SALONS DE MASSAGE-BORDELS : un trafic de femmes vulnérables sur lequel on ferme les yeux

Interview de Fred Robert par Francine Sporenda

Né en 1971 à Paris, Fred Robert est le co-créateur et porte-parole de ZéroMacho. Il est père de trois enfants et ex-mari de deux femmes. C’est Florence Montreynaud qui lui a fait découvrir le féminisme en 2003 et il était auparavant très loin de se douter de l’ensemble des privilèges dont il profitait. Il estime être encore très loin de la déconstruction de sa virilité mais trouve qu’il est essentiel de s’adresser sans attendre à tous les hommes car ils sont le problème et le principal obstacle à l’égalité femmes-hommes.

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FS : Comment avez-vous eu l’idée de cette enquête au sujet des salons de massage à Paris ? Comment vous-êtes-vous organisés, comment s’est passée l’enquête concrètement ?

FR : C’était dans le cadre de nos 10 ans d’existence, on cherchait un moyen d’action, parce qu’on a fait le tour d’un certain nombre des moyens d’action et de sensibilisation du grand public, et puisque c’est notre ambition de sensibiliser le grand public à ce qu’est la prostitution. On entend toujours les mêmes sornettes, les mêmes fantasmes sur la liberté de la personne prostituée, son choix d’exercer un métier comme un autre. Et donc il nous semblait que, pour nos 10 ans d’existence, il était intéressant d’explorer une sphère de la prostitution où ces fantasmes ont moins cours, parce que, quand on parle de la communauté chinoise, on rencontre un certain nombre de stéréotypes, parmi lesquels celui du trafic d’êtres humains. Et là, pour le coup, ces stéréotypes correspondent à une certaine réalité de la prostitution. On pensait que c’était intéressant de prendre cet exemple, qui de plus est très largement méconnu du grand public, puisque, comme tout ce qui touche la communauté asiatique en France et dans les pays occidentaux, il y a une indifférence à leur sort.

Parmi les stéréotypes courants à leur sujet, en plus de celui du trafic d’êtres humains qui à tort ou à raison leur est accolé, il y a celui de la soumission, en particulier sexuelle, des femmes aux hommes. Ca nous semblait pertinent de faire un zoom sur cette question. Zoom d’autant plus que nous-mêmes n’avions pas les idées très claires sur ce qui se passait derrière ces salons de massage. Comme tous les Parisiens et habitants des grandes villes, on était passé devant énormément de fois, en se demandant si c’était réellement ce qu’on pensait que c’était, s’il y avait des exceptions ; ça nous semblait être des sortes de bordels, donc on a voulu en avoir le cœur net. Et on s’est dit que vu le nombre de ces bordels – 300 – on pouvait faire une enquête exhaustive sur ceux existant dans Paris intra muros.

Donc on s’est réparti à 3 hommes et 3 femmes la liste de ces bordels, qui est publique, qui est dans les pages jaunes. Car il faut rappeler que c’est une activité déclarée, assurée, qui signe des baux commerciaux et qui a un registre du commerce. On s’est réparti ces salons, et c’est moi qui ai fait les 15 premiers, pour voir s’il y avait des standards et pour déterminer quelle était la meilleure manière de se faire une opinion objective sur ce qui s’y passait – parce qu’il n’était pas question non plus de rajouter du fantasme ou du flou sur cette activité qui déjà en soi véhicule énormément de fantasmes et de flou. Et même, sans être un enquêteur professionnel ou un sociologue, on se rend compte très rapidement que, sur les centaines de salons de massage qu’il y a à Paris, une partie sont de vrais salons de massage, avec des vitrines transparentes, des salles d’attente et aucune espèce d’équivoque dans leur communication, et les autres, au nombre de 300, des salons de massage qui, en quasi-totalité, sont asiatiques et ceux-ci en grande majorité chinois, qui eux sont immédiatement identifiables et pour lesquels il n’y a aucune espèce d’exception – c’est un de nos premiers constats.

FS : En quoi ils sont identifiables, quels sont les détails qui vous permettent de les distinguer ?

FR : C’est plus que des détails, ça saute aux yeux car c’est très stéréotypé : les vitrines ont toujours le même aspect, ce sont des vitrines opaques, recouvertes de stickers qui proviennent de banques d’images internationales qui évoquent la relaxation. Il y a toujours une dominante de couleur dans la peinture des vitrines qui est le rouge, une petite sonnette en plastique blanc sur le chambranle de la porte qu’on ne voit pas dans d’autres types d’activités commerciales, et ces fameux panneaux LED bleus ou rouges qui signalent « ouvert » qui eux aussi sont très caractéristiques. C’est tellement systématique qu’on finit par se demander s’il n’y a pas une franchise derrière tout ça, pour que des réseaux qui arrivent à répéter le même look avec autant de science.

Ca se retrouve aussi dans les flyers : ils ont tous le même format, le même contenu qui est hyper-explicite, ce qui n’est pas le cas des vitrines que j’évoquais tout à l’heure. Ces flyers sont pour les 2/3 pourvus coté recto de l’image d’une jeune femme, qui est en nuisette ou en culotte et soutien-gorge, qui a des hauts talons rouges, et l‘activité de relaxation proposée est beaucoup moins vague que sur la vitrine où on peut se laisser prendre. Dans notre enquête, on ne s’est pas contentés d’aller voir les salons, on est aussi allés voir les riverains, aussi bien les passants que les commerçants. On voulait savoir si les gens avaient des idées claires sur ce qui se passait et quelles étaient leurs perceptions et leurs réactions. Ce qui est fascinant c’est que, pour les salons comme pour les riverains, c’est les mêmes stéréotypes, on a vraiment une impression de répétition qui est étonnante.

Sur les 300, on en a visité 200, et sur ce nombre, il y a zéro exception, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de salon de massage qui soit autre chose que de la prostitution. Si vous allez sur google et vous tapez « salons de massage », vous arrivez sur les sites de ces salons, sur ces sites il y a des commentaires et on ne peut pas dire qu’on ne sait pas ce qui se cache derrière ces sites, que c’est difficile d’établir l’activité qui s’y déroule, parce que les commentaires sont très cash, très précis. C’est d’ailleurs étonnant, dans un pays qui a aboli la prostitution – et ça en dit long – qu’on puisse, de manière aussi ouverte, poster des commentaires sur une activité pareille sous son propre nom : sur google, pour laisser des commentaires, il faut s’identifier par un nom et une adresse mail. C’est presque aussi étonnant que si on voyait des commentaires sur la qualité du shit vendu par des dealers dans la rue. Je ne vous apprends rien : il y a une espèce de bienveillance envers les clients de la prostitution…

FS : Les « services sexuels » standard dans ces salons semblent être le massage « body-body » et la masturbation mais des rapports sexuels avec ou sans préservatif sont possibles. Y a-t-il un barème écrit spécifiant les tarifs pour ces différentes prestations, ou est-ce négocié de façon informelle – ceci alors que ces femmes ne parlent que quelques phrases de Français – voire à la tête du client ?

FR : On n’a pas fait l’expérience parce qu’évidemment on n’a pas consommé.

FS : Oui, je m’en doute mais est-ce que les flyers précisent les prix ?

FR : Oui, ils précisent les prix mais souvent ils vont utiliser un langage spécial, ils vont parler de « massage tantrique »…

FS : « Massage tantrique », c’est un langage codé.

FR : Oui, mais ils ne précisent pas le prix d’un rapport sans préservatif ou de la fellation. Il y a des salons qui ont des flyers avec des prestations plus précises, mais c’est loin d’être systématique, on sent que ça se passe surtout à l’oral.

FS : Ca doit être compliqué à l’oral, parce que vous dites que ces femmes parlent à peine Français…

FR : C’est un autre des éléments très frappants, et je le sais parce que j’habite Belleville, donc je suis un peu familier de la communauté chinoise : il faut savoir qu’en France, il y a   communautés chinoises essentiellement : la première, qui est la communauté des Chinois d’Indochine, les Chinois des ex-colonies françaises qui formaient une communauté en Indochine et qui sont les plus présents en France, qui sont les plus intégrés et qui parlent couramment Français – ils parlent même Français entre eux – qui sont chefs d’entreprise, salariés etc. Il y a une deuxième communauté qui vient plutôt de Canton et qui est arrivée dans les années 80. La communauté la plus pauvre, celle qu’on voit faire les poubelles à Belleville et souvent servir d’esclaves aux autres communautés chinoises, ils sont leurs employés, leurs cuisiniers, leurs serveurs, et ils sont plus ou moins victimes d’esclavage dans certains cas. Eux viennent de la province appelée le Liao Ning, qui est l’ancienne Mandchourie, la province qui jouxte la Corée. Ils sont très particuliers parce qu’ils ne disposent d’aucun réseau en France, ils sont très isolés, ils sont d’immigration récente et ils ont d’ailleurs un physique assez différent des autres Chinois, ils sont plus petits, ils sont plus provinciaux dans leur manière de s’habiller, ils ont une allure un peu rurale.

Dans les salons de massage, c’est essentiellement les femmes de cette communauté qu’on retrouve, qui parlent très mal le Français même si elles sont là depuis plusieurs années. Nous ne sommes pas sociologues mais nous voyons que tout ça en dit beaucoup sur leur vulnérabilité – elles savent à peine dire bonjour alors qu’elles sont là depuis des années donc on imagine qu’elles sont très peu en contact avec des Français, donc encore moins susceptibles d’être aidées par des associations ou de pouvoir faire appel à la police si elles sont victimes de violences, en tout cas pas en mesure de faire appel à des organisations extérieures. Et ça en dit long sur leurs origines : les articles de spécialistes de cette communauté que j’ai consultés disent tous un peu la même chose : ce sont des personnes qui sont attirées en France volontairement, souvent des femmes d’un certain âge qui ont déjà un enfant, parce que ça rend beaucoup plus facile de faire levier sur elles. On leur dit que, si elles viennent en France, on leur trouvera un boulot : « tu nous rembourseras quand tu auras gagné assez d’argent, et après tu pourras faire venir ton enfant et ton mari ». Ce sont ces personnes-là qu’on trouve dans les ateliers de confection ou les cuisines. Il semblerait que ce soit cette communauté que les passeurs convertissent à la prostitution en leur faisant miroiter que c’est plus rémunérateur que ces autres activités.

FS : Justement, qu’est-ce qu’on sait de ces réseaux qui ont amené ces femmes en France pour les prostituer ? Ces femmes qui sont employées dans ces salons, elles ne sont pas arrivées toutes seules dans le 17ème arrondissement de Paris, leur présence implique un trafic et des réseaux bien organisés. Qu’est-ce que vous savez, ou supposez, sur ces réseaux et sur les personnes qui dirigent ces salons de massage ?

FR : Je me garde de faire des hypothèses, parce qu’on a fait l’effort d’avoir un regard objectif, d’avoir un regard factuel sur ce phénomène, donc je n’aime pas trop faire des hypothèses…

FS : Alors vos constations si vous préférez ?

FR : Nos constations, c’est que presque toutes ces femmes viennent de la même communauté, à 85% (le reste étant des Thaïlandaises), qui est une communauté notoirement isolée, très vulnérable et on voit que, dans les faits divers, c’est dans cette communauté qu’on retrouve la plupart des violences. Ces violences qui, comme dans tout réseau – parce qu’on parle de réseaux mafieux – peuvent aller jusqu’à la mort. Si vous regardez comme moi les faits divers sur les prostituées assassinées, celles qu’on appelle les « marcheuses » à Belleville, qui sont encore plus vulnérables parce qu’elles sont dehors, c’est de la prostitution très peu chère – 5 Euros la fellation, 30 Euros le rapport sexuel, c’est la prostitution la plus misérable, et celles-là, c’est systématiquement des femmes d’un certain âge. On suppute qu’on a affaire à des victimes de réseaux organisés qui s’adressent à une communauté spécifique particulièrement vulnérable à la violence et particulièrement facile à mettre en situation d’esclavage.

FS : Vous dites que sur les 300 salons à Paris, il y a 55 salons dans le 17ème, 4 dans une même rue, et que les femmes y « travaillent » 12 heures par jour. Pouvez-vous parler des conditions de « travail » de ces femmes ? Et à défaut de la police pour appliquer la loi de 2016, pourquoi les services d’immigration, l’inspection du travail et les services d’hygiène n’interviennent pas vu les conditions évidemment substandards voire illégales dans lesquelles exercent ces femmes ?

FR : L’hygiène, je ne saurais pas en juger mais il y a quand même une particularité quand on rentre dans ces salons, c’est une odeur d’eau de javel qui vous prend à la gorge : c’est récuré. Cette odeur n’est pas exactement érotiquement excitante. Pour moi, qui travaille sur ces questions depuis 10 ans, ça reste un mystère que des hommes puissent avoir envie d’avoir des rapports sexuels dans des conditions pareilles. Je ne parle même pas des misères dont ils profitent mais ne serait-ce que cette ambiance de supermarché, c’est très loin de ce qu’on peut imaginer d’un endroit où ce type d’activité a lieu. Ca évoque plus un vidéo-club…

FS : Ca ne fait pas rêver quoi ?

FR : Ca ne fait vraiment pas rêver : des fleurs en plastique, des meubles ikéa, et ces petits chats qui saluent de la patte, il est difficile d’en juger, mais quand on regarde les témoignages des « clients », ils disent tous que ce n’est pas très difficile d’avoir un rapport sans préservatif, et on pourrait aussi se préoccuper de ce problème-là, mais à ma connaissance, pour ce problème comme ceux que vous soulevez, je ne crois pas qu’on s’y intéresse. Pour des raisons évidentes, je ne peux pas vous donner une photographie objective de ce qui se passe une fois que la porte est refermée derrière la personne prostituée.

FS : Vous avez mentionné qu’il y a un problème de racisme anti-asiatique, est-ce que ça joue dans cette absence d’intervention ? Dans notre société, les femmes asiatiques sont l’archétype de la femme soumise, et on a parlé à ce sujet d’« imaginaire érotique colonialiste » – c’est une expression que je cite dans mon livre. Vous pensez qu’il y a quelque chose comme ça qui est en jeu ?

FR : Absolument. Puisqu’on a parlé du caractère systématique du look de ces filles et de l’aspect de ces salons, je pense qu’on peut parler du caractère systématique de l’attitude des riverains de ces salons, des riverains et des commerçants. Qui disent tous la même chose, en gros : « oui, on sait ce qui s’y passe, mais ça ne dérange personne. Ces femmes arrivent le matin, repartent le soir, elles ne créent aucun trouble, donc ça ne nous cause aucun souci ». Un discours pas très loin de celui des clients, qui pour moi est à ranger dans le discours très raciste lié à la communauté asiatique qui est en gros : « c’est des histoires de Chinois, ce qu’ils font entre eux, ça ne nous regarde pas s’ils ne nous embêtent pas ». Je suis sûr que les mêmes personnes se plaindraient d’une prostituée de rue, et encore plus d’un revendeur de drogue de rue. Et pour la police, c’est exactement pareil : toutes les personnes qu’on a contactées qui ont essayé d’alerter la police m’ont dit que la police leur a dit : « personne ne se plaint, donc on ne fera rien. » En France, on ne s’émeut que de ce qui trouble l’ordre public et porte atteinte à la propriété, la police n’est pas là pour la justice, elle est là pour l’ordre.

FS : Ni ces gens là ni la police n’ont l’air de savoir qu’il y a une loi criminalisant l’achat de sexe…

FR : C’est compliqué, pour les riverains, ils ne savent pas forcément que la loi a changé, que les clients sont pénalisés et que le délit de racolage n’existe plus, mais ils savent quand même obscurément que ce n’est pas une activité légale. Et c’est très important parce que, ayant été en Espagne ou en Allemagne, des pays qui ne sont pas passés par la fermeture des maisons closes et dans lesquels la prostitution est largement acceptée, on constate que la situation est différente en France où les gens savent confusément que la prostitution est une activité illégale et transgressive, sans nécessairement en savoir davantage là-dessus.a

Ce dont on n’a pas parlé, qui est intéressant, c’est la localisation de ces salons : ils sont tous dans les mêmes endroits, ils ne sont pas dans les parties pauvres de Paris, ils ne sont pas dans les endroits où vit la communauté chinoise, il n’y en a que dans les quartiers riches, et dans les petites rues. Il y a une recherche systématique de discrétion, et surtout d’implantation dans les quartiers riches. Riches, et assez familiaux, ce qui est très troublant. Pour tout dire, les environs de la rue de Saussure-je ne sais pas si vous la connaissez – sur quelques pâtés de maisons, il y a une quinzaine de ces salons de massage. Etonnant. C’est près de la moitié des commerces de la rue ; alors que moi j’habite Belleville, et dans ce quartier il n’y en a pas.

FS : Donc finalement vous dites que la loi de 2016 n’est pas du tout appliquée pour ces salons de massage ?

FR : Pas du tout appliquée… Disons que la police fait le minimum pour qu’on ne puisse pas lui reprocher que la loi n’est pas appliquée du tout. Si vous regardez les faits divers, il y a bien deux ou trois salons qui passent au tribunal par an, ce qui compte tenu des 300 salons existants, n’est pas très impressionnant, surtout compte tenu de la facilité avec laquelle on peut établir le délit. On connait, vous et moi, la difficulté qu’il y a à faire appliquer la pénalisation des clients,et si l’on se base sur les chiffres, les résultats sont maigres. En ce qui concerne ces salons de massage, les propriétaires sont des réseaux chinois et en général ces propriétaires en ont 4 ou 5. C’est pour ça qu’on peut quasiment parler de franchises, ce sont des chaînes. Là, on est vraiment dans le trafic d’êtres humains, donc qu’on arrête de nous fatiguer avec ce fantasme de la prostituée « consentante », à la Emma Becker. On est dans le trafic d’êtres humains, dont tout le monde profite, « clients », propriétaires des lieux, commerçants, sauf évidemment les personnes prostituées. J’espère que les gens ne sont pas naïfs à ce point-là : les femmes qui sont dans ces salons ne s’enrichissent pas de leur activité.

FS : En conclusion, pourquoi une association d’hommes comme Zéromacho pour lutter contre la prostitution ? La prostitution a été longtemps présentée comme un problème de femmes, avec le focus mis exclusivement sur la femme prostituée et son « choix », et les clients étaient complètement laissés hors-champ. Considérez-vous que la prostitution est un problème d’hommes ?

FR : C’est la seule raison pour laquelle Zéromacho est exclusivement masculin ; on a en plus un système de marraines, des femmes militantes qui nous soutiennent, nous aident, et on n’allait pas les exclure mais évidemment la prostitution, comme la quasi-totalité des violences faites aux femmes, est un problème d’hommes et quasi exclusivement d’hommes.

On a décidé de se regrouper pour plusieurs raisons, d’abord parce qu’aux femmes qui combattaient la prostitution, on répondait qu’elles ne connaissaient rien aux « besoins » des hommes, et on trouvait important qu’il y ait des hommes qui disent : « nous on connait, mais on est quand même d’accord avec les féministes, nous on connait, et on dit qu’il n’y a pas de pulsions masculines incontrôlables ». Comme le disait Florence Montreynaud, on n’a jamais vu de couilles exploser, ce ne sont que des excuses pour légitimer les comportements des clients. Ca nous paraissait important de le dire, parce que, quand les femmes et les féministes le disent, on leur reproche soit d’être anti-sexe, soit de ne rien connaître aux hommes, d’être anti-hommes. Ces deux types de critiques nous saoulaient particulièrement.

Il y a une autre raison, c’est qu’il nous paraissait important de souligner que, de toutes les violences que subissent les femmes, la prostitution est une des seules, à notre connaissance, où le bourreau est dans l’angle mort, il n’est jamais évoqué. C’est un peu comme si l’on parlait de la sécurité routière mais qu’on ne parlait qu’aux accidentés et pas du tout aux types qui conduisent bourrés. C’est assez frappant et on l’observe régulièrement : quand on communique contre le viol, contre la prostitution ou les violences domestiques, jamais on ne s’adresse aux hommes, et c’est incroyable cette capacité qu’ont l’opinion et les médias de les mettre dans l’angle mort. Nous, ça nous paraissait important que ce soit des hommes qui interpellent d’autres hommes à ce sujet, et surtout de rappeler que, si on se préoccupe des femmes qui exercent cette activité, d’une certaine manière on s’interdit d’avoir un avis. Qu’il y ait « consentement » ou pas, évidemment on n’en pense pas moins, mais on n’est pas là pour parler à leur place.

Nous, quelque part, notre discours reste intact, c’est-à-dire que, quand bien même une femme dirait : « cette activité me convient », on tient à rappeler qu’avoir un rapport sexuel avec quelqu’un qui ne vous désire pas, c’est inacceptable parce que rien ne distingue ça d’un viol. Et en fait, peu nous importe que les femmes soient consentantes ou pas ; ça n’empêche pas évidemment que nous ayons de sérieuses raisons de questionner le mot de « consentement » mais nous, on préfère parler de désir. On est là pour rappeler qu’un rapport sexuel, c’est entre deux personnes qui se désirent. On ne parle pas nécessairement d’amour mais de désir, et que ces histoires de consentement au sens de soumission nous paraissent mal formulées : il s’agit de rapport entre deux personnes qui ne sont pas seulement deux corps !

https://revolutionfeministe.wordpress.com/2021/11/14/salons-de-massage-bordels-un-trafic-de-femmes-vulnerables-sur-lequel-on-ferme-les-yeux/

En complément possible :

À Paris, 300 salons de /m/a/s/s/a/g/e/s/ prostitution actifs malgré la loi

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/24/a-paris-300-salons-de-m-a-s-s-a-g-e-s-prostitution-actifs-malgre-la-loi/

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