Archives de Catégorie: Capitalisme /Critique de l'économie politique

Amérique latine : goodbye industrie, hello stagnation

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

1 Les pays d’Amérique latine sont victimes d’une « désindustrialisation précoce » qui s’accélère. Tel est le prix d’une insertion dans la mondialisation reposant sur la rente des matières premières. Les conséquences sur l’emploi, l’environnement et les inégalités sont dramatiques. Seules des politiques de modernisation de l’industrie et une dynamisation du marché intérieur par le biais de la redistribution sont susceptibles d’enrayer la dynamique. Lire la suite

Crise de l’euro et crise de l’Europe. Quel avenir pour la construction européenne ?

2010-2011, le deuxième acte de la crise financière depuis 2007-2008 a pris l’apparence d’une attaque puissante contre la monnaie unique européenne. L’euro a failli trouver là sa fin, 9 ans après sa naissance réelle comme monnaie vernaculaire. Monnaie imparfaite, l’euro ne semble plus être contestée alors que sa crise s’est réfractée sur l’ensemble de la construction européenne. Qu’elle se conjugue au présent… Lire la suite

Réflexion sur les inégalités et la mondialisation. Un éléphant, ça trompe ?

Branko Milanovic, économiste en chef de la Banque mondiale de 1993 à 2001, a voulu interpréter, comprendre la montée des inégalités à l’intérieur de chaque pays comme entre les pays et les conséquences politiques qui en résultent. Dans « Inégalités mondiales », sous-titré, tout un programme, « Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l’égalité des chances », il a construit la « courbe de l’éléphant » – reproduite sur la page de couverture de l’ouvrage – devenue une référence. Sa force : résumer en un seul graphique la distribution mondiale des revenus entre 1988 et 2008, années de « mondialisation intense », dixit l’auteur. Le constat porte sur l’essor de la « classe moyenne » mondiale, la stagnation des revenus de la classe moyenne des pays développés et la hausse impétueuse des revenus des « top percentiles », soit les 1% de la population mondiale, et même les 0,1%. Lire la suite

Les origines du capitalisme : retour critique sur les thèses de Max Weber

Le noyau de la thèse exposée par Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1),l’existence d’une parenté entre « l’ascétisme intramondain (2)» et « l’esprit du capitalisme », est incontestable. Le premier de ces éléments, particulièrement accentué au sein du calvinisme et, plus encore, au sein de certaines sectes (baptistes, piétistes, méthodistes, etc.), stimulé par l’angoisse générée par la doctrine de la prédestination (3), condamne aussi bien l’oisiveté ou la nonchalance (le gaspillage du temps) que la jouissance effrénée des biens matériels, la prodigalité ou la négligence de l’épargne (le gaspillage de l’argent), en exigeant ainsi du fidèle le plus grand sérieux dans sa profession et la plus parfaite honnêteté et rectitude dans la conduite de ses affaires. Quant au second, il désigne le type de subjectivité exigée par le capitalisme de la part de tout individu, quelle que soit sa condition, impliquant notamment une existence vouée à l’effort productif comme fin en soi et vertu suprême ainsi qu’à l’épargne à des fins d’accumulation méthodique et continue des gains obtenus. Plus encore, il exige de rationaliser l’existence au sens de « la rationalité par finalité » : de maximiser l’efficacité des actions entreprises tout en en minimisant le coût (en termes d’efforts et d’investissements) par le choix approprié des moyens et leur agencement cohérent au regard des finalités poursuivies, supposant notamment une ferme discipline personnelle assurant la maîtrise de ses pulsions et désirs.

Toute la question est de déterminer la nature de cette parenté tout comme son importance dans la genèse et le parachèvement des rapports capitalistes de production. Or, sous ce rapport, les positions de Weber ne sont pas exemptes d’ambiguïté. Lire la suite

Comment justifier l’injustifiable ? Le cas de la famine irlandaise

Cette contribution vient après d’autres dont le fil directeur est cette question : comment légitimer l’existence de « surnuméraires », pauvres ou chômeurs ? Le cas de la famine irlandaise est de ce point de vue exemplaire, parce qu’il combine toutes les justifications, depuis la providence divine jusqu’à une forme d’eugénisme larvé. Les résonances contemporaines sont évidentes : la résurgence du conflit irlandais renvoie à ces racines historiques, et on retrouve aujourd’hui le même hymne à l’effort individuel (1). Lire la suite

La prétention de la mesure en économie. La façon dont sont calculés les taux et indices les plus courants en économie

Il y a trois sortes de mensonges : 

Les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques. 

Mark Twain

If you think you can’t measure something, measure it anyway

Franck Knight (1)

Lorsqu’un mathématicien effectue des calculs, 

il ne sait ni de quoi il parle, ni si ce qu’il en dit est vrai

Bertrand Russel

If you can’t measure it, you can’t manage it 

Peter Drucker

 

Après avoir montré dans ma précédente chronique pourquoi et comment des notions – plus qu’abusivement utilisées dans les discours économiques, politiques et journalistiques… – telles que « la rareté » et « l’amortissement », sont loin d’être – au sens scientifique généralement admis -, des « concepts (3) » d’aucune sorte (4). Ils sont encore moins des concepts univoques ou universels, cela étant plus particulièrement valable pour ce qui est de l’amortissement, lequel est de surcroît présenté comme une « mesure ». Dans la présente chronique, je voudrais proposer de nous attarder sur les façons (5) dont sont « calculés », « établis », « prévus », « anticipés » des indicateurs économiques tels que taux d’amortissements, de chômage, taux de croissance (du PIB), d’inflation… Lire la suite

La prétention de la mesure en économie : à propos des notions de « rareté » et « d’amortissement »

Il existe tellement de notions, prétendument « concepts » ou « mesures » en économie, deux présentées comme autant de « vérités premières » ou de quantifications scientifiques indiscutables, qu’elles en deviennent des sortes de « mantras » sans cesse ressassés par, pêle-mêle, économistes, politiciens, journalistes… Aussi automatiquement que profondément intégrées, et dans les cursus universitaires, et dans les langages de tous les jours, ces notions en deviennent des quasis postulats. Postulats dont la validité, la rigueur, le sens… ne semblent poser aucun problème. Lire la suite