Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Du coté du polar (mai 2021)

Polar et jazz

Ray Celestin, britannique, s’est lancé dans une saga absolument réjouissante : raconter à la fois les migrations du jazz, de la Nouvelle-Orléans (« Carnaval ») à Chicago (« Mascarade ») et arriver avec « Mafioso » à New York en cette année 1947, date officielle d’entrée dans la guerre froide et la mise en place de la commission des activités anti-américaine, présidée par le sénateur McCarthy, qui pourchassera les communistes. La « chasse aux sorcières » débute pour le plus grand profit de la Mafia alliée au FBI d’Edgar Hoover qui aura l’audace de déclarer que « le crime organisé » n’existe pas alors que Costello, le « grand chef », est l’homme le plus puissant de New York et, par-là même, des États-Unis. Lire la suite

Polar irlandais

Adrian McKinty réussit avec « Ne me cherche pas demain » ce qu’il faut bien appeler un tour de force : nous intéresser à une sempiternelle intrigue de meurtre en salle fermée. Le contexte de la guerre civile en Ulster, en cette année 1983, l’aide beaucoup. Il décrit les peurs, les angoisses mais aussi la réalité des attentats comme la place étrange de l’inspecteur Sean Duffy, catholique dans une police protestante. Il est considéré comme un traître des deux côtés. Lire la suite

Une poésie avec et dans le paysage

Essai d’arpentages et de regards lents, dans l’espace – le long du fleuve Adour, qui, au fil des pages, apparaît comme une compagne de voyage – et dans le temps long – de la préhistoire aux souvenirs d’enfance, avec « cette mémoire à portée de mains » (page 135) –, Poésie-Paléo reprend à sa charge l’art préhistorique. Plus précisément, « l’idée d’un art non ostentatoire », qui « se fond littéralement dans le paysage. Il se fait avec et dans le paysage » (page 79). « Il nous manque simplement les yeux pour pouvoir discerner ces traces » (page 51). Lire la suite

Littérature bulgare

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Dans « Ballade pour Georg Henig », Victor Paskov met en scène la rencontre d’un vieux luthier tchèque – le Georg du titre – et un garçon de 11 ans, Victor, dans la Bulgarie des années 1950, dans un quartier pauvre de Sofia. La ballade est construite comme un morceau de musique organisé autour du violon dans toutes ses dimensions. Le vieux luthier construit un huitième de violon pour le petit Victor et termine sa vie en créant un violon hors norme, à la sonorité d’un orchestre, pour Dieu.

Le père de Victor est trompettiste et il court de répétitions en engagements dans un « opéra de quartier » tandis que la mère coud à perdre haleine des pièces de tissu avec une Singer – qui réveille des souvenirs dans toutes les familles européennes. Lire la suite

Le coin du polar (Avril 2021)

Jean d’Aillon, pour cette enquête de Louis Fronsac, sorte de Sherlock Holmes du temps de la régence de Mazarin, a décidé de nous balader en la ville d’Aix en Provence pour résoudre « L’énigme du clos Mazarin », en l’occurrence Michel, le frère du cardinal.

Il ne nous épargne rien, ni la longueur du voyage aller, le retour sera plus rapide, ni la description de la ville presque à toutes les époques avec des notes qui permettent de retrouver les endroits décrits aujourd’hui – il faut dire qu’il est l’auteur d’un guide de la ville -, ni les portes… Bref, nous y sommes. L’enquête est cousue de quelques fils blancs qui permettent des enchaînements faciles et d’autres plus bizarres sans que vraiment le fil rouge n’apparaisse sinon par le nombre de morts. Pour tant, la lecture reste agréable. Cheminer avec d’Aillon permet de saisir quelques bribes de ce temps, de connaître les accoutrements, les déguisements, les raisons des fêtes et de prendre plaisir aces informations même si les descriptions de la ville prennent un peu trop de place.

Jean d’Aillon : L’énigme du clos Mazarin, 10/18/Grands détectives Lire la suite

On n’en finit jamais avec les siens

« En finit-on jamais avec son passé, avec ce qui nous a défait ? ». Frédérique Germanaud nous propose un parcours plein de hors-champ, une réflexion sur l’écriture biographique, une incursion dans la vie de MoMo BasTa.

L’autrice discute de l’utilisation des métaphores pour contourner la pensée bloquée, des coulisses, de jeu de piste, de fiction littéraire, « L’artiste met toujours en jeu ce qui le travaille. Je devrais le savoir. Derrière la mise en scène, l’aveu échappe à ma compréhension. Les repères familiers ont fui ». La mise en jeu concerne aussi le lecteur et la lectrice, comment pourrait-il en être autrement… Lire la suite

Les luttes féministes nécessaires pour construire une société plus juste

La Corée du Sud comme il faut la voir grâce à ce faux vrai roman « Kim Jiyoung, née en 1982 » de Cho Nam-joo, une autrice à découvrir.

Dans un article qui date – le début des années 1980 -, le PDG de Sony, avouait que son arme économique secrète – secret economic weapon – était la surexploitation des femmes. Le Japon, disait-il, ne bénéficie pas de migrants, comme les anciens colonisateurs ou les États-Unis que l’on peut presser comme des citrons mais des femmes. Le Japon se trouvait au dernier rang de l’égalité salariale, la différence moyenne entre le salaire d’un homme et d’une femme était de 50%. En France, elle est autour de 27%… Aucun pays ne réalise l’égalité salariale. Lire la suite

Une hirondelle fait-elle l’automne ? 

Paris, octobre 1926, cadre de la troisième enquête de Jeremy Nelson, nouveau héros récurrent de Claude Izner, « Les nids d’hirondelle », pour nous faire vivre « les années folles » marquées par le jazz.

Jeremy, toujours amoureux de Camille, s’essaie à la composition d’une comédie musicale avec un parolier, par ailleurs clarinettiste classique, Paul Green. Évocation de ces créations étranges sur les scènes parisiennes à commencer, bien sur, par la Revue Nègre, au Théâtre des Champs Élysées, avec comme vedette Joséphine Baker et, dans l’ombre, Sidney Bechet seul musicien à être mentionné dans les gazettes de l’époque. L’orchestre accompagnateur, celui de Claude Hopkins – le pianiste a prétendu dans son autobiographie, avoir engagé Josephine qui lui a volé la vedette -, est resté souvent inconnu des contemporains. Il était logique que l’autrice n’en parle pas. Par contre, elle nous fait visiter Paris, le quartier latin, en faisant courir Jeremy d’un point à un autre. Lire la suite

Casa Triton

Un romancier venu de Finlande au nom pas tout à fait imprononçable, Kjell Westö, au titre secret, « Casa Triton », pour un mélange de musiques, d’amitiés, d’amour, de mythologies personnelles et collectives, de confrontation d’univers avec, en toile de fond, les désastres écologiques, les migrations et tout le reste du quotidien d’une île. Lire la suite

Un polar travesti en western

« Dehors les chiens » de Michaël Mention essaie de redonner vie à ce genre strictement américain.

Prenez un héros solitaire, un « poor lonesome cow-boy », avec une profession étrange, un Marshall – un shérif fédéral ancêtre du FBI – des services secrets spécialisé dans la traque aux faux monnayeurs, appelez-le Crimson Dyke pour éviter de le confondre avec un autre, jetez le dans la fournaise de la Californie et, pour corser le tout, situez l’action en 1866, un an après la fin de la guerre de sécession pour raconter une histoire qui n’a rien à voir avec cette présentation, une révolte féministe. Lire la suite

Un journaliste russe d’opposition…

Un journaliste russe d’opposition, Mikhaïl Chevelev, dans « Une suite d’événements », son premier roman, nous projette dans notre monde barbare.

Le bandeau cite, avec à propos, la postface de Ludmila Oulitskaïa : « Ce livre s’adresse à nous tous » et c’est le cas. Le journaliste, Pavel, n’est que le témoin de la descente aux enfers d’un soldat, russe, présent lors de la première guerre en Tchétchénie voulue par Boris Eltsine et de la guerre en Ukraine provoquée par Poutine. Vadim, le soldat, est pris dans l’engrenage de l’Histoire sans pouvoir comprendre les enjeux. Au-delà même, les combattants en Ukraine ne savent plus contre qui ils se battent. La corruption est omniprésente, les manipulations partent de tous les coins de la Fédération de Russie résultat de l’éclatement de l’URSS et des guerres dites « nationalistes » menées par des potentats locaux qui y trouvent leur intérêt. Lire la suite

Plus rien n’est séparé

« Dans une situation sans issue, je n’ai d’autre choix que d’en finir. C’est dans un petit village dans les Pyrénées où personne ne me connaît [que] ma vie va s’achever ». Ces mots, repris dans ce livre, sont ceux de Walter Benjamin (1892-1940), dans sa dernière lettre, avant son suicide, le 26 septembre 1940, à Portbou. Le philosophe juif allemand, malade, « voyageur à l’unique bagage » (page 62), venait de passer la frontière espagnole, et craignait d’être reconduit en France occupée… Lire la suite

Le coin du polar (février 2021)

Frank Elder, flic à la retraite, héros récurrent de John Harvey, est partagé entre Peznance où il s’est réfugié, et Londres où il a passé trente ans.

« Le corps et l’âme » – curieuse traduction d’un standard du jazz « Body and Soul », corps et âme, comme une définition du jazz – remâche une enquête de l’inspecteur sur le violeur de sa fille alors adolescente. Ces mêmes personnages se retrouvent dans la dernière partie de la trilogie, chant du cygne évidemment, qui lie de nouveau le père et la fille sur fond de musique de jazz et de poésie. Lire la suite

La couleur de la peau, les corbeaux et les cavaliers blancs…

Halifax, Africville. La traite négrière, les « marrons », celles et ceux qui franchissent les frontières – dans la pluralité de sens du terme – le Canada, la fièvre du cabanon…

Le temps long d’une famille, ou plus exactement d’une branche familiale, de quelques individus. Des liens qui se distendent, s’effacent presque, la frontière de la peau, les lieux et les éloignements, les souvenirs triés et persistants, les fils tenus qui peuvent se renouer. La memoire effacée et reconstituée jusqu’à cette arrière grande mère Zeta… Lire la suite

Quand j’ai onze ans

Le je, l’âge, le temps d’hier, l’arrivée et la vie en Afrique colonisée, le père et sa femme D, les interdits, « J’ai onze ans et je m’ennuie », les souvenirs d’autres âges d’enfance, la puberté et le corps qui se transforme, les interdits renforcés et l’autorité paternelle, l’auto-défense, « Plutôt que de pleurer ma mère je me défends de mes agresseurs, je me construis, me maintenant sur les bords glissants d’un abîme, car je ne sais rien de moi », l’odorat, les trébuchements et les gouffres de vérité… Lire la suite

Un univers démesuré et minuscule

« Appelle-moi Suba. Non pas la conteuse, l’ancienne, la sage, la griotte. Non plus l’historienne ou la narratrice. Juste Suba, qui mêle les voix du passé à celles du présent et du future pour raconter une histoire, dire mon Histoire ».

Suba interviendra à chaque début de chapitre, ponctuant de son histoire, faisant dialoguer les voix qui l’habitent, récoltant et semant des poignée de sable, dressant une tente de repos et de réflexion pour les lectrices et les lecteurs… Lire la suite

Ils savaient porter l’imperméable avec une élégance incontestable

Sergi Pàmies développe un art particulier de la conversation, « Je ne fais plus semblant de tenir une conversation : je la tiens », un enchantement de partager, avec une douceur acidulée qui lui permet de brosser des situations cocasses comme un hypothétique congrès de divorcés ou de manipuler des codes de la fiction… Lire la suite

Filiation

Quel lien entre Edgar Poe, Guy De Maupassant et Henry James ? Des influences diffuses. Poe, par ses récits fantastiques – par le biais de la traduction de Baudelaire qui a trouvé un alter ego – a ouvert la voie à la fois à Maupassant et à James pour se lancer dans des aventures étranges et pas toujours en phase avec leur manière habituelle d’écrire. Lire la suite

Deux romans policiers à lire et savourer

Les romans policiers, pour les meilleurs d’entre eux, enquêtent et explorent les sociétés et mettent en lumière les ressorts cachés. Rappelons-nous, par exemple, Chester Himes. Ses enquêteurs, Ed Cercueil et Fossoyeur, depuis La reine des pommes (Paris, Editions Gallimard, Série Noire, 1958) et Il pleut des coups durs (Paris, Editions Gallimard, Série Noire, 1958) une dizaine de polars nous ont fait découvrir la violence, l’humour et la truculence de Harlem. La violence prend des formes inattendues, parfois surréalistes, pour répondre à la ségrégation, à l’injustice policière, à la misère. Dans cette histoire longue et combattive, Black Live Matters prolonge et renouvelle les Black Panthers. 

Je prendrai un autre exemple avec Qiu Xiaolong et sa série de plus de quinze romans policiers depuis La mort d’une héroïne rouge (Paris, Editions Liana Lévy, 2000) et Le très corruptible mandarin (Paris, Editions Liana Lévy, 2007) parmi plus de quinze polars. Son camarade inspecteur Chen, poète, lettré et fin enquêteur nous fait découvrir les contradictions et les subtilités de la société contemporaine chinoise. Il nous montre la maturité et la diversité des gens du peuple confrontés aux nouveaux mandarins, les cadres du parti et leurs héritiers, et aux nouveaux hommes d’affaires, capitalistes bien implantés dans les quartiers ou cousins capitalistes de l’étranger.

Je voudrais aujourd’hui vous présenter deux romans policiers qui sont parus récemment : Marseille 1973, de Dominique Manotti et Echec au Kaiser de Jean Philippe Milesy. Lire la suite

Jeffrey Colvin, dans « Africville », raconte une saga familiale des années 1930 jusque la fin du 20e siècle…

« Africville » c’est le nom d’un ghetto noir près de la ville de Halifax, au Canada. Les Africains déportés sur le sol de l’Amérique du Nord pour les transformer en esclaves – une aberration et une blessure sociale qui n’est pas encore résorbée – pour travailler dans les plantations. Les évasions seront multiples. Vers les tribus amérindiennes ou vers d’autres contrées comme le Canada. Les grandes villes canadiennes, Montréal particulièrement verront grossir une population africaine-américaine fuyant l’enfer des plantations. Lire la suite