Déclaration internationale de la Marche Mondiale des Femmes suite à sa Rencontre internationale – 31 octobre 2021

Nous, les femmes du Sud et du Nord de la Marche Mondiale des Femmes, nous nous sommes réunies pour participer à notre 12ème Rencontre Internationale, malgré le contexte difficile d’une pandémie mondiale. Nous sommes venues de 50 pays de toutes les régions du monde, pour partager nos luttes et construire une analyse commune pour renforcer nos actions au moment présent. La pandémie a mis en évidence les inégalités sous-jacentes et les multiples crises du système, la marchandisation et la privatisation du service public, la dégradation de l’environnement et la crise écologique qui alimente la crise climatique. Nous sommes confrontées à l’aggravation du conflit entre le capital et la vie. L’exploitation augmente et les femmes sont les plus touchées. Les intérêts des entreprises passent avant la santé, comme nous le constatons à travers l’accès inégal aux vaccins dans le monde, des services publics médiocres et l’infime attention portée aux autres maladies et à la santé sexuelle et reproductive. Les entreprises multinationales pillent et volent les terres, sans aucun respect pour les droits humains, et imposent des dettes illégitimes aux peuples de tous les continents.

La montée des gouvernements autoritaires et des forces conservatrices et fondamentalistes a fait reculer les droits pour lesquels nous nous sommes battues. Nous sommes confrontées à une violence et à une militarisation croissantes pour contrôler nos territoires, nos vies, notre travail politique, nos corps et nos sexualités. Les nouvelles formes de colonialisme se reflètent dans les politiques migratoires racistes, la fermeture des frontières, la criminalisation des réfugié-e-s et l’augmentation des blocus économiques, politiques et financiers contre les peuples dont les gouvernements ne se plient pas aux intérêts de ce système prédateur. Le capitalisme avance dans une perspective néolibérale conservatrice, fondamentaliste et autoritaire, imposant un projet de mort et criminalisant les mouvements sociaux qui osent s’y opposer, tout en proposant de fausses solutions, comme le capitalisme vert.

Les acteurs du capital, patriarcal et raciste, imposent consciemment et délibérément une série de politiques qui privilégient les droits de la minorité à ceux de la majorité de l’humanité.Cela a entraîné la détérioration des conditions de vie et a aggravé la marginalisation et la discrimination des communautés les plus défavorisées : réfugié-e-s, travailleur-euse-s agricoles, travailleur-euse-s migrant-e-s, LGBTQI+, personnes âgées, non-propriétaires, personnes handicapées, corps racialisés etc. Simultanément, ces politiques ont engendré des crises dans les secteurs du logement et ont réduit les services de santé sexuelle et reproductive, accentuant la vulnérabilité des femmes et des identités féminines face aux violences basées sur le genre ainsi que l’exclusion économique. Les États alignés sur le capitalisme ont répondu aux crises en renforçant les discours individualistes et leurs politiques patriarcales, racistes, hétéronormatives, en utilisant la militarisation, l’exclusion des frontières et la criminalisation de la migration.

D’autre part, nous, les femmes, nous avons répondu à la pandémie en renforçant la solidarité pour assurer les conditions de vie et fournir de la nourriture, des soins de santé et un accès minimal aux produits de première nécessité, tout en résistant et en nous organisant, en exigeant des politiques publiques pour faire face à la pandémie telles que l’accès au logement, aux soins de santé et aux vaccins, aux actifs productifs ainsi que des politiques pour protéger l’emploi, les droits des travailleur-euse-s et les revenus pendant le confinement général.

Nous, Marche Mondiale des Femmes, nous résistons au système capitaliste et patriarcal et dénonçons la politique interventionniste de l’impérialisme, le sionisme et toutes les formes d’occupations racistes et néocolonialistes, les fondamentalismes religieux et les tentatives de cooptation des luttes féministes. Nous réaffirmons notre engagement à continuer en marche, à résister pour vivre et pour transformer les systèmes qui génèrent la pauvreté et la violence envers les femmes.

Nous réaffirmons le pouvoir de notre organisation aux niveaux local, régional et national comme fondement de la force de notre mouvement internationaliste. Nous appelons toutes les femmes, groupes et organisations de femmes à continuer à s’organiser et à accumuler du pouvoir à travers des processus d’organisation populaire, d’éducation et de communication populaire, de construction d’actions collectives et d’économie féministe en descendant dans la rue. Nous reconnaissons le pouvoir des réseaux sociaux et nous élisons Capire pour être la voix qui connecte chaque femme engagée avec notre mouvement et nos alliances pour la défense d’une vie digne.

Nous nous sommes positionnées en plaçant le principe de durabilité de la vie au centre, en réaffirmant que nous sommes écodépendantes et interdépendantes. Nous voulons vivre en harmonie avec la nature et construire de nouvelles relations sociales basées sur la réciprocité des soins et le renforcement des biens communs. Nous nous engageons également à lutter contre les féminicides, contre toute violence sexiste et contre la marchandisation du corps des femmes. À partir des visions politiques que nous avons accumulées et de nos expériences de lutte internationaliste, nous continuons engagées dans la construction du féminisme avec des mouvements alliés au niveau local, régional et international.

Nous sommes solidaires avec toutes les femmes et peuples en lutte pour leur souveraineté et leur autodétermination : d’Afghanistan, de Palestine, du Soudan, du Kurdistan, du Sahara occidental, de Cabo Delgado, ainsi que les femmes mapuche, du peuple Q’eqchi du Guatemala, du Honduras, du Salvador, de Cuba et du Venezuela, et toutes les femmes migrantes exilées qui sont contraintes de fuir leur pays et subissent toutes les formes de violence.

Nous réaffirmons que la liberté, l’égalité, la justice, la paix et la solidarité sont nos valeurs fondamentales et nous appelons à une solidarité continue avec les femmes et les peuples qui luttent pour l’autodétermination de leurs corps et de leurs territoires. Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche !

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Le nouveau Comité international de la MMF

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La Marche mondiale des femmes a élu son nouveau Comité international et son nouveau Secrétariat le dernier jour de la 12e réunion internationale

Nous avons commencé le 31 octobre, le dernier jour de la 12e réunion internationale de la Marche mondiale des femmes, avec la puissante célébration symbolique (mystica) de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) réaffirmant nos luttes pour une Palestine libérée du sionisme et du colonialisme et pour la liberté de la camarade Khitam Saafin et de tous ceux et celles qui luttent. La région MENA s’est développée de façon importante et a consolidé son organisation auprès des femmes au cours de cette dernière période et la célébration symbolique a également été l’occasion de célébrer ces réalisations en rappelant les images des camarades de la région dans les rues tout en écoutant une chanson dédiée à la résistance palestinienne.

La journée a été animée par Nalu Faria du Brésil. Tica Moreno a présenté la synthèse de la journée précédente. Elle a résumé les discussions découlant des groupes de travail sur les forces, les défis et les propositions d’avenir pour la Marche mondiale des femmes. Graça Samo a présenté un rapport sur le travail de l’actuel Secrétariat international en parlant de la gestion politique et des ressources disponibles. En plénière, les participantes ont discuté des besoins de l’organisation de la Marche pour la prochaine période. Elles ont évoqué la nécessité de maintenir la transparence, d’avoir un Comité international et un Secrétariat international forts et engagés. Nous voulons aussi renforcer les alliances et la Marche elle-même, dans les régions et auprès des coordinations nationales afin de partager notre agenda commun et notre dynamique d’organisation et d’action permettant de renforcer notre mouvement. 

Pendant la présentation des nouvelles membres du Comité international, les représentantes actuelles ont annoncé les nouvelles élues et orientations du travail de leurs régions pour le prochain mandat. Le nouveau Comité est composé de Nalu Faria et Tita Godínez pour les Amériques, avec Alejandra Laprea comme suppléante ; Solange Kone et Sophy Ngalapi pour l’Afrique, avec Rita Nyampinga comme suppléante ; Marianna Fernandes et Luciana Alfaro, en remplacement de Marcela de la Peña pour l’Europe ; Ruba Odeh et Naama Nsiri, pour la région MENA, en remplacement de Teeba Saad ; et Bushra Khaliq et Françoise Caillard, pour l’Asie et l’Océanie, en remplacement de Jean Enriquez.

Après l’approbation du nouveau CI, nous sommes passées à la présentation de la coordination nationale de la Turquie qui prendra en charge le Secrétariat International, sous la coordination de Yıldız Temürtürkan, avec la Flying Broom Foundation. Gulser Kayir et Yıldız ont présenté la trajectoire de la MMF en Turquie jusqu’à présent, ses capacités organisationnelles de plus de 20 ans dans le pays, sa structure logistique et financière et sa capacité d’influence dans le contexte régional et international. Ils ont également partagé le processus de prise de décision collective pour le SI, ainsi que les difficultés rencontrées. Ce nouveau mandat sera l’occasion de développer l’organisation dans des régions stratégiques dont la Turquie est proche, comme la région MENA et l’Asie-Océanie. La transition se fera dans les mois à venir, avec un contact permanent entre la Turquie et la Mozambique (l’actuel Secrétariat) et le Brésil (qui organise actuellement les communications), avec l’accompagnement du Comité international qui se réunira de façon mensuelle.

La réunion s’est terminée par la lecture de la déclaration finale, qui affirme la position féministe face au conflit capital-vie, aux autoritarismes et à l’organisation néolibérale, patriarcale et raciste de l’économie. La déclaration affirme également la résistance, la solidarité, les actions politiques auto-organisées de transformation vers une société de paix, d’égalité, de liberté, qui place la durabilité de la vie au centre. 

https://marchemondialedesfemmesfrance.org/2021/11/12/le-nouveau-comite-international-de-la-mmf/#more-3308

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Une réponse à “Déclaration internationale de la Marche Mondiale des Femmes suite à sa Rencontre internationale – 31 octobre 2021

  1. Le féminisme se muscle en s’internationalisant aux pays prolétaires. Un souffle d’air frais qui fait chaud au coeur.

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