Archives de Catégorie: Capitalisme /Critique de l'économie politique

Un prix Nobel favorable au revenu de base ? Et à une forte diminution du temps de travail

Joseph E. Stiglizt : Peuples, pouvoir et profits. Le capitalisme à l’heure de l’exaspération sociale. LLL éditions, 2019.

Le revenu de base universel p. 233, sq.

« Certains, notamment dans les milieux de la haute technologie ont avancé une proposition fascinante : compléter nos mécanismes de sécurité sociale existants par un revenu de base universel. D’autres on même suggéré que ce revenu de base devrait remplacer les multiples programmes d’aide sociale actuels. Lire la suite

Introduction au livre d’Alain Bihr et de Michel Husson : Thomas Piketty : une critique illusoire du capital

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Introduction1

Est-il encore nécessaire de présenter Thomas Piketty ? Entré à l’École normale supérieure à 18 ans, docteur en économie à vingt-deux ans, directeur d’études à l’EHESS à vingt-neuf ans, titulaire du prix du meilleur économiste de France en 2002, fondateur et premier directeur de l’École d’économie de Paris après avoir enseigné au MIT et à la London School of Economics, il a connu une carrière académique aussi brillante que fulgurante. Ses travaux sur les inégalités économiques sont reconnus et ont débouché sur un best-seller mondial, Le Capital au XXIe siècle2, qui lui a valu d’être invité dans des dizaines d’universités et de centres de recherche sur les cinq continents. La hardiesse de certaines de ses propositions de taxation des hauts revenus et des grandes fortunes pour étendre le champ de la redistribution en ont fait par ailleurs une figure incontournable du débat politique, en France comme à l’étranger. Lire la suite

Un plan de relance ? Un budget qui ne l’est pas ? Où est la stratégie ?

Relancer, relancer … Qu’en restera-t-il ?

Jean Casteix, le Premier ministre et non pas Macron, a annoncé un plan de relance de 100 milliards financé en partie par l’Union Européenne, 36 milliards environ, sur deux ans. Du jamais vu depuis les années 1980 qui avait vu triompher les dogmes des économistes néo-classiques, notamment l’équilibre des finances publiques passant par les politiques d’austérité de baisse des dépenses publiques tout en diminuant les impôts pour les plus riches et les entreprises. Du jamais vu non plus du côté de la construction européenne. Mais rien n’est encore fait. L’emprunt européen, avec le soutien de la BCE, n’est pas encore véritablement lancé. Depuis la crise de l’euro de 2010 qui avait marqué la faillite de la construction européenne telle qu’elle s’était mise en place dans les années 2000, les taux d’intérêt de la dette publique des différents pays européens se sont rapprochés tout en conservant un « spread » – un écart – important dû à la crise elle-même. Pour le moment – octobre 2020 – les marchés financiers donnent l’impression d’accepter cet emprunt européen. Les taux d’intérêt, pour souligner le problème, restent négatifs pour l’Allemagne et la France mais très largement positifs pour les autres pays, à commencer par la Grèce. Lire la suite

Des containeurs et des murs

« S’il y a bien un mot qui n’est pas utilisé à la hauteur de son importance, c’est celui de capitalisme. Alors que ce mode de production a bouleversé le monde comme jamais, il est rarement évoqué ou souvent d’une mauvaise façon ».

Dans son introduction « Comment le capitalisme façonne notre espace », Renaud Duterme parle, entre autres, des relations mondialisées, de la notion de rapport de force, du fantasme de neutralité des sciences dites « humaines », des différents rôles de la carte dont celle de contrôle, de la maitrise militaire de l’espace, de la nécessité de se réapproprier une discipline nommée géographie Lire la suite

Le capitalisme sur le fil du rasoir

L’expérience de notre génération: le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle. Walter Benjamin [1]

L’avenir, tu n’as point à le prévoir mais à le permettre. Antoine de Saint-Exupéry [2]

Cette contribution, dont le titre est emprunté à l’OCDE [3], porte en fait (pour filer la métaphore) sur un rasoir multi-lames. Nous cherchons à montrer, d’abord qu’une reprise synchronisée est hors de portée, et que la forme qu’elle prendra est une question éminemment sociale [4]. Lire la suite

La pandémie révèle l’état du monde

Qui aurait pu prévoir qu’un virus allait dévoiler l’état du monde et les crises sous-jacentes ? Il révèle d’abord la forme de la mondialisation. Elle reposait sur les stratégies des firmes multinationales, siège du pouvoir, au détriment des États. Le seul critère de cette internationalisation, la baisse du coût du travail en maximisant le profit. La chaîne de valeur s’en trouvait déstructurée sans vision de moyen terme. L’impératif de la rentabilité à court terme a été renforcé par la financiarisation de l’économie. Lire la suite

Quel rapport entre l’agriculture industrielle et la crise climatique ?

Une nouvelle vidéo d’animation, présentée par GRAIN et Alianza Biodiversidad, offre une réponse à cette question. La vidéo propose des solutions qui peuvent nous aider à sortir de l’impasse dans laquelle les multinationales agroalimentaires tentent de nous enfermer. Lire la suite

L’économie mondiale en plein chaos

« N’importe quel enfant sait que toute nation crèverait,
qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an,
mais ne fût-ce que pour quelques semaines.
 »

La pandémie a profondément désorganisé l’économie mondiale. Plutôt que de chercher à faire des prévisions, cet article voudrait montrer pourquoi c’est un exercice impossible. La logique de cette crise est en effet inédite, et la manière d’en sortir va dépendre de facteurs non seulement économiques, mais aussi sanitaires et socio-politiques. On insistera plus longuement sur les conséquences de cette crise pour la gestion des dettes en Europe. Lire la suite

Auto-extinction du néolibéralisme ? N’y comptez point

Pour la deuxième fois depuis le début du siècle, les gouvernements d’Amérique du Nord et d’Europe interviennent massivement avec des fonds publics et en collaboration avec les banques centrales pour renflouer des secteurs entiers de l’économie et prévenir un effondrement économique général. Les opérations de sauvetage en cours rendues nécessaires par la pandémie de Covid-19 ont déjà atteint une ampleur bien supérieure à celles déployées contre la crise financière de 2007-2008. Ces opérations se heurtent aux principes fondamentaux du néolibéralisme dans la mesure où elles constituent une intervention régulatrice massive de l’État pour circonscrire le marché, alors que la dérégulation et la « survie du plus apte » sur le marché sont au cœur de l’idéologie néolibérale. Lire la suite

Vers une crise économique majeure dans Toulouse et sa région. Toulouse, le syndrome Détroit ?

Coup de tonnerre dans un ciel bleu ou bien descente aux enfers ?

Nous avions eu droit à une première alerte. Souvenez-vous, en avril 2010, le volcan islandais au nom imprononçable, l’Eyjafjallajökull, entrait en éruption et projetait dans le ciel un panache de cendres volcaniques. Devant la dangerosité potentielle de ce nuage et l’absence de normes IATA en ce domaine, un certain nombre de compagnies aériennes avaient très largement restreint leur trafic provoquant ainsi, pour quelques jours la plus longue interruption du trafic aérien de l’après guerre avec 100 000 vols annulés dans onze pays européens, laissant au sol 10 millions de passagers et provoquant la perturbation ou l’annulation de nombreux évènements politiques, sportifs ou culturels. Et puis, nous sommes passés à autre chose en ne gardant comme souvenir que ces magnifiques ciels bleus au-dessus de Toulouse, vierges de toutes les trainées blanches liées à la condensation de la vapeur d’eau émise par les réacteurs. Lire la suite

Quelques remarques sur la situation économique

La crise sanitaire a produit un choc sur l’économie mondiale. De nombreuses incertitudes demeurent tant sur la durée de cette crise qui peut passer par des rebonds successifs en l’absence de vaccin ou de médicament efficace que sur les leçons qu’en tireront les classes dirigeantes et leur division éventuelle. Enfin, il est aujourd’hui impossible de prévoir quel sera l’état des opinions publiques quand cette crise commencera à s’atténuer et donc de savoir quel sera le centre de gravité politique, ce qui aura aussi une importance sur la situation économique, l’économie n’étant jamais simplement de l’économie.

Plan du texte.

– Une situation déjà dégradée avant la crise sanitaire

– Les ressorts de la récession

– Les réponses des classe dirigeantes

– Où en est la mondialisation néolibérale ? Lire la suite

Derrière le virus…

Le coronavirus est un révélateur – au sens photographique – implacable.

D’abord du néolibéralisme dans ses caractéristiques fondamentales : privatisation comme modalité de fonctionnement de la société avec comme conséquences la déstructuration des services publics et un développement anarchique faisant éclater les secteurs stratégiques tout autant que les fonctions régaliennes, à l’exception des forces de répression. C’est le double aspect du néolibéralisme : la volonté de détruire la forme sociale de l’État – i.e. « le welfare state », État-providence – et s’orienter vers la forme répressive de l’État, une tendance qui trouve des résistances sociales importantes. Lire la suite

Nous ne devons pas ignorer le monde au profit de nos modèles

Deux remarques pour commencer.

Il n’y a pas de prix Nobel d’économie mais un prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Malgré les dénégations de beaucoup d’économistes, l’économie ne relève pas des sciences dites exactes (comme les mathématiques ou la physique) mais bien des sciences sociales. L’économie devrait nous parler des systèmes de production, de leurs évolutions, de leurs contradiction et des choix démocratiques nécessaires à la construction des futurs. Lire la suite

Covid19, crises, choix industriels, « jour d’après », « plus jamais ça ! », Solidarité internationale, « Gérer l’urgence… puis réinventer l’avenir », Tenir bon contre la pandémie !, Nous ne paierons plus leurs crises ! … Des textes de Michel Husson, Jean Louis Griveau, Claude Serfati, Pedro Fuentes et Tito Prado, Collectif Malgré Tout, Enzo Traverso, CADTM Europe…

 Le néo-libéralisme contaminé

La nouveauté de la situation actuelle réside dans la mécanique infernale qui s’est enclenchée. En 2008, c’est la sphère financière qui avait allumé la mèche, en se transmettant à la sphère productive. Aujourd’hui, c’est l’inverse: l’activité économique est en partie à l’arrêt et ce freinage brutal revient, tel un boomerang, impacter la finance ; et cette implosion de la finance va venir en retour aggraver la récession.

L’effondrement de la pyramide financière Lire la suite

covid-19… David Harvey / Gus Massiah / Saïd Bouamama  / FUIQP / Frédéric Thomas

La crise : une perspective anticapitaliste

Lorsque j’essaie d’interpréter, de comprendre et d’analyser le flux quotidien des informations, j’ai tendance à situer ce qui se passe dans le contexte de deux modèles distinctifs mais croisés du fonctionnement du capitalisme. Le premier niveau est une cartographie des contradictions internes de la circulation et de l’accumulation du capital au fur et à mesure que la valeur monétaire circule à la recherche de profit à travers les différents « moments » (comme l’appelle Marx) de production, réalisation (consommation), distribution et réinvestissement. Il s’agit d’un modèle de l’économie capitaliste comme une spirale d’expansion et de croissance sans fin. Cela devient assez compliqué au fur et à mesure de son élaboration, par exemple à travers les lentilles des rivalités géopolitiques, des développements géographiques inégaux, des institutions financières, des politiques publiques, des reconfigurations technologiques et du réseau en constante évolution des divisions du travail et des relations sociales. Lire la suite

COVID-19. Pour une socialisation de l’appareil sanitaire (et) L’épreuve politique de la pandémie

La situation créée par la pandémie de Covid-19 est une démonstration grandeur nature et sans appel de l’inanité de la thèse soutenue, depuis des décennies, par les tenants de la libéralisation du système sanitaire. Leur postulat de base : chacun·e est détenteur d’un « capital santé » dont il est le principal voire le seul responsable (à lui de le conserver et, mieux même, de le valoriser – de l’améliorer), se trouve démenti depuis quelques semaines à une échelle proprement planétaire [1]. Lire la suite

L’économie financière empêche les gens de décider

Le mardi 4 février a été présenté à Madrid le livre Sombras. El desorden financiero en la era de la globalización [Les Ombres. Le désordre financier à l’ère de la mondialisation] écrit par l’économiste portugais Francisco Louça et l’Etats-unien Michael Ash. Bien qu’il ait été publié en août 2019, Francisco Louça est venu à Madrid et à Barcelone au début de février 2020 pour présenter le livre, soit une analyse complète des effets de la mondialisation et du système financier actuel, caractérisé par une spéculation incessante.

Francisco Louça est surtout connu pour avoir été l’un des fondateurs et avoir dirigé pendant sept ans, de 2005 à 2012, le Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) au Portugal. Il est également l’une des voix les plus critiques à l’égard des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne au Portugal. Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme » [Deuxième partie]

Première partie : mondialisation-capitaliste-eurocentrisme-et-immigration-une-proletarisation-du-monde-qui-demasque-le-pseudo-postmodernisme/

La régression sociale que constitue la mondialisation est d’une ampleur inégalée depuis le nazisme. Elle marque une mutation des rapports de force héritée justement de la victoire contre celui-ci. Elle accompagne la disparition des équilibres issus de la seconde guerre mondiale avec son axe bipolaire « est/ouest » mais aussi ses dynamiques de luttes de libération nationale et pour un « nouvel ordre économique international » c’est-à-dire contre le néocolonialisme, d’oppositions aux guerres impérialistes, d’exigences d’un traitement égalitaire pour les composantes surexploitées des classes populaires (jeunes, femmes, immigrés et héritiers de l’immigration, etc.). Une telle régression n’a été possible qu’avec une préparation et  un accompagnement idéologique de longue durée visant à perturber les repères théoriques et idéologiques des dominés de la planète. La galaxie des théories dites « postmodernes » fut, selon nous, le véhicule principal de ce combat pour réimposer l’hégémonie culturelle des classes dominantes. Lire la suite

« Crise » de réaction capitaliste, « crise » d’une réponse néolibérale à la crise des années 1970

Je choisis de mettre l’accent sur quelques éléments développés par Michel Husson dans sa préface, preface-de-michel-husson-a-louvrage-de-stavros-tombazos-crise-mondiale-et-reproduction-du-capital/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse. Le préfacier discute de temporalités dans le fonctionnement du système capitaliste, « ces trois rythmes fondamentaux sont la valorisation, l’accumulation et la réalisation de la valeur », des formes phénoménales de la plus-value et des moments de l’imaginaire social, de catégories abstraites et d’analyse des crises, du fétichisme… Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration. Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme »

L’année 2019 a été marquée par des mouvements populaires sans précédents depuis des décennies dans de nombreux pays de la planète. De l’Algérie au Soudan en passant par le Liban, la France ou Haïti ces mouvements mettent en action des millions de manifestants. Dans la même année les coups d’Etat et offensives réactionnaires se sont multipliés, de même que les tentatives d’instrumentalisations et de détournements des grands mouvements populaires. La perception chronologique de ces luttes que diffusent les médias empêche de prendre la mesure des enjeux communs que signifient ces mobilisations. De même la prégnance d’une grille de lecture euro-centrique masque l’entrée dans une nouvelle séquence historique du système impérialiste mondial et la reprise de l’initiative populaire qui l’accompagne. Comment comprendre ce nouveau cycle de lutte ? Peut-on les relier à une base matérielle commune ? Sont-elles déconnectées des discours idéologiques dominants ? Etc. Lire la suite