Archives de Catégorie: Du coté de la réalité imaginaire

Enquêter au cœur du tumulte et de la barbarie

Hervé le Corre nous fait pénétrer « Dans l’ombre du brasier », le brasier du Paris de mai (les 18 et19 pour être exact) 1871. La Commune vit ses derniers instants. Les combattant.e.s veulent encore y croire pour construire une société fraternelle, libre. En face, les Versaillais. Thiers est aux commandes d’une armée vaincue par les Prussiens mais qui se retourne contre les siens. Sainte-Alliance des possédants contre les rêves, les utopies d’une population qui se bat pour toute l’humanité. Pas de suspense. Les massacres seront à la hauteur des peurs de ces bourgeois étriqués. La barbarie régnera en maîtresse exigeante. Lire la suite

Quoi que j’imagine, c’est autre chose

Entrecoupés de petits passages en italiques, inspirés ou adaptés de textes mythologiques et religieux, une histoire découpée en paragraphes, le plus souvent de quelques lignes. Cette écriture choisie par Megan Hunter permet de poétiser l’angoisse sourde dégagée par les circonstances. Une montée des eaux et une femmes enceinte, « un animal imprévisible », les désastres écologiques et les migrations forcées. Lire la suite

Au bord du saut à faire pour recroiser l’action, le rêve et la liberté

« Prière d’incinérer. Dégoût ». En introduction, Frédéric Thomas revient sur ces trois mots griffonnés sur un bout de papier, épinglé au revers de la veste. « A 35 ans, René Crevel, enfermé chez lui, les portes, les fenêtres – et tout le reste – hermétiquement closes, le gaz allumé, oubliait de mettre l’allumette »..

La mort, le suicide, la lumière noire.

« « Transformer le monde », a dit Marx ; « changer la vie », a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». N’en est-il pas encore ainsi ? Lire la suite

Ce ne sont jamais les cicatrices visibles qui comptent

L’hiver, le retrait, des femmes et choix radicaux de séparation ou d’éloignement, des hivers personnels. Des hommes aussi et le poids des guerres ou de la perte, « une ville allemande semblable à des centaines d’autres, réduite à des monceaux de gravats par la répétition impitoyable de bombardements alliés, leurs survivants hébétés, affamés, en état de choc » ou « rendu à la vie civile sans ces morceaux d’os et de chair anéantis qu’il avait perdu »

Des portraits saisissant la distance, le silence, les brisures et les décisions, la précision des gestes, les rares mots… Lire la suite

Les mots qui brûlent

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Eric Vuillard, La guerre des pauvres, récit (1)

Les mots d’Eric Vuillard brûlent. De colère, de révolte, de douleur, et d’espoir malgré tout. « Les mots qui sont une autre convulsion des choses » écrit-il dans « La guerre des pauvres », sont dernier bref récit – 68 pages – d’une densité exceptionnelle. Vuillard raconte les révoltes populaires du XVIe siècle en Occident et, en particulier, dans le Saint Empire Germanique. Il est aux côtés des combattants, des paysans et des tisserands pauvres, de leur dirigeant charismatique, Thomas Müntzer, prédicateur dans la lignée de la Réforme qui en 1524 prend la tête de la révolte en Thuringe, à Allstedt. Là nous dit Vuillard, « Müntzer se détacha des autres prédicateurs. Le fond devint social, enragé ». Müntzer fut, d’ailleurs, considéré comme un des premiers chrétiens révolutionnaires et même comme le précurseur d’une forme de communisme. (2) Lire la suite

Le Monde de Vikentios

Il est des lectures dont le « charme » (au sens premier du terme) apparait de prime abord assez étrange : les quelques jours dans la vie du moine Vikentios, désormais seul survivant d’un monastère d’une ile face à la Turquie, semblent assez éloignés de nos préoccupations (pour ne pas dire de notre univers culturel où le soin des verrues plantaires passe plus par la visite chez le pharmacien que par des recettes mêlant herboristerie et invocations des saints !). Lire la suite

Du jeu et de la pensée

La Meguillah d’Esther, un rouleau, la bible hébraïque.

Nathan Weinstock contextualise le texte, souligne certains éléments de l’arrière-plan historique, historicise l’écriture d’un récit.

La construction-invention d’un élément à vocation religieuse, « dans sa version hébraïque, le Rouleau n’évoque jamais l’Eternel et on n’y trouve aucune mention d’une quelconque intervention divine », la création d’une histoire avec un certain « sens du théâtre », les incohérences d’un récit biblique, une cour « perse » et des affinités babyloniennes, des similitudes avec des éléments de littérature grecque de l’époque hellénistique, les origines de la fête de Pourim… Lire la suite