Lettre ouverte du peuple Kanak au peuple de France (plus autres textes)

  • Lettre ouverte du peuple Kanak au peuple de France
  • Alain Castan : Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky – Nouvelle Calédonie ?
  • La France en Nouvelle-Calédonie : Eviter l’indépendance, quoi qu’il en coûte ?
  • Respectez le droit inaliénable du peuple kanak à l’autodétermination !
  • Solidaires : Kanaky, quel avenir après le coup de force colonial

Nouméa, le 23 novembre 2021

Chères Françaises, chers Français,

Vendredi 12 novembre 2021, le Haut-Commissaire de la République a annoncé la décision du gouvernement français de maintenir la date du 12 décembre 2021 pour la troisième et ultime consultation référendaire de l’accord de Nouméa sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Cette décision a été prise par le gouvernement en toute conscience des implications et des conséquences délétères qu’une telle décision ne manquera pas d’avoir.

Cette décision a été prise par le gouvernement alors même que les représentants politiques et coutumiers du peuple kanak avaient explicitement demandé son report pour cause de deuil.

Dire que nous sommes surpris serait mentir. Nous nous y attendions. Mais comme toujours nous espérions. Nous espérions que le gouvernement français malgré 168 ans de colonisation saurait pour une fois faire preuve d’humanité, de compassion, d’intelligence, de respect, de bon sens. Nous espérions que le gouvernement français agirait dans l’esprit de consensus de l’Accord de Nouméa, dans l’esprit de son préambule. Nous espérions… et nous avions tort.

Des questions viennent à l’esprit, auxquelles il va nous falloir absolument répondre dans les prochaines semaines, mais sans nous tromper cette fois, sans nous faire d’illusions sur l’humanité de l’État français et de son gouvernement. Des questions à nous-mêmes, au gouvernement français, au peuple de France et à ses élus. Des questions aussi à tous ceux qui vivent dans ce pays, disent l’aimer et vouloir le construire.

Le gouvernement français se berce d’illusions

Jusqu’à quand le gouvernement français entend-il abuser de la patience du peuple kanak, peuple premier de ce pays, peuple victime de la colonisation française depuis plus d’un siècle et demi ?

Jusqu’à quand la France pense-t-elle pouvoir bâtir un avenir institutionnel durable pour la Nouvelle-Calédonie en s’asseyant sciemment sur la culture du peuple kanak ? En feignant ostensiblement d’ignorer la place qui y occupent les cérémonies du deuil et le respect qu’on y doit aux morts ? En piétinant les sentiments, la sensibilité, la dignité humaine de tout un peuple ?

Le gouvernement français pense-t-il sérieusement que le scrutin qu’il entend maintenir le 12 décembre mettra fin à la revendication du peuple kanak, lui ôtera toute légitimité et lui permettra de poursuivre – un siècle encore, un siècle de plus, un siècle de trop – son travail d’assujettissement et de domination ?

Jusqu’à quand le gouvernement français continuera-t-il à se bercer et à bercer ses ressortissants d’illusions ? A faire croire qu’une consultation référendaire d’où le peuple kanak sera absent pourra ramener dans le pays toute la sérénité nécessaire à la reprise et au développement d’une économie durement éprouvée par la crise sanitaire ? A laisser penser qu’une consultation référendaire sans la participation du peuple colonisé aura valeur de solution et réglera, une fois pour toutes, la question de l’indépendance du pays ?

En maintenant la tenue de la consultation référendaire le 12 décembre prochain, le gouvernement français pense-t-il réellement convaincre l’Australie et la Nouvelle-Zélande qu’il est toujours un acteur fiable de la stabilité régionale et un maillon incontournable de l’axe Indo-Pacifique ? Et jusqu’à quand le gouvernement français pense-t-il pouvoir persuader les petits Pays du Pacifique qu’il est un allié crédible et respectueux de leur identité et de leur souveraineté ? Et ce gouvernement français pense-t-il vraiment abuser les Nations Unies sur la réalité de la situation politique en Nouvelle-Calédonie ? Ou encore convaincre les Nations Unies qu’il a pleinement rempli ses obligations internationales en matière de décolonisation ?

Qui peut croire possible de construire un avenir de concorde, de paix et de prospérité dans ce pays en n’entendant rien de ce que dit le peuple qui en est la racine depuis au moins 3000 ans ? Qui peut seulement croire possible de construire un avenir, quel qu’il soit, dans ce pays en oubliant l’esprit qui a présidé depuis plus de 30 années maintenant au dialogue des communautés qui y vivent ? Qui peut préférer le chant des sirènes gouvernementales françaises plutôt que de continuer à bâtir l’avenir du pays avec les Kanak ?

Ce gouvernement français croit-il sincèrement pouvoir ranimer les ombres de la colonisation et les faire passer pour des lumières ?

On ne peut pas faire sans les Kanak

La prochaine consultation référendaire n’a aucune chance de clore la séquence politique ouverte par l’Accord de Nouméa. Cette séquence est bien plus ancienne. Plus ancienne que la signature de l’Accord de Nouméa le 5 mai 1998. Plus ancienne même que la double signature à Paris des Accords de Matignon-Oudinot en 1988. Cette séquence s’est ouverte en juillet 1983 avec la table ronde de Nainville-les-Roches présidée par M. Georges Lemoine. C’est en effet, au cours de cette réunion qu’ont été posés les deux grands principes fondateurs du contrat moral et politique sur lesquels, nous tous qui résidons en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, vivons encore aujourd’hui.

Ces deux grands principes doivent être constamment rappelés.

Le premier est la reconnaissance par l’Etat français d’un « droit inné et actif à l’indépendance » pour le peuple kanak, le peuple colonisé de ce pays. C’était la première fois que l’État français nous reconnaissait ce droit, alors même qu’il nous était reconnu officiellement depuis plus longtemps au plan international, depuis la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux des Nations Unies en 1960. Vingt-trois ans après cette déclaration onusienne signée à l’époque – rappelons-le – par l’Etat français, celui-ci daignait enfin nous reconnaître ce « droit inné et actif à l’indépendance » et ce n’était pas rien.

Le second grand principe était l’acceptation par le peuple kanak d’associer au futur processus de décolonisation et d’émancipation les membres des différentes communautés venues s’implanter dans le pays avec la colonisation. L’expression employée à l’époque étaient les « victimes de l’histoire ». Une expression pour dire que tous ceux qui s’étaient installés dans le pays depuis la prise de possession de 1853 n’étaient pas forcément arrivés de leur plein gré, avec l’intention de nuire au peuple kanak, que beaucoup parmi eux avaient connu la misère et la souffrance.

Ces deux grands principes issus de Nainville-les-Roches sont liés. L’acceptation d’associer les autres communautés calédoniennes au devenir du pays n’était possible, n’était pensable et ne fut acceptée par les Kanak que parce que leur était au préalable reconnu leur « droit inné et actif à l’indépendance ». C’est à partir de ce lien qu’il faut lire ensuite toute l’évolution institutionnelle de notre pays jusqu’à l’Accord de Nouméa ainsi que l’engagement qui a été le nôtre jusqu’à aujourd’hui en faveur de cette évolution.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amnésiques

Nous ne sommes ni naïfs, ni amnésiques. Nous savons qu’en France les vieux démons ont la vie dure et que nos vieux ont dû se battre pour que cette évolution devienne possible.

  • Se battre en 1984 pour que les principes de Nainville-les-Roches trouvent en 1985 leur première formalisation institutionnelle concrète avec les Régions Fabius-Pisani. Se battre pour obtenir en 1986 la réinscription à l’ONU de la Nouvelle Calédonie sur la liste des pays à décoloniser.

  • Se battre pour refuser de participer au référendum Pons de 1987, qui avait pour seul et unique objectif de noyer la revendication kanak dans un vote aussi massif qu’insignifiant de tous ceux qui, parce qu’ils étaient venus avec la colonisation, avaient l’arrogante prétention de se croire le peuple de notre pays tout en incarnant la légitimité de la France. On sait quel en fût le résultat. Plus de 97,8% pour le maintien de la Nouvelle Calédonie dans la France, et une abstention du peuple kanak qui lui ôta toute crédibilité, tant au plan national qu’international. Le gouvernement français entend-il sérieusement renouveler l’opération, avec le secret espoir cette fois, de ne pas avoir à en payer les frais ?

  • Se battre encore en 1988 pour que Michel Rocard mette fin au travail de destruction sociale et politique mené par Bernard Pons et Jacques Chirac, et qu’au travers des Accords de Matignon-Oudinot puisse reprendre le processus tragiquement interrompu de décolonisation, d’émancipation et de construction de notre pays.

  • Se battre toujours en 1996 et jusqu’en 1998 pour que l’Etat accepte de signer le « protocole de Bercy » entérinant l’échange des massifs miniers entre la SLN et la SMSP. Protocole donnant aux Kanak les moyens de prendre leur part dans le développement de l’économie minière du pays. Protocole permettant de reprendre les négociations politiques qui ont mené à l’Accord de Nouméa.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amnésiques et, depuis à plusieurs années déjà nous avons compris que les vieux démons coloniaux ne sont pas morts et continuent de hanter la conscience des dirigeants français actuels comme ils le faisaient hier chez leurs prédécesseurs. Si nous avions seulement eu un doute, la pitoyable conclusion de la récente crise industrielle et minière de Goro aurait suffi à nous l’enlever. Tout comme le fameux document sur les conséquences du « Oui » et du « Non » qui dissimulait très mal ses arrière-pensées. C’est une vieille ritournelle qu’on entendait nous chanter. Alors que la France a pour obligation au plan international de discuter avec les Kanak et les autres citoyens de ce pays de tous les options imaginables permettant de faire progresser la décolonisation, alors qu’une majorité de la population calédonienne, y compris kanak, souhaitent pouvoir conserver des relations privilégiées avec la France, alors qu’approchait enfin le moment de concrétiser la promesse d’émancipation explicitement contenues dans l’Accord de Nouméa, voilà que le gouvernement établissait un document uniquement à charge sur les conséquences du vote du Oui ou du Non. Ce document laissait le seul choix entre une indépendance solitaire ou un statut renouvelé dans la France sans explorer les interdépendances. Ce document n’avait d’autre but que de dissuader de faire le choix de l’indépendance et d’instaurer une possible relance de la colonisation de la Nouvelle-Calédonie. Oui, une vieille ritournelle. L’indépendance avec la misère et l’incertitude politique. Ou la France avec la prospérité et un renoncement à voir réparer enfin l’injustice dont les Kanak ont été victimes en 1853. Pas de salut hors de la France. Pas de troisième voie.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amnésiques. Le Président Macron maudissait à Tahiti ceux qui ont l’impardonnable tort d’être petits, comme si les grands ne devaient rien aux petits, surtout après les avoir si longtemps colonisés. Le Président Macron critiquait le Vanuatu pour ses relations avec la Chine, mais oubliait que la France avait peut-être un rôle à jouer pour les éviter, et ce d’autant plus qu’elle prétend aujourd’hui œuvrer à la création d’un axe de défense Indopacifique. Le Président français ne semble pas être capable de penser que, si la France l’avait voulu, elle aurait pu être aujourd’hui au Vanuatu à la place de la Chine, avec une véritable ambassade et de solides accords de partenariat.

Personne ne peut nier au peuple kanak son droit à l’indépendance

Le Président Macron qui affirmait en Algérie que la colonisation est un crime contre l’Humanité, déclarait à Nouméa que la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie. Avec nous ou contre nous, jamais égaux, jamais partenaires. La dépendance, pas les interdépendances. L’État français et ses vieux démons coloniaux !

Un président et un gouvernement qui n’entendent rien, ne veulent rien entendre des conseils pourtant avisés que lui donnent certains de ceux qui avant lui ont eu en charge d’accompagner l’évolution de notre pays. Mépris pour Michel Levallois, pour Christian Blanc, pour Jean-François Merle, malgré tout ce qu’ils ont pu et su faire pour qu’hier ce pays ne sombre pas dans l’affrontement et la déraison.

Peu importe ce que pensent ou ressentent les Kanak face à l’ampleur de la pandémie et au deuil qui les frappent durement, ces ignorants s’érigent en seuls décideurs de la date de la troisième consultation référendaire. Peu importe la parole donnée et la décolonisation promise en 1983, en 1988 et 1998, peu importe les véritables conséquences humaines du « Oui » et du « Non ».

Encouragés par l’État français, ils sont encore nombreux ceux qui s’apprêtent à s’autoriser de la légitimité que leur reconnaissent les Kanak pour nier l’exercice du droit kanak à l’indépendance. Mais combien de temps ceux-là pourront-ils faire accepter aux yeux du reste du monde qu’en Nouvelle-Calédonie la démocratie conférerait aux « victimes de l’histoire » le droit exceptionnel et dérogatoire de priver le peuple premier occupant, le peuple colonisé de son droit le plus élémentaire à recouvrer sa liberté et sa souveraineté ?

À ceux-là, vous disons clairement cette fois, faites attention à ce qu’en niant une fois encore, une fois de plus, une fois de trop le droit du peuple kanak à l’indépendance, vous ne preniez pas le risque que ce peuple se lasse de discuter et de négocier avec vous.

Au Président Macron et à son gouvernement, nous ne souhaitons pas rompre les relations avec la France, nous souhaitons seulement les changer. Mais s’il nous faut absolument choisir entre la liberté et ces relations, nous choisirons la liberté.

Peuple de France, nous souhaitons par la présente lettre ouverte vous interpeller sur la situation en Kanaky-Nouvelle-Calédonie afin que le plus grand nombre d’entre vous puisse être informé de la situation dans laquelle le peuple Kanak est enfermé. Le gouvernement Macron manifeste une volonté déterminée de ne plus assumer la décolonisation de notre pays en maintenant une consultation référendaire partiale qui sera politiquement et historiquement contestée par le peuple Kanak. La France n’a réussi aucune décolonisation. Elle pourrait sans y prendre garde clore une séquence originale ouverte en juillet 1983 avec la table de Nainville-les-Roches par laquelle les Kanak et les autres se sont engagés ensemble dans la construction du peuple calédonien uni par sa citoyenneté dans un destin commun.

Front de Libération National Kanak et Socialiste (FLNKS)

Le Comité Stratégique indépendantiste de non-participation (CSINP)

Le groupe UC-FLNKS et Nationalistes

Le groupe Union Nationale pour l’indépendance (UNI)

Le Parti travailliste (PT)

La Dynamique Unitaire Sud (DUS)

La Dynamique Autochtone (DA)

Les Nationalistes

Sénat coutumier

Union Syndicale des Travailleurs Kanak Exploités (USTKE)

https://survie.org/pays/kanaky-nouvelle-caledonie/article/lettre-ouverte-du-peuple-kanak-au-peuple-de-france

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Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky – Nouvelle Calédonie ?

Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d’une partie des caldoches, le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n’a aucun sens et qu’il sera nul et non avenu. Le gouvernement et les représentants de l’état colonial font planer la menace de troubles et envoient des renforts militaires. Connaissent-ils d’autres réponses ?

Autant dire que le peuple kanak qui a su éviter la disparition, qui a su retrouver son unité, aura besoin plus que jamais de la solidarité de toutes et tous. Or c’est là que le bât blesse. Depuis des semaines nous savons que tous les moyens seront utilisés pour empêcher l’indépendance de Kanaky-Nouvelle-Calédonie : la propagande de la peur (peur de la violence, peur de l’isolement et difficultés économiques, des « menaces extérieures » de la Chine, voire de l’Australie ou des Etats-Unis !), choix unilatéral de la date du référendum sans tenir compte de l’avis de toutes organisations représentatives du peuple kanak, particulièrement touché par la pandémie et en pleine période de deuil, intimidations militaires…

Cependant les manifestations de soutien sont rares : un appel de solidarité de quelques centaines de signataires, quelques tribunes dans la presse et des rassemblements de rue extrêmement, souvent confidentiels. Autant dire que la mobilisation a été faible et les appels des organisations du peuple kanak peu relayés même par des militants mobilisés sur d’autres sujets sociaux, antiracistes ou des droits humains. Pourquoi ?

Probablement parce que nous n’avons toujours pas intégré que ce qui se joue là-bas ce n’est pas « simplement » le sort d’un territoire de moins de 20 000 km2 et peuplé d’un peu plus de 270 000 habitants, mais la survie de l’impérialisme français. Que représenterait, en effet, le capitalisme français, à l’échelle mondiale, sans ses dernières colonies du Pacifique, des Caraïbes, de l’Océan indien qui font de la France, en terme de domaine maritime, la deuxième puissance maritime mondiale, présente dans tous les Océans. Que représenterait-il également sans le domaine réservé des anciennes colonies d’Afrique et les nombreuses interventions militaire de la France, sans les ventes d’armes ? Sans entretenir le racisme et la xénophobie, prenant racine dans l’idéologie coloniale. Comment ferait alors l’état français alors pour maintenir ici « la paix sociale » et la remise en cause globale du capitalisme.

Les représentants de l’Etat, eux, l’ont bien compris, lorsque Macron déclare « la France ne serait pas la même sans la Nouvelle-Calédonie » et ajoute que la Nouvelle-Calédonie joue un rôle essentiel dans l’axe indo-pacifique de la France !

Alain Castan

https://blogs.mediapart.fr/alaincastan/blog/041221/pourquoi-ne-veulent-ils-pas-lacher-la-kanaky-nouvelle-caledonie


2021 - 11 - 25 - Meeting

2021 - 11 - 25 - Meeting B

La France en Nouvelle-Calédonie :
Eviter l’indépendance, quoi qu’il en coûte ?

A) La France contre les règles de l’ONU sur le colonialisme.

https://www.lindependant-knc.com/blog/categorie-c/eviter-l-independance-quoi-qu-il-en-coute.html

B) La France et les « loyalistes » : duplicités anti-indépendantistes.

https://www.lindependant-knc.com/blog/categorie-c/la-france-en-nouvelle-caledonie-eviter-l-independance-quoi-qu-il-en-coute-partie-b.html

C) Le pays serait déjà souverain, si les dés n’étaient pas pipés.

https://www.lindependant-knc.com/blog/categorie-c/la-france-en-nouvelle-caledonie-eviter-l-independance-quoi-qu-il-en-coute-partie-c.html

D) Les forfaitures Lecornu.

https://www.lindependant-knc.com/blog/la-france-en-nouvelle-caledonie-eviter-l-independance-quoi-qu-il-en-coute-partie-d.html

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Respectez le droit inaliénable du peuple kanak à l’autodétermination !

Le 12 décembre prochain, les électrices et électeurs en Kanaky – Nouvelle-Calédonie auront à répondre par « oui » ou par « non » à la question suivante « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » 

Il s’agit du troisième et dernier référendum d’autodétermination prévu par des accords assurant un processus de décolonisation signés en 1988 (Matignon-Oudinot) et 1998 (Nouméa) entre l’État français et les forces politiques locales, dont le peuple autochtone kanak de cet archipel, qui a été reconnu dès 1946 par les Nations Unies comme peuple à décoloniser et définitivement inscrit dans cette liste en 1986 suite à la résolution 41/41.

L’accord de Nouméa du 5 mai 1998 a favorisé un processus d’émancipation devant connaître son point d’achèvement avec une consultation sur l’accession à la pleine souveraineté. Cette souveraineté induit un transfert de compétences de l’État à ce territoire tendu vers l’indépendance. 

Ce scrutin est donc décisif pour l’avenir de Kanaky – Nouvelle-Calédonie. 

Or, en l’état, les conditions d’organisation de ce référendum méconnaissent le droit à l’autodétermination du peuple kanak garanti par la déclaration de l’Organisation des Nations Unies de 2007 et protégé par la Constitution française qui y consacre un titre à la Nouvelle-Calédonie et aux accords de Nouméa.

Il est impératif que ce référendum soit reporté à la fin de l’année 2022. En effet, plusieurs raisons militent pour un tel report.

Premièrement, au terme de 33 ans de mise en œuvre des accords avec constance, l’actuel gouvernement ne les respecte plus en avançant la dernière échéance après deux scrutins en 2018 et 2020 qui ont vu les partisans de l’indépendance progresser de 43% à 47%. Il rogne ainsi sur le temps démocratique nécessaire à se prononcer sur l’avenir de cet archipel, riche d’une histoire de trois millénaires, initiée lors des peuplements de culture Lapita, ancêtres des Kanak. Une telle accélération unilatérale est incompatible avec l’idée même d’une décolonisation partagée. 

Deuxièmement, la brusque irruption de la pandémie de Covid-19 début septembre 2021 a frappé de plein fouet le pays, imposant un long confinement facteur d’isolement, éprouvant les structures sanitaires et sociales, empêchant toute vie démocratique par un couvre-feu prolongé et un état d’urgence sanitaire, et meurtrissant les familles et les clans par des deuils en nombre : plus de 275 morts, dont plus de la moitié sont wallisiens-et-futuniens et kanak, alors que ces deux groupes représentent moins de la moitié des quelque 270 000 habitants. 

En septembre 2021, on dénombrait +144% de décès par rapport à un mois de septembre hors année Covid. Cette situation sanitaire conduit à une impossibilité de se réunir et de débattre en toute sérénité sur l’avenir de ce territoire, après cette longue période d’isolement qui s’achève à peine, et surtout par la volonté d’observer avec soin et attention les rituels kanaks de deuil, réunissant tous les membres des clans et alliés. Des rituels vitaux pour les peuples autochtones océaniens qu’il est impossible d’expédier sous prétexte du maintien d’un calendrier référendaire qui s’apparente à un diktat. Ainsi s’achèverait l’accord de Nouméa, alors que dans son essence, il s’engage à considérer et respecter le peuple kanak.

Troisièmement, les partis kanak et océanien ont martelé la nécessité de convoquer le 3ème référendum en dehors des échéances électorales nationales françaises. En octobre 2019, le premier ministre avait déclaré exclure que le 3ème référendum se déroule « entre le milieu du mois de septembre 2021 et la fin du mois d’août 2022 », précisément pour ces raisons. 

Une telle échéance est d’ailleurs conforme aux accords de Nouméa puisqu’ils disposent que le dernier référendum doit être organisé avant le 4 octobre 2022. Protestant contre l’inconséquence de l’actuelle décision, les partis indépendantistes ont appelé à la non-participation. Cela conduirait donc à la situation absurde où le dernier référendum se conclurait sans le premier concerné, le peuple kanak.

Tout ce qui a été bâti patiemment depuis plus de trente ans laissait augurer d’une sortie responsable et visionnaire de 168 ans de colonisation. Il est encore temps de ne pas menacer ce qui a été accompli en reportant ce scrutin inconsidérément maintenu.

Pour faire valoir ses droits, le peuple kanak n’est pas seul : se tiennent à ses côtés tous les autres calédoniens progressistes, des peuples qui sont aussi inscrits sur la liste de la déclaration des Nations Unies, des chefs autochtones, des organisations de défense des droits des peuples autochtones, des associations élaborant une justice transitionnelle, des collectifs de justice environnementale, des associations de promotion des droits humains et des droits du vivant, et toutes celles et ceux qui veulent assumer leur part dans cet événement historique afin qu’il marque la cohésion de la communauté locale, régionale internationale en faveur d’une décolonisation effective.

C’est d’une seule voix que nous exhortons le Président de la République française à reporter le référendum d’autodétermination en Kanaky – Nouvelle-Calédonie. 

Nous ne doutons pas qu’il nous entendra et comprendra que la voix de la France portera d’autant plus loin qu’elle respectera les engagements qu’elle a pris devant son peuple, inscrit dans sa constitution, et se conformera au droit inaliénable des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il en va en effet du respect du principe d’autodétermination sans lequel aucun processus de décolonisation viable et pérenne ne peut aboutir.

Signataires

Associations et collectifs

Al Haq (Palestine)
Archive Editor (Berlin/Dakar/Milan)
Association SOS MOOREA (Tahiti Nui)
BDS Movement for Palestinian Rights, Omar Barghouti
Collectif des Citoyens de Mayotte
Collectif Vietnam Dioxine (France)
Comitè Català de Solidaritat Internacionalista – CCSI  (Catalunya)
Confederación Indígena Tayrona CIT – Organización del Pueblo Arhuaco (Abya Yala/Colombie)
Darwin Climax Coalitions, Philippe Barre & Nathalie Bois (France)
Equinox (Europe)
Estat Català, Jordi Miró, Président (Catalunya)
Extinction Rebellion Lyon (France)
Federació d’Entitats de la Mediterrània – Mare Nostrum (Catalunya)
Fiji Women’s Rights Movement, Nalini Singh, Directeur Executif
Forsea – Forces of Renewal South East Asia
Rosalva Aida Hernandez Castillo Dr, Centro de Investigaciones y Estudios Superiores en Antropologia Social, Mexico DF, (Abya Yala, Mexico)
Hui Ho’oniho, Edward Halealoha Ayau (Hawai’i)
Independent Guåhan, Michael Lujan Bevacqua
Indigenous Environmental Network (Turtle Island/USA)
Colectivo Hojas al Viento, Jorge Luis Rodríguez Solarte (Abya Yala, Colombie)
Love Aotearoa Hate Racism (Aotearoa Nouvelle-Zélande)
Khalistan Centre
Mouvement des Océaniens Indépendantistes, Arnaud Chollet-Leakava
Natives, Jean-Pierre Chometon (France)
Ohana Ho’opakele (Hawai’i)
Organisation des Nations Autochtones de Guyane – ONAG
Pasifika Uprising
Radiation Exposure Awareness Crusaders for Humanity, Desmond Narain Doulatram (Marshall Islands)
Red Room Poetry, Anne-Marie Te Whiu (Australie)
Suport Internacional Kanaky (Catalunya)
Survie (France)
The Funambulist (France)
We Are Not Numbers, Majed Abusalama (Palestine)
 

Universitaires, artistes, personnalités

Tania Leoncia Batista, Shaman du peuple Palikur , Abya Yala/Brésil
Mundiya Kepanga chef de la tribu Huli , Papouasie Nouvelle Guinée
Liudmila Oyun, Siberian Shaman, Asie
Ann Marie Sayers, Leader Mutsun Ohlon, spokeswoman for Indian Canyon communities, Californie, Turtle Island/USA
Assossa Hervé Soumouna, Puvi-Pygmy Shaman, Gabon
Ivanice Pires Tanoné, Cacique Kariri-Xoco, Abya Yala/Brésil
Minoo Alinia, Sociologue, Uppsala Université, Suède
Paola Bacchetta, Université de Californie, Berkeley, Turtle Island /USA
Etienne Balibar, Professeur émérite, Université Paris-Nanterre, France
Debbie Bargallie, Griffith University, Australie
Saïd Bouamama, Sociologue, France
Judith Butler, Professeur émérite, University of California, Berkeley, Turtle Island/USA
Anna Carlson, University of Queensland, Australie
Benoit Challand, New School for Social Research, New York City, Turtle Island/USA
Ben Etherington Dr, Western Sydney University, Australie
Terri Ginsberg, film scholar, New York City, Turtle Island/USA
Barbara Glowczewski, Directrice de recherche au CNRS, France
Alyosha Goldstein, Professor of American Studies, University of New Mexico, Turtle Island/USA
Lorenz Gonschor, Hawaiian Society of Law and Politics, Hawai’i
CD Green, Independent researcher, Turtle Island/USA
Michael Griffiths Dr, University of Wollongong, Australie
Adrián Groglopo, Lecturer at the University of Gothenburg, Suède
Holly Guise, University of New Mexico, Turtle Island/USA
Sari Hanafi, American University of Beyrouth, Liban
Engin Isin, Queen Mary University in London, Grande-Bretagne
Diego Landivar, Origens Medialab, France
Esther LaurentBaroux, Cinéaste, France
Alana Lentin, Western Sydney University, Australie
Ronit Lentin, Trinity College Dublin, Irlande
Peter Mayo, University of Malta, Malte
Amy McQuire, University of Queensland, Australie
Institute for American Research at the University of New Mexico, Turtle Island/USA
Jamal Nabulsi, University of Queensland, Australie
Anders Neergaard, Professor, Linköping university, Suède
Arjuna Neuman, Cinéaste, Allemagne
Observatoire Terre-Monde, France
Ilan Pappe, University of Exeter, Grande Bretagne
Richard Raber, Indiana University Bloomington, Turtle Island/USA
Norma Rantisi, Concordia University, Turtle Island/Canada
Marco Renzo Dell’Omodarme MCF, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France
Ronald RoseAntoinette Ph.D., Concordia University, Turtle Island/Canada
Shela Sheikh Dr, Goldsmiths, University of London, Grande-Bretagne
Ella Shohat, NYU, Turtle Island/USA
Lucia Sorbera, University of Sydney, Australie
 Sullivan, Mills College, Turtle Island/USA
Terroir Dealer, Laboratoire transdisciplinaire, France
LouisGeorges Tin Dr, Premier Ministre de l’État de la Diaspora Africaine
Irma AVelásquez Nimatuj Ph.D., Antropóloga Maya K’ichee’, Quetzaltenango, Guatemala/Abya Yala
Mara Viveros Vigoya, Universidad Nacional de Colombie/Abya Yala
AnnaEsther Younes, Sociology affiliate University of Amsterdam, Pays-Bas
Sarover Zaidi, Professor, Jindal School of Art & Architecture, Inde

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/091221/respectez-le-droit-inalienable-du-peuple-kanak-l-autodetermination


2021 - 12 - 12 - Solidaires - Kanaky quel avenir après le coup de force colonial

Télécharger le communiqué au format PdF : 2021 – 12 – 12 – Solidaires – Kanaky quel avenir après le coup de force colonial

 


En complément possible :

Pour le report du référendum du 12 décembre

Solidarité Kanaky (Numéro 13 – Novembre 2021)

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/11/24/pour-le-report-du-referendum-du-12-decembre%EF%BF%BC/

Survie : Kanaky Nouvelle-Calédonie

Une colonie en lutte pour son indépendance

Kanaky-Nouvelle Calédonie : Le gouvernement français organise une consultation d’autodétermination sans le peuple colonisé

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/11/16/des-colonise-es-en-lutte-pour-leur-independance/

FLNKS : Communique de presse

Kanaky Nouvelle Calédonie : Survie appuie la demande de report du troisième référendum d’autodétermination

Référendum en Nouvelle-Calédonie : adresse aux élu·e·s de la République française

Appel à la non-participation si la date est maintenue au 12 décembre 2021

Appel à reporter le référendum en Kanaky–Nouvelle-Calédonie

Solidaires : Kanaky pour le droit à l’autodétermination et le respect du peuple kanak, il fut repousser le referendum

CGT : Laisser la Kanaky choisir librement et démocratiquement son avenir !

Kanaky-Nouvelle Calédonie : Le gouvernement français organise une consultation d’autodétermination sans le peuple colonisé

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/10/28/flnks-communique-de-presse-plus-declaration-de-survie/

Kanaky : Motion adoptée à l’unanimité au congrès populaire des indépendantistes 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/27/kanaky-motion-adoptee-a-lunanimite-au-congres-populaire-des-independantistes/

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