Le féminisme n’a pas gagné en Occident : nous régressons…

Que reste-t-il à faire pour les féministes ? C’est la question que l’on m’a posée récemment à propos de la terrible situation des femmes en Afghanistan, l’idée étant que les femmes en Occident ont obtenu la liberté et la libération, alors de quoi nous plaignons-nous encore ? Mais même pour les femmes vivant sous le régime démocratique occidental, la violence et le contrôle patriarcaux conservent le dessus.

Par exemple, sur l’infime minorité de viols qui sont effectivement signalés à la police, seuls 1,4% des agresseurs sont inculpés par la Couronne britannique. En 2018/2019, les inculpations, les poursuites et les condamnations pour viol dans les affaires intentées par le Service de la Couronne sont tombées à leur plus bas niveau depuis plus d’une décennie.

Des affaires dans lesquelles une femme a été maintenue sous la menace d’un couteau, où un film d’une attaque a été trouvé sur le portable d’un suspect et où un auteur présumé a admis l’infraction dans des messages texte figurent parmi encore celles abandonnées par la Couronne. Des avocates féministes affirment qu’il existe une politique secrète consistant à abandonner les affaires qui, aux dires des procureurs de la Couronne, n’aboutiront pas assurément à une condamnation, et ils tentent de les forcer l’abandon de ces causes.

Il y a cinq ans, une femme qui signalait un viol avait beaucoup plus de chances de voir la justice rendue. Comment se peut-il que nous ayons reculé à ce point dans le cas d’un crime aussi grave et qui fait autant de mal ? Voyons aussi le meurtre de femmes en raison de leur sexe. Entre 2009 et 2018, plus de 1 425 décès aux mains d’hommes ont été enregistrés dans le recensement des féminicides compilé par le groupe Counting Dead Women et l’organisation caritative féministe NIA – Ending Violence Against Women and Girls. Il y a dix ans, une femme mourait aux mains d’un homme tous les trois jours, ce qui est plus ou moins encore le cas aujourd’hui. Mais je ne suis pas prête à accepter que nous devrions simplement être reconnaissantes que les chiffres n’aient pas augmenté. Ces décès et les niveaux horribles d’agressions conjugales et sexuelles constituent l’un des plus grands échecs de politique publique de la décennie.

En fait, la dernière décennie a vu un glissement vers ce que j’appelle le « féminisme pour les hommes » ou le « féminisme ludique » (fun feminism). Actuellement, ce qui passe pour du féminisme dans les universités et autres milieux élitistes est tout sauf cela. La prostitution et la pornographie ont été relookées en « choix » et en « autonomisation », et les pratiques sexuelles néfastes et avilissantes ont été relookées comme « kink » et vantées comme libératrices pour les femmes.

J’ai décidé d’écrire mon plus récent livre, Feminism for Women, pour explorer comment et pourquoi les choses semblent régresser pour les femmes, et d’émettre quelques suggestions afin de reprendre le chemin de la libération dans le contexte d’un backlash vicieux et misogyne contre nos droits chèrement acquis. Il est essentiel de travailler ensemble, au-delà de nos différences, et de rechercher une solidarité fondée sur nos expériences du patriarcat. Nous devons nous accrocher à notre féminisme de base et retourner dans la rue, plutôt que de passer autant de temps à faire la guerre au clavier.

Le féminisme représente un défi important pour les hommes, en particulier les hommes sexistes et misogynes. Et le retour de bâton contre le féminisme, qui prend diverses formes à des époques et dans des contextes particuliers, est féroce et constant. En ce moment, nous voyons des femmes poursuivies pour avoir fait de fausses allégations de viol, mais nous ne voyons presque aucun effort, semble-t-il, pour poursuivre les violeurs réels ; certains tribunaux de la famille ne reconnaissent même pas que le viol marital est un crime en Angleterre et au Pays de Galles depuis 1992 ; et les morgues se remplissent des corps de femmes que personne n’a aidées à échapper à des partenaires violents.

Nous n’entendions jamais parler des hommes qui commettent des actes de violence conjugale et sexuelle à l’égard des femmes et des filles, mais grâce aux féministes, nous en entendons maintenant parler. Chaque fois que j’entends la phrase « Une femme a été violée », je veux entendre quelqu’un dire « Un homme a violé une femme ». L’objectif du féminisme doit être de mettre fin à la violence masculine, car tant que nous vivons dans la peur, nous ne pouvons pas réaliser notre potentiel. Les jeunes femmes doivent se voir offrir l’espoir que, de leur vivant, les rues et les maisons deviendront sûres pour elles.

Julie Bindel

Julie Bindel est l’autrice de Feminism for Women, qui sera publié au Royaume-Uni par le Little, Brown Book Group, le 2 septembre.

Version originale : https://www.standard.co.uk/comment/comment/feminism-hasn-t-won-in-west-going-backwards-b952641.html

Tous droits réservés à Julie Bindel.

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2021/08/28/le-feminisme-na-pas-gagne-en-occident-nous-regressons/


De l’autrice :

Branle Bas de combat autour d’OnlyFans, branle-bas-de-combat-autour-donlyfans/

Message aux hommes : le sexe n’est absolument pas un droit de l’homme, message-aux-hommes-le-sexe-nest-absolument-pas-un-droit-de-lhomme/

Dans le monde tordu du mouvement des « incels »dans-le-monde-tordu-du-mouvement-des-incels/

In Control : Des relations dangereuses et comment elles se terminent par des meurtres, in-control-des-relations-dangereuses-et-comment-elles-se-terminent-par-des-meurtres/

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Les bordels légaux du Nevada sont un désastre pour les femmesles-bordels-legaux-du-nevada-sont-un-desastre-pour-les-femmes/

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Au Royaume-Uni, le viol est en train d’être décriminalisé. C’est une monstrueuse trahison des femmes les plus vulnérablesau-royaume-uni-le-viol-est-en-train-detre-decriminalise-cest-une-monstrueuse-trahison-des-femmes-les-plus-vulnerables/

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Quelques leçons que pourrait inspirer Andrea Dworkin aux jeunes féministeshttps://tradfem.wordpress.com/2015/04/10/julie-bindel-quelques-lecons-que-pourrait-inspirer-andrea-dworkin-aux-jeunes-feministes/ 

3 réponses à “Le féminisme n’a pas gagné en Occident : nous régressons…

  1. Elles ont des intérêts communs mais, comme les hommes, pas les mêmes intérêts. Si l’on ne prend pas en compte cette réalité, on ne parviendra, en ce qui concerne l’égalité politique, économique ou sociale, qu’à une lutte des genres ou au statut quo ou à une péjoration pour tous. L’époque Thatcher a été catastrophique pour tous les exploités qu’ils soient femmes, hommes ou jeunes. Le pouvoir doit appartenir aux femmes et aux hommes qui se battent pour un changement profond de la Société. Je ne ne pense pas qu’il y aurait une seule différence si le pouvoir était entre les mains des femmes pour la seule raison qu’elles sont femmes, mais ce pourrait être différent si le pouvoir était entre les mains de femmes et d’hommes prêts à s’UNIR pour améliorer le sort des femmes et des hommes en proportion de leur retard pour l’accès à l’égalité et à la liberté. Dans ces conditions, il est évident que la Société et ceux (femmes et hommes) qui la gouverneraient auraient plus à faire pour les femmes et surtout pour celles qui auraient le plus besoin de ces améliorations car, jusque là, ce sont elles qui ont été le plus exploitées.

    • il y a, me semble-t-il, au moins une confusion

      Le féminisme ne réclame pas le pouvoir des femmes sur les hommes mais l’EGALITE des êtres humains, le bouleversement des rapports sociaux de sexe et non leurs inversions, la destruction du système des rapports de pouvoir et son inversion
      Le fait que M. Thatcher soit une femme ne change rien au « patriarcat », au système de genre.
      Aucune féministe à ma connaissance ne se retrouverait dans une phrase telle que  » si le pouvoir était entre les mains des femmes pour la seule raison qu’elles sont femmes » ce n’est pas ce qui est revendiqué !
      Il ne s’agit pas non plus de « faire plus pour les femmes » mais que toustes les êtres humains auto-organisent la société.

      Les femmes ne sont pas seulement les plus exploitées dans le travail salarié, elles sont exploitées dans le travail domestique
      Les lois et les institutions, ici comme ailleurs, les maintiennent dans une citoyenneté secondaire, l’éventuelle démocratie s’arrête à la porte de l’appartement et du soi-disant privé
      Des hommes leur interdisent, comme hier le droit de vote, l’IVG, le droit de choisir d’avoir ou non des enfants, le droit de travailler, l’égalité des salaires, l’autonomie financière, le droit de vêtir comme elles le souhaitent, etc.
      Les violences conjugales (y compris les viol) sont exercées par des hommes sur des femmes qu’ils considèrent comme leur propriété

      Mettre en avant le seul rapport social de classe, participe du refus de prendre en compte les autres rapports sociaux ( ici de sexe) et leur imbrication historique, la domination systémique et spécifique qu’exercent les « hommes » sur les « femmes », qui faut-il le rappeler représentent plus de la moitié de l’humanité

      les revendications féministes ne sont pas un plus, elles sont comme les autres revendications au coeur de la transformation sociale
      et il faudra bien que les hommes l’acceptent

      bien cordialement

  2. Catherine ALBERTINI

    C’est la raison pour laquelle il faut nous UNIR. Les femmes qu’elles soient occidentales ou non ont des intérêts communs. Ont besoin de faire entendre leurs voix, leurs aspirations et ne doivent pas se diviser.

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