Interroger l’utilité sociale de l’aviation

Faire un pas de côté

« L’urgence climatique ne fait que s’amplifier. Les travaux de (et autour de) la COP 26 avancent que, dans le cadre de la trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre, l’augmentation de température serait de 2,4°C d’ici 2050 (les accords de Paris, c’est 1,5°C…). Face aux conséquences (largement documentées par les scientifiques) de cette trajectoire sur l’écosystème humain, des évolutions, quelques fois significatives, de nos modes de vie et de consommation sont inévitables ». En préambule les auteurs abordent l’urgence climatique, le basculement vers des « possibles désirables », l’extrême dépendance du tissu économique et social de Toulouse au secteur aéronautique.

« La présente note a pour objet de participer au débat sur les conséquences du réchauffement climatique sur le secteur de l’aviation. Elle s’inscrit dans la continuité et complète le texte que nous avions publié en avril 2020 : « Vers une crise économique majeure dans Toulouse et sa région – Toulouse, le syndrome Détroit ? ». »

Les auteurs ajoutent que « L’ampleur et les conséquences du réchauffement climatique sur le secteur de l’aviation doivent conduire à une remise à plat du modèle de développement actuel de la métropole toulousaine. »

Pour les auteurs nous ne vivons pas une « crise climatique » mais un « changement d’ère » et l’avenir de l’aviation ne peut s’extraire de ce contexte, « Il est souvent question de la crise climatique. Le terme de crise (qui fait référence à un état « passager » suivi, implicitement, d’un retour à « la normale ») est inadapté pour qualifier la période qui s’ouvre et dont nous ne sommes qu’aux prémisses. Nous sommes partie prenante d’un changement d’ère qui exclut, de facto, tout retour en arrière. Si nous ne changeons pas radicalement de cap, après la crise, ce sera toujours la crise ; tout comme après la COP 26, il y aura la COP 27 (en Egypte) et la COP 28 (à Dubaï)… »

Ils discutent des « pistes » de décarbonisation des carburants d’aviation (électricité, carburants de synthèse, hydrogène) et soulignent que dans l’hypothèse d’une neutralité carbone en 2050 (Stratégie Nationale Bas Carbone – SNBC) « il n’y a pas de solution dans les 15 années qui viennent pour décarboner notamment l’aviation ».

Ils analysent les scénarios à horizon 2050 et soulignent que contrairement aux prévisions de croissance annuelle de trafic aérien de 4%, c’est « une décroissance du secteur de l’ordre de 10% à 15% d’ici 2050 par rapport au trafic constaté en 2019 » qu’il faut engager.

Les auteurs insistent particulièrement sur la face cachée de l’hydrogène, la croissance démultipliée du nucléaire, chiffrée à 19 réacteurs EPR de type Flamanville. Ils n’oublient pas d’examiner la mise en oeuvre d’une production d’hydrogène reposant sur la filière nucléaire, « La mise en œuvre d’une production d’hydrogène reposant sur la filière nucléaire doit nous interroger sur 5 points : les conditions du prolongement de la durée d’exploitation des centrales existantes, les déchets nucléaires, les risques d’accidents industriels du type Fukushima, l’indépendance énergétique du pays, l’acceptabilité sociale et politique du nucléaire civil. »…

La question est bien celle de notre avenir, de l’avenir du secteur aéronautique, du nombre d’avions à produire, des conséquences sur l’emploi, de notre lucidité nécessaire pour agir, rompre avec les prévisions de croissance revendiquées par les constructeurs, « stopper le développement du transport aérien avec un objectif de croissance zéro, voire à initier la décroissance de celui-ci ; et ceci quelques soient les scénarios », et dénoncer les soi-disant plans de « décarbonation » de l’avion.

« L’aviation telle qu’elle s’est développée depuis des décennies est, dans son genre, un parfait résumé, un concentré, de ce qui n’est plus soutenable. En particulier consommer des matières premières essentielles pour satisfaire, non des besoins, mais une demande créée de toutes pièces. La conscience montante de la finitude des ressources commence, un petit peu, à structurer notre rapport au monde mais cela doit se traduire par un(des) choix clair(s) sur ce qu’il est nécessaire et soutenable de produire pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, partout sur la planète : se loger (décemment), boire et se nourrir (sainement), se soigner (gratuitement), se vêtir (durablement), être éduqué (pour s’émanciper), se cultiver (pour s’épanouir). Nous ne pourrons plus nous déplacer « comme avant », surtout si le prix à payer consiste à choisir entre la prédation des terres (pour produire des agro-carburants) ou bien la construction massive de centrales nucléaires ». La question de l’utilité sociale de l’aviation doit être posée sans détours et avec franchise…

Les auteurs proposent quelques pistes pour ouvrir le débat, tout en soulignant que l’avion « vert » est une formule creuse :

« Diminuer le temps de travail (travailler moins pour travailler tous), définir collectivement les besoins pour déterminer l’utilité sociale des activités productives, définir des échelles pertinentes et coopérer entre territoires proches, démocratiser les entreprises pour décider ensemble, planifier les changements sur nos modes de production et de consommations qu’exige le pas de côté à effectuer pour rester dans un monde soutenable, sont quelques-uns des axes du nécessaire débat qui doit impérativement avoir lieu dans les mois et les toutes prochaines années ; en région toulousaine comme ailleurs et dans le secteur de l’aviation comme dans tous les autres secteurs de production et d’échanges (transports terrestres, numérique, etc.) »

Ils ajoutent : « Les salariés du secteur de l’aviation, les habitants des territoires qui sont les premiers concernés par les enjeux du devenir de l’aviation doivent prendre toute leur part dans ce débat, crucial pour penser un monde soutenable et, tout simplement, habitable pour l’humanité ».

Comme le précédent document publié, Vers une crise économique majeure dans Toulouse et sa région. Toulouse, le syndrome Détroit ?, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/27/vers-une-crise-economique-majeure-dans-toulouse-et-sa-region-toulouse-le-syndrome-detroit/, ce rapport est une contribution importante aux débats. Le détail et la qualité des analyses rompt avec les bla-bla habituels. Nous ne pourrons faire face aux effets des modifications de notre environnement qu’en interrogeant l’ensemble de nos productions pour en abandonner certaines, en limiter d’autres, en priorisant les besoins essentiels dans la sobriété énergétique.

Fondation Copernic (antenne de Toulouse), Attac Toulouse, Les Amis du Monde Diplomatique (Toulouse), Université populaire de Toulouse : Faire un pas de coté

https://universitepopulairetoulouse.fr/IMG/pdf/faire_un_pas_de_co_te_.pdf

Toulouse 2021, 43 pages

Didier Epsztajn

Rappel :

Vers une crise économique majeure dans Toulouse et sa région. Toulouse, le syndrome Détroit ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/27/vers-une-crise-economique-majeure-dans-toulouse-et-sa-region-toulouse-le-syndrome-detroit/

Une réponse à “Interroger l’utilité sociale de l’aviation

  1. Bonjour Didier merci infiniment d’avoir publié ce texte
    Bien amicalement de toutes et et tous
    Belle journée Stella Montebello de Copernic et UPT

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