Archives de Catégorie: Art

Eloge du déséquilibre et de l’instabilité

Merci à Ouardia

Présentation du livre de Sylvie Storme et Lorenzo Chiandotto


Esthétique de la photographie ?

André Rouillé, dans « La photographie » (Folio), l’avait qualifiée « d’art moyen » pour signifier ses liens avec la technologie en la situant « entre document et art contemporain », une situation peu enviable lorsqu’il s’agit de définir une esthétique. Dominique de Font-Réaulx dans ce Beau Livre : « Peinture et photographie. Les enjeux d’une rencontre 1839-1914 » en retraçant les prolégomènes de la découverte donne une explication ontologique. Les bouleversements artistiques du début du 19e qui touchent toutes les disciplines, et d’abord le théâtre avec la découverte de Shakespeare mais aussi la littérature comme les rapports étroits entre arts, science et philosophie – Kant en particulier mais aussi Goethe – construisent un contexte favorable à la naissance de nouveaux domaines artistiques. Contexte révolutionnaire qui se heurte de plain fouet à la réaction politique, sociale, artistique via les différentes académies devenues des chantres du passé et de la sécheresse de la Monarchie de juillet. Font-Réaulx voit dans cet antagonisme la raison de l’impossibilité d’un débat ouvert sur l’importance artistique de cette découverte. Lire la suite

Eloge de Leïla Menchari

La décoratrice Leïla Menchari s’est éteinte le 4 avril 2020, victime de la monstrueuse hécatombe. Les vitrines flamboyantes d’Hermès, œuvres d’art incomparables, l’immortalisent. L’artiste est née le 27 septembre 1927 dans une famille tunisienne émancipée, d’un père avocat francophile et d’une mère féministe pionnière. Pendant son adolescence, elle rencontre à Hammamet Violet et Jean Henson, amateurs d’art et mécènes, qui l’invitent dans leur villa plantée d’arbres fruitiers, de plantes aromatiques, de fleurs odorantes. Elle découvre les couleurs pulsatiles, les senteurs subtiles, les émotions tactiles. Elle côtoie les prestigieux invités, Luchino Visconti, Man Ray, Jean Cocteau… « Mon premier voyage a commencé au pied de deux escaliers de pierre. C’était un endroit extraordinaire sentant le citron et le jasmin, un jardin à la fois anarchique et construit, une jungle folle avec des paons, des daturas énormes, une longue allée et un bassin sur lequel flottaient des nénuphars bleus. Je n’avais jamais vu de fleur poussant dans l’eau. Je suis entrée dans la rareté par ce chemin-là… C’est dans ce jardin, à l’écoute de ces esthètes, que j’ai compris ce qui déterminerait ma vie, la beauté et la liberté » (Leïla Menchari). Lire la suite

Les femmes des siècles passés, que sait-on d’elles ?

Je suis très choquée de voir que dans les siècles passés, 95% des femmes ayant accompli de grandes choses dans leur vie ont été mises de côté, totalement effacées de l’histoire de l’humanité au profit des hommes.

Les grandes découvertes, l’art, la philosophie, la littérature, la musique, les sciences, les mathématiques, etc. Tout ce que l’humanité a construit, inventé ou créé a historiquement été attribué aux hommes. Lire la suite

Le modèle redevenu sujet, l’égalité et la création

Pour commencer un détour par trois artistes parmi celles évoquées par Geneviève Fraisse : Joëlle Léandre (lire sa Lettre ouverte aux Victoires du jazz : lettre-ouverte-de-joelle-leandre-aux-victoires-du-jazz et en fin de note quelques disques chroniqués) ; Hilma af Klint : dont le tableau The Swan illustre la réédition en format de poche Les excès du genre. Une enquête philosophiqueverites-contretemps-historiques-exces/ ; Deborah De Robertis : (Lire des extraits de son texte #metoo, l’émancipation par le regardquatre-extraits-du-texte-metoo-lemancipation-par-le-regard-de-deborah-de-robertis/ et note de lecture du livre contenant ce texte, Sous la direction de Samuel Lequette & Delphine Le Vergos : Cours petite fille ! #metoo #timesup #noshamefistnotre-colere-nest-pas-un-detail-de-lhistoire-quon-peut-passer-sous-le-tapis/).

Des créatrices, malgré les interdits, « des préjugés et des imaginaires apeurés quant à la liberté de créer, jouissance des femmes toujours en suspens », les philosophes, les penseurs de la politique ou les écrivains… Lire la suite

La poésie gagnera

Au Pays basque, une culture sans frontières et sans tabous se renforce de plus en plus. Les résistances tournées vers la création et la liberté, en mettant en question les modes de contestation traditionnels, œuvrent à une nouvelle forme de vie et d’expression.

Je suis au Pays Basque. Dans une résistance incontrôlable. Car c’est une résistance complètement poétique et c’est incontrôlable la poésie. Depuis deux jours, je me ressource à Errobiko Festibala, dans le village Itxassou, qui crée un orchestre étonnant de musique, de poésie, de peinture, de danse, de théâtre, de philosophie et aussi de sociologie. Et ce n’est pas par hasard que ce festival a été inauguré par une conférence-spectacle suivie d’un vif débat sur la domination masculine et que chaque jour démarre avec une conférence-spectacle sur le même sujet. Lire la suite

Blu, l’activiste

Blu est un Italien de Bologne, né en 1980, originaire d’Argentine qui a commencé sa carrière en 1999 en Italie avec deux pratiques esthétiques qui vont se compléter et s’interpénétrer, le street art et la vidéo. En fait, son nom « Blu », bleu en italien, ne dit rien de son travail. Pas davantage son origine argentine et la connaissance de sa ville de naissance. L’homme n’écrit pas, refuse de répondre aux demandes d’interview. Ses « murs » ne répondent jamais à des commandes rémunérées. Il met sur les réseaux sociaux des photographies de ses œuvres et de ses vidéos d’animation. Il vit de la vente de reproductions de ses « murs » via sa boutique en ligne. Pour compléter le tableau du personnage, il détruit ou fait détruire ses œuvres quand des marchands du Temple veulent en tirer profit (1). Lire la suite

Snik, le pochoir revisité.

Décembre 2018, mur de la rue Oberkampf. 15 heures et il fait déjà presque nuit. Le Café Charbon est fermé : c’est lundi. Sur le mur géré par l’association bien nommée « Le Mur », une très jolie femme me regarde. Elle est de profil mais retourne vers moi son visage. Elle ne sourit pas. Elle me regarde fixement sûre de sa rayonnante beauté. Elle est coiffée de fleurs. Cela m’évoque les jeunes filles en fleurs de Russie ou d’Ukraine qui lors des fêtes portent des couronnes de fleurs champêtres entrelacées dans leurs cheveux. Un violet pâle et un jaune décoloré soulignent l’éclat des pétales, en demi teintes. Le portrait est noir et blanc, à peine ponctué par un brouillard subtil de couleurs surannées. Il se détache du mur noir. Noir et blanc sur le fond noir « de mes nuits blanches ». Une femme nue certainement, je le devine, belle et froide comme son Albion natale. Sur sa joue droite, se dessine comme une ombre. Je ne parviens à comprendre sa signification. La beauté épurée de ses artifices se conjugue au mystère. Lire la suite

Dale Grimshaw et la cause papoue

Ce n’est pas pour me vanter mais je n’ai rien de particulièrement intéressant à dire sur nos actuels heurs et malheurs. N’étant pas dans la confidence des puissants, je sais ce que tout le monde sait. Par contre, j’ai des choses intéressantes à dire sur les Papous. Plus précisément sur le traitement de la cause papoue par un artiste anglais Dale Grimshaw.  Lire la suite

Os gêmeos : La Ville, un musée à ciel ouvert ?

Tout bien considéré, j’ai la faiblesse de penser que les frères Pandolfo ont du génie. Fait remarquable et remarqué, ce sont de vrais jumeaux qui créent ensemble une œuvre syncrétique à un point tel qu’il n’est guère possible de faire le départ entre ce que fait l’un et ce que fait l’autre. Leur création forte, cohérente, originale, a amené des critiques à interroger les Jumeaux sur cette symbiose étonnante. Dans un entretien récent, ils répondaient : « Nous sommes complémentaires : l’un complète la pensée de l’autre tout le temps. Notre processus créatif nous paraît si naturel, même s’il est difficile à expliquer. C’est comme s’il y avait un lien, qui nous gardait continuellement connectés, même lorsque nous sommes loin l’un de l’autre. Un lien éternel ». Ils résument ce lien exceptionnel par une courte phrase saisissante « Un monde, une voix. » Lire la suite

Black lines, le graffiti politique.

30 mai 2018, rue d’Aubervilliers. La rue relie deux quartiers pauvres de Paris. D’un côté, le quartier de La Chapelle situé dans le 18ème arrondissement. De l’autre, le quartier Flandre dans le 19e arrondissement. Le mauvais côté du canal de l’Ourcq, frontière symbolique entre les très pauvres Orgues de Flandre, les 14 tours de la rue Curial, des Français laissés sur le bord du chemin et des étrangers. De l’autre, leurs frères de misère, confinés dans des HLM en briques rouges des années 30, d’autres des années 60 et quelques bobos arty attirés par les eaux glauques du canal de l’Ourcq, le parc de La Villette, les Buttes-Chaumont et le mètre carré le moins cher de la capitale. Lire la suite

À #NousToutes, démonter le Ring

Entre Ring et nous, tout a commencé sur une phrase de trop. 

Pas un dessin, pas de l’« art », non une phrase de trop. Une phrase de Marsault, une phrase de militant d’extrême-droite, qui un jour de l’été 2016 a appelé ses troupes à détruire une femme.

La même histoire aurait pu commencer avec Soral ou avec Dieudonné.

Ou avec Serge Ayoub ou avec Obertone.  Lire la suite

Guy Denning, le retour des Poilus

« Je l’ai rencontré par hasard », et tout de suite ça a été le coup de foudre. D’abord son dessin, son trait, la spontanéité du geste juste, son expressivité, sa violence, l’économie des moyens, sa force. En quelques traits, sur des supports aussi différents que le papier à dessin, le papier craft, le papier journal, les pages d’un magazine, bref sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à du papier, j’ai été saisi par ses dessins et, comme disent les germanopratins, interpellé. En effet, sans le plus souvent recourir à la couleur, Denning avec quelques traits que l’on croirait jetés à la diable parvient en moins de temps qu’il ne faut pour le dire à créer l’émotion. Lire la suite

Qu’est-ce l’art au 20e siècle ?

Dans une série de petits livres dont « Les arts du 20siècle » marque la conclusion, Carole Talon-Hugon propose « Une histoire personnelle et philosophique des arts », une réflexion sur la place des arts à travers les siècles et le rôle de l’artiste. Le 20siècle est un siècle de déstructurations de tous les arts construits dans les siècles précédents. Les formes sont multiples qui remettent en question à la fois la notion d’Art – et même celle d’art – comme la définition de l’artiste. La figure emblématique est celle de Marcel Duchamp et de ses « Ready Made » qui ratent leur définition entre le lard et le cochon. Une roue de vélo dans un musée, c’est de l’art, une manière d’utiliser la sociologie de l’École de Chicago pour qui les lieux sont essentiels pour qualifier l’œuvre d’art. Lire la suite

Phlegm, J’adooooore, ce mec !

Vous ne connaissez pas Phlegm ? Tant pis pour vous ! 

Dessinateur de bandes dessinée et illustrateur, ayant une réputation internationale, c’est aussi un très atypique street artist. Lire la suite

Loodz, voyages intergalactiques.

Donner une idée du travail d’un artiste est une gageure. La principale variable trop souvent oubliée est le temps. Le temps, celui qui passe, est le même pour tous les artistes. Enfonçons quelques portes mal fermées. Si le mot « œuvre » désigne l’ensemble de la production d’un artiste, l’analyse d’une seule production ou d’un moment de celle-ci ne rend pas compte de l’« œuvre » d’un artiste. Je crois pouvoir écrire sans me tromper que tous les peintres, les plasticiens, tous les sculpteurs (soyons fou et excessif ! voire tous les créateurs) ont eu des « périodes ». L’actualité nous amène à citer à titre d’exemple Picasso et ses périodes rose et bleu mais nous pourrions également distinguer des périodes dans l’œuvre de Monet, de Cézanne, de Matisse, de Van Gogh, de Nicolas de Staël, et de tant d’autres. Lire la suite

« Le bouquet de tulipes » de Koons, une œuvre ratée. Deuxième épisode.

En installant dans un jardin public « Le bouquet de tulipes » de Koons derrière le Petit Palais, l’exécutif et la mairie de mairie veulent mettre un terme à un long, trop long, imbroglio diplomatique et faire pièce aux contempteurs de l’œuvre. Il est probable, mais pas certain, que tout se passe comme prévu. Le président Trump, dont on connait le goût très sûr en matière d’art, sera content, à coup sûr. Quant aux opposants, une seule de leurs revendications a été satisfaite : la non-installation de la statue au Palais de Chaillot. Pour le reste du projet, rien ne change. La statue et son socle, actuellement en fabrication, seront conformes au projet initial.

Ainsi, « Le bouquet de tulipes », financé en partie par les impôts des Parisiens, aura rang parmi les chefs d’œuvre de l’art contemporain à Paris : la pyramide du Louvre, les colonnes de Buren, le Centre Pompidou, etc. Or, j’ose avancer que cette œuvre est loupée. Simplement, loupée. Lire la suite

« Le bouquet de tulipes » de Koons, l’enquête. Premier épisode.

Le super cadeau offert par les puissants Etats-Unis d’Amérique à la France et à la Ville de Paris en gage de son amitié après les massacres de 2015, une œuvre phare conçue par Jeff Koons érigée dans le centre historique de Paris et on se contente pour annoncer cet évènement d’une discrète conférence de presse tenue par Christophe Girard, adjoint à la Culture ! L’objectif fut brillamment atteint : la nouvelle fit quelques lignes dans la presse et fut tout aussi discrètement relayée dans les médias. Lire la suite

Banksy, le procès

– Monsieur le procureur de la République, je vous donne la parole pour votre réquisitoire.

– Merci monsieur le juge,

J’entends dans mes réquisitions faire la démonstration qu’un faisceau d’indices convergents tendant à montrer que la pseudo disparition de l’œuvre de M. Banksy après son adjudication à plus de 1,2 millions d’euros est une machination dûment préméditée entre la salle des ventes et l’accusé. Lire la suite

Millo, une œuvre à tiroirs

Francesco Camillo Giorgino aka Millo est un muraliste italien dont la pseudo naïveté des fresques « cache » une intéressante réflexion sur notre environnement urbain.  Lire la suite