autres. Lire la suite

Nulle évocation du passé ne saurait les consoler au présent

La forme romanesque permet à l’auteur de faire (re)vivre Yannick, Thomas, Edwidge et Natacha… de conter – sous forme tendre ou partiale – une espérance et son vertige, puis le réveil sous forme de défaite. Il n’était pas huit heures dans le siècle, l’aube se levait certes sous les couleurs magnifiées de nos espérances, nous avions « le sentiment profond, précieux, d’avoir eu une jeunesse ». Lire la suite

Le coin du polar (Juin 2018 – B)

L’Irlande du VIIe siècle

Peter Tremayne – Peter Berresford Ellis pour l’état civil – possède un don, celui de nous faire vivre au rythme de l’Irlande de 671 partagé entre traditions païennes et la loi de Rome qui cherche à s’appliquer dans tous les royaumes, une loi qu’il présente comme barbare face au bon sens des rois de ces contrées. Sa détective privée, Fidelma, la sœur du roi de Muman, avocate – pour utiliser des termes d’aujourd’hui -, férue de droit, est chargée de résoudre des crimes pour éviter des guerres tout en développant une argumentation juridique. Toutes les références que Tremayne multiplie dessinent l’architecture d’une société partagée entre différentes obédiences. C’est avec gourmandise que l’auteur nous fait partager son savoir. Pas seulement. Il réactualise quelques situations qui font la beauté du roman policier, comme l’assassinat porte apparemment fermée à clé sans autre possibilité d’entrer et de sortir. Ainsi le conseiller du roi, l’archevêque Ségdae, a été assassinée zen compagnie de son assassin, assommé, dans une chambre fermée à clé. L’assassin est donc l’homme assommé, un ami de l’abbé. Impossible mais comment le prouver ? Les habitués du meurtre en chambre close comprendront très vite sans que le plaisir de la lecture en soit gâché, dopé même par un voyage dans les contrées étranges de régions pas souvent visitées. Lire la suite

Les mots, le chant, les mélodies et les dissonances…

Kitami, les circonstances mystérieuses de la disparition d’une célèbre chanteuse. Un « avertissement de l’éditeur » entre dérision et prédiction, une présence, « Alors le long poème, chanté à pleine voix, chuchoté, déclamé, proféré par saccades, psalmodié, hurlé, murmuré, vociféré, vous faisait éprouver, dans les méandres de la voix de Kitami, joie et tristesse, désespoir et espérance, terreur et béatitude, humiliation et délivrance, sanglots et orgasme, déréliction de l’exil et jubilation du retour », une batterie de trois tambours aux histoires différentes qui eurent du mal à s’accorder, la mémoire de la résistance des esclaves… Lire la suite