Archives de Catégorie: Art

Les droits ne sont jamais octroyés, ils s’obtiennent, de haute lutte, parfois au péril de sa vie

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Dans sa préface, Comme une matérialité de la culture, Geneviève Fraisse aborde les occasions de rencontre, le mouvement pour la parité, le sexisme dans la culture, les rapports rédigés par Reine Prat, « La preuve raconte les empêchements à fabriquer l’égalité », les responsabilités publiques et les productions de création, le formel de l’égalité et son nécessaire contenu, « Elle entrecroise la question des places dans le pouvoir institutionnel de la culture avec la création elle-même, transformations, imaginaires, fabrication de la représentation artistique »…

De la préfacière, je rappelle le dernier ouvrage : La suite de l’Histoire. Actrices, créatrices, le-modele-redevenu-sujet-legalite-et-la-creation/.

« Tout a été dit. Et continue de se dire et se dira aussi longtemps qu’il le faudra », En ouverture, Reine Prat parle de la litanie des chiffres attestant des inégalités entre les femmes et les hommes, des révélations des violences exercées sur des femmes parce qu’elles sont des femmes, du secteur des arts et de la culture et de la force des représentations, de ses rapports écrits en 2006 et 2009, des liens inextricables entre sexisme et racisme, de toutes les inégalités et de toutes les violences, des approches pluridimensionnelles, de non-mixité politique, des acquis qui ne sont jamais acquis… Lire la suite

Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale) + L’artiste. Shamsia Hassani (et autres textes)

  • Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale)
  • L’artiste. Shamsia Hassani
  • Bruna Alasia : Mostra de Venise 2021 : l’appel des réalisatrices Karimi et Mani pour venir en aide aux artistes afghans
  • Roksana Bahramitash : Mes soeurs afghanes

 

Sonita Alizadeh est une rappeuse et une militante contre le mariage forcé, née à Hérat en Afghanistan en 1996. Elle échappe à 10 ans à un premier mariage forcé (le mariage précoce étant considéré comme un moyen de protéger l’honneur d’une jeune fille dans la tradition afghane). Elle atterrit dans un centre pour enfants réfugiés qui la scolarise et l’emploie à mi-temps comme femme de ménage. Elle se met à écrire du rap pour exprimer sa colère face au sort qui est réservé aux jeunes filles dans son pays. Elle chante ses textes devant ses copines et fait du porte-à-porte pour essayer de trouver un producteur pour ses poèmes mis en musique. C’est à ce moment que la réalisatrice Rokhsareh Ghaem Maghami se met à tourner un documentaire sur Sonita. Lire la suite

Se remplir les poches d’essais

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Revisiter Picasso à l’ère de #metoo

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Peut-on aspirer à dépatriarcaliser nos musées ? De la même façon que des musées dans le monde procèdent à la décolonisation des pièces et œuvres volées ou obtenues sous la contrainte des différentes communautés, il faudrait d’après moi entamer une démarche de dépatriarcalisation des musées. Ainsi, comment planifier une exposition de l’œuvre de Picasso, un homme extrêmement violent et misogyne, à l’ère du mouvement #metoo ?
Photo : Otto Pascual-Suelves

La réponse n’est pas simple, ni univoque. Le Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ) faisait face à un défi de taille lorsqu’il a pris la décision d’exposer Picasso, et je sympathise avec les commissaires et les travailleuses et travailleurs de ce musée. Cependant, une réflexion par et pour les femmes doit être faite, encore plus en ce moment où on est en train de nous tuer parce qu’on est des femmes. À l’heure où j’écris ces lignes, on compte le treizième féminicide (treizième !) au Québec au cours de cette année, qui n’en est qu’à sa première moitié. Lire la suite

Peintres femmes, 1780-1830

Mémoires perdues des « Peintres femmes, 1780-1830 », que le travail de Martine Lacas permet de retrouver, une plongée dans notre histoire.

La place des femmes dans les différentes disciplines artistiques, en particulier, ne devrait plus avoir besoin d’être démontrée. Pourtant les œuvres des femmes restent la face cachée de notre patrimoine. Le terme de « matrimoine » est quelque fois proposé pour commencer à combler ce vide organisé par les hommes et par les préjugés. A condition d’éviter de tomber dans le piège de la séparation. Il est fondamental pour conserver intact notre mémoire de comprendre que les œuvres, au féminin ou au masculin, ont une histoire commune. Lire la suite

L’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière

Dans sa préface, Feu dans la nuit rouge, Alex Januário parle de lumière, du positionnement d’insurgé et de surréaliste de Michael Löwy, de rigueur critique et poétique, de l’amour, la poésie et la liberté, « Ces trois forces que l’on retrouve comme des éléments moteurs dans chacun de ces deux champs, sont des pierres alchimiques de lumière noire, des rayons qui peuplent la nuit et les rêves, autant de rets incantatoires qui évoquent ici les images orageuses du mystère qui les entoure », des gouffres de l’âme et des mouvements révolutionnaires, des forces d’insoumission et de réenchantement, « La Comète incandescente déchire le soleil noir et s’installe dans la nuit aimante comme la lumière de la plus-réalité poétique, abrasive, transformatrice. Magique et séminale, l’illumination profane et subversive »… Lire la suite

Rapports de pouvoir invisibilisés par des performances chatoyantes

« Le monde de l’art s’est mondialisé et financiarisé. L’art est ainsi devenu une sorte de monnaie mondiale ». En introduction, L’usage de l’art dans la Silicon Valley, Fred Turner aborde, entre autres, la construction de « la Block Rock City de Burning Man » dans – il faut le souligner – « l’un des déserts les plus inhospitaliers de l’ouest des Etats-Unis » (au mépris des coûts écologiques), les murs couverts de peintures et de sculptures des locaux de Facebook, le temps libre d’informaticien·nes à élaborer des œuvres ou performances. Il invite à saisir pourquoi dans la Silicon Valley ces œuvres sont bien des œuvres d’art, « Pour comprendre comment et pourquoi, il faut se défaire de l’idée que pour être considérée comme de l’art, une œuvre doit prendre une forme déterminée par les mouvements artistiques parisiens et new-yorkais du XXe siècle ». Lire la suite

Introduction à l’ouvrage : Constellations subjectives. Pour une histoire féministe de l’art

Avec l’aimable autorisation des Editions iXe

Recueil de travaux inédits, de croisements artistiques, d’études historiques et de propositions esthétiques qui convoquent une pensée politique de l’art contemporain, cette anthologie affirme la nécessité de penser l’articulation entre art et histoire globale, entre art et genre, entre art et corporéités, entre art et décolonialité, à partir de références textuelles, visuelles, performatives et conceptuelles. ces approches théoriques et artistiques s’affirment dans des perspectives féministes, queers et décoloniales. Lire la suite

Prendre la parole, c’est aussi prendre à bras-le-corps ses émotions

Je propose ici une lecture partielle et subjective de certains articles.

J’invite pour commencer à lire deux poèmes de Silvia Ethel Matus Avelar traduits par Jules Falquet. Deux extraits : « De lever la bannière de l’amour radical / D’abattre des barreaux réels ou imaginaires des sentinelles vigilantes » et « Sexagénaire ou septuagénaire / tu es la survivante de néfastes dictateurs / de démocraties suspectes / de mauvais maris ou d’amants encore pire ». Lire la suite

L’Institut du Monde Arabe (IMA) propose le tome 5 des Arabofolies

Soulèvements

Les printemps arabes, s’en souvient-on ?, avaient provoqué d’énormes espoirs de par le monde. Enfin les dictateurs étaient tirés de leur lit, obligés de partir ou de rendre des comptes. Enfin, les libertés démocratiques à commencer par les droits des femmes faisaient des pas importants, l’émancipation semblait la donnée principale de tous ces soulèvements. Lire la suite

Eloge du déséquilibre et de l’instabilité

Merci à Ouardia

Présentation du livre de Sylvie Storme et Lorenzo Chiandotto


Esthétique de la photographie ?

André Rouillé, dans « La photographie » (Folio), l’avait qualifiée « d’art moyen » pour signifier ses liens avec la technologie en la situant « entre document et art contemporain », une situation peu enviable lorsqu’il s’agit de définir une esthétique. Dominique de Font-Réaulx dans ce Beau Livre : « Peinture et photographie. Les enjeux d’une rencontre 1839-1914 » en retraçant les prolégomènes de la découverte donne une explication ontologique. Les bouleversements artistiques du début du 19e qui touchent toutes les disciplines, et d’abord le théâtre avec la découverte de Shakespeare mais aussi la littérature comme les rapports étroits entre arts, science et philosophie – Kant en particulier mais aussi Goethe – construisent un contexte favorable à la naissance de nouveaux domaines artistiques. Contexte révolutionnaire qui se heurte de plain fouet à la réaction politique, sociale, artistique via les différentes académies devenues des chantres du passé et de la sécheresse de la Monarchie de juillet. Font-Réaulx voit dans cet antagonisme la raison de l’impossibilité d’un débat ouvert sur l’importance artistique de cette découverte. Lire la suite

Eloge de Leïla Menchari

La décoratrice Leïla Menchari s’est éteinte le 4 avril 2020, victime de la monstrueuse hécatombe. Les vitrines flamboyantes d’Hermès, œuvres d’art incomparables, l’immortalisent. L’artiste est née le 27 septembre 1927 dans une famille tunisienne émancipée, d’un père avocat francophile et d’une mère féministe pionnière. Pendant son adolescence, elle rencontre à Hammamet Violet et Jean Henson, amateurs d’art et mécènes, qui l’invitent dans leur villa plantée d’arbres fruitiers, de plantes aromatiques, de fleurs odorantes. Elle découvre les couleurs pulsatiles, les senteurs subtiles, les émotions tactiles. Elle côtoie les prestigieux invités, Luchino Visconti, Man Ray, Jean Cocteau… « Mon premier voyage a commencé au pied de deux escaliers de pierre. C’était un endroit extraordinaire sentant le citron et le jasmin, un jardin à la fois anarchique et construit, une jungle folle avec des paons, des daturas énormes, une longue allée et un bassin sur lequel flottaient des nénuphars bleus. Je n’avais jamais vu de fleur poussant dans l’eau. Je suis entrée dans la rareté par ce chemin-là… C’est dans ce jardin, à l’écoute de ces esthètes, que j’ai compris ce qui déterminerait ma vie, la beauté et la liberté » (Leïla Menchari). Lire la suite

Les femmes des siècles passés, que sait-on d’elles ?

Je suis très choquée de voir que dans les siècles passés, 95% des femmes ayant accompli de grandes choses dans leur vie ont été mises de côté, totalement effacées de l’histoire de l’humanité au profit des hommes.

Les grandes découvertes, l’art, la philosophie, la littérature, la musique, les sciences, les mathématiques, etc. Tout ce que l’humanité a construit, inventé ou créé a historiquement été attribué aux hommes. Lire la suite

Le modèle redevenu sujet, l’égalité et la création

Pour commencer un détour par trois artistes parmi celles évoquées par Geneviève Fraisse : Joëlle Léandre (lire sa Lettre ouverte aux Victoires du jazz : lettre-ouverte-de-joelle-leandre-aux-victoires-du-jazz et en fin de note quelques disques chroniqués) ; Hilma af Klint : dont le tableau The Swan illustre la réédition en format de poche Les excès du genre. Une enquête philosophiqueverites-contretemps-historiques-exces/ ; Deborah De Robertis : (Lire des extraits de son texte #metoo, l’émancipation par le regardquatre-extraits-du-texte-metoo-lemancipation-par-le-regard-de-deborah-de-robertis/ et note de lecture du livre contenant ce texte, Sous la direction de Samuel Lequette & Delphine Le Vergos : Cours petite fille ! #metoo #timesup #noshamefistnotre-colere-nest-pas-un-detail-de-lhistoire-quon-peut-passer-sous-le-tapis/).

Des créatrices, malgré les interdits, « des préjugés et des imaginaires apeurés quant à la liberté de créer, jouissance des femmes toujours en suspens », les philosophes, les penseurs de la politique ou les écrivains… Lire la suite

La poésie gagnera

Au Pays basque, une culture sans frontières et sans tabous se renforce de plus en plus. Les résistances tournées vers la création et la liberté, en mettant en question les modes de contestation traditionnels, œuvrent à une nouvelle forme de vie et d’expression.

Je suis au Pays Basque. Dans une résistance incontrôlable. Car c’est une résistance complètement poétique et c’est incontrôlable la poésie. Depuis deux jours, je me ressource à Errobiko Festibala, dans le village Itxassou, qui crée un orchestre étonnant de musique, de poésie, de peinture, de danse, de théâtre, de philosophie et aussi de sociologie. Et ce n’est pas par hasard que ce festival a été inauguré par une conférence-spectacle suivie d’un vif débat sur la domination masculine et que chaque jour démarre avec une conférence-spectacle sur le même sujet. Lire la suite

Blu, l’activiste

Blu est un Italien de Bologne, né en 1980, originaire d’Argentine qui a commencé sa carrière en 1999 en Italie avec deux pratiques esthétiques qui vont se compléter et s’interpénétrer, le street art et la vidéo. En fait, son nom « Blu », bleu en italien, ne dit rien de son travail. Pas davantage son origine argentine et la connaissance de sa ville de naissance. L’homme n’écrit pas, refuse de répondre aux demandes d’interview. Ses « murs » ne répondent jamais à des commandes rémunérées. Il met sur les réseaux sociaux des photographies de ses œuvres et de ses vidéos d’animation. Il vit de la vente de reproductions de ses « murs » via sa boutique en ligne. Pour compléter le tableau du personnage, il détruit ou fait détruire ses œuvres quand des marchands du Temple veulent en tirer profit (1). Lire la suite

Snik, le pochoir revisité.

Décembre 2018, mur de la rue Oberkampf. 15 heures et il fait déjà presque nuit. Le Café Charbon est fermé : c’est lundi. Sur le mur géré par l’association bien nommée « Le Mur », une très jolie femme me regarde. Elle est de profil mais retourne vers moi son visage. Elle ne sourit pas. Elle me regarde fixement sûre de sa rayonnante beauté. Elle est coiffée de fleurs. Cela m’évoque les jeunes filles en fleurs de Russie ou d’Ukraine qui lors des fêtes portent des couronnes de fleurs champêtres entrelacées dans leurs cheveux. Un violet pâle et un jaune décoloré soulignent l’éclat des pétales, en demi teintes. Le portrait est noir et blanc, à peine ponctué par un brouillard subtil de couleurs surannées. Il se détache du mur noir. Noir et blanc sur le fond noir « de mes nuits blanches ». Une femme nue certainement, je le devine, belle et froide comme son Albion natale. Sur sa joue droite, se dessine comme une ombre. Je ne parviens à comprendre sa signification. La beauté épurée de ses artifices se conjugue au mystère. Lire la suite

Dale Grimshaw et la cause papoue

Ce n’est pas pour me vanter mais je n’ai rien de particulièrement intéressant à dire sur nos actuels heurs et malheurs. N’étant pas dans la confidence des puissants, je sais ce que tout le monde sait. Par contre, j’ai des choses intéressantes à dire sur les Papous. Plus précisément sur le traitement de la cause papoue par un artiste anglais Dale Grimshaw.  Lire la suite

Os gêmeos : La Ville, un musée à ciel ouvert ?

Tout bien considéré, j’ai la faiblesse de penser que les frères Pandolfo ont du génie. Fait remarquable et remarqué, ce sont de vrais jumeaux qui créent ensemble une œuvre syncrétique à un point tel qu’il n’est guère possible de faire le départ entre ce que fait l’un et ce que fait l’autre. Leur création forte, cohérente, originale, a amené des critiques à interroger les Jumeaux sur cette symbiose étonnante. Dans un entretien récent, ils répondaient : « Nous sommes complémentaires : l’un complète la pensée de l’autre tout le temps. Notre processus créatif nous paraît si naturel, même s’il est difficile à expliquer. C’est comme s’il y avait un lien, qui nous gardait continuellement connectés, même lorsque nous sommes loin l’un de l’autre. Un lien éternel ». Ils résument ce lien exceptionnel par une courte phrase saisissante « Un monde, une voix. » Lire la suite