Une blessure au fond de soi

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« Kaboul gémit sous les détonations ». Une enfant de six ans, les « soviétiques », les perceptions de l’environnement, un amour d’enfance.

Chabname Zariâb nous conte la place des contes dans l’imagination des enfants, ce qui s’arrête au seuil de l’imagination, l’écho des explosions, les discussions autour de l’exil, « Etrangement, le mot France est un sésame pour déclencher ses larmes », les silences angoissants, le monde enfantin dans les bouleversements.

L’expérience de l’exil pour une enfant, l’arrivée en France et la grande déception, « une ruelle tout en béton, sombre, triste et vide m’attend », la langue et l’école, les petites et grandes colères, les pensées et les rêveries, « Mes pensées, à moi, vont très loin et dans tous les sens », la présence et l’absence de Kaboul, le moments magiques de l’invention de « toute une histoire »…

L’enfant découvre le genre des mots dans la nouvelle langue, « des mots homme et des mots femme », les lettres qui s’écrivent et qui ne se lisent pas, le vol de ses petits poissons, le premier baiser rêvé « plus intense », le conflit des valeurs et les autorisations, les salles sombres et les films, l’oubli du persan…

Ici et là-bas. Les fous de dieu, les « pires ennemis des femmes », la peur. La femme et les enfants et le retour au pays du père.

La fin de l’enfance, l’adolescence, la jeune adulte, le désenchantement envers les garçons, le retour à Kaboul, « Je suis la seule à savoir qu’en réalité, je pars à la recherche de Milad, mon premier amour, qui est comme une blessure au fond de moi et qui m’empêche de trancher, de décider et d’avancer ».

Une autre histoire, « Incroyable comme une toute petite phrase peut tout faire basculer », le patchou, la misère et la corruption, les extrémistes religieux et les écoles brulées, la mosquée du livre en fleur, un autre voyage, les rêves brisés, « Je tourne la tête. Enfin je comprends. Mes rêves se brisent. Mon amlour est mort. J’ai l’impression d’entendre mes os claquer. Ma tête se met à tourner. La photo aussi ».

La littérature et ses moyens propres, la langue choisie, nous disent parfois plus que des articles de presse. L’autrice nous fait ressentir ce que veut dire l’exil, l’apprentissage d’une nouvelle langue, l’espoir vivant, l’espérance brisée…

Chabname Zariâb : Le pianiste afghan

Mikros – Editions de l’aube, La Tour d’Aigues 2021, 182 pages, 10,90 euros

Didier Epsztajn

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