Archives de Catégorie: Capitalisme /Critique de l'économie politique

covid-19… David Harvey / Gus Massiah / Saïd Bouamama  / FUIQP / Frédéric Thomas

La crise : une perspective anticapitaliste

Lorsque j’essaie d’interpréter, de comprendre et d’analyser le flux quotidien des informations, j’ai tendance à situer ce qui se passe dans le contexte de deux modèles distinctifs mais croisés du fonctionnement du capitalisme. Le premier niveau est une cartographie des contradictions internes de la circulation et de l’accumulation du capital au fur et à mesure que la valeur monétaire circule à la recherche de profit à travers les différents « moments » (comme l’appelle Marx) de production, réalisation (consommation), distribution et réinvestissement. Il s’agit d’un modèle de l’économie capitaliste comme une spirale d’expansion et de croissance sans fin. Cela devient assez compliqué au fur et à mesure de son élaboration, par exemple à travers les lentilles des rivalités géopolitiques, des développements géographiques inégaux, des institutions financières, des politiques publiques, des reconfigurations technologiques et du réseau en constante évolution des divisions du travail et des relations sociales. Lire la suite

COVID-19. Pour une socialisation de l’appareil sanitaire (et) L’épreuve politique de la pandémie

La situation créée par la pandémie de Covid-19 est une démonstration grandeur nature et sans appel de l’inanité de la thèse soutenue, depuis des décennies, par les tenants de la libéralisation du système sanitaire. Leur postulat de base : chacun·e est détenteur d’un « capital santé » dont il est le principal voire le seul responsable (à lui de le conserver et, mieux même, de le valoriser – de l’améliorer), se trouve démenti depuis quelques semaines à une échelle proprement planétaire [1]. Lire la suite

L’économie financière empêche les gens de décider

Le mardi 4 février a été présenté à Madrid le livre Sombras. El desorden financiero en la era de la globalización [Les Ombres. Le désordre financier à l’ère de la mondialisation] écrit par l’économiste portugais Francisco Louça et l’Etats-unien Michael Ash. Bien qu’il ait été publié en août 2019, Francisco Louça est venu à Madrid et à Barcelone au début de février 2020 pour présenter le livre, soit une analyse complète des effets de la mondialisation et du système financier actuel, caractérisé par une spéculation incessante.

Francisco Louça est surtout connu pour avoir été l’un des fondateurs et avoir dirigé pendant sept ans, de 2005 à 2012, le Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) au Portugal. Il est également l’une des voix les plus critiques à l’égard des politiques d’austérité imposées par l’Union européenne au Portugal. Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme » [Deuxième partie]

Première partie : mondialisation-capitaliste-eurocentrisme-et-immigration-une-proletarisation-du-monde-qui-demasque-le-pseudo-postmodernisme/

La régression sociale que constitue la mondialisation est d’une ampleur inégalée depuis le nazisme. Elle marque une mutation des rapports de force héritée justement de la victoire contre celui-ci. Elle accompagne la disparition des équilibres issus de la seconde guerre mondiale avec son axe bipolaire « est/ouest » mais aussi ses dynamiques de luttes de libération nationale et pour un « nouvel ordre économique international » c’est-à-dire contre le néocolonialisme, d’oppositions aux guerres impérialistes, d’exigences d’un traitement égalitaire pour les composantes surexploitées des classes populaires (jeunes, femmes, immigrés et héritiers de l’immigration, etc.). Une telle régression n’a été possible qu’avec une préparation et  un accompagnement idéologique de longue durée visant à perturber les repères théoriques et idéologiques des dominés de la planète. La galaxie des théories dites « postmodernes » fut, selon nous, le véhicule principal de ce combat pour réimposer l’hégémonie culturelle des classes dominantes. Lire la suite

« Crise » de réaction capitaliste, « crise » d’une réponse néolibérale à la crise des années 1970

Je choisis de mettre l’accent sur quelques éléments développés par Michel Husson dans sa préface, preface-de-michel-husson-a-louvrage-de-stavros-tombazos-crise-mondiale-et-reproduction-du-capital/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse. Le préfacier discute de temporalités dans le fonctionnement du système capitaliste, « ces trois rythmes fondamentaux sont la valorisation, l’accumulation et la réalisation de la valeur », des formes phénoménales de la plus-value et des moments de l’imaginaire social, de catégories abstraites et d’analyse des crises, du fétichisme… Lire la suite

Mondialisation capitaliste, eurocentrisme et immigration. Une prolétarisation du monde qui démasque le pseudo « postmodernisme »

L’année 2019 a été marquée par des mouvements populaires sans précédents depuis des décennies dans de nombreux pays de la planète. De l’Algérie au Soudan en passant par le Liban, la France ou Haïti ces mouvements mettent en action des millions de manifestants. Dans la même année les coups d’Etat et offensives réactionnaires se sont multipliés, de même que les tentatives d’instrumentalisations et de détournements des grands mouvements populaires. La perception chronologique de ces luttes que diffusent les médias empêche de prendre la mesure des enjeux communs que signifient ces mobilisations. De même la prégnance d’une grille de lecture euro-centrique masque l’entrée dans une nouvelle séquence historique du système impérialiste mondial et la reprise de l’initiative populaire qui l’accompagne. Comment comprendre ce nouveau cycle de lutte ? Peut-on les relier à une base matérielle commune ? Sont-elles déconnectées des discours idéologiques dominants ? Etc. Lire la suite

Préface de Michel Husson à l’ouvrage de Stavros Tombazos : Crise mondiale et reproduction du capital

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Stavros Tombazos et la discordance des temps

Ce livre est la traduction française actualisée de Global Crisis and Reproduction of Capital publié en 2019, dans une série que l’éditeur a décidé de consacrer à l’« économie de l’apocalypse » (Palgrave Insights into Apocalypse Economics). Dans son livre, Stavros Tombazos n’annonce pourtant pas la fin des temps, mais il entretient en tout cas un lien spécifique avec le temps. Son précédent livre sur cette question date en effet de 1994 (Tombazos, 1994). Mais il a manifestement résisté à l’usure – du temps – puisqu’il a fait l’objet d’une traduction en anglais, publiée vingt ans plus tard.

Tombazos y proposait une relecture du Capital structurée comme l’articulation de trois temporalités : Lire la suite