Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement. Une publication académique et citoyenne

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Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement1 est l’ouvrage d’une équipe internationale et interdisciplinaire constituée de linguistes et d’anthropologues, avec la participation de la Délégation de la langue française et des langues de France/DGLFLF (Ministère de la Culture) et du Carrefour Culturel Arnaud Bernard (Toulouse). Les auteur.e.s (au nombre de 18), des universitaires et formateurs/trices, sont de différentes origines et nationalités: arménienne, belge, brésilienne, française, italienne, ivoirienne, marocaine, suisse, togolaise, yéménite2.

Les objectifs de cette publication sont principalement de :

  • relier au plan académique des travaux sur les langues et sur les cultures,

  • relier les problématiques de langues-cultures minoritaires, celles des régions historiques et ultramarines de France (occitan, catalan, basque, créole…) et des communautés immigrées post-coloniales (arabe, berbère…),

  • relier au plan citoyen les objectifs de démocratie et de développement, en fonction de l’adage « Pas de démocratie effective sans développement autonome ».

Un contexte géo-politique sous le signe de l’interculturel : conflits et dialogues mêlés

L’actualité pré-électorale en France est comme chacun sait, marquée par des débats houleux sur la question de « l’identité nationale ». Le pays est divisé entre deux grands courants, nationaliste avec un accent assimilationniste voire xénophobe d’une part, et d’autre part un courant favorable à une plus grande inclusion des cultures régionales et des minorités ethniques, sous une forme ou une autre.

Comme le livre en fait le constat, les recompositions géopolitiques qui s’effectuent à la faveur de la mondialisation des échanges et de leur médiatisation mais aussi dans le contexte de la crise économico-financière du système néolibéral (depuis 2009), donnent lieu à un regain des aspirations culturelles, de type conservateur ou progressiste selon le cas. Si celles-ci se manifestent au niveau des Etats-nations par l’essor de nationalismes parfois extrémistes voire guerriers, leurs formes pacifiques et démocratiques, surtout au niveau régional, sont, elles aussi, bien réelles et significatives. Par exemple, l’actualité nationale est ponctuée de débats relatifs à l’avenir des Outre-mer, en Nouvelle Calédonie (le 3e référendum pour une indépendance éventuelle devrait avoir lieu le 12 décembre prochain), en Martinique et en Guadeloupe, où certains cultivent un programme d’autonomie.

Cela dit, majoritairement, l’Union européenne est marquée par les succès électoraux de courants xénophobes (en Hongrie, en Pologne, en Autriche, en Italie…) ainsi que par la victoire des eurosceptiques en Grande Bretagne (Brexit). Aux USA, a été élu en 2017 un président, Donald Trump, représentant des WASP (White Anglo-Saxon Protestants) et des suprémacistes blancs3. Ces mouvements dits populistes, nés de la crise du capitalisme mondialisé, qui déstructure et exploite ressources naturelles et humaines, ont des caractéristiques idéologiques communes : opposition au cosmopolitisme néolibéral et promotion d’une langue-culture unique et patrimoniale, au nom d’un communautarisme de repli… Outre la marginalisation de minorités racisées ou issues de pays anciennement colonisés, mais aussi en amont des langues-cultures régionales comme en France, la logique réductrice qui les anime concerne les questions relatives au genre et à l’orientation sexuelle, exprimant le déni d’identités complexes, cela à rebours de la pensée d’un Edgar Morin ou de l’intersectionnalité, qui est née dans le monde féministe afro-américain.

Dans le monde arabo-musulman et dans ses périphéries asiatique et africaine, ce sont l’islamisme radical et sa version extrême, le djihadisme, qui s’imposent souvent, au détriment des « printemps démocratiques » et laïcs qui avaient fleuri depuis la Tunisie en 2011. La vague des attentats qui secoue le monde, en particulier européen, traduit (et trahit) une désespérance à la hauteur des discriminations raciales et spécialement islamophobes, endurées dans des quartiers populaires souvent ghettoïsés, mais aussi de contradictions ou de limites internes non résorbées, sur la place des femmes, des cultures non arabes (amazighe, kurde, arménienne…) dans ces aires.

En France, au motif de la « guerre contre le terrorisme » et l’intégrisme dans les quartiers populaires, une loi dite anti-séparatiste a été votée récemment. Le ministère de l’enseignement supérieur a commandé au CNRS une enquête sur les enseignements en sciences sociales dont les objets sont le post-colonialisme ou le monde musulman, cela dans un objectif de mise en conformité. Dernièrement, un dossier du Figaro accusait le monde enseignant, connu pour être un bastion de gauche, d’« endoctriner les enfants » dans ces domaines.

Dans le même temps, en avril dernier, était votée la loi Molac qui participe quant à elle du courant progressiste, consacrant la reconnaissance, dans l’opinion publique et auprès des élus, des langues régionales et de l’urgence de leur réhabilitation via l’enseignement notamment. Mais, sur la demande du ministre de l’Education nationale, le Conseil constitutionnel a censuré un point important, relatif au caractère immersif de ces enseignements, mettant ainsi en jeu la légalité du fonctionnement pédagogique des écoles régionales, Calandretas, Ikastolas, Bressoletas, Diwan, Skolas…

Notre ouvrage a mis l’accent sur l’actualité conjointe des crises kurde4 et catalane5 en une période de recherche de solutions alternatives, dans le cadre, pour la Catalogne, de l’Union européenne qui promeut en principe la libre détermination des peuples à disposer d’eux-mêmes mais qui reste construite sur le modèle des Etats nations. Notre postulat est que ce sombre panorama international est éclairé par des fulgurances régionales qui peuvent être prometteuses, et dont la contemporanéité est significative d’une logique d’ensemble. Outre les événements kurdes et catalans précités, l’actualité écossaise6, flamande7, corse8, néo-calédonienne9, camerounaise anglophone10… défraie la chronique dans le sens où des aspirations d’ordre linguistico-culturel et ethno-territorial, enfouies depuis des décennies sous la gestion des appareils d’Etat et des marchés, réapparaissent au grand jour. Confrontés aux blocages des médiations avec les pouvoirs publics (inter)nationaux, leurs modes d’intervention dans le débat public consistent surtout en négociations législatives concernant l’ordre constitutionnel, en référendums populaires et élections11. Ainsi, bon an mal an, est progressivement tracée la perspective d’une Europe des peuples et des régions qui se superpose à l’Europe des nations, avec en filigrane la redéfinition des statuts de certaines régions à forte identité et l’application de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (Conseil de l’Europe, 1998).

Les prérogatives des sciences sociales et du langage

La structuration de ces événements s’opère à partir de la quadrilogie que constituent langue, culture, ethnie12et territoire, leur promotion politique étant de l’ordre du « nationalitaire », c’est à dire fondée sur la reconnaissance institutionnelle de ces composantes en matière de dignité, de droits et de pouvoirs décisionnels. A ces titres, ces mobilisations apparaissent comme un recours face à l’hégémonie néo-libérale d’obédience économiciste et technocratique, un regain du débat démocratique sur des critères jusque-là négligés par les Etats nations et l’économie globalisée. Les citoyen.ne.s sont ainsi incité.e.s à se réenraciner dans une culture plus profonde et seconde, dans des fondamentaux anthropologiques.

L’histoire des peuples est également à convoquer, dans le sens où l’élaboration linguistico-culturelle diversifiée d’un Etat-nation impérial comme la France fait apparaître plusieurs strates, dont les causes ne peuvent être mélangées au risque d’une confusion stratégique, mais doivent pour autant être reliées pragmatiquement (pour plus d’efficacité et dans une dimension fraternitaire), comme c’est le cas dans notre ouvrage :

  • les langues-cultures des régions historiques dont l’occitan/provençal (voir les chapitres du socio-linguiste Philippe Blanchet et du responsable associatif Claude Sicre)

  • celles des Outremer : créole…

  • celles de l’immigration, notamment post-coloniale : arabe, berbère….(voir le chapitre de l’arabisant Saïd Benjelloun)

Des prédécesseurs sont à citer dans cette perspective, tel le courant de la créolité, de la Relation et du Tout-Monde (Glissant, 2009) dans les Outremers francophones – Antilles françaises, île de la Réunion, etc. –, fondé en particulier sur l’usage de la langue créole, résultante du brassage de langues africaines, amérindiennes et européennes. Tel également le courant de la pluri-nationalité qui a essaimé au niveau des Constitutions de Bolivie et d’Equateur, réhabilitant de ce fait la part inaliénable des patrimoines indigènes, amérindiens. Tel aussi le courant tamazight qui a pu s’illustrer dans le cadre des printemps démocratiques précités, au Maroc notamment, après l’Algérie (Chaker 2013).13

Leurs armes cordiales sont les sciences humaines et sociales – ethno-linguistique, sémiotique, anthropologie culturelle, géo-politique, sociologie, philosophie – les lettres et arts, l’éducation scolaire et populaire, les médias alternatifs ou non dominants, le tourisme culturel, des institutions comme l’UNESCO qui a déclaré l’année 2019 « année des langues autochtones »…. Leur objectif principal est celui du rééquilibrage des relations internationales, intercommunautaires, interculturelles, inter-linguistiques, de manière à émanciper les peuples de logiques de domination et de « soumission volontaire » devenues anachroniques en ces temps d’émergence de villes-monde et d’espaces créoles largement visités et médiatisés. Leurs paramètres et objets de référence portent sur les relations entre langues-cultures majoritaires et minoritaires, entre monolinguisme et plurilinguisme, entre centre et périphéries, capitale et régions, Nord et Sud… Leur paradigme est celui d’une démocratisation culturelle et d’un développement durable, cosmopolite certes mais aussi davantage autocentré dans le cas des sphères dominées.

L’avenir dira qui, des forces de régression nationalistes et ethnocentrées, et des forces de paix et d’inclusion à base linguistico-culturelle ou territoriale, l’emportera durablement. Le cas spécifique de la France est paradoxal dans la mesure où centralisme autoritaire et grande pluralité des langues-cultures historiques – alsacienne, basque, bretonne, catalane, créole, corse, flamande, occitan avec leurs variantes sub-régionales, picard… -, ultramarines – créole… – et de l’immigration post-coloniale – arabe, berbère… – cohabitent, avec des dynamiques inégales de rejet et d’attraction. Dans un contexte européen largement constitué de pays fédéraux ou très décentralisés14, la loi de décentralisation votée en 1982 et ses suites ont favorisé un début de réinculturation (Boudet 2019: 155) et de gestion de la diversité des territoires historiques et des patrimoines locaux. La DGLFLF travaille également, quoiqu’avec des moyens réduits, sur le concept prometteur de « Langues de France ».

La situation d’autres enseignements linguistiques

Au nom d’une logique budgétaire d’austérité, la fin des options en langues vivantes 3 – italien, portugais, russe… – en lycée général a sonné le glas en 2009 d’une diversité pourtant nécessaire à l’heure de la construction européenne. Quant aux langues anciennes, leur minoration dans la réforme des collèges avait donné lieu à débats, leur défense se faisant au motif du maintien du pays comme « nation culturelle ». L’enseignement de l’arabe ainsi que du berbère, est également trop marginalisé, au regard du nombre de locuteurs : l’arabe est la seconde langue parlée dans le pays, en particulier dans les quartiers populaires qui pâtissent d’un manque de reconnaissance culturelle, ce dont profite la mouvance intégriste. L’enseignement du français langue maternelle/FLM enregistre de son côté la fin d’un cycle d’acculturation, dont la dérive est l’assimilation. En l’absence d’ouverture suffisante sur d’autres langues-cultures, qui compenserait la concurrence de l’anglo-américain, la discipline subit un repli patrimonial ainsi qu’une paupérisation de ses enseignements.

En aval, parce que fragilisés par les objectifs de compétitivité et de rentabilité immédiate, l’avenir de départements universitaires des langues minoritaires est un sujet également préoccupant : pour exemple, celui de langues anciennes de l’université de Limoges a fermé récemment.

Cette tendance lourde sera-t-elle infléchie ou bien le système valorisera-t-il plutôt l’enseignement des pôles dominants que sont le français et l’anglais, avec en arrière-plan une technoscience arrimée à des objectifs plutôt mercantiles de croissance ?

Quelles préconisations ?

L’équipe de l’ouvrage fait le pari d’une évolution plus harmonieuse. L’une des réponses à la crise systémique, engendrée notamment par ces déséquilibres, réside dans la promotion de la diversité. Il s’agit là d’un recours face à l’essor réactionnel des nationalismes, des xénophobies, de l’intégrisme religieux, de la glottophobie…

Parmi les préconisations du livre, l’on peut citer la promotion

  • au plan institutionnel, de la défense juridique des langues, d’une Francophonie inclusive, d’un alter-développement via le recours aux langues autochtones…. (Philippe Blanchet, Martine Boudet, Giovanni Agresti, Giovanni Poggeschi, Camille Gourdeau, Kako Nubukpo, Caroline Roussy, Christian Tremblay)

  • au plan académique, de l’interdisciplinarité (géo-politique, linguistique du développement, anthropologie culturelle, macro-économie…)

  • en termes méthodologiques, du plurilinguisme, du comparatisme, de l’interculturel, de l’intercompréhension (Claude Calame, Fares Al Ameri, Joëlle Cordesse, Silvia Manfredi, Pierre Jérémie Piolat)

  • au plan éducatif, de l’enseignement des langues minoritaires, dont celui des langues régionales (Saïd Benjelloun, Gilbert Dalgalian, Gaid Evenou de la DGLFLF)

  • au plan citoyen, de l’engagement associatif pour des relais dans l’opinion, les médias et auprès des pouvoirs publics (Claude Sicre/carrefour culturel Arnaud Bernard).

Martine Boudet

Membre du laboratoire de recherche Etudes interculturelles et langues appliquées/EILA (université de Paris Diderot) – Coordinatrice du livre

Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement (Martine Boudet dir. Le Croquant, 2019)

https://editions-croquant.org/sociologie-historique/550-les-langues-cultures.html

Table des matières

Introduction. La promotion des langues-cultures, un nouveau paradigme, Martine Boudet

Première partie. Un système géo-socio-institutionnel en crise

Chapitre 1. Langues et démocratie : un lien imprescriptible, Gilbert Dalgalian

Chapitre 2. Anglophonie-francophonie : l’ écueil de l’ hégémonie économique ou stratégique, Christian Tremblay

Chapitre 3. L’enseignement des langues dites « régionales » en France : un contexte problématique, Philippe Blanchet

Chapitre 4. Enseigner l’arabe en France, vers de nouvelles perspectives, Saïd Benjelloun

Chapitre 5. Impossibilité et possibilité de la rencontre épistémique « multiverselle », Pierre Jérémie Piolat

Chapitre 6. Parler le français : une obligation ou un droit pour les étranger·ère·s « primo-arrivants » ?, Camille Gourdeau

Chapitre 7. Les pays de l’Union européenne et la réglementation linguistique, Giovanni Poggeschi

Deuxième partie. Facteurs académiques, citoyens et institutionnels d’une évolution qualitative

Chapitre 8. Retrouver l’intelligence des langues, Joëlle Cordesse

Chapitre 9. L’ interculturel : une approche pour favoriser la paix civile dans les sociétés actuelles, Fares Al Ameri

Chapitre 10. Pour une anthropologie culturelle altermondialiste : communication et relations avec les autres en régime néolibéral, Claude Calame

Chapitre 11. Pistes pour l’ ouverture et la revivification du français et des lettres, Martine Boudet

Chapitre 12. Historique, principes et objectifs du forum associatif des langues, Claude Sicre

La Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) : ses missions et réalisations

Troisième partie. Les langues-cultures au service d’un modèle de développement émancipateur

Chapitre 14. Pour une éducation et une démocratie inclusives : le paradigme de l’ anthropoglossophilie, Sílvia Maria Manfredi, Joëlle Cordesse

Chapitre 15. La linguistique du développement social. De la théorie au terrain et retour, Giovanni Agresti

Chapitre 16. Mieux communiquer pour une plus grande efficacité de l’ aide au développement en Afrique subsaharienne francophone, Jean-Philippe Zouogbo

Chapitre 17. Pour une Francophonie de l’action : une vision, un projet programmatique, Kako Nubukpo et Caroline Roussy

Chapitre 18. Face à la glottophobie, une politique de droits linguistiques, Philippe Blanchet

Les auteur-e-s

Giovanni AGRESTI professeur des Universités (CNRS – Université Bordeaux Montaigne – Université de Pau et des pays de l’Adour) – Président de l’Association Réseau POCLANDE (POpulations, Cultures, LANgues et DEveloppement).

Fares AL AMERI maître de conférence en français langue étrangère à l’université de Sana’a (Yémen)

Saïd BENJELLOUN formateur d’enseignants de français à l’ENS de Rabat au Maroc puis enseignant d’arabe littéral et maghrébin à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse.

Philippe BLANCHET professeur de sociolinguistique, Pôle de Recherches Francophonies, Interculturel, Communication, Sociolinguistique (PREFICS), Université Rennes 2.

Martine BOUDET professeure agrégée de Lettres modernes, docteure en littérature française (Toulouse). Ancienne formatrice d’enseignant.e.s au Maroc et au Bénin (coopération francophone). Chargée de séminaires à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales/EHESS.

Claude CALAME helléniste et anthropologue, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales/EHESS-Paris.

Joëlle CORDESSE professeure agrégée d’anglais, docteure en sémiotique et communication.  Fondatrice en 1983 du Secteur Langue(s) du Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN), et de sa revue Dialangues (1985-1992), des Festas des Langues de Perpignan et des Labos de Babel

Gilbert DALGALIAN psycholinguiste et germaniste. Ex-expert de l’UNESCO en technologies éducatives. Spécialiste des écoles bilingues en France et à l’étranger.

Gaïd EVENOU cheffe de la mission Langues de France et Outre-mer – Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF)

Camille GOURDEAU socio-anthropologue, chercheure associée à l’Unité de recherche Migrations et société (Urmis), Université Denis Diderot- Paris 7.

Silvia MANFREDI présidente de l’Institut Paulo Freire d’Italie, collaboratrice de Paulo Freire et des Freiriens du Brésil

Henri MESCHONNIC poète, traducteur, théoricien du langage, professeur de linguistique (Ecole doctorale « Discipline du sens » à l’université de Paris VIII)

Kako NUBUKPO professeur titulaire des Facultés de sciences économiques, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), ancien directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’OIF

Pierre Jérémie PIOLAT anthropologue, boursier FRESH/Fonds pour la recherche en sciences humaines (FNRS/ Fonds national de la recherche scientifique-FSR/Fonds spécial de recherche) au sein du LAAP/Laboratoire d’Anthropologie Prospective – IACCHOSS/Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines, Université Catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique)

Giovanni POGGESCHI professeur en Droit public comparé (Droits des anciennes et nouvelles minorités) à l’Université de Salento (département des sciences juridiques), en Italie.

Caroline ROUSSY docteure en Histoire de l’Afrique contemporaine,  spécialiste des questions de frontières en Afrique de l’Ouest. Co-fondatrice du festival Africa Acts (CNRS).

Claude SICRE président du Carrefour culturel Arnaud Bernard (Forom des langues de Toulouse)

Christian TREMBLAY président fondateur de l’Observatoire européen du plurilinguisme (OEP), docteur en sciences de l’information, ancien élève de l’ENA.

Jean-Philippe ZOUGBO maître de conférences en linguistique à l’université Paris-Diderot –Sorbonne et fondateur du réseau POCLANDE (POpulations, Cultures, LANgues et DEveloppement


1 Boudet Martine (coord.), 2019, Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement, Paris : Ed du Croquant.https://editions-croquant.org/sociologie-historique/550-les-langues-cultures.html

2 Liste des auteur.e.s : Giovanni Agresti, Fares Al Ameri, Saïd Benjelloun, Philippe Blanchet, Martine Boudet, Claude Calame, Joëlle Cordesse, Gilbert Dalgalian, Gaid Evenou, Camille Gourdeau, Sílvia Maria Manfredi, Kako Nubukpo, Pierre Jérémie Piolat, Giovanni Poggeschi, Caroline Roussy, Claude Sicre, Christian Tremblay, Jean-Philippe Zouogbo

3 A la différence de son prédécesseur métis, Barack Obama, qui promouvait une meilleure inclusion des minorités ethniques, parmi lesquelles la communauté afro-américaine, qui sort du lourd passif de l’esclavage et de la ségrégation raciale, et la minorité latino, grâce à laquelle l’espagnol est devenue la deuxième langue parlée du pays.

C’est un candidat également ouvertement raciste, par ailleurs nostalgique de la période dictatoriale antérieure, Jair Bolsonaro, qui a été élu au Brésil en 2018.

4 Dans le Kurdistan irakien, dénommé Rojava, le « oui » l’a emporté avec 92,73% au référendum d’indépendance organisé le 25 septembre 2017. Cet évènement fait suite à la victoire de l’armée kurde, les Pechmergas, sur Daesch (Etat islamique) en Syrie et en Irak, dans le cadre d‘une coalition internationale. Une expérience inédite de démocratisation des institutions et de la vie sociale, sur des bases inter-ethniques et paritaire (au niveau des relations homme-femme), s’est mise en place et contraste avec le lourd passif régional, féodal et misogyne. Dans le même temps, le Rojava est pris en étau par les pouvoirs de Damas et d’Ankara. Le gouvernement turc a lancé une opération militaire entre le 9 et le 22 octobre 2019, contre les Forces démocratiques syriennes. L’objectif, atteint, étant de contrôler des zones conquises dans le Nord de la Syrie et d’exiger le retrait des combattants kurdes des YPG (« Unités de protection du peuple » en kurde) à 30 kilomètres au-delà de toute la frontière turque.

5 L’annulation en 2010 par le Tribunal Constitutionnel de Madrid d’un statut d’autonomie élargie, négocié en 2006 avec le gouvernement espagnol de l’époque, voté par le Parlement et approuvé par référendum, a entrainé une forte progression indépendantiste en Catalogne. Ce recours a été approuvé majoritairement au référendum d’auto-détermination organisé par la Generalitat le 3 octobre 2017, suivi de la proclamation unilatérale par le Parlement catalan d’une République. Un dialogue conflictuel se poursuit depuis lors entre les pouvoirs publics de Madrid et de Barcelone. L’ancien président de la Generalitat, Carlos Puidgemont, exilé, fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen, neuf autres responsables politiques ont été condamnés par la Cour suprême le 14 octobre 2019 pour tentative de sécession, à des peines allant de 9 à 13 ans de prison.

6 Un référendum sur l’indépendance de l’Écosse s’est déroulé le 18 septembre 2014, avec l’accord de l’exécutif britannique (accord d’Édimbourg signé le 15 octobre 2012). Le « non » obtint 55,3% des suffrages exprimés, contre 44,7% pour le « oui ». Le Brexit est l’occasion de rebattre les cartes à ce sujet.

7 Le flamingantisme désigne depuis l’occupation française en 1792 un courant qui défend la culture flamande et s’oppose à l’influence dominatrice du français en Belgique. Après l’apparition de l’État belge en 1830, la revendication d’un territoire unilingue flamand fut longtemps considérée comme incompatible avec le projet de nation belge fédérale. En 2012, le plus important parti séparatiste, la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie), a été à deux reprises membre du gouvernement flamand. Il est devenu, en juin 2010, le parti le mieux représenté (18%) à la Chambre des représentants de l’État fédéral belge. La revendication principale de la N-VA est l’indépendance de la Flandre, dans le cadre de l’Union européenne.

8 Après avoir pris ses distances avec le séparatisme armé, le peuple corse a donné une majorité au mouvement autonomiste pacifique à l’occasion d’élections territoriales, en 2015 et 2017. Cette majorité est dirigée par le tandem Gilles Simeoni- Jean-Guy Talamoni. Dans la même période, les deux départements et la région de Corse ont fusionné le 1er janvier 2018 dans une Collectivité territoriale unique (CTU). Une situation inédite à l’échelle des régions françaises et qui doit conduire l’Etat à un dialogue inclusif et évolutif. Jusqu’à présent, le blocage est patent sur les revendications : co-officialité de la langue corse, statut de résident conditionnant l’achat d’un bien immobilier, autonomie fiscale comme en Nouvelle Calédonie par exemple, rapprochement des prisonniers politiques détenus sur le continent.

9 Dans le cadre des accords de Matignon et de Nouméa (juin 1988), qui fit suite à la prise d‘otages de gendarmes et au massacre de militants canaques à la grotte d’Ouvéa (mai 1988) ainsi qu’à l’assassinat du leader autonomiste Jean-Marie Djibaou (1989), un référendum d’auto-détermination, « Consultation sur l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté », a été organisé le 4 novembre 2018 (contre l’indépendance : 56,4%, pour : 43,6%). D’autres devraient suivre.

10 Le 3 octobre 2017, eut lieu la proclamation de l’indépendance symbolique du Cameroun anglophone, dénommé Ambazonie dans ce cadre. Cela à défaut d’être entendu sur une option fédérale, qui a été supprimée par référendum en 1972. Des dizaines de morts sont à déplorer.

11 La Ligue du Nord est un cas exceptionnel de régionalisme réactionnaire et xénophobe, qui a sévi dans un premier temps à l’encontre des régions du sud de l’Italie, le Mezzogiorno et actuellement à l’encontre des migrant.e.s. C’est sur ces bases communautaristes puis souverainistes que cette organisation, dirigée par Mateo Salvini, est parvenue au pouvoir central en 2017. Cette mouvance semble renouer avec certains régionalismes qui ont collaboré avec le nazisme et les fascismes (Arzalier 2014).

12 Ethnie : communauté, ensemble de personnes que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la langue et la culture.

13 En Algérie, le Tamazight est considéré comme langue nationale depuis l’année 2002, à la suite de la révision constitutionnelle opérée dans le sillage des événements qui ont secoué la Kabylie en 2001 et durant lesquels des dizaines de personnes sont mortes à la suite de la répression étatique. En 2016, le Parlement a adopté à une écrasante majorité une révision de la Constitution qui établit que le tamazight est désormais une « langue officielle » du pays tandis que l’arabe « est la langue nationale et officielle » et « demeure la langue officielle de l’Etat ».

Au Maroc, dans le contexte des « printemps démocratiques », la nouvelle Constitution, adoptée par référendum et promulguée le 1er juillet 2011, reconnaît le statut de « langue officielle » au berbère (Amazighe), au côté de l’arabe (Art. 5).

14 Les pays voisins de la France sont soit fédéraux – Suisse, Allemagne, Belgique… soit très décentralisés – Espagne, Grande Bretagne, Italie…-

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