« Quatre nouvelles fermes de colons se sont emparées de terres palestiniennes de la taille d’une grande ville » (plus autres textes)

Au cours des cinq dernières années, quatre fermes de colons en Cisjordanie se sont emparées d’un territoire palestinien de la taille de la ville de Holon (banlieue sud de Tel Aviv, superficie d’environ 19 000 dunams, quelque 19 km2), ou des villes de Bnei Brak (banlieue nord-est de Tel-Aviv, superficie de 7,4 km2) et de Lod (située dans le District centre, superficie 12 km2) réunies. En recourant à la violence et à la terreur systématiques, les résidents de ces quatre avant-postes [le terme avant-postes renvoie à une colonie établie dans les territoires palestiniens occupés, établie, formellement, sans l’autorisation du gouvernement israélien], aidés par l’armée, ont bloqué l’accès des Palestiniens à des terres totalisant 20 866 dunams [soit 20 km2] ; terres que les Palestiniens utilisaient pour cultiver et faire paître le bétail.

Le record d’occupation est détenu par la ferme d’Uri sur la réserve d’Umm Zuqa, dans le nord de la vallée du Jourdain. Elle a été établie en 2016 et elle empêche les communautés palestiniennes d’accéder à plus de 14 000 dunams de terres [quelque 14 km2]. Vient ensuite l’avant-poste de Zvi Bar Yosef de la colonie de Halamish, érigée il y a trois ans. Il empêche les agriculteurs de Jibiya, Kobar et Umm Safa [les trois du gouvernorat de Ramallah et et Al-Bireh] d’accéder à 2 500 dunams de leurs terres. Une ferme de bergers au sud-ouest de Samu [ville à 12 kilomètres au sud de la ville d’Hébron], établie en 2021, a pris possession, jusqu’à présent, de 1 850 dunams appartenant au village de Zanuta. En 2020, la ferme Mann a été construite à l’est de la ville de Yatta [à 12 km au sud d’Hébron], et s’est approprié 1 537 dunams des villages voisins.

***

Les données ne concernent que ces quatre fermes individuelles sur une cinquantaine d’avant-postes similaires créés au cours de la dernière décennie, et sur 150 avant-postes datant des années 1990. Les résidents de bon nombre de ces avant-postes recourent à la violence pour s’approprier des terres palestiniennes – ce qui signifie que la superficie totale qu’ils se sont appropriée est bien plus importante que les chiffres mentionnés ci-dessus.

Pour tester ce phénomène, qui ne fait que s’amplifier depuis les années 1990, l’ONG B’Tselem [centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés] a choisi cinq zones de Cisjordanie où neuf fermes (dont les quatre susmentionnées) sont exploitées : au nord de la vallée du Jourdain, à l’est des villes Tamun et de Tubas [situées au nord-est de Naplouse] ; des villages au nord-ouest de Ramallah; des villages au sud-ouest de Naplouse; des villages à l’est de Yatta [à 8 km au sud d’Hébron]; et des villages au sud de Samua [à 12 km au sud de la ville d’Hébron].

Les chercheurs de B’Tselem ont documenté, calculé et quantifié l’étendue des terres appropriées par les avant-postes et une colonie, Halamish [située au nord de Ramallah, à 10,7 kilomètres de ladite Ligne verte], dans ces cinq zones : 28 416 dunams, soit la superficie de Kiryat Bialik, Netivot et Ofakim réunies. L’organisation Kerem Navot [créée en 2012], qui enquête sur la politique israélienne d’appropriation des terres de Cisjordanie, a participé à la cartographie et au calcul des données figurant dans le rapport final.

***

Le fait qu’il s’agisse d’un modèle et que les autorités israéliennes ne mettent pas fin à la violence systématique a conduit B’Tselem à la conclusion que le phénomène sert les intérêts de l’Etat.

« A priori, il s’agit de deux pistes sans lien entre elles », peut-on lire dans le rapport. « L’Etat s’approprie des terres de manière ouverte et officielle, sanctifiée par des conseillers juridiques et des juges – plus de 2 millions de dunams en Cisjordanie depuis 1967 – tandis que les colons, qui cherchent également à s’approprier des terres pour faire avancer leur plan, recourent à la violence contre les Palestiniens pour leurs propres raisons et de leur propre gré. Mais c’est la même chose : la violence des colons contre les Palestiniens sert à l’Etat comme un moyen non-officiel majeur de s’approprier de plus en plus de terres en Cisjordanie, et cette violence est exercée avec le soutien total de l’Etat, avec l’aide et la participation de ses représentants. »

B’Tselem et Kerem Navot n’ont pas encore calculé l’ampleur de l’appropriation violente par les colons de toutes les terres palestiniennes par des fermes individuelles et des opérations de colons en Cisjordanie. Mais une estimation générale a déjà été faite par Ze’ev Hever, le directeur d’Amana, qui est la façade opérationnelle et financière du mouvement religieux et pro-colonisation Gush Emunim et qui est à l’origine de l’établissement des avant-postes. Lors d’une conférence en ligne organisée en février, Ze’ev Hever a expliqué que les fermes de bergers sont un outil efficace pour s’approprier des terres palestiniennes, plus que pour construire de nouvelles colonies ou de nouveaux quartiers. La superficie bâtie combinée de toutes les colonies conventionnelles est d’environ 100 kilomètres carrés, a-t-il dit, alors que les fermes ont pris à elles seules le double, soit près de 200 000 dunams [200 km2].

« Ceux qui ont la bonne motivation pour agir et inciter les autres à agir peuvent atteindre les bons résultats», a déclaré Ze’ev Hever aux participants en ligne. B’Tselem ne sait pas dans quelle mesure l’estimation globale de Ze’ev Hever est précise, mais dans deux autres zones de Cisjordanie – qui n’ont pas été incluses dans le présent rapport – des extensions violentes de colonies existantes ont pris au moins 36 500 dunams : 26 500 dans la zone des colonies Eli et Shiloh à l’est de Ramallah, et 10 000 dans la zone de Tkoa-Nokdim au sud-ouest de Bethléem.

***

Le rapport comprend 20 témoignages décrivant les affrontements violents déclenchés par les colons des avant-postes et ceux des fermes individuelles dans le but d’intimider les Palestiniens et de les empêcher de travailler la terre et de faire paître le bétail sur leur territoire. Il s’appuie sur des dizaines d’autres. La plupart des incidents violents sont bien documentés.

Les auteurs du rapport n’ont pas eu le temps d’inclure deux attaques violentes qui ont eu lieu la semaine dernière dans le hameau de Masafer Yatta. L’une, le 8 novembre, lorsqu’un Israélien de la ferme Mann a frappé un habitant du village de Saadat Tha’aleh avec une massue, lui cassant la main. L’autre le 10 novembre, lorsque des Israéliens d’un nouvel avant-poste, qui a été érigé et démoli à plusieurs reprises, ont attaqué les habitants de Khalat al-Diba : ils ont agressé un fermier avec des massues et cassé les vitres de trois voitures, puis sont revenus plus tard dans la nuit, tirant à balles réelles et blessant deux Palestiniens.

Il ne s’agit pas seulement pour les Palestiniens d’être chassé de leurs terres. Le rapport montre comment de nombreux agriculteurs palestiniens et des communautés entières s’appauvrissent. Sous la pression de la violence et de la peur, les agriculteurs réduisent ou abandonnent les activités économiques traditionnelles qui leur assuraient autrefois une vie relativement convenable, comme l’élevage de moutons et les cultures saisonnières. Dès lors, ils dépensent une fortune pour acheter de la nourriture et de l’eau pour leurs troupeaux, gardés dans les enclos parce que leur accès aux espaces de pâturage et aux points d’eau a été bloqué.

Haaretz a demandé aux Forces de défense israéliennes (IDF), à la police et au Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires occupés [1] de répondre à la conclusion du rapport selon laquelle la violence des avant-postes et des fermes isolées sert l’Etat. Le bureau du porte-parole des IDF a répondu : « Les IDF investissent beaucoup d’efforts pour tenter d’éradiquer [sic] les incidents violents dans le territoire, et sont en contact direct avec les différentes entités civiles et de sécurité dans ces zones. Les IDF continueront à opérer dans la région, afin de permettre le maintien de la loi et de la sécurité dans le territoire. » La police et le Coordinateur ont refusé de commenter.

Amira Hass 

Haaretz, 14 novembre 2021

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/palestine-israel-quatre-nouvelles-fermes-de-colons-se-sont-emparees-de-terres-palestiniennes-de-la-taille-dune-grande-ville-fermes-et-etat-complementaire-dans-loperation-de-de.html

[1] Officiellement, le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires est une unité du Ministère israélien de la défense qui s’occupe de coordonner les questions civiles entre le gouvernement israélien, les Forces de défense israéliennes, les organisations internationales, les diplomates et l’Autorité palestinienne. (Réd.)

******

La mairie de Jérusalem insiste pour démolir la maison de 60 Palestiniens

Imad Asmaa al-Ghouj n’a que quatre ans et il est déjà un criminel: il vit dans une maison qui a été construite sans permis. L’appartement de l’immeuble de 10 logements – où il est né et où il vit toujours – fait l’objet d’un ordre de démolition. L’adresse: la section Khalat al-Ayn du quartier A-Tur de Jérusalem [At-Tur est situé à Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël après 1967].

« Il a peur de s’endormir le soir au cas où ils démoliraient l’immeuble alors que nous sommes à l’intérieur. Il rentre de l’école maternelle avec la nourriture que je lui ai préparée parce qu’il ne peut pas manger à cause de tout le stress », a déclaré sa mère, Asmaa, au début du mois de décembre.

« Le jeune frère de mon mari, qui a 12 ans et qui vit ici avec ses parents et ses sœurs, a peur de revenir de l’école et de trouver la maison démolie. Et quand les gens demandent à mon petit-fils Yanal où nous irons s’ils la démolissent, il répond: dans une tente dehors, parce que nous n’avons pas d’autre endroit où aller. »

Le bâtiment où vit la famille al-Ghouj a été construit il y a environ 10 ans. Il y en a plusieurs dizaines d’autres comme celui-ci à Khalat al-Ayn. Ils abritent environ 4 000 personnes. Ils ont été construits sans permis de construire parce que la municipalité de Jérusalem ne réexamine pas les plans directeurs des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est pour les adapter à la croissance démographique et aux besoins locaux.

En l’absence de plan d’aménagement urbain, aucun permis de construire n’est délivré. Mais les gens doivent bien vivre quelque part, alors ils se construisent un toit sur des parcelles qu’ils possèdent ou achètent des appartements construits par des promoteurs. C’est ce qui se passe à A-Tur et dans tous les autres quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Curieusement, la municipalité a plusieurs fois donné l’impression que Khalat al-Ayn serait désignée comme une zone d’A-Tur où la construction serait éventuellement autorisée. « Alors pourquoi insister pour démolir le bâtiment et détruire nos vies ? » demande Asmaa, qui est âgée de 24 ans.

« Les parents de mon mari ont travaillé dur pendant de nombreuses années pour pouvoir acheter cet appartement. Mon beau-père a eu des emplois de nettoyeur, ma belle-mère s’est occupée des personnes âgées. Ils ont économisé chaque centime. Avant cela, ils vivaient dans la vieille ville dans une sorte de local qui servait autrefois d’étable pour les ânes. »

Début octobre, des officiers de police et des inspecteurs se sont pointés dans le bâtiment et ont annoncé qu’il devait être libéré. Ils ont annoncé qu’il devait être libéré; il serait démoli dans la semaine. D’un jugement à l’autre, les habitants n’en peuvent plus, comme s’ils vivaient en sursis.

« J’étais ici quand leur patrouille est arrivée à 10 heures du matin. Il y avait des policiers, la police des frontières et deux autres personnes du ministère de l’Intérieur. J’avais l’impression d’être renvoyée à la case départ », raconte Asmaa. « Lorsque je me suis marié il y a cinq ans, nous ne pouvions louer un appartement nulle part à Jérusalem, car les loyers sont élevés. Nous n’avons même pas envisagé d’acheter. De plus, en tant que Palestiniens, nous ne pouvons pas demander d’hypothèque car nous ne sommes pas des citoyens. Nous avons décidé de nous entasser ici avec les parents et les frères et sœurs de mon mari jusqu’à ce que nous économisions un peu d’argent », nous dit Asmaa, qui a étudié le droit à l’Université d’Hébron. « Au début, je n’ai pas dit aux enfants qu’ils risquaient de démolir la maison, mais quand les journalistes ont commencé à venir tout le temps, nous n’avons pas eu d’autre choix que de leur expliquer la situation. »

Parmi les 60 personnes présentes dans le bâtiment, 27 sont des enfants. Ils jouent et courent à l’extérieur du bâtiment comme si tout était normal, tandis que leurs parents racontent aux visiteurs leurs peurs et leurs cauchemars. Les mères parlent d’enfants qui ont commencé à faire pipi au lit la nuit, tandis que d’autres choisissent de passer la nuit dans la voiture de leurs parents par crainte de voir arriver un bulldozer. Imad, l’enfant de 4 ans, a proposé de badigeonner les carrelages de l’entrée avec du savon pour que les personnes venant démolir le bâtiment glissent.

Un désastre écologique et social

Avant 1967, A-Tur s’étendait sur 8800 dunams (1 dunam équivaut à 1000 m2). Après avoir occupé la Cisjordanie, Israël a exproprié la plupart des terres du village après l’avoir annexé à Jérusalem. Il ne reste que 1747 dunams, selon les groupes de défense des droits Bimkom [ONG israélienne d’architectes de défense des droits liés au logement] et Ir Amim [ONG visant à ce que Jérusalem soit une « Ville des peuples »]. Les 1400 dunams font partie des plans de développement approuvés au fil des ans. Sur la majeure partie de cette zone, seules des constructions éparses ont été autorisées, avec seulement deux étages par parcelle.

En 1967, A-Tur comptait de 4 000 à 6 000 habitants (différentes sources donnent des chiffres différents). Selon le Bureau central des statistiques d’Israël, le quartier comptait 28 000 résidents en 2016. Les responsables locaux ont ensuite estimé leur nombre à 35 000.

L’avocat Hussein Ghanayem, qui représente les résidents d’A-Tur depuis près de vingt ans, y compris ceux de l’immeuble d’Imad, estime que leur nombre approche les 45 000.

Les habitants d’origine du quartier, ainsi que ceux du reste de Jérusalem-Est qui, en raison de l’absence de plans d’urbanisme et du surpeuplement, ont déménagé il y a des années dans des quartiers situés en dehors de Jérusalem, sont revenus et se sont installés à A-Tur après qu’Israël a érigé sa barrière de séparation. Ils craignaient qu’Israël ne révoque leur statut de résident.

Cela a accru la surpopulation et aggravé les problèmes découlant de la négligence des infrastructures telles que les routes, les égouts et les systèmes d’écoulement, en plus de la pénurie d’écoles et d’autres institutions publiques. Khalat al-Ayn, au nord-est d’A-Tur, couvre 200 dunams qui se sont avérés être la dernière réserve foncière du quartier.

Lorsqu’en 2011, un entrepreneur privé a construit l’immeuble où vit la famille al-Ghouj, sur un terrain qu’il a acheté à la famille Abu Sbeitan, on a supposé qu’un plan de construction urbaine serait bientôt approuvé par les autorités. Un plan avait été élaboré pour Jérusalem en 2000, le premier plan de ce type pour l’ensemble de la ville depuis 1967. Il a été présenté en 2004 et a reçu une approbation préliminaire en 2009. Depuis lors, il a été gelé « parce qu’il incluait la possibilité de développer certains quartiers palestiniens », comme le note un rapport de Bimkom, qui lutte pour l’égalité dans l’aménagement urbain.

En 2005, alors que l’on avait encore l’impression que la municipalité et le ministère de l’Intérieur commençaient à comprendre le désastre urbanistique, écologique et social qui se profilait à Jérusalem-Est en raison d’une longue négligence intentionnelle, les résidents d’A-Tur ont commandé un projet d’aménagement urbain à leurs propres frais. Hussein Ghanayem, qui représentait les résidents, a appris des professionnels de la mairie que Khalat al-Ayn présentait une « faisabilité de construction ».

Les résidents juifs de Jérusalem ne sont pas tenus de préparer des plans de quartier à leurs propres frais, mais à Jérusalem-Est, cette démarche, très coûteuse, est devenue courante par manque de choix, dans l’espoir que la municipalité et les tribunaux feront des concessions aux résidents qui ont construit sans permis. L’espoir est que les autorités comprennent qu’il ne s’agit pas d’une transgression volontaire mais du résultat d’une détresse dont les résidents ne sont pas responsables. Les résidents, dont la plupart sont des salariés à faibles revenus, ont collecté 800 000 shekels (257 820 dollars) pour financer le plan d’urbanisme, souligne Hussein Ghanayem.

Ralentir le processus

Le projet était en cours d’examen par le comité de planification du district lorsqu’il s’est avéré qu’il existait un plan concurrent. « Pour contrecarrer les plans préparés par les résidents de Khalat al-Ayn et d’Isawiyah, l’Autorité israélienne pour la nature et les parcs a soumis, avec le soutien de la municipalité de Jérusalem, un plan différent: un plan pour un parc national sur les pentes du Mont Scopus [qui se trouve actuellement dans les « frontières » de Jérusalem], s’étendant sur 700 dunams qui comprenait des zones initialement désignées pour les deux quartiers palestiniens », a déclaré Aviv Tatarsky, qui coordonne les activités de lobbying sur la planification à Ir Amim.

En janvier 2012, l’autorité des parcs a déclaré à Nir Hasson – du quotidien Haaretz – qu’elle n’était pas un organe politique et qu’elle ne s’intéressait qu’à la protection de la nature et du paysage, en maintenant la dernière section du désert de Judée à côté de la ville. La municipalité a déclaré que le parc national désigné avait une grande importance archéologique en raison des grottes, des citernes et des sites funéraires de la période du Second Temple.

En 2015, un comité d’appel du Conseil national de la planification et de la construction a déterminé que le plan du parc ne pouvait être approuvé avant que la municipalité n’ait étudié les besoins en développement des deux quartiers. Cette enquête n’a pas encore été réalisée. La municipalité prépare actuellement un plan directeur pour A-Tur, mais Aviv Tatarsky et Hussein Ghanayem affirment que ce plan est élaboré sans consultation des résidents ou de leurs représentants, sans chercher à déterminer leurs besoins.

De plus, note Aviv Tatarsky, « un plan directeur n’est rien d’autre qu’un document de politique municipale. Il ne change pas la situation en matière de planification et ne permet pas de délivrer des permis de construire. »

Parallèlement à l’attente d’un plan réalisable pour l’ensemble du quartier de Khalat al-Ayn, les locataires de l’immeuble où vit la famille al-Ghouj se sont engagés dans un parcours juridique et bureaucratique sinueux, avec Hussein Ghanayem comme avocat. Un ordre administratif de démolition a été émis trois ans après le début de la construction, mais un tribunal a critiqué cet ordre car, explique Hussein Ghanayem, « un ordre administratif de démolition ne peut être exécuté alors que des familles y vivent toujours. »

Pourtant, alors que l’ordre était toujours en cours, les procureurs de l’Etat ont déposé des actes d’accusation contre les résidents pour avoir construit sans permis. Les recours en appel de Husein Ghanayem ont été rejetés. Mercredi, le tribunal des affaires locales de Jérusalem a accepté de retarder la démolition d’une semaine à la demande d’un autre avocat qui représentait un autre résident parmi les dix locataires. Ce résident n’avait pas reçu d’ordre de démolition et ne faisait pas partie des personnes que le tribunal a jugées coupables.

« Lorsque je me suis mariée et que j’ai emménagé ici, je savais que la famille de mon mari payait des amendes à la municipalité parce qu’il n’y avait pas de permis de construire, mais je savais qu’il y avait un espoir que nous en obtenions un », nous a confié Asmaa. « Je pensais que nous économiserions de l’argent et que nous déménagerions pour pouvoir vivre par nos propres moyens, mais avec toutes les dettes et les amendes, nous ne pouvions pas. Nous nous sommes dit qu’au moins la maison resterait, mais nous avons réalisé que ce ne serait pas le cas, que nous étions donc jetés à la rue. »

Si l’autorité d’exécution du ministère des Finances procède à la démolition, les locataires devront payer 2 millions de shekels. Ils ont la possibilité de démolir le bâtiment eux-mêmes, mais ils n’ont aucune idée de la manière de démolir un immeuble de cinq étages comportant dix appartements.

« Il y a un moment où j’ai dit : “Ça y est, je veux quitter ce pays”, raconte Asmaa. “J’ai rempli des formulaires dans un bureau de Tel-Aviv qui encourage l’émigration vers le Canada. Je suis arrivée là grâce à une annonce en arabe sur Facebook. Mon mari l’a découvert et m’a dit: “Es-tu folle ?” »

Amira Hass

Article publié sur Haaretz en date du 11 décembre 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/israel-paletine-la-mairie-de-jerusalem-insiste-pour-demolir-la-maison-de-60-palestiniens.html

*********

La violence des colons n’est pas « insignifiante », elle s’ajoute à la violence institutionnelle d’Israël

L’affirmation du Premier ministre est correcte s’il compte le nombre de personnes qui prennent part à la violence. Cependant, elle cache un mal plus grand. Israël construit des colonies, empêche les villages palestiniens de se développer et expulse les Palestiniens de leurs terres.

Mercredi matin, un inspecteur de l’administration civile israélienne a affiché un ordre d’arrêt des travaux sur la clôture d’une aire de jeux dans le village de Sussia, en Cisjordanie. L’affichage de l’ordre n’est pas en soi un acte violent – au contraire, il s’agit d’une mesure légitime d’application de la loi, car le terrain de jeu a été construit sans permis. Mais cet acte porte en lui des couches de violence que le ministre de la sécurité publique Omar Bar-Lev a ignorées lorsqu’il a parlé uniquement de la violence des colons.

Il a raison de voir dans leur violence une tendance inquiétante. Mais il fait preuve de dissimulation en ne parlant pas de leur objectif, qui est identique à celui de l’État et du gouvernement dont il fait partie : s’emparer d’autant de terres palestiniennes que possible et les vider d’autant de Palestiniens que possible.

Environ un mois avant l’affichage de l’ordre, un groupe de juifs israéliens religieux est entré dans le terrain de jeu, qui se trouve à la limite du village. Un groupe de soldats armés les gardait. Rien de violent dans tout cela, soi-disant. Au contraire, qui ne sourirait pas à la vue de jeunes hommes se balançant sur des balançoires destinées à des enfants de huit ou neuf ans ? Cela nous manque à tous d’être des enfants.

Mais ces jeunes hommes n’étaient pas là pour se remémorer leur enfance. Ils se sont répandus parmi les balançoires, le manège et le toboggan des enfants palestiniens pour tirer la sonnette d’alarme sur ce qu’ils considèrent comme l’impuissance de l’administration civile : comme toutes les structures de Sussia, l’aire de jeux a été construite, faute d’alternative, sans permis. En effet, Sussia se trouve dans la zone C, qui, selon les accords d’Oslo, est sous le contrôle exclusif d’Israël, et bien que les résidents palestiniens de Sussia vivent sur des terres privées (après que les forces de défense israéliennes les aient expulsés de leur village à son emplacement d’origine au milieu des années 1980), l’administration civile ne leur accorde pas de permis de construire.

Les envahisseurs israéliens du terrain de jeu palestinien n’auraient pas pu le faire sans la protection physique de soldats armés, et sans la protection de l’ensemble du système judiciaire et policier israélien en Cisjordanie. Ils y sont allés pour faire pression sur l’administration civile afin qu’elle détruise les balançoires, le manège et le toboggan. La simple menace de démolition est violente, car elle constitue un recours à la force pour nuire, dans ce cas, à des enfants palestiniens. Les enfants juifs de la colonie voisine de Sussia disposent d’une aire de jeux. Toute discrimination est une forme de violence perpétrée par les puissants, même si personne n’est tué ou blessé en conséquence.

Ce n’est pas seulement l’aire de jeux qui a dérangé les envahisseurs du mois dernier. L’association à but non lucratif Regavim et la colonie de Sussia, qui a été créée et prospère grâce au contrôle militaire israélien en Cisjordanie, exigent depuis des années que l’administration civile rase toutes les maisons du village palestinien. Les habitants de Sussia ont déjà pris le contrôle d’une partie des terres de Sussia. Ils n’ont pas eu besoin d’utiliser la violence directe pour y parvenir ; il leur a suffi de tirer parti de leur puissance militaire et économique.

L’administration civile, pour sa part, a rejeté les plans d’ensemble proposés par les résidents du village palestinien et leur a recommandé de déménager, « pour leur propre bien », dans une zone adjacente à la ville de Yatta – c’est-à-dire adjacente à la zone A – qui, selon les accords d’Oslo, est sous contrôle palestinien total. L’ordre d’arrêt des travaux contre le terrain de jeu – une formalité procédurale, nécessaire parce qu’il n’a pas été émis pendant la construction du site – sera suivi d’un ordre de démolition.

L’ordonnance de mercredi symbolise tout ce que Bar-Lev, un pilier du parti travailliste, a éludé en concentrant sa critique sur la violence des individus : sous couvert de sa violence institutionnelle, Israël, en tant que régime militaire, construit des colonies en territoire occupé, empêche les villages palestiniens de se développer et même d’exister, et expulse les Palestiniens de leurs terres vers des villes palestiniennes trop densément peuplées. En ce sens, la violence des colons n’est qu’un ajout.

Néanmoins, il s’agit d’un ajout important et difficile pour les Palestiniens. Le Premier ministre Naftali Bennett, lui aussi, est à la fois correct et malhonnête lorsqu’il traite la violence des colons comme un phénomène insignifiant. Il a raison s’il parle des attaques qui, pour une raison ou une autre, ont attiré l’attention des médias israéliens : elles sont négligeables par rapport au nombre d’attaques qui ne sont pas signalées et qui ne sont pas couvertes.

Et il est de mauvaise foi – parce qu’il sait sans aucun doute combien les attaques signalées et non signalées rapportent et ont rapporté à l’ensemble de l’entreprise de colonisation et à son objectif de vider davantage de territoire de ses habitants palestiniens : Par exemple, comme B’Tselem l’a documenté et calculé, au cours des cinq dernières années, la violence persistante d’un petit nombre de colons dans quatre petits avant-postes de colonies en Cisjordanie leur a permis de prendre le contrôle d’un territoire palestinien équivalent à la superficie de la ville israélienne d’Hébron – environ 7,3 miles carrés, soit 4 700 acres. Et ce n’est qu’un petit exemple. Quelques dizaines de petits avant-postes de colonies illégales, non autorisées et violentes ont réussi à prendre le contrôle d’environ 10 fois cette superficie de terres palestiniennes, soit le double de la superficie bâtie de toutes les colonies combinées.

Le Premier ministre a raison s’il compte le nombre de personnes qui ont pris part et continuent de prendre part à la violence. Il n’est pas nécessaire d’avoir un Kiryat Arba entier ; 12 jeunes hommes de cette colonie peuvent réveiller un quartier entier d’Hébron, effrayer des dizaines d’enfants et détruire 10 voitures. Un seul berger juif, monté sur un tracteur ou un cheval, armé d’un pistolet et d’un drone, peut détruire les moyens de subsistance d’au moins 12 familles de bergers palestiniens qui ne peuvent plus emmener leurs troupeaux au pâturage et faire pousser les céréales et les légumes nécessaires à leur subsistance.

Il suffit d’un tel berger juif dans chaque région, aidé parfois par des jeunes ayant abandonné l’école. Par exemple : Dans la réserve naturelle d’Umm Zuqa, au nord de la vallée du Jourdain ; sur les terres d’Uja, au nord de Jéricho ; sur les terres de Kobar et d’Umm Safa, à l’ouest de Ramallah ; sur les terres d’al-Tawani. De la même manière, une poignée de colons ont pris et continuent de prendre le contrôle de dizaines de sources utilisées par les agriculteurs palestiniens depuis des siècles.

Mais le Premier ministre se défile lorsqu’il ne parle que des attaques les plus récentes, et fait oublier à son auditoire que ce phénomène « marginal » dure depuis des décennies. Pour des raisons politiques évidentes, Bennett ne calcule pas le nombre énorme de personnes qui ferment les yeux sur la violence de quelques-uns : dans la police israélienne, dans les FDI, dans le ministère public et dans les colonies elles-mêmes. Ce faisant, ils ont encouragé et incité le petit nombre à continuer, et à en amener d’autres. Pas beaucoup, mais suffisamment audacieux pour détruire le travail et la vie de dizaines d’autres familles palestiniennes.

Bennett nous fait également oublier, dans son commentaire à Bar-Lev, la grande armée de collaborateurs que ces quelques assaillants ont parmi les colons : Il s’agit des soldats qui défendent les agresseurs ou se tiennent simplement à l’écart lorsqu’ils agressent des Palestiniens ; de la police, qui n’enquête pas ou ne prend pas la peine de trouver des suspects ou qui clôt les enquêtes par manque d’intérêt pour le public ; du ministère public, qui n’engage pas de poursuites ; et des conseils des colonies et des bureaux gouvernementaux qui financent le petit nombre d’individus supposés violents.

Amira Haas / Haaretz

Traduction : AFPS

https://www.france-palestine.org/La-violence-des-colons-n-est-pas-insignifiante-elle-s-ajoute-a-la-violence


De l’autrice :

je subventionne des groupes terroristes, amira-hass-je-subventionne-des-groupes-terroristes/

Le problème quand on parle de l’apartheid israélien, le-probleme-quand-on-parle-de-lapartheid-israelien/

Israël et l’Autorité palestinienne savent comment se renvoyer la balle, la-violence-desesperee-dune-direction-palestinienne-a-lagonie-plus-texte-damira-hass/

« L’encagement des Gazaouis par Israël n’a pas rompu leur lien avec le reste de leur patrie »ne-pleurez-pas-une-coexistence-qui-na-jamais-existe-plus-autres-textes/

À Gaza, des vies effacées : Israël anéantit volontairement des familles entièrestraiter-les-vraies-causes-du-conflit-israelo-palestinien-plus-autres-textes/

Pourquoi les palestiniens nous tuent !transformer-les-dommages-collateraux-en-crime-de-guerre-plus-texte-de-hamira-hass-et-shlomo-sand/

Nous n’élevons pas nos enfants dans la haine. C’est la réalité qui encourage la haine » : un habitant de Sheikh Jarrah, la-tempete-que-netanyahou-a-declenchee-plus-autres-textes/

« Le navire de Kushner dans le désert »le-navire-de-kushner-dans-le-desert/

« Oslo », la stratégie des fake news. Faut-il changer le nom de la capitale norvégienne ?oslo-la-strategie-des-fake-news-faut-il-changer-le-nom-de-la-capitale-norvegienne/

Les soldats de « l’armée de défense israélienne » apprennent à tuer des civils désarmés. Mais ils jouissent de l’immunité face à toute enquêteles-soldats-de-larmee-de-defense-israelienne-apprennent-a-tuer-des-civils-desarmes-mais-ils-jouissent-de-limmunite-face-a-toute-enquete/

Couper des oliviers palestiniens, pour s’emparer, demain, de terrescouper-des-oliviers-palestiniens-pour-semparer-demain-de-terres/

Cisjordanie occupée. Quand les colons et l’Etat israélien effacent l’existence d’une communauté bédouinecisjordanie-occupee-quand-les-colons-et-letat-israelien-effacent-lexistence-dune-communaute-bedouine/

Gaza. « Nous avons peur, mais nous n’avons pas peur en même temps », dit un Gazaouigaza-nous-avons-peur-mais-nous-navons-pas-peur-en-meme-temps-dit-un-gazaoui/

Palestine. Le système de soins de Gaza s’effondrepalestine-le-systeme-de-soins-de-gaza-seffondre/

Européens, condamner l’occupation israélienne ne suffit pas, vous devez appliquer des sanctionseuropeens-condamner-loccupation-israelienne-ne-suffit-pas-vous-devez-appliquer-des-sanctions/

Ainsi l’ordonna l’armée d’Israël : le trompettiste et le violoniste ne peuvent pas quitter Gaza pour la Cisjordanieainsi-lordonna-larmee-disrael-le-trompettiste-et-le-violoniste-ne-peuvent-pas-quitter-gaza-pour-la-cisjordanie/

Le soldat franco-israélien Elor Azaria, reconnu coupable d’homicide, a en fait agi selon la normele-soldat-franco-israelien-elor-azaria-reconnu-coupable-dhomicide-a-en-fait-agi-selon-la-norme/

La Haye : Les raisons de la jubilation des Palestiniens et des craintes d’Israëlla-haye-les-raisons-de-la-jubilation-des-palestiniens-et-des-craintes-disrael/

A Gaza être un tigre est une chance, a-gaza-etre-un-tigre-est-une-chance/

Palestine. Des raids sur les camps de réfugiés raniment l’esprit de 1948palestine-des-raids-sur-les-camps-de-refugies-raniment-lesprit-de-1948/

Comment les enseignants palestiniens sont devenus les héros du peuplecomment-les-enseignants-palestiniens-sont-devenus-les-heros-du-peuple/

Le droit à « l’autodéfense d’Israël » : une énorme victoire de la propagandele-droit-a-lautodefense-disrael-une-enorme-victoire-de-la-propagande/

Boire la mer à Gaza. Chronique 1993-1996 exploitation-sociale-et-oppression-nationale/

Une réponse à “« Quatre nouvelles fermes de colons se sont emparées de terres palestiniennes de la taille d’une grande ville » (plus autres textes)

  1. vous êtes une honte pour l’humanité, vous ne savais que voler les biens d’autrui ? cela restera la Palestine et VOUS les envahisseurs !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.