Archives de Catégorie: Capitalisme /Critique de l'économie politique

Nous ne devons pas ignorer le monde au profit de nos modèles

Deux remarques pour commencer.

Il n’y a pas de prix Nobel d’économie mais un prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Malgré les dénégations de beaucoup d’économistes, l’économie ne relève pas des sciences dites exactes (comme les mathématiques ou la physique) mais bien des sciences sociales. L’économie devrait nous parler des systèmes de production, de leurs évolutions, de leurs contradiction et des choix démocratiques nécessaires à la construction des futurs. Lire la suite

Covid19, crises, choix industriels, « jour d’après », « plus jamais ça ! », Solidarité internationale, « Gérer l’urgence… puis réinventer l’avenir », Tenir bon contre la pandémie !, Nous ne paierons plus leurs crises ! … Des textes de Michel Husson, Jean Louis Griveau, Claude Serfati, Pedro Fuentes et Tito Prado, Collectif Malgré Tout, Enzo Traverso, CADTM Europe…

 Le néo-libéralisme contaminé

La nouveauté de la situation actuelle réside dans la mécanique infernale qui s’est enclenchée. En 2008, c’est la sphère financière qui avait allumé la mèche, en se transmettant à la sphère productive. Aujourd’hui, c’est l’inverse: l’activité économique est en partie à l’arrêt et ce freinage brutal revient, tel un boomerang, impacter la finance ; et cette implosion de la finance va venir en retour aggraver la récession.

L’effondrement de la pyramide financière Lire la suite

covid-19… David Harvey / Gus Massiah / Saïd Bouamama  / FUIQP / Frédéric Thomas

La crise : une perspective anticapitaliste

Lorsque j’essaie d’interpréter, de comprendre et d’analyser le flux quotidien des informations, j’ai tendance à situer ce qui se passe dans le contexte de deux modèles distinctifs mais croisés du fonctionnement du capitalisme. Le premier niveau est une cartographie des contradictions internes de la circulation et de l’accumulation du capital au fur et à mesure que la valeur monétaire circule à la recherche de profit à travers les différents « moments » (comme l’appelle Marx) de production, réalisation (consommation), distribution et réinvestissement. Il s’agit d’un modèle de l’économie capitaliste comme une spirale d’expansion et de croissance sans fin. Cela devient assez compliqué au fur et à mesure de son élaboration, par exemple à travers les lentilles des rivalités géopolitiques, des développements géographiques inégaux, des institutions financières, des politiques publiques, des reconfigurations technologiques et du réseau en constante évolution des divisions du travail et des relations sociales. Lire la suite

COVID-19. Pour une socialisation de l’appareil sanitaire (et) L’épreuve politique de la pandémie

La situation créée par la pandémie de Covid-19 est une démonstration grandeur nature et sans appel de l’inanité de la thèse soutenue, depuis des décennies, par les tenants de la libéralisation du système sanitaire. Leur postulat de base : chacun·e est détenteur d’un « capital santé » dont il est le principal voire le seul responsable (à lui de le conserver et, mieux même, de le valoriser – de l’améliorer), se trouve démenti depuis quelques semaines à une échelle proprement planétaire [1]. Lire la suite

L’économie financière empêche les gens de décider

Le mardi 4 février a été présenté à Madrid le livre Sombras. El desorden financiero en la era de la globalización [Les Ombres. Le désordre financier à l’ère de la mondialisation] écrit par l’économiste portugais Francisco Louça et l’Etats-unien Michael Ash. Bien qu’il ait été publié en août 2019, Francisco Louça est venu à Madrid et à Barcelone au début de février 2020 pour présenter le livre, soit une analyse complète des effets de la mondialisation et du système financier actuel, caractérisé par une spéculation incessante.

Francisco Louça est surtout connu pour avoir été l’un des fondateurs et avoir dirigé pendant sept ans, de 2005 à 2012, le Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) au Portugal. Il est également l’une des voix les plus critiques à l’égard des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne au Portugal. Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme » [Deuxième partie]

Première partie : mondialisation-capitaliste-eurocentrisme-et-immigration-une-proletarisation-du-monde-qui-demasque-le-pseudo-postmodernisme/

La régression sociale que constitue la mondialisation est d’une ampleur inégalée depuis le nazisme. Elle marque une mutation des rapports de force héritée justement de la victoire contre celui-ci. Elle accompagne la disparition des équilibres issus de la seconde guerre mondiale avec son axe bipolaire « est/ouest » mais aussi ses dynamiques de luttes de libération nationale et pour un « nouvel ordre économique international » c’est-à-dire contre le néocolonialisme, d’oppositions aux guerres impérialistes, d’exigences d’un traitement égalitaire pour les composantes surexploitées des classes populaires (jeunes, femmes, immigrés et héritiers de l’immigration, etc.). Une telle régression n’a été possible qu’avec une préparation et  un accompagnement idéologique de longue durée visant à perturber les repères théoriques et idéologiques des dominés de la planète. La galaxie des théories dites « postmodernes » fut, selon nous, le véhicule principal de ce combat pour réimposer l’hégémonie culturelle des classes dominantes. Lire la suite

« Crise » de réaction capitaliste, « crise » d’une réponse néolibérale à la crise des années 1970

Je choisis de mettre l’accent sur quelques éléments développés par Michel Husson dans sa préface, preface-de-michel-husson-a-louvrage-de-stavros-tombazos-crise-mondiale-et-reproduction-du-capital/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse. Le préfacier discute de temporalités dans le fonctionnement du système capitaliste, « ces trois rythmes fondamentaux sont la valorisation, l’accumulation et la réalisation de la valeur », des formes phénoménales de la plus-value et des moments de l’imaginaire social, de catégories abstraites et d’analyse des crises, du fétichisme… Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration. Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme »

L’année 2019 a été marquée par des mouvements populaires sans précédents depuis des décennies dans de nombreux pays de la planète. De l’Algérie au Soudan en passant par le Liban, la France ou Haïti ces mouvements mettent en action des millions de manifestants. Dans la même année les coups d’Etat et offensives réactionnaires se sont multipliés, de même que les tentatives d’instrumentalisations et de détournements des grands mouvements populaires. La perception chronologique de ces luttes que diffusent les médias empêche de prendre la mesure des enjeux communs que signifient ces mobilisations. De même la prégnance d’une grille de lecture euro-centrique masque l’entrée dans une nouvelle séquence historique du système impérialiste mondial et la reprise de l’initiative populaire qui l’accompagne. Comment comprendre ce nouveau cycle de lutte ? Peut-on les relier à une base matérielle commune ? Sont-elles déconnectées des discours idéologiques dominants ? Etc. Lire la suite

Préface de Michel Husson à l’ouvrage de Stavros Tombazos : Crise mondiale et reproduction du capital

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Stavros Tombazos et la discordance des temps

Ce livre est la traduction française actualisée de Global Crisis and Reproduction of Capital publié en 2019, dans une série que l’éditeur a décidé de consacrer à l’« économie de l’apocalypse » (Palgrave Insights into Apocalypse Economics). Dans son livre, Stavros Tombazos n’annonce pourtant pas la fin des temps, mais il entretient en tout cas un lien spécifique avec le temps. Son précédent livre sur cette question date en effet de 1994 (Tombazos, 1994). Mais il a manifestement résisté à l’usure – du temps – puisqu’il a fait l’objet d’une traduction en anglais, publiée vingt ans plus tard.

Tombazos y proposait une relecture du Capital structurée comme l’articulation de trois temporalités : Lire la suite

La notion de système-monde chez Wallerstein. Considérations critiques

Immanuel Wallerstein – disparu le 31 août 2019 – figure parmi les auteurs qui ont repris le concept d’économie-monde proposé par Fernand Braudel, tout en cherchant à le libérer de certaines de ses limites [1]. Pour autant, l’analyse qu’il conduit à partir de là du monde protocapitaliste n’en encourt pas moins des critiques.

Empire-monde et économie-monde Lire la suite

L’économie-monde moderne selon Braudel. Considérations critiques

Le tome 3 (en deux volumes) de l’ouvrage d’Alain Bihr Le premier âge du capitalisme, intitulé Un premier monde capitaliste, sera disponible en librairie début novembre. A cette occasion, nous avons demandé à son auteur un exposé et une analyse critique du concept d’économie-monde de Fernand Braudel. Ce qui permet, a contrario, d’éclairer un des aspects majeurs de cette somme que constitue Le premier âge du capitalisme. (Réd.) 

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Entre 1450 et 1750, on a assisté à la formation d’un premier monde capitaliste, que je nomme le monde protocapitaliste, à partir de l’Europe occidentale, son berceau historique [1]. Pour en analyser la structure originale, faite à la fois d’homogénéisation, de fragmentation et de hiérarchisation, Fernand Braudel et Immanuel Wallerstein se sont appuyés sur le concept d’économie-monde. Cependant ce concept ne permet ni de véritablement dégager cette structure ni surtout de comprendre en quoi elle se trouve générée par le procès global de reproduction du capital. Lire la suite

Basculement du monde. Les crises sont-elles inéluctables ?

La crise systémique de 2007-2008 a ouvert une nouvelle période dans l’histoire du capitalisme. Elle appelait à des révolutions pour répondre au basculement du monde. Les gouvernants se sont enlisés dans des politiques néolibérales qui avaient démontré à la fois leur nocivité et leur incapacité de répondre aux enjeux de la nouvelle donne. Il était logique que les répliques – pour employer le langage des tremblements de terre – de plus en plus fortes se manifestent. La fin de cette année 2019 est en train d’en faire la démonstration. Lire la suite

Libéralisme et néo-libéralisme. Quelle stratégie du Capital ? Quelle réponse du mouvement ouvrier ?

Viktor Orban, en veine de théorisation, propose « d’instaurer un État illibéral » tout en gardant la philosophie des politiques d’austérité mises en œuvre partout dans le monde. Le dirigeant hongrois dessine ainsi l’idéologie néo-libérale : imposer la mondialisation du Capital en diminuant drastiquement le coût du travail en jouant sur la concurrence de tous contre tous et toutes.1 L’illibéralisme tient dans la rupture avec le libéralisme des révolutions anglaises et françaises, un système politique, économique, social qui prend sa légitimité dans la démocratie, le vote des citoyen-ne-s. Lire la suite

Panique à la Réserve Fédérale et retour du Credit Crunch sur un océan de dettes

En catastrophe, mardi 17 septembre 2019, la Réserve fédérale des États-Unis a injecté 53,2 milliards de dollars dans les banques car celles-ci ne trouvaient pas assez de financement au jour le jour sur le marché interbancaire et auprès des Money market funds (voir encadré « Qu’est-ce que les Money Market Funds ? »). Elle a remis cela le mercredi 18 et le jeudi 1 septembre (https://www.wsj.com/articles/short-term-funding-spike-raises-hopes-for-fed-cuts-11568807648 ). Ce type d’intervention fait penser au mois de septembre 2008 quand les grandes banques en pleine déconfiture ont arrêté de se prêter mutuellement de l’argent (ce qui a notamment provoqué la faillite de Lehman Brothers) et qu’elles ont dû appeler à l’aide les banques centrales. Les grandes banques privées n’avaient plus confiance les unes dans les autres. Le marché bancaire s’était subitement asséché, le terme credit crunch était apparu dans la presse pour désigner ce phénomène. A partir de ce moment, la Fed a injecté de manière permanente des liquidités dans les grandes banques privées des États-Unis et elle a également, jusque 2011 permis, aux banques européennes d’avoir accès à des liquidités en dollars de manière massive. Et pour cause : les banques étasuniennes et banques européennes étaient tellement interconnectées qu’un manque de liquidités en dollars en Europe aurait pu empêcher les banques européennes de tenir leurs engagements vis-à-vis des banques des États-Unis provoquant de graves difficultés pour celles-ci. Lire la suite

De l’économie du socialisme à la planification écologique

La réflexion sur un calcul économique permettant de prendre en compte les contraintes environnementales pourrait avantageusement se nourrir de débats déjà anciens sur l’économie du socialisme.

Le livre d’Eugène Préobrajensky, La nouvelle économique, va faire l’objet d’une nouvelle édition. C’est la rédaction d’une nouvelle introduction à cet ouvrage qui a fait apparaître une continuité possible entre les théories anciennes du socialisme et l’élaboration d’un écosocialisme. Lire la suite

Les facteurs de crise financière et économique sont à l’œuvre

La crise diluée dans le vide de la pensée dominante

L’analyse objective de la conjoncture conduit à conclure que les facteurs de crise n’ont jamais été aussi actuels. Sur le terrain économique, le ralentissement de la croissance est visible dans la zone euro, particulièrement en Allemagne plus dépendante du marché mondial que la France. L’économie française amortit le choc de la récession qui vient avec une croissance de 0,2% à 0,4% par trimestre en 2018 et 0,3% pour le premier trimestre 2019 suivant les chiffres publiés par l’INSEE. Le ralentissement est plus prononcé pour l’économie allemande et pour l’ensemble de la zone euro. Lire la suite

Amérique latine : goodbye industrie, hello stagnation

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

1 Les pays d’Amérique latine sont victimes d’une « désindustrialisation précoce » qui s’accélère. Tel est le prix d’une insertion dans la mondialisation reposant sur la rente des matières premières. Les conséquences sur l’emploi, l’environnement et les inégalités sont dramatiques. Seules des politiques de modernisation de l’industrie et une dynamisation du marché intérieur par le biais de la redistribution sont susceptibles d’enrayer la dynamique. Lire la suite

Crise de l’euro et crise de l’Europe. Quel avenir pour la construction européenne ?

2010-2011, le deuxième acte de la crise financière depuis 2007-2008 a pris l’apparence d’une attaque puissante contre la monnaie unique européenne. L’euro a failli trouver là sa fin, 9 ans après sa naissance réelle comme monnaie vernaculaire. Monnaie imparfaite, l’euro ne semble plus être contestée alors que sa crise s’est réfractée sur l’ensemble de la construction européenne. Qu’elle se conjugue au présent… Lire la suite

Réflexion sur les inégalités et la mondialisation. Un éléphant, ça trompe ?

Branko Milanovic, économiste en chef de la Banque mondiale de 1993 à 2001, a voulu interpréter, comprendre la montée des inégalités à l’intérieur de chaque pays comme entre les pays et les conséquences politiques qui en résultent. Dans « Inégalités mondiales », sous-titré, tout un programme, « Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », il a construit la « courbe de l’éléphant » – reproduite sur la page de couverture de l’ouvrage – devenue une référence. Sa force : résumer en un seul graphique la distribution mondiale des revenus entre 1988 et 2008, années de « mondialisation intense », dixit l’auteur. Le constat porte sur l’essor de la « classe moyenne » mondiale, la stagnation des revenus de la classe moyenne des pays développés et la hausse impétueuse des revenus des « top percentiles », soit les 1% de la population mondiale, et même les 0,1%. Lire la suite

Les origines du capitalisme : retour critique sur les thèses de Max Weber

Le noyau de la thèse exposée par Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1),l’existence d’une parenté entre « l’ascétisme intramondain (2)» et « l’esprit du capitalisme », est incontestable. Le premier de ces éléments, particulièrement accentué au sein du calvinisme et, plus encore, au sein de certaines sectes (baptistes, piétistes, méthodistes, etc.), stimulé par l’angoisse générée par la doctrine de la prédestination (3), condamne aussi bien l’oisiveté ou la nonchalance (le gaspillage du temps) que la jouissance effrénée des biens matériels, la prodigalité ou la négligence de l’épargne (le gaspillage de l’argent), en exigeant ainsi du fidèle le plus grand sérieux dans sa profession et la plus parfaite honnêteté et rectitude dans la conduite de ses affaires. Quant au second, il désigne le type de subjectivité exigée par le capitalisme de la part de tout individu, quelle que soit sa condition, impliquant notamment une existence vouée à l’effort productif comme fin en soi et vertu suprême ainsi qu’à l’épargne à des fins d’accumulation méthodique et continue des gains obtenus. Plus encore, il exige de rationaliser l’existence au sens de « la rationalité par finalité » : de maximiser l’efficacité des actions entreprises tout en en minimisant le coût (en termes d’efforts et d’investissements) par le choix approprié des moyens et leur agencement cohérent au regard des finalités poursuivies, supposant notamment une ferme discipline personnelle assurant la maîtrise de ses pulsions et désirs.

Toute la question est de déterminer la nature de cette parenté tout comme son importance dans la genèse et le parachèvement des rapports capitalistes de production. Or, sous ce rapport, les positions de Weber ne sont pas exemptes d’ambiguïté. Lire la suite