Appel Unitaire journée nationale de mobilisation le 11 janvier 2022 (+ Monsieur le président, aujourd’hui je suis en guerre !)

Pour cette nouvelle année 2022, l’exigence d’une Bonne Santé pour les salarié.e.s et la population !

Résolument uni·e·s et dans l’action, pour une meilleure Santé et action sociale en 2022 ! Les professionnel·le·s et usager·e·s des hôpitaux et des établissements du sanitaire, médico-social et social public associatif et privé dénoncent la dégradation des conditions de travail des personnels, ainsi que les difficultés d’accueil et de prise en charge dans la dignité pour l’ensemble de la population. Malgré le dévouement des personnels, la situation s’aggrave avec la pandémie qui entraîne un surcroît d’activité à gérer, en plus du suivi au quotidien et classique des résident·e·s et patient·e·s dans ces établissements.

Les personnels et les étudiant·e·s sont en colère et épuisé·e·s par le manque de lits, de lieux d’accueil et de professionnel·le·s en nombre suffisant, elles et ils dénoncent la surcharge de travail, l’impossibilité de faire valoir leurs droits à la formation, leur temps de repos et de congé. Et le nombre de fuites et de démissions de collègues ces derniers mois est plus qu’inquiétant.

Les usagèr·e·s de ces secteurs d’activité sont excédé·e·s par les délais d’attente, l’éloignement et le manque de structures ou d’établissements pour les accueillir et constatent une prise en charge se détériorant et des restes à charge qui pèsent sur leurs budgets.

Notre Système de Santé et dAction Sociale, c’est l’affaire de nous toutes et tous, faisons-nous entendre ! Les régulières annonces faites par le ministère des Solidarités et de la Santé et le gouvernement sur le système de Santé qui « tient bon », alors que parallèlement ceux-ci exigent de faire des millions d’économie à travers la loi de Sécurité Sociale 2022, sont intolérables.

C’est grâce au seul investissement des personnels que nos établissements tiennent bon ! Mais jusqu’à quand ? Les salarié.e.s sont épuisé.e.s après 2 ans de sacrifices constants sur leurs temps de repos, congés et heures supplémentaires, elles et ils n’en peuvent plus et se sentent délaissé·e·s par un gouvernement qui se cache derrière la gestion de crise sanitaire pour ne pas répondre à la nécessité de revoir en profondeur la totalité de sa politique en matière de santé et d’action sociale dans notre pays.

Ça suffit ! Il est temps de régler les problèmes de fond qui traversent notre système de santé et d’action sociale : la fuite des professionnel.l.e.s, le manque d’effectifs dans les services, des conditions de travail et salariales indignes, l’accès et la qualité de la prise en charge de la population qui se dégradent et des moyens alloués pour l’Hôpital et les établissements qui ne répondent pas à la demande ni aux besoins de la population.

Il est temps que les professionnel.le.s de terrain et les usagè.r·es soient entendu·e·s pour faire évoluer notre système de Santé et d’Action Sociale qui est à bout de souffle.

IL EST URGENT D’AGIR ! Le Ségur de la Santé n’a pas répondu aux revendications des personnels et des usagè.r.e.s.

Ensemble, soyons mobilisé·e·s et en action dans les établissements et les territoires le 11 janvier 2022 !

Nous exigeons l’ouverture de véritables négociations sur l’avenir de l’Hôpital public et des établissements de Santé et de l’Action Sociale avec le Premier ministre et le président de la République pour :

  • L’augmentation du budget consacré à l’Hôpital et à nos établissements .

  • La reconnaissance et la franche revalorisation générale des carrières médicales et non médicales, se traduisant par une augmentation qui corresponde aux qualifications et responsabilités de ces métiers. L’équité de traitement dans l’attribution des mesures salariales issues du protocole d’accord du Ségur de la santé, l’attribution immédiate des 183 euros pour l’ensemble des personnels des secteurs du médico-social et social. La reconnaissance du temps de travail des PH et une même valorisation de la grille salariale pour tou.te.s les PH.

  • Le recrutement immédiat de centaines de milliers de professionnel.le.s supplémentaires, un plan de formation pluridisciplinaire correspondant et donc l’ouverture immédiate d’un grand nombre de places d’étudiant·e·s dans les différentes écoles et facultés pour nos professions.

  • L’arrêt des fermetures de services, d’établissements et des réouvertures de lits, de structures, partout où cela est nécessaire.

  • Une gouvernance des hôpitaux, des établissements du sanitaire, du médico-social et du social plus ouvert aux personnels et aux usagè.r·e·s

  • L’égalité d’accès, d’accueil et de prise en charge de qualité pour la population sur tout le territoire.

Déterminé·e·s et uni·e·s, le 11 janvier et après, salarié·e·s et usagè·r·e·s, ensemble mobilisons-nous pour obtenir la reconnaissance de nos métiers, des conditions de travail décentes, des services de qualité, partout, pour toutes et  !

FDSAS Appel unitaire 11 janvier 2022

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Monsieur le président, aujourd’hui je suis en guerre !

Monsieur le président, je vous fais une lettre que vous ne lirez sûrement jamais, puisque vous et moi ne sommes pas nés du même côté de l’humanité.

Si ma blouse est blanche, ma colère est noire et ma déception a la couleur des gouttes de givre sur les carreaux, celle des larmes au bord des yeux. Les larmes, combien en ai-je épongé ? Combien en ai-je contenu ? Et combien en ai-je versé ?

Au cours de ma carrière, bon nombre de fois j’ai entendu cette phrase « Je ne sais pas comment vous faites pour supporter… ».

Approchez-vous, asseyez-vous, je vais vous révéler notre secret : nous ne supportons pas.

Soigner, c’est faire le choix de l’insupportable. C’est accepter la rencontre quotidienne de la peur, de la douleur, du désespoir, de la solitude et de l’injustice.

Qui peut le supporter ?

Mais que ceux qui voient en nous des héros ou des sauveurs passent leur chemin car c’est au milieu de l’abominable qu’a lieu le partage avec l’Autre.

Ce sont ces instants si précieux qui donnent l’âme de cette fonction : soigner.

D’aucun parleront de la « nécessaire distance thérapeutique que l’infirmier doit respecter au risque de …. » blablabla. La distance est au soignant ce que la page blanche est à l’écrivain : une barrière qui fini par tomber pour que l’histoire s’écrive.

Pendant 20 ans, chaque jour, j’ai fait don de tout mon être aux patients.

J’ai économisé ma force, ma bienveillance et mon sourire, je leur ai tout gardé bien au chaud. Et, croyez moi si vous le voulez, ils me l’ont rendu chacun à leur façon. Je pense avoir donné le meilleur de moi, au risque parfois d’oublier d’en épargner pour ceux que j’aime.

« Epargner…voilà qui tombe à pic » dit la fourmi du gouvernement, « Je viens d’avoir une idée de génie, nommons la T2A. Et bien dansez maintenant, petites cigales en blouses blanches ».  

Nous avons donc dansé, à un rythme effréné, au rythme de la T2A.

La Tarification à l’Acte (ayons le courage d’appeler une fourmi une fourmi) a transformé notre ballet en contorsions grotesques et dénuées de sens. Avez-vous une idée de ce que la rentabilité peut coûter ? Cher…aux patients comme aux professionnels, cela coûte des montagnes de solitude.

Puis est arrivée cette crise.

« Nous sommes en guerre, nous sommes en guerre, nous sommes en guerre ». Non monsieur le président, nous n’étions pas (encore) en guerre.

Aucune bombe ne s’est abattue à Versailles lorsque vous vous êtes confiné à La Lanterne. Aucune pénurie de vivres ou de Doliprane n’a été à déplorer. Et seuls quelques uns des soldats, envoyés sur le champ de bataille avec un pistolet à bouchon, ont perdu la vie. De ceux là, on ne parle que très peu d’ailleurs.

Mais il fallait maintenir la peur, celle qui paralyse, celle qui annihile réflexion et volonté.

Je crois pouvoir dire que je n’ai jamais eu peur du covid, moi qui ai peur de tout. Non pas par courage, ni par inconscience. Mais soyons honnêtes, si je visais l’immortalité je ne boirais pas, ne fumerais pas et mangerais « au moins 5 fruits et légumes par jour », non ?

Alors allons-y. Allons affronter le grand méchant loup sans masque, sans gants, sans rien, et ramenons le dans chaque bergerie.

J’ai tellement cru que cette crise allait changer les choses. Après tous les SOS restés sans réponse, je me suis dit que ce coup ci c’était bon, la surdité générale avait trouvé son remède. La cigale est naïve dans la fable, n’est ce pas ? Il semblerait que dans la vie aussi.

Un froid glacial s’est immiscé insidieusement.

J’ai chanté et dansé pendant 20 ans monsieur le président, mais l’air polaire que vous avez soufflé a eu raison de mes espoirs. Je me suis tu, immobile, la colère éteinte par le désarroi et ce, pendant plusieurs semaines.

Je me réchauffe, petit à petit, auprès des sources qui animent mon chez-moi. Mon esprit stuporeux s’éveille peu à peu à nouveau et considère le labyrinthe dans lequel vous nous avez perdus.

Chaque chemin que j’envisage me conduis vers la même évidence : monsieur le président, aujourd’hui je suis en guerre !

Infirmière diplômée d’état.

Mauricette Falise

PS : « M’en voudrez vous beaucoup si je vous dis un monde où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort ? » Jean Ferrat Potemkine

https://blogs.mediapart.fr/mauricette-falise/blog/030122/monsieur-le-president-aujourd-hui-je-suis-en-guerre

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