Les faces, « bonne » et « mauvaise », des crimes à la guerre

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« … je sais, j’ai compris, je n’aurais pas dû »

Les frères d’armes « défigurés, estropiés, éventrés », le « dedans dehors », les plaies béantes de la terre qu’on appelle les tranchées, le fil barbelé des souffrances…

« Je t’ai laissé me supplier pour de mauvaises raisons, des pensées toutes faites, trop bien habillées pour être honnêtes »

Ta mort, tes boyaux à l’air libre, le retour au trou béant de la tranchée, les entrailles, les rats, j’avais été inhumain « par obéissance aux voix du devoir », le toujours oui des soldats blancs ou noirs, « les sauvages pour faire peur à l’ennemi », ceux qui sortent « ventre à terre se faire massacrer de plus belles en hurlant comme des fous furieux, le fusil réglementaire dans la main gauche et le coupe-coupe sauvage dans la main droite », la sauvagerie comme besoin de l’armée française…

David Diop nous plonge dans l’enfer des tranchées, « Je suis comme une statue de boue et de sang mêlés et je pue tellement que même les rats me fuient », la mort et l’odeur décomposée du dedans des corps, les colonisés sans droit sauf celui de se faire tuer, les mains coupées d’abord bien considérées « le sauvage exagéré, le sauvage en service commandé » puis comme l’oeuvre d’un fou barbare, « La face mauvaise de mes crimes l’a emporté sur la bonne face », la vérité des balles et son oubli, les Toubabs et les Chocolats, les illusions, « Ils ont besoin de croire que ce n’est pas une des milliers de balles tirées par les ennemis d’en face qui les tuera par hasard », les tabous et les totems, la parenté de plaisanterie, les champs ensemencés de millions de grains de guerre, les dévoreurs d’âme, l’acceptation de la folie – si elle n’est que passagère -, les copains devenus « traitres », les conditions pour faire l’amour à la guerre…

L’arrière enfin, « Je suis bien, je suis à mon aise à l’Arrière », l’autre folie, les dessins, les souvenirs, les sept mains, le dedans de la tête et les saletés de la guerre, le goût du sang dans la bouche, être soi et être l’autre…

« Traduire, ce n’est jamais simple. Traduire, c’est trahir sur les bords, c’est maquignonner, c’est marchander une phrase pour une autre ».

La force des mots et des allégories, la puissance d’un texte sur ces nuits où « tous les sangs sont noirs ». Pour celles et ceux qui gobent encore les légendes racontées le 11 novembre.

David Diop : Frère d’âme

Editions du Seuil, Paris 2018, Réédition Points Seuil, 144 pages, 6,20 euros

Didier Epsztajn

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