Le bilan de la COP26 tient en 3 mots : criminel, indécent, dilatoire (plus autres textes)

Avec la généralisation des marchés carbone, la COP26 institutionnalise un greenwashing généralisé

Criminel – Quand la pérennité des conditions de vie décentes sur la planète est en jeu, on attend des Etats qu’ils se partagent les efforts supplémentaires nécessaires pour garantir aux populations que tout est mis en œuvre pour rester en-deçà de 1,5°C de réchauffement climatique, garantie sine qua non de survie pour une part significative d’entre elles. Une fois de plus, ce n’est pas ce qu’il s’est passé à Glasgow. Les 15 jours de négociations n’ont pas été utilisés pour obtenir un renforcement immédiat des politiques climatiques nationales (NDC) qui conduisent, à supposer que ces engagements soient réellement respectés, à un réchauffement climatique de 2,7°C ou plus. La prophétie de Paris, qu’on nous avait promise « autoréalisatrice », ne se réalise pas : les politiques climatiques nationales sont à des années-lumière du nécessaire, et les moins mauvais élèves ne sont que les meilleurs des cancres d’une classe de cancres. Le texte de décisions de la COP26 en témoigne, appelant les Etats à donner plus d’ambition à leur politique climatique dès 2022. Alors que les données de cette équation sont connues depuis 2015, va-t-on encore perdre une année ? Et combien d’autres ensuite ? Alors qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 45% d’ici à 2030, les Etats nous promettent de battre un record d’émissions chaque année, oui CHAQUE ANNEE, d’ici à 2030 (+14% sur la période). La différence entre -45% et +14% est un crime climatique. Un crime commis en toute connaissance de cause.

Indécent – Les Etats des pays riches, dont l’Union européenne et la France, nous font honte. Incapables de tenir les engagements financiers qu’ils ont pris il y a douze ans à Copenhague (COP15), à savoir mobiliser 100 milliards d’euros annuels pour aider les populations des pays pauvres à faire face au réchauffement climatique, les gouvernements de nos pays multiplient les obstacles pour refuser de se placer à la hauteur de la responsabilité historique qui est la leur : une fois encore, ils se sont arrangés pour ne pas débloquer un euro de plus en vue de financer un mécanisme digne et juste de réparations des pertes et dommages irréversibles occasionnés par le changement climatique dans les pays pauvres. Ces derniers, qui ne sont pas responsables du changement climatique, en paient le prix fort et sont presque totalement abandonnés à leur propre sort par nos Etats qui refusent d’assurer leurs responsabilités. C’est indécent. Ils nous font honte.

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Vers où allons-nous au lendemain de la #COP26 ?

Dilatoire – La mention des énergies fossiles dans les décisions de la COP26, première du genre, ne saurait être l’arbre qui cache la forêt. D’abord parce que cette mention a été totalement édulcorée et vidée de sa substance, n’engageant finalement aucun Etat de la planète à changer ses priorités en la matière. Le seul principe inviolable des négociations climatiques que les Etats appliquent consciencieusement depuis presque 30 ans persiste : « notre mix énergétique national est non négociable ». Ils continueront, directement ou indirectement, à forer toujours plus loin, plus profond et avec plus d’impacts écologiques et humains. Si les Etats voulaient vraiment éviter d’aller au-delà de 1,5°C de réchauffement, ils s’engageraient à organiser et planifier une baisse de la production mondiale de gaz et de pétrole de 3 % par an jusqu’en 2050 et de 7% pour le charbon, comme le recommandent les scientifiques. Plutôt que des politiques climatiques ambitieuses à court-terme, ils multiplient de nouvelles promesses sans consistance pour 2050 qui s’articulent autour de la notion confuse et dangereuse de « neutralité carbone ». Comme si l’on pouvait attendre le dernier moment pour transformer les soubassements énergétiques de l’économie mondiale, qui fonctionne comme une machine à réchauffer la planète totalement hors de contrôle.

Le clou du spectacle réside dans la finalisation des règles de mise en œuvre des marchés carbone internationaux : là où l’article 6 de l’accord de Paris laissait ouverte la possibilité de mécanismes de coopération internationale non fondés sur les marchés, les Etats l’ont finalement doté de marchés carbone dangereux, inefficaces et injustes. Étendre ces mécanismes douteux à l’échelon mondial, en autorisant les Etats à utiliser les crédits carbone accumulés sans raison sous le protocole de Kyoto, revient à saper l’ambition des maigres politiques climatiques nationales déjà prises et à vider de leur substance celles que la société civile pourrait obtenir dans les années à venir. Voilà la porte ouverte à toutes sortes de marchés volontaires et autres mécanismes de compensation carbone qui vont permettre aux entreprises multinationales les plus nocives, de la production d’hydrocarbures au secteur aérien en passant par les industries lourdes, de ne surtout pas transformer en profondeur leurs systèmes productifs. La généralisation des marchés carbone et de la neutralité carbone instaure à l’échelle internationale un greenwashing institutionnalisé dans lequel tous les pollueurs vont se complaire avec allégresse. A Glasgow, les Etats ont collectivement déserté le terrain de l’ambition climatique. Les populations les plus pauvres en paieront le prix le plus fort.

En ne comportant  aucun dispositif contraignant pouvant être actionné pour soumettre les États ou les industriels récalcitrants à l’impératif climatique, l’accord de Paris avant confié à la société civile (ONG, syndicats, collectivités territoriales, etc) la responsabilité consistant à faire respecter l’article 2 de l’Accord de Paris prévoyant de maintenir le réchauffement climatique global sous la barre des 1,5°C. Le bilan de cette COP26 le montre encore avec plus de force : il est plus qu’urgent qu’un ouragan citoyen renverse la table des négociations et oblige Etats, institutions internationales et entreprises multinationales à se soumettre à l’impératif climatique. 

Maxime Combes

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil)

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https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/131121/le-bilan-de-la-cop26-tient-en-3-mots-criminel-indecent-dilatoire

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Pour maîtriser le réchauffement climatique : déforestation zéro

La délivrance des titres de propriété pour les terres quilombolas est synonyme de déforestation zéro.

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À partir du 1er novembre 2021, les gouvernements et la société civile se réunissent à Glasgow, au Royaume-Uni, pour la 26e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 26), dont le principal débat est la décarbonisation de la planète par la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’existence de la COP 26 confirme que la crise climatique est déjà une réalité. Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), publié en 2021, est catégorique lorsqu’il affirme que le rôle de l’humanité dans les effets du changement climatique ne fait aucun doute. En outre, une étude qui vient d’être publiée dans la revue Nature Climate Change souligne que la crise climatique touche déjà 85% de la population mondiale.

Outre la pandémie de Covid-19, ces dernières années ont mis en lumière l’urgence climatique et la résurgence du racisme dans le monde et tout particulièrement au Brésil. La préoccupation pour les événements climatiques à plus grande échelle et les impacts sur la vie humaine n’ont jamais été aussi expressifs. Ainsi, la COALIZÃO NEGRA POR DIREITOS (COALITION NOIRE POUR LES DROITS), articulation rassemblant environ 250 organisations, mouvements sociaux, chercheurs et chercheuses noir.es du Brésil, dénonce et poursuit une lutte constante contre le génocide de la population noire, que ce soit en ville ou en milieu rural, défendant la terre, les territoires et les territorialités noires comme espaces de vie environnementale et humaine, combattant, par conséquent, également le racisme environnemental.

Les mouvements écologistes brésiliens n’adhèrent toujours pas au débat fondamental sur le racisme environnemental, ou le nient, et ne racialisent pas les politiques publiques environnementales. Il en résulte un manque de sécurité environnementale dans les territoires urbains et ruraux à population majoritairement noire, touchés par l’expropriation, la pollution de l’eau et de l’air, les événements climatiques extrêmes, la précarité de la vie dans les zones à risque, le déversement de déchets, le manque d’accès aux services d’assainissement de base, les inondations, les glissements de terrain et les maladies véhiculées par l’eau, entre autres.

La crise climatique est également humanitaire et a un impact direct sur la vie des populations noires, quilombolas et autochtones. La population noire, majoritaire au Brésil, en représente, aujourd’hui 56% (Institut brésilien de géographie et de statistiques-IBGE, 2020). Nier le racisme environnemental, c’est nier que l’État brésilien est raciste, c’est nier la réalité de la vie dans les périphéries des grandes villes, l’augmentation de la faim ; c’est nier la violation des droits constitutionnels contre les communautés, les territoires quilombolas et les terres autochtones ; c’est nier l’histoire de l’urbanisation du pays et ses profondes inégalités territoriales.

Le gouvernement brésilien enfreint les lois et les codes environnementaux, ce qui se traduit par une augmentation de la déforestation en Amazonie, dans le Cerrado, la Caatinga, la Mata Atlântica et le Pantanal. En ce qui concerne l’Amazonie, la forêt, les peuples autochtones et les communautés quilombolas subissent les conséquences de la déforestation et des activités criminelles des exploitations minières légales et illégales. Des actions criminelles s’ajoutent aux brûlis légaux et illégaux à grande échelle dans les régions Nord, Centre-Ouest et Nord-Est, ce qui affecte les territoires des peuples et communautés traditionnels. De même, historiquement, ces régions sont celles où sont assassinés le plus de militants des droits humains, des autochtones, des quilombolas et des écologistes qui luttent pour défendre les terres, les eaux, les forêts et les territoires.

Dans l’espace urbain, ce sont les inégalités urbaines favorisées par les « plans directeurs » (sans large participation sociale et formulés pour garantir les intérêts des grands capitalistes urbains) qui affectent la population noire rendant, au cours des 20 dernières années du Statut de la Ville, les villes violentes et criminelles pour la vie environnementale, sociale, culturelle et économique de la population noire. La planification urbaine constitue un racisme environnemental pervers vu et ressenti dans les espaces criminalisés (à forte densité de population noire) géographiquement (agglomérations subnormales) : les bidonvilles, les périphéries, les bas-fonds, les collines, les vallées et les maisons sur pilotis.

Nous faisons nôtres les mots de Lélia González, en 1984 : « Depuis la Casa grande et le Sobrado aux beaux immeubles et résidences d’aujourd’hui, le critère est le même : la division raciale de l’espace ».

Le manque d’eau (un bien essentiel pour tous) au robinet fait partie d’un sinistre quotidien dans les périphéries. Le non-approvisionnement des foyers dans les périphéries n’est pas limité à des périodes spécifiques de l’année ; il se produit tous les jours pour que les espaces non criminalisés (densément peuplés de blancs) disposent d’eau. Les populations périphériques vivent avec le manque d’eau. Des enfants meurent sur les rives des cours d’eau lors d’inondations, des familles perdent des maisons construites dans des zones à risque, sur les rives des barrages, dans les vallées, sur les pentes, faute d’accès à des terrains en ville pour des logements urbains sûrs.

Il convient de souligner que la définition du concept de racisme environnemental repose sur la reconnaissance de l’État racial et de l’action institutionnelle délibérée qui entraîne l’exposition disproportionnée des populations noires et autochtones, les maintenant en permanence dans des conditions de vulnérabilité. Même face à la pression croissante des mouvements noirs du monde entier pour reconnaître la dimension raciale de la crise climatique, le gouvernement fédéral confère des contours racistes au débat urgent sur la survie de la planète et des personnes les plus vulnérables : les femmes et les enfants noirs et autochtones du Brésil.

Les périphéries résistent et vivent, mais les gestionnaires publics et privés – les capitalistes racistes – continuent de fonctionner dans la logique du « dépotoir », telle que formulée par Carolina Maria de Jesus.

La position du gouvernement actuel et du président de la République élu en 2018 reste la même, symbolisée par le discours de la mi-2017, lorsque le pré-candidat à la présidence de la République de l’époque, après avoir visité un quilombo, dans la province de São Paulo, a déclaré lors d’un événement au Club Hébraïque de Rio de Janeiro que « l’afro-descendant le plus léger de là-bas pesait sept arrobas (les noirs auraient la même catégorie de mesure de poids que les animaux tels que les bœufs ou les chevaux, ce qui déshumanise cette population) ». Ils ne font rien ! Je pense qu’ils ne peuvent même pas servir à la reproduction. Plus d’un milliard de R$ par an est dépensé (sic) pour eux. Déjà en tant que Président élu, en mars 2020, Bolsonaro a déclaré que son gouvernement ne démarquerait aucune terre quilombola, alors qu’il s’agit d’un droit garanti par la Constitution fédérale de 1988, qui a fêté ses 33 ans le 10/05/2021.

Avec le gouvernement du président Jair Bolsonaro, le Brésil a pris un retard de dix ans en ce qui concerne la reconnaissance des communautés quilombolas, et en ce qui concerne les titres de propriété, si la référence est la période de 2003 à 2015, il y a un retard de 20 ans à combler dans l’Agenda 2030 pour le développement durable (approuvé en tant qu’ambition par la société brésilienne comme un pacte post-COP 26). D’ici 2030, le Brésil doit conclure 1 486 (mille quatre cent quatre-vingt-six) procédures de reconnaissance territoriale quilombola dans les régions Nord, Nord-Est, Sud-Est et Centre-Ouest, en cours à l’Institut national de la colonisation et de la réforme agraire (INCRA), en vue de la régularisation des terres par les gouvernements fédéral et/ou des États (INCRA, 2019).

Entre 1995 et 2021, seuls 137 territoires quilombolas ont reçu un titre de propriété complet de l’INCRA et des agences foncières de l’État. Ajoutés aux 52 territoires quilombolas partiellement officialisés, il y a 189 (cent quatre-vingt-neuf) territoires ayant une régularisation foncière, ce qui représente 13% de tous les procès d’officialisation ouverts dans le pays (Comissão PRÓ-ÍNDIO SÃO PAULO, 2021).

Quant aux certificats d’auto-reconnaissance des quilombolas, alors qu’il existe aujourd’hui plus de trois mille communautés quilombolas au Brésil selon la Fondation Palmares (2021), cette institution dénie les droits de la population noire quilombola au sein de la présidence actuelle et détruit la mémoire et le patrimoine afro-brésilien.

Pour toutes ces raisons, la COALIZÃO NEGRA POR DIREITOS, articulation qui regroupe environ 250 organisations, collectifs et entités du mouvement noir et antiraciste de tout le Brésil, agira en concordance avec les autres organisations du mouvement noir présentes à la 26e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 26) contre le racisme environnemental, pour la réduction du réchauffement climatique, la déforestation zéro dans les forêts amazonienne, du Cerrado, de la Mata Atlântica et de la Caatinga brésilienne et pour la défense des titres de propriété des terres et territoires quilombolas.

Au cours de cette COP 26, réunion la plus importante sur le climat de la planète au XXIe siècle, après l’Accord de Paris de 2015, le mouvement noir brésilien est représenté par un collectif de délégué.es quilombolas, de militants, d’activistes et de chercheurs et chercheuses. Ce sera l’occasion d’exiger des solutions à l’urgence climatique, que l’on accorde la priorité à la lutte contre le racisme environnemental, les inégalités raciales, de genre et sociales avec l’urgence dont la planète a besoin ! De réelles ambitions de contribution déterminée au niveau national (NDC) pour réduire le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre (GES) seront plus que jamais nécessaires, car la course mondiale vers le carbone zéro, l’approbation de l’article 6 de l’Accord de Paris et l’investissement de 100  illiards de dollars par an dans les pays en développement ont le devoir éthique et humanitaire de produire la justice climatique et la justice raciale.

La COP 26 doit être ambitieuse et réaliste dans ses propositions pour lutter contre le changement climatique. Les pays développés doivent assumer leur responsabilité dans la carbonisation non durable de la planète, ainsi que dans les inégalités qu’elle a engendrées au cours des 200 dernières années. Et la réponse collective des pays en développement et surtout des pays pauvres doit consister à s’adapter aux effets et aux impacts du changement climatique dans les villes et les zones rurales et à les atténuer. Des siècles de déni du changement climatique par le Nord global ont un impact sur la vie des populations du Sud global.

Les pays en développement et les pays pauvres ne peuvent pas redevenir des colonies et subir à nouveau l’impact de la nouvelle industrialisation « carbone zéro ». Il est temps de mettre un terme aux inquiétudes concernant la perte de bénéfices des sociétés transnationales. Les vies ne peuvent pas être mesurées par la croissance économique des mêmes économies qui n’ont pas agi de manière humanitaire pour sauver plus de 4 millions de vies avec la pandémie de Covid-19. La plupart des décès pourraient être évités dans le Nord et le Sud du globe s’ils ne se trouvaient pas dans une situation d’extrême vulnérabilité sociale et environnementale.

Il est urgent d’envisager d’autres modèles de développement, d’autres manières de bien vivre en société (devise politique de la Marche des femmes noires) qui réconcilient les relations humaines et leur constitution en tant que partie de la nature. Il est nécessaire de prendre en compte la connaissance qu’ont les peuples de leur nature dans le Sud global, en particulier les différentes voix des femmes, les voix des jeunes, des quilombolas, des populations autochtones et des populations noires des diasporas périphériques.

Le racisme environnemental affecte et viole les droits de ceux qui ont le moins contribué à la crise climatique et humanitaire !

Avec le changement climatique, nous devons mettre fin au colonialisme et à ses présentes modulations. Il est donc urgent de reconnaître et de donner la priorité à la lutte contre le racisme environnemental et les inégalités raciales, sexuelles et sociales pour réaliser les ambitions des Contributions déterminées au niveau national (NDC) qui seront convenues par les États, les gouvernements et les sociétés lors de la COP 26. Continuer à nier les structures du racisme, c’est refuser aux peuples et aux générations humaines le droit de bien vivre sur la planète Terre.

COALIZÃO NEGRA POR DIREITOS

  • ABPN – Associação Brasileira de Pesquisadores/as Negros/as – Nacional

  • Abong – Associação Brasileira de ONGs

  • AfirmAção Rede de Cursinhos Populares – ES

  • Africanamente Centro de Pesquisa Resgatar Preservação de Tradições Afrodescendentes – RS

  • Afrikan Power

  • Afro-Gabinete de Articulação Institucional e Jurídica – BA

  • AIABA – Associação Interdisciplinar Afro-Brasileira e Africana – PR

  • ALAGBARA – Articulação de Mulheres Negras e Quilombolas do Tocantins

  • Alma Preta – SP

  • Amparar – Associação de Amigos e Familiares de Presos – SP

  • ANEPE – Articulação Negra de Pernambuco

  • APN’s – Agentes de Pastoral Negros – Nacional

  • Articulação Nacional de Negras Jovens Feministas – ANJF – RJ

  • Associação Beneficente Marina Mercez – Ilê Ase Oju Ewe

  • Associação Carnavalesca Bloco Afro Olodum

  • Associação de Amigos e Familiares de Pessoas em Privação de Liberdade – MG

  • Associação de Capoeira Motta e Cultura Afro

  • Associação de Consciência Negra Quilombo

  • Associação de Mulheres – AQUALTUNE

  • Associação de Mulheres Mãe Venina do Quilombo do Curiau – AP

  • Associação de Mulheres Negras do Acre e seus apoiadores

  • Associação de Sambistas, Terreiros e Comunidades de Samba do Estado de São Paulo – ASTEC

  • Atinuké – Coletivo sobre o pensamento de Mulheres Negras – RS

  • Banda Afro Zumbi

  • Bloco Arrasta-Bloco de Favela – MG

  • Casa das Pretas – RJ

  • Casa do Hip Hop Taquaril – SP

  • Casa Sueli Carneiro

  • CCRIA-LO Comunidade da Compreensão e Restauração Ilê Asé Logun Ede – SP

  • CCRIAS – SP

  • CEAP – Centro de Articulação de Populações Marginalizadas – RJ

  • CECUNE – Centro Ecumênico de Cultura Negra – RS

  • CEDENPA – Centro de Estudos e Defesa do Negro do Pará

  • CEERT – Centro de Estudos das Relações de Trabalho e Desigualdades

  • Centro de Cultura Negra do Maranhão

  • Centro de Formação do(a) Negro(a) da Transamazônica e Xingu – PA

  • Círculo Palmarino – SP

  • CNAB – Congresso Nacional Afro-Brasileiro

  • Coletivo Afroencantamento

  • Coletivo Black DIvas

  • Coletivo de Estudantes Negrxs da UFF – RJ

  • Coletivo de Juventude Negra Cara Preta – PE

  • Coletivo de Mães e Familiares de Vítimas do Terrorismo do Estado – BA

  • Coletivo de Mulheres Negras Maria Maria de Altamira Pará

  • Coletivo Leste Negra

  • Coletivo Luisa Mahin – RJ

  • Coletivo Luiza Bairros – BA

  • Coletivo Mulheres Negras Mãe Terra de Angra dos Reis

  • Coletivo Nacional de Juventude Negra – ENEGRECER

  • Coletivo NegraSô – Coletivo de alunos negros da PUC-SP

  • Coletivo Negro Dandara – UNESP/Assis SP

  • Coletivo Negro de Poços de Caldas

  • Coletivo Negro Kimpa – Unesp Bauru SP

  • Coletivo Negro Universitário UFMT – MT

  • Coletivo Nuvem Negra – RJ

  • Coletivo OuTro Preto

  • Coletivo Quilombo do Arruda

  • Coletivo Raízes do Baobá Negras e Negros Jaú- SP

  • Coletivo Sapato Preto Lésbicas Negras da Amazônia

  • COMUNEMA – Mulheres Negras Maria Maria – PA

  • Comunidade Cultural Quilombaque – SP

  • Comunidade das Águas que se Renovam CAREOS – SP

  • Comunidade de Roda de Samba Pagode NA Disciplina – SP

  • Comunidade Samba Maria Cursi

  • Comunidade Terreiro Ilê Asé Iyemonja Omi Olodo – RS

  • Comunidade Terreiro Ilê Aşę Omiojuaro – RJ

  • Comunidade Tradicional de Terreiro Ylê Axé de Yansã

  • CONAQ – Coordenação Nacional de Articulação das Comunidades Negras Rurais Quilombolas – Nacional

  • Conselho do Povo de Terreiro do Estado do RS

  • CRENLEGO – Centro de Referência Negra Lélia Gonzales – GO

  • CRIOLA – RJ

  • CUXI – Coletivo Negro Evangélico

  • Diaspora Black

  • DNBR – Designers Negres no Brasil

  • Educafro – Educação e Cidadania de Afrodescendentes e Carentes – Nacional

  • ENAR – European Network Against Racism – UE

  • Fórum de Mulheres Negras de Mato Grosso – MT

  • Fórum de Performances Negras do Rio de Janeiro

  • Fórum Formação Política de Mulheres Negras Marielle Franco – BA (Fórum Marielles de Salvador)

  • Fórum Nacional de Mulheres Negras

  • Fórum Nacional de Performance Negra – RJ

  • Fórum Nacional de Travestis e Transexuais Negras e Negros – FONATRANS

  • Fórum Permanente das Entidades do Movimento Negro MS

  • Frente de Mulheres Negras do DF e Entorno

  • Frente Favela Brasil – Nacional

  • Frente Nacional de Mulheres do Funk – SP

  • Frente Nacional Makota Valdina – BA

  • Geledés – SP

  • Grupo de Estudos AFETO – Africanidades e Feminismos : Educação e Terapia Ocupacional

  • Grupo de Estudos Sobre Feminismos Negros Marielle Franco – São Luis

  • Grupo Trabalho Estudos Zumbi – TEZ

  • Guarany Feminino Esporte Clube Quilombola

  • IARA – Instituto de Advocacia Racial e Ambiental

  • IBD – Instituto Brasileiro de Diversidade – SP

  • IDAFRO – Instituto de Defesa dos Direitos das Religiões de Afrobrasileiras

  • IPAD BRASIL – Instituto de Pesquisa da Afrodescendência

  • Ilê Ase Omi Ewé Ajase e Caboclo Folha Verde – SP

  • Ile Aşę Omiojuaro – RJ

  • Ilê Asé Oya Mesan Orum – SP

  • Ilé Àse Ti Tóbi Ìyá Àfin Òsùn Alákétu – PR

  • Ilé Ìyá Ódò Àse Aláàfin Òyó – Coletivo Acaçá Axé Odo

  • Ilê Obá Ketu Axé Omi Nlá – SP

  • Ilé Ọdẹ Marokeu Àṣẹ Ọba – SP

  • Ilê Omolu Oxum – RJ

  • .Ile Ọyá Toningebé Fàrá Gèngbèlé – SP

  • IMUNE – Instituto de Mulheres Negras – MT

  • Innpd – Iniciativa Negra por Uma Nova Política Sobre Drogas – Nacional

  • Instituto Afro Cultural da Amazônia

  • Instituto Afrolatinas – DF

  • Instituto AMMA Psique e Negritude – SP

  • Instituto Búzios – BA

  • Instituto Búzios – RJ

  • Instituto de Defesa da População Negra

  • Instituto de Mulheres Negras do Amapá

  • Instituto de Referência Negra Peregum – SP

  • Instituto do Negro Padre Batista – INPB

  • Instituto Equânime Afro Brasil – SP

  • Instituto Luiza Mahin – ILUMA

  • Instituto Mancala

  • Instituto Marielle Franco – RJ

  • Instituto Nangetu de Tradição Afro e Desenvolvimento Social – PA

  • Instituto Negro é Lindo

  • Instituto Omolara Brasil – SP

  • Instituto Steve Biko – BA

  • IPEAFRO – Instituto de Pesquisas e Estudos Afro-Brasileiros

  • IROHIN – Centro de Documentação, Comunicação e Memória Afro Brasileira – BA

  • Jornalistas Pretos

  • Kombativa – Cooperativa Social Latinoamericana de Direitos Humanos – SP

  • Kwe Ceja Togun Hunde – SP

  • MABE – Movimento dos Atingidos pela Base Espacial de Alcântara – MA

  • Mahin Organização de Mulheres Negras – BA

  • Maracatu Ventos de Ouro

  • Marcha das Mulheres Negras de São Paulo

  • Marcha do Orgulho Crespo Ldna e Região

  • Maria Mulher Organização de Mulheres Negras

  • MNU – Movimento Negro Unificado – Nacional

  • Mocambo – Movimento Afrodescendente do Pará

  • MOVIDADE – Movimento Democrático Afrodescendente pela Igualdade e Equidade Racial

  • Movimentação Juventude Negra Política

  • Movimento de Jovens Negros e Periféricos de Moju

  • Movimento Negro Evangélico – PE

  • Movimento Ser Ògá – SP

  • MPP – Movimento de Pescador e Pescadora de Ilha de Maré – BA

  • Mulheres de Axé do Brasil – MG

  • NEGRA – Núcleo de Estudos sobre Gênero, Raça, e Africanidades (IFG)

  • NESEN/UFF – Núcleo de Estudos sobre Saúde e Etnia Negra/Universidade Federal Fluminense

  • Nós Temos Um Sonho – #NTUS – MG

  • Núcleo de Estudantes Negres de Ciências Sociais da Universidade Federal Fluminense

  • Núcleo de Estudos Africanos e Afro-brasileiros – NEAB/UFABC SP

  • Núcleo Estadual de Mulheres Negras do Espírito Santo

  • Ocupação Cultural Jeholu – SP

  • ONDJANGO – Núcleo de Estudos Afro-Brasileiros – RJ

  • Organização de Mulheres Negras Ativas – MG

  • Organização Luiza Mahin – BA

  • Os Crespos – SP

  • Ponto de Cultura Rádio Capoeira

  • Pretas em Movimento – MG

  • Pretaria.Org | Coletivo Pretaria

  • Pretas Paridas de Amazônia

  • Pré-Vestibular Popular +Nos – RJ

  • Pretos no Direito

  • Proceso de Comunidades Negras en Colombia

  • PVNC – Pré-Vestibular para Negros e Carentes – RJ

  • Quilombo Ciência

  • Quilombo PCD

  • Quilombo Rio dos Macacos – BA

  • Rede de Historiadorxs Negrxs – Nacional

  • Rede de Mulheres de Terreiro da Bahia

  • Rede de Mulheres Negras – PA

  • Rede de Mulheres Negras – PR

  • Rede de Mulheres Negras de Alagoas

  • Rede de Mulheres Negras de Pernambuco

  • Rede Nacional de Negras e Negros LGBT

  • Rede Nacional da Promoção e Controle da Saúde de Lésbicas Bissexuais Transexuais Negras – REDE SAPATA

  • Rede Ubuntu de Educação Popular – SP

  • RENAFRO – Rede Nacional de Religiões Afro Brasileiras e Saúde – Nacional

  • SANKOFa

  • Sociedade Protetora dos Desvalidos – SPD – BA

  • Sotrayoruba

  • Terreiro do Cobre – BA

  • Toco Filmes – SP

  • UBUNTU – Baixo Tocantins/PA

  • UBUNTUFF-Coletivo de estudantes pretas e pretos da UFF Angra dos Reis

  • UNEafro Brasil – Nacional

  • UNEGRO – União de Negros pela Igualdade – Nacional

  • Afronte – SP

  • Akanni – Instituto de Pesquisa e Assessoria em Direitos Humanos, Gênero, Raça e Etnias – RS

  • Assessoria Popular Maria Felipa – MG

  • Associação Franciscana de Defesa de Direitos e Formação Popular – SP

  • Associação Projetos Integrados de DesenvSustentável – PIDS (NUDDH infância e juventude) – SP

  • Associação Recreativa e Cultural Afro Nação das Almas de Angola José Pilintra da Lapa

  • Centro de Atividades Culturais Econômicas e Sociais (CACES) – RJ

  • Centro de Cultura e Direitos Humanos – SP

  • Cia dos Comuns – RJ

  • Cia Passinho Carioca – RJ

  • Clínica de Direitos Humanos Luiz Gama

  • Coletivo de Novembro – BA

  • Coletivo Amazônico LesBiTrans – PA

  • Coletivo Feminista Classista Maria vai com as Outras

  • Conectas Direitos Humanos

  • Cooperifa – SP

  • Consciência em Movimento

  • CPP – Conselho Pastoral dos Pescadores – BA

  • Cursinho Popular Risoflora – ES

  • Eu Sou Fruto de Favela – PE

  • Federação e Instituto Cultural de São Benedito

  • Federação Nacional das Trabalhadoras Domésticas – FENATRAD – Nacional

  • Frente de Evangélicos Pelo Estado Democrático de Direito – Nacional

  • GAJOP – Gabinete de Assessoria Jurídica às Organizações Populares – PE

  • Grupo de Mulheres Felipa de Sousa

  • IDEAS – Assessoria Popular – BA

  • Iniciativa Direito à Memória e Justiça Racial – RJ

  • Instituto Aromeiazero

  • Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas

  • Instituto Bamburusema de Cultura Afro Amazônica (IBAMCA) – PA

  • Instituto de Pensamentos e Ações para Defesa da Democracia

  • Justiça Global

  • Mães de Maio – SP

  • Movimenta Caxias – RJ

  • Movimento de Mulheres do Campo e da Cidade do Pará – MMCC/PA

  • Movimento Moleque – RJ

  • PerifaConnection – RJ

  • Projeto Meninos e Meninas de Rua

  • Rede Bragantina de Economia Solidária – PA

  • Rede de Comunidades e Movimentos Contra a Violência – RJ

  • Rede de Proteção e resistência ao Genocídio – SP

  • Rede Nacional de Feministas Antiproibicionistas

  • Rede Urbana de Ações Socioculturais – DF

  • RUA – Juventude Anticapitalista

  • Serviço Franciscano de Solidariedade – SEFRAS

  • Voz da Baixada – RJ

  • IYALETA – Pesquisa, Ciência e Humanidades.

  • Nuestra America Verde

  • Instituto Mapinguari

  • Frente Preta Uk

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Voir en ligne : Para controle do aquecimento do planeta desmatamento zero

https://observatoiredemocratiebresil.org/Pour-maitriser-le-rechauffement-climatique-deforestation-zero

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Climat : partager justement le « budget carbone mondial »

Quel que soit le bout par lequel on la prend, la question climatique est traversée d’injustices. Nous nous intéressons ici aux inégalités entre pays dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une répartition équitable du « budget carbone global » entre nations exige de tenir compte de la responsabilité – la contribution aux émissions historiques – et la capacité – les ressources économiques mobilisables – de chaque pays.

Les récentes catastrophes naturelles dans les pays occidentaux viennent dramatiquement illustrer le propos alarmant du dernier rapport spécial du GIEC – l’impact du dérèglement climatique est plus important que ce que ne présageaient les dernières prévisions, déjà pessimistes, et aucune région du monde ne sera épargnée. Pour autant, cette réalité mondiale ne doit pas nous amener à négliger les inégalités abyssales face aux causes et conséquences du réchauffement. Quel que soit le bout par lequel on la prend, la question climatique est traversée d’injustices – entre pays, entre classes sociales, entre genres, entre générations.

Essor d’une justice climatique géographique

Nous nous penchons ici sur la question des inégalités géographiques, qui sont largement des inégalités Nord-Sud [1]. Il faut le rappeler, les pays qui ont le moins contribué à l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère sont ceux qui subissent et subiront la majorité des coûts humains entraînés par le dérèglement du climat, a fortiori si la limite de 2°C de réchauffement (par rapport aux niveaux préindustriels) fixée lors de la Conférence de Paris de 2015 est dépassée. Au Sahel, région la plus pauvre du monde où le réchauffement climatique menace les rendements agricoles, les habitants émettent en moyenne 200 kilos de CO2 par an. Quarante fois moins qu’en Belgique, septante fois moins qu’aux États-Unis [2]. Les quarante-huit pays les moins développés n’ont contribué qu’à hauteur de 0,34% aux émissions historiques de CO2, mais leurs habitants sont cinq fois plus susceptibles de mourir de catastrophes liées au climat que les habitants des autres pays [3].

Il n’est dès lors pas étonnant que, davantage que dans d’autres dossiers internationaux, des considérations de justice aient été mobilisées dans les négociations entre pays autour de la lutte contre le réchauffement climatique. La participation des pays du Sud à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) a, dès sa création à Rio en 1992, été subordonnée à l’établissement de deux catégories de pays – les pays développés et en développement – se voyant accorder des droits et des devoirs différents en matière d’efforts de réduction de leurs émissions. Le premier accord chiffré dans le cadre de la convention climat, le protocole de Kyoto adopté en 1997, faisait reposer la totalité de l’effort de réduction des émissions mondiales (-5% entre 1990 et 2008-2012) sur les pays développés et dispensait les pays en développement, autorisés à se centrer sur la seule priorité de la lutte contre la pauvreté. Si, dans le contexte de la croissance soutenue des économies et des émissions des pays émergents, ces deux catégories ont perdu de leur pertinence, le principe des « responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives », inscrit dans la convention climat de 1992, est demeuré crucial aux yeux des négociateurs des pays du Sud, jusqu’à aujourd’hui.

La mobilisation de ce principe au cours des années 2000 a contribué à la promotion d’une série de normes visant à concrétiser une justice climatique « géographique ». Cette justice se décline à trois niveaux : celui de la répartition de l’atténuation (qui doit dépendre des responsabilités et moyens de chaque pays), celui du financement de l’adaptation et de l’atténuation des pays en développement (qui doit être pris en charge à l’échelle internationale) et celui du financement des réparations des dommages liés au changement climatique (qui doit également être assumé à l’échelle internationale).

Dans le cadre de cette analyse, nous nous intéressons plus particulièrement à la question de la répartition de l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Depuis le tournant des années 2000, il est acquis que celui-ci ne doit plus être porté par les seuls pays occidentaux. Mais dans quelle mesure et à quelles conditions les pays en développement doivent-ils participer à cet effort ? Les blocages autour de cette question hautement sensible ont contribué à la crise du régime climatique à la fin du protocole de Kyoto et à l’échec de la conférence de Copenhague en 2009. Afin d’alimenter la négociation politique, un débat au croisement de la science et de l’éthique s’est alors développé au sein de la communauté universitaire internationale en vue d’identifier des critères permettant d’approcher une répartition « équitable » du « budget carbone mondial » restant, c’est-à-dire du nombre estimé de gigatonnes de GES pouvant encore être émis par l’humanité dans le cadre d’une trajectoire de réchauffement de 1,5° ou de 2° à l’horizon 2100 [4].

Quantifier la « responsabilité » et la « capacité »

Plusieurs programmes de recherche internationaux sont menés depuis les années 2000 en vue d’élaborer des instruments capables de mesurer le degré d’équité des engagements de réduction des pays. La plupart de ces instruments se fondent sur les critères de « responsabilité » et de « capacité » – en phase avec le principe de « responsabilités communes mais différenciées et capacités respectives » de la CCNUCC – afin d’évaluer ce que devrait être la « juste part » de chaque pays en matière d’atténuation eu égard à son passif environnemental et sa situation économique. La « responsabilité » est la mesure dans laquelle un pays a historiquement contribué au niveau d’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la « capacité » est la mesure des ressources économiques de chaque pays – plus ces ressources sont importantes, plus un pays est supposé pouvoir consacrer des moyens à l’atténuation sans mettre en danger la satisfaction des besoins économiques et sociaux de ses habitants.

Bien sûr, l’opérationnalisation de ces critères pose à son tour une série de questions méthodologiques ayant de fortes implications éthiques et politiques. Pour ce qui est du critère de responsabilité, quelle devrait être l’année de départ pour le calcul des émissions ? Faut-il remonter au-delà de 1990, soit à une période où le phénomène de changement climatique était largement ignoré des décideurs politiques et économiques ? Pour ce qui est de celui de la capacité, faut-il s’en tenir à l’indicateur du PIB ou privilégier l’indicateur de développement humain (IDH), qui pourrait refléter plus fidèlement la capacité d’action d’une société ? Et si l’on adopte le PIB, ne faut-il pas lui appliquer un critère de progressivité accordant davantage de poids aux fractions de revenus supérieures et exonérant les fractions de revenus en dessous d’un certain seuil (comme dans la plupart des systèmes fiscaux) ?

Des chercheurs engagés auprès du Climate Action Network, la plus grande alliance de la société civile sur le climat, ont mis au point un instrument d’évaluation intégrant ces variations méthodologiques : l’« Equity Reference Framework » [5]. Ils ont donc calculé ce que serait « l’allocation équitable » de différents pays en 2030, en remontant plus ou moins loin dans le temps (1850, 1950, 1990) pour calculer leurs émissions passées (critère de responsabilité) et en appliquant un facteur de progressivité plus ou moins élevé à leur niveau de revenu (critère de capacité). Il ressort de leurs calculs que dans tous les scénarios, la réduction d’émissions correspondant à une allocation équitable est non seulement largement supérieure aux engagements de réduction des pays riches, mais qu’elle excède même leurs niveaux d’émissions [6]. En d’autres termes, les pays industrialisés ont perdu leur droit d’émettre à l’horizon 2030 et ont au contraire un devoir théorique de retirer chaque année plusieurs gigatonnes de CO2 de l’atmosphère. À l’inverse, les pays en développement ayant historiquement émis le moins se voient attribuer une allocation équitable supérieure à leurs engagements à l’horizon 2030. En d’autres termes, ils ont théoriquement le droit d’émettre davantage que ce à quoi ils se sont engagés, voire même davantage que ce qu’ils émettraient en 2030 sans prendre aucune mesure [7].

Assumer l’existence d’une dette climatique

La conclusion que tirent la plupart des chercheurs en justice climatique, est qu’il appartient aux pays riches et historiquement pollueurs de régler (cette part) de leur dette climatique vis-à-vis des pays les plus pauvres (soit la part du budget carbone mondial dont ceux-ci sont spoliés). D’une part, en cessant le plus rapidement possible d’émettre des GES (et d’alourdir cette dette), d’autre part, en fournissant aux pays pauvres les moyens financiers et technologiques de poursuivre leur développement social et économique sans augmenter leurs émissions [8].

Les montants que cela implique à l’horizon 2030 sont très largement supérieurs aux 100 milliards de dollars annuels promis (mais non déboursés) par les pays développés à partir de 2020. Ils ne sont concevables que dans le cadre d’un système international ayant intégré la nécessité de transferts massifs entre régions du monde, visant à rendre possible un développement durable partagé. Cette redistribution mondiale des ressources n’est pas seulement souhaitable dans la perspective d’un monde « plus éthique », elle est indispensable dans la perspective d’un monde tout simplement « vivable », tant l’élévation de l’ambition climatique des émergents actuels et futurs, en passe d’être les principaux émetteurs, dépend de leur perception d’une répartition équitable des efforts de la prise en charge de cet enjeu mondial. ()

[1] Lire CETRI (2021), L’urgence écologique vue du Sud, Paris, Syllepse, https://www.cetri.be/Les-cinq-dilemmes-de-la-crise

[2] Statistiques de la Banque mondiale (2020). Et encore, l’on ne tient pas compte ici des émissions «importées», c’est-à-dire des émissions liées à la production industrielle, en Asie notamment, des biens qui sont consommés en Europe et aux États-Unis. Leur prise en compte augmente encore d’environ 20% le bilan des Occidentaux.

[3] Bourban M. (2021), «Promoting Justice in Global Climate Policies», in Éloi L. et Zwickl K. (dir.), Handbook of the Political Economy of the Environment, New York, Routledge.

[4] En 2020, ce budget était estimé à environ 400 Gt CO2 dans le scénario 1,5° et 1200 GT dans le scénario 2°. L’humanité a émis environ 59 Gt CO2 en 2019 (PNUE, 2020, Emission Gap Report 2020, Nairobi).

[5] Holz C., Sivan K. et Athanasiou T. (2018), «Fairly Sharing 1.5 – National Fair Shares of a 1.5°C compliant Global Mitigation Effort», in International Environmental Agreements: Politics, Law and Economics, 18.

[6] En appliquant une méthodologie proche, les économistes Laurent Éloi et Paul Malliet arrivaient récemment à cette même conclusion («Climat, l’urgence de la justice», 19 avril 2021, OFCE, www.ofce.sciences-po.fr/blog/climat-lurgence-de-la-justice/).

[7] Dans le cadre de cet exercice, la situation des grands pays en développement (les «émergents») varie selon les scénarios retenus. Si seules les émissions après 1990 sont retenues et si la progressivité est faible, leur allocation est inférieure à leur engagement. Ils devraient donc faire plus d’efforts. En revanche, si l’année 1850 est retenue comme date de départ et si la progressivité est forte (donc si leur capacité est revue à la baisse vu qu’ils comptent de nombreux habitants pauvres), c’est l’inverse qui se produit.

[8] Il s’agit là de transferts qui devraient bien entendu s’ajouter aux transferts visant les mesures d’adaptation et la couverture des dommages causés par le dérèglement.

François Polet

https://www.cetri.be/Climat-partager-justement-le


En complément possible :

Lettre ouverte aux médias du monde entier, par Greta Thunberg et Vanessa Nakate

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/11/02/lettre-ouverte-aux-medias-du-monde-entier-par-greta-thunberg-et-vanessa-nakate-plus-autre-texte/

La planète brûle… et la société aussi ! Signez l’appel pour un réseau éco-syndicaliste

Il faut prioriser la justice sociale et la lutte à la crise climatique. Élections municipales. Déclaration des organismes communautaires pour la justice sociale et la justice climatique 

Contre le réchauffement climatique, compter sur la convergence des luttes !

L’écosocialisme, pas l’extinction ! Manifeste de l’Ecosocialist Alliance

Travailleuses et travailleurs de la terre, unissons-nous ! Souveraineté alimentaire pour la justice climatique maintenant ! Déclaration de La Via Campesina en vue de la COP 26 de l’onu sur le climat (Glasgow)

Votre inaction est un crime !

Novembre 2021 : Cop26 à Glasgow. Négociations internationales sur le climat : Pour les riches, par les riches

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/10/28/la-planete-brule-et-la-societe-aussi-plus-2-textes-du-quebec-et-le-manifeste-de-lecosocialist-alliance/

Des changements climatiques inévitables et irréversibles : l’avertissement le plus sévère jamais lancé par le GIEC

Marathon contre la montre : pourquoi le gouvernement n’écoute pas les alertes du GIEC ?

Catastrophe climatique – Au bord du gouffre, le scénario que le GIEC ne modélise pas

Des politiques criminelles mettent le feu en Grèce, en Turquie et à Chypre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/10/des-changements-climatiques-inevitables-et-irreversibles-lavertissement-le-plus-severe-jamais-lance-par-le-giec-plus-autres-textes-dont-alternatiba/

Justin Carrette et Hervé Kempf : Les scientifiques du GIEC : « Le changement climatique s’accélère et s’intensifie »

https://reporterre.net/Les-scientifiques-du-GIEC-Le-changement-climatique-s-accelere-et-s-intensifie

Jonathan Watts : Les conditions météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus normales

Daniel Tanuro : Les inondations en Belgique, Allemagne et Pays-Bas : ceci n’est pas une catastrophe naturelle

Maxime Combes : Urgence climatique : la procrastination des gouvernements est un crime climatique

Maxime Combes : « Emmanuel Macron veut disqualifier les pensées écologistes »

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/23/conditions-meteorologiques-catastrophes-politiques-nonecologiques/ 

Une réponse à “Le bilan de la COP26 tient en 3 mots : criminel, indécent, dilatoire (plus autres textes)

  1. Lorsqu’un problème est mal posé il est impossible de trouver un début de solution.
    Ce ne sont pas les Etats auxquels on s’adresse lors des COP ou autres grands rassemblements qui sont les plus responsables mais leurs peuples. Les gouvernements surtout dans les pays démocratiques font, pour être élus ou réélus, ce que leurs peuples veulent consciemment ou inconsciemment, quitte à trahir des promesses électorales que leurs électeurs aiment entendre mais pas nécessairement appliquer. Ce sont avec les peuples qu’il faut agir et non pas parler qu’aux « élites ». Dommage, il faudra trouver d’autres boucs émissaires pour les manifestations, même dans celle des écoliers et se retrousser les manches pour retrouver l’espoir!

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