Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Le coin du polar… coréen

La pub le dit, elle doit avoir ses raisons, que la raison sûrement ne connaît pas : le polar coréen prendrait la place du polar scandinave. Pourquoi cette exclusion en forme de guerre des polars ? Le polar est un tout en étant multiple. Signaler les points communs et les spécificités serait un travail intéressant et excitant.

Evitons donc les affrontements. Le monde du polar s’élargit chaque jour. Il serait incompréhensible d’exclure un style pour un autre. Il est de fait que chaque pays ou groupe de pays, construit par ses paysages, ses villes, son histoire, son contexte politique, des trames, des drames, des intrigues qui décrivent les tares de leur société. Il est loisible de chercher des références communes à ces sociétés. Le polar, en général, possède la faculté d’ouvrir la voie à plusieurs niveaux de compréhension et de dénonciation. Un auteur, une autrice qui n’a pas la capacité de se révolter n’écrit un polar mais un roman à l’eau de rose. Lire la suite

Patrick Chamoiseau : CONTRE LES STATUES : LES TRACES-MÉMOIRES

Nos monuments demeurent comme des douleurs.

Ils témoignent de douleurs.

Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale. Lire la suite

Le coin du polar (juin 2020)

Lovecraft en Noir

Le monde de Lovecraft fait partie du fantastique, univers de la terreur où n’importe quel objet peut se transformer menace et arme de destruction. Peuplé de créatures bizarres et de sorciers dotés de pouvoirs mystérieux, l’être humain doit sublimer ses fantasmes pour lutter et survivre.

« Lovecraft country », indique que la référence sera la création littéraire de cet auteur additionné d’autres évocations d’auteurs de science-fiction pour jeter ces germes dans les États-Unis de 1954, à Chicago et en faire l’intrigue d’une loge franc-maçonne africaine-américaine. Le racisme est ouvert surtout franchit les limites de la Ville, plus spécifiquement les frontières des deux ghettos. Un racisme assassin. Circuler pour les Noirs est déjà un univers fantastique. Le monde de Lovecraft, du coup, fait figure d’une peur moins grande que la peur quotidienne, que le simple fait de circuler. Lire la suite

Le coin du polar (mai 2020)

L’Amérique de Trump

Curieuse histoire que raconte Frédéric Andrei dans « La reine des putes », un titre qui attire l’attention mais aussi la détourne. Une histoire de San Francisco, de ces anciens hippies qui atteignent la cinquantaine et ne veulent pas abandonner les rêves de leur adolescence tout en tombant, une fois encore, dans l’amour. Une autre trajectoire rencontrera la précédente de laissés pour compte de cette société inégalitaire. Le tout synthétisé par deux figures de femme. La révolte est drainée par ces sociétés pétrolières qui exploitent le gaz de schiste responsables de dégâts durables sur l’environnement. Lecture essentielle qui guérit de toutes les publicités sur la nécessité d’explorer cette ressource. Le prix à payer est énorme non seulement sur les terres arables mais aussi sur la population.

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Mes ailes sont devenues trop grandes, je ne peux plus voler

« Un oiseau de mer blanc plane en solitaire à travers les couloirs de l’hôpital de Beckomberga, dans le pavillon Grands Mentaux Hommes. Il est immense et luminescent et dans mon rêve je lui cours après pour tenter de le capturer mais je ne parviens pas à le rattraper à temps : il s’enfuit par une fenêtre brisée et se volatilise dans la nuit »

En premier lieu, une mise en texte, une écriture faite de paroles, en particulier de Jackie ; le temps des souvenirs, celui des rencontres, l’aujourd’hui mêlé à cet hier structurant, « Il n’y a pas de chronologie à ce niveau, il n’y a pas de carte » ; l’enfermement et les sorties… Une écriture faisant sens dans cet univers pour des êtres dans et hors de « châteaux des Toqués », dans cette architecture du chagrin, dans ce temps long d’une structure hospitalière jusqu’au « Dernier patient », dans ces conversions entre une fille et un père, entre celles et ceux qui sont ou furent liés… Lire la suite

Le spectacle d’une « civilisation »

L’exposition universelle de 1893, le cadavre séché d’un nouveau-né indien, la célébration de la révolution industrielle et le faux glorifié, « Mais le clou de l’Exposition universelle, son apothéose, ce qui devait attirer le plus de spectateurs, ce furent les représentations du Wild West Show », le mythe de la conquête (dans le déni encore aujourd’hui du génocide fondateur), le spectacle comme entreprise…

Eric Vuillard dans ce récit de la « Tristesse de la terre » dit à la fois les massacres des populations indiennes, la construction d’une mythologie et sa mise en scène dans un spectacle qui relève d’une certaine obscénité. Lire la suite

Aucun premier baiser n’arrive sans qu’on se force un peu

Bodo Kirchhoff a choisi un mode d’exposition narratif qui ne distingue pas les dialogues. Cela donne une certaine densité à son roman et évite les dérives bavardes, « je n’aime pas les longs dialogues. Je ne les aimais pas non plus dans les livres. La plupart du temps, ils témoignent seulement d’une paresse dans la narration ». Lire la suite

Le coin du polar (avril 2020)

Un cri de révolte

« Vanda », un prénom bizarre issu d’une chanteuse des années 1960, Wanda Jackson bien oubliée de nos jours, est une jeune femme, mère célibataire volontairement, femme de ménage dans un hôpital psychiatrique. Précaire, elle est variable d’ajustement de la rentabilité de l’établissement et sujette aux convocations de la DRH. Marion Brunet fait le constat de la brutalité des relations sociales et de travail comme de la situation de ces établissements laissés trop souvent à l’abandon par les gouvernements. La grève est la seule réponse possible. La manifestation est sauvagement réprimée. Portrait, surtout d’une féministe en butte à tous les préjugés, y compris celui de la paternité via son ancien amant qu’elle a quitté. Son fils, qu’elle a appelé Noé, serait-il la solution à la crise climatique qui exerce ses effets dans cette localité prés de Marseille ?


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Fantastique !

Keigo Higashino est un auteur – japonais – de polars dont les intrigues font la part belle aux tares de la société et aux préjugés qui empêchent l’individu de se réaliser. « Les miracles du bazar Namya » est une incursion dans le fantastique inscrit dans la réalité la plus quotidienne et même sordide pour un hymne à la fraternité. Le bazar a des vertus secrètes qui se découvrent et permet de dévoiler la capacité de chacun-e de se soucier de l’autre. Il fallait inscrire cette histoire dans le sur-réalisme pour la rendre crédible. Notre monde « réel » aurait-il abandonné toute velléité de fraternité ?

Keigo Higashino : Les miracles du bazar Namya, traduit par Sophie Refle, Actes Sud

Nicolas Béniès

Le risque géopolitique de l’éclatement du Moyen Orient. Le futur d’Israël ?

Alexandra Schwartzbrod s’est lancée dans un cycle consacré à Israël dans un avenir indéterminé. « Les lumières de Tel-Aviv » en est la dernière manifestation. Le mur, ouvrage de division voulu par « Bibi », veut séparer les Palestiniens des Israéliens, pour isoler, découper les villages palestiniens et empêcher la naissance d’un territoire qui pourrait servir de base à la définition d’un État séparé de celui d’Israël. Elle met en évidence la réalité. La négation des droits des Palestiniens, les sous citoyens que sont les Arabes israéliens et la domination, de plus en plus visible, de la corruption et de la religion via les petits partis qui pèsent dans les coalitions parlementaires. Le poids croissant de la mafia russe est une autre composante de l’Israël d’aujourd’hui. Lire la suite

Sans sépulture

Double cercueil pour nos défunts

Qui loin de nous se sont éteints

Leur dépouille étant confinée

Que n’auront pas accompagnée

Nos intimes recueillements

Quand jusqu’à leurs enterrements

Leur mort nous sera dérobée

Yves Letourneur

10 avril 2020

Sur le seuil où je t’ai vue, où je te vois

« Tout à coup tu te trouves là ». Une femme, une enfant, les apparats indiscutables d’un passage entre les espaces, une adjacente à l’autre monde, « Je te vois et ne te vois pas. Tu as la présence des fantômes qui n’ont pas besoin de se rendre visibles ». Comment ne pas penser à L’aventure de madame Muir – le film de Joseph L. Mankiewicz – Christiane Veschambre y fera référence plus avant dans son récit. Lire la suite

Une visite imprévue

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

Quand elle est remontée dans la chambre, Simone pleurait.

Je reposais tranquille dans mon cadre, sur la table de chevet, les joues roses, le regard franc et rieur. A l’arrière-plan, on apercevait un bout de plage, puis l’infinité de la mer.

Elle s’est littéralement jetée sur moi, m’a serrée contre elle et trempée de larmes. Heureusement, je suis protégée par un filtre plastifié – pas de verre, ont-ils dit à notre arrivée, risque de se blesser ! Ils avaient raison : à me serrer comme ça, elle aurait pu se couper et m’abîmer, aussi. Mon beau sourire fendu en deux. Lire la suite

Dialogues avec un fantôme

Un homme en uniforme de commandant s’extirpe « en jouant des coudes d’un autocar délabré et couvert de boue ». Il pleut et « Une nuée de libellules aux couleurs magnifiques tourbillonne au-dessus de la rivière ». Un vieux pont de pierre, le courant, une odeur saumâtre, traverser tout de suite pour être rentré à temps…
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Libre dit-il

Roberto Bolaño (1953-2003), poète. Suffisant pour décrire l’ampleur de l’écrivain qui sait se servir de tous les codes pour les pervertir et les transformer en autant de canons tonnants contre tous les préjugés. Morceaux de biographies, souvent d’autobiographie collés à la fantaisie des rêves pour débouler sur le roman noir mâtiné de références diverses, littéraires pour déboucher sur l’indicible et l’inintelligible tout en donnant l’impression de communiquer des clés de compréhension que les vents emporteront. Lire la suite

Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, le criminel roi des Belges

« on organisa, pour le divertissement de toute l’Europe la plus grande chasse au trésor de tous les temps ».

Il y a pour moi dans l’écriture d’Eric Vuillard des complicités avec la peinture d’Otto Dix ou les dessins de George Grosz. Un mélange réussi de caricatures et de descriptions précises, de poésie et d’acerbe dénonciation. Une littérature contre la barbarie de ceux qui se disent grands…

« On n’avait jamais vu ça. On n’avait jamais vu tant d’Etats essayer de se mettre d’accord sur une mauvaise action » Lire la suite

L’attente entre la fermeture d’une porte / et l’ouverture de la suivante

C’est toujours un peu compliqué de rendre compte d’un ouvrage poétique, des sensations personnelles et de leur résonance…

Je souligne néanmoins ces agencements particuliers de mots qui dessinent des fragments de l’univers carcéral et de celleux qui les visitent.

Des stages, du théâtre, de la chanson, des spectacles. Lire la suite

Jazz et BD. Pour Django

Connaître la biographie de Django Reinhardt est difficile. Surtout son enfance et son adolescence dans cette zone à la limite de Paris dans les années 1910 – année de sa naissance – 1920. La fulgurance de son jeu de guitare, à partir des années 1930 après l’incendie de sa roulotte et sa rééducation, lui a fait une place à part dans les mondes du jazz où il figure comme un des grands génies de cette musique. Le quintet du Hot Club de France, à partir du début des années 1930, formation qui tient de sa rencontre avec Stéphane Grappelli, crée le « jazz manouche » de toutes pièces. Lire la suite

Actualité du conte et de Charlie Chaplin

Le conteur est un commentateur de l’actualité se cachant derrière le fantastique ou la parabole. Les contes sont souvent revus, corrigés par le contexte. Ils sont vivants et dépendent d’un travail collectif d’interactions entre le conteur et le public. Stuart Heritage, journaliste au Guardian, a repris la tradition à son compte. Il mêle, comme le titre l’indique « Boris Johnson et les trois ours », les histoires immortelles racontées à nos enfants et les personnages de l’actualité pour faire surgir rires et réflexions sur notre époque plutôt étrange. Une réussite. Lire la suite

Le coin du polar (février 2020)

Jean Meckert – Jean Amila pour la Série Noire – fait partie des grands auteurs de romans noirs. « Les coups », publié en 1940 a été salué par toute la critique à commencer par Queneau. « Nous avons les mains rouges », 7e volume de ses œuvres, met en scène, en 1947, un groupe de Résistants qui refuse les injustices et les profiteurs. Il se fait justicier en chassant les anciens collaborateurs. Un document, en même temps qu’un vrai polar, sur cette période troublée où tout semble possible alors que, déjà, s’éloignent les rêves d’un autre monde. Lire la suite