Pour la constitution d’un humanitaire de combat face au néolibéralisme

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Les formes historiques des rapports sociaux ont été modifié par quarante ans de politiques néolibérales. L’idéologie de l’individu·e seul·e responsable de sa vie et de ses capacités, de la soi-disant liberté d’entreprendre et d’être, de l’impuissance des formes délibératives et collectives de gestion des affaires de la cité a largement été diffusée.

Le marché et le commerce ont été naturalisés dans la négation des contradictions et des contraintes que les rapports sociaux font peser sur les individu·es.

La destruction des choix démocratiques et des institutions relevant de la politique, pour laisser place à la « gestion » et à la « gouvernance », au marché et à la concurrence « libre et non faussée » a été une condition majeure (conditionnalité) pour bénéficier de prêts des organismes internationaux (plans d’ajustement structurel). Une nouvelle langue, truffée de termes vagues mais bien utiles pour certains, une novlangue semble s’imposer tant au niveau national qu’international.

Alain Bihr : La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitaliste

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/05/19/evidences-non-fondees-fausses-banalites-pour-un-morbide-cafe-du-commerce/

Olivier Starquit : Les mots qui puent

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/05/14/les-vampires-ne-supportent-pas-la-lumiere-du-soleil/

Les mots et l’idéologie néolibérale ont profondément pénétré et souvent dénaturé jusqu’aux organisations qui se réclamaient de l’émancipation sociale. La liberté version libertarienne écrase les espérances d’égalité, de solidarité et de coopération.

Dans les creux de ces destructions des institutions de « communs » (par ailleurs très largement critiquables), d’autres agencements et organismes sont apparus, (je n’aborde pas ici les regroupements de résistance aux effets des politiques menées) des fondations, des associations caritatives, des congrégations, des associations sous contrôle de fondamentalistes divers, des associations humanitaires…

Il me semble nécessaire de souligner une certaine consubstantialité de l’actuel « humanitaire » avec le néolibéralisme…

 

« … par ce que l’engagement de ces humanitaires mérite toute notre admiration que celle-ci doit s’accompagner d’une attention aux périls qui guettent les ONG. Leur prise en tenaille croissante par l’écosystème néolibéral est de ceux-ci ». Dans sa préface, Boris Martin aborde, entre autres, quelques idées forces de l’auteur, le « glissement vers un humanitaire satisfait de lui-même », l’absence de regard critique sur la doctrine, les postures et leur « valeur explicative », le refus de traiter des facteurs générateurs des « crises », le rôle inquiétant des industries militaires, les relations avec des entreprises privées, « les épidémies comme le changement climatique doivent être appréhendés au prisme des industries lourdes, notamment polluantes », l’empire des industries du luxe, les partenariats public-privé et les impacts sociaux des contrats, l’analyse de la « matrice humanitaire » – « l’humanitaire n’est pas un à-coté du néolibéralisme, il en est le compagnon de route » -, les effets délétères du système humanitaire actuel.

Le préfacier en conclut : « parce que, là aussi, les ONG humanitaires ont bien souvent été en première ligne, elles devraient garder la main, s’engager dans la bataille et ainsi retrouver leur substance »…

 

En introduction, Bertrand Bréqueville revient, entre autres, sur la pandémie et les millions de mort·es, la nocivité des politiques économique néolibérales, les politiques d’austérité et leurs impacts sur les soins et la santé, l’extension de la logique concurrentielle du capitalisme, « Cette logique a besoin d’institutions, de normes, d’incitations et, par conséquent, des Etats », la complexité apparente de la rationalité néolibérale et « la réalité de ses effets en termes politiques, économiques, sociaux et individuels », les dégradations du droit du travail… et aussi des conflits sociaux, « une volonté de ne plus subir », le caractère universalisable des luttes…

L’auteur dresse un sombre tableau de l’« humanitaire », de la concentration des financements, « seulement douze ONG internationales et institutions onusiennes se sont partagé les deux tiers des financements humanitaires mondiaux en 2017 », des réponses au « résultat direct et indirect des méfaits du système capitaliste néolibéral »… Il convient donc d’interroger les interactions de l’action humanitaire avec le néolibéralisme. « Sans négliger les jeux de pouvoir ni les déficits démocratiques structurels, souvent délétères, au sein des ONG humanitaires, la question essentielle sur laquelle nous nous pencherons sera néanmoins celle de la place donnée aux personnes concernées par l’aide humanitaire dans les mécanismes décisionnels »…

 

Dans un premier chapitre, « Le sans-frontiérisme ou la rencontre de l’humanitaire avec le néolibéralisme », Bertrand Bréqueville discute des mythes fondateurs, du Biafra à l’Afghanistan, de la « nouvelle philosophie » et de son renoncement à la transformation sociale (sans oublier que « nos anciens nouveaux philosophes se sont révélés être de zélés va-t-e-guerre »), de l’« antitotalitarisme » et de sa mutation en « anti-tiers-mondisme », du déni de la figure collective, de l’humanitaire d’urgence « plus spectaculaire et plus médiatique », des liens réels ou supposés entre « humanitaire » et « développement », des théories « postmodernes », de sociologie de « droite bien trempée », du mythe d’un possible engagement neutre « apolitique et complètement désidéologisé », de la « porosité originelle entre le sans-frontièrisme et le néolibéralisme », de l’absence de projet alternatif, de l’utilisation abusive du qualificatif humanitaire, « L’humanitaire n’est pas un à-coté du néolibéralisme, il en est le compagnon de route »…

Dans le second chapitre, l’auteur aborde la logique humanitaire des droits sociaux dans le néolibéralisme, le passage des droits de l’homme (il serait plus juste d’écrire droits des êtres humains, pour ne pas réduire l’humanité aux seuls hommes) aux droits humains, le remplacement de l’égalité matérielle par la notion floue de suffisance, la résonance particulière de certains droits sociaux dans l’agenda humanitaire, la non remise en question des « déterminants liés au pouvoir et à la répartition des richesses », le déni de la question de la propriété privée, l’absence d’ambition politique, « Ils sont historiquement passés d’une logique de justice sociale à une logique de subsistance, d’une rhétorique de l’égalité matérielle à une rhétorique de réduction de la pauvreté », le glissement des droits sociaux à la protection sociale (et la privatisation de celle-ci), l’égalité des chances se substituant à l’égalité des droits, l’usage immodéré et abusif de la notion de « résilience », la naturalisation des phénomènes sociaux, l’appropriation des mots et l’effacement de leur potentiel subversif…

Il y a à la fois une absence d’analyse des causes systémiques des formes d’exploitation et de domination et une dépolitisation des possibles, sans oublier le silence sur « la violence sociale inouïe ». Les propositions humanitaires restent compatibles avec la doxa néolibérale…

J’ai notamment apprécié les paragraphes sur « L’humanitaire, machine à investir », la pénétration des termes de la rationalité néolibérale dans le champ humanitaire, la soi-disant théorie du capital humain et sa vision économiciste des êtres humains, les circuits de financement, les mécanismes contractuels et leurs effets, les discours bienveillant vis-à-vis du secteur privé lucratif, le rôle des fondations, les stratégies d’« évitement fiscal », le pouvoir réel sur les politiques publiques agricoles ou sanitaires…

Le troisième chapitre est consacré à l’imaginaire tout-puissant de l’humanitaire, l’absence d’analyse des rapports sociaux, les sources d’illusions et d’inertie, les « principes présumés infaillibles » (indépendance, neutralité, impartialité, humanité). Les analyses de l’auteur sont pertinentes, en particulier sur ces manières de voir ou « de ne pas voir », sur l’espace humanitaire, sur les impensés dont le développement, « S’il enrichit l’imaginaire humanitaire d’un leurre supplémentaire, le nexus humanitaire-développement assèche considérablement celui de la transformations sociale »…

Bertrand Bréqueville aborde ensuite les questions de la démocratie, « l’humanitaire comme à la fois facteur et expression d’un appauvrissement de la démocratie, la question du partage du pouvoir avec les personnes concernées par l’humanitaire, et la manière dont la démocratie s’exerce au sein des ONG humanitaires », le déficit de culture démocratique, l’idéologie de la substitution, la convocation à géométrie variable des « droits humains », la confusion autour des mots bénéficiaires ou usager·es par exemple, les justifications des interventions militaires, l’usage de terme néolibéral gouvernance, les formes indécentes et outrancières de campagnes de communication, l’expertise comme lobbying, la conduite de projets tournés vers des résultats et les dispositifs de gestion relevant bien de la gestion néolibérale et privative, le pouvoir bien gardé au sein des ong humanitaires, le poids pris par les « experts » et la non association des salarié·es, « le refus de partager le pouvoir, c’est par définition le contraire de la démocratie »…

Dans le dernier chapitre l’auteur propose de « désarrimer l’humanitaire du néolibéralisme », de repenser dans son intégralité la doctrine humanitaire, de mener une bataille linguiste et culturelle, « il n’est pas possible de lutter efficacement contre un ennemi en reprenant les éléments de langage de sa propagande », de puiser à d’autres imaginaires, de développer de nouvelles pratiques sociales, d’éduquer certains bailleurs de fonds et d’en oublier d’autres, de favoriser l’autonomie, de se placer « dans une logique de coopération, d’entraide et de réciprocité ».

Il parle d’humanitaire politisant au service de la transformation sociale, de « pluriversalisme », d’information et d’éducation populaire plutôt que de communication et de de marketing…

Contre les refus d’analyses structurelles, le prisme de la transformation sociale, de l’auto-organisation démocratique et de la solidarité internationaliste.

Bertrand Bréqueville : L’humanitaire sous l’emprise du néolibéralisme

Editions Charles Léopold Mayer, Chavannes-près-Renens (Suisse) et Paris 2021, 136 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

En complément possible :

Alternatives Sud : ONG dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/07/04/luttes-fragmentaires-contre-des-inegalites-et-evitement-des-causes-structurelles/

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L’humanitaire : compagnon de route du néolibéralisme ? 

Le séisme qui a récemment frappé Haïti fait l’objet des mêmes réflexes médiatiques et humanitaires. Mais, en réalité, il est plus pertinent de l’interroger au prisme des interactions entre humanitaire et néolibéralisme, qu’en fonction de la malchance et de la malédiction.

Le récent séisme en Haïti est un marqueur des réflexes médiatiques et humanitaires, qui, le plus souvent, se combinent. On s’interroge entre malchance et malédiction, regrette la lenteur des secours, faisant alterner des images du désastre et de l’aide internationale. On insiste d’autant plus sur les effets de cette énième catastrophe naturelle, qui frappe « le pays le plus pauvre du continent latino-américain », que les causes, elles, sont ignorées, et que la question de savoir pourquoi ce séisme aurait fait moins de dégâts et de victimes ailleurs est laissée en suspens.

Répétons-nous, tant le discours dominant est prégnant. La victime passive et impuissante est un mythe. Lors des catastrophes, les vies sauvées le sont principalement au cours des 72 premières heures, par les personnes locales, avant donc que l’aide internationale n’arrive. C’est moins la puissance de l’aléa naturel – cyclone, séisme, etc. – qui détermine l’ampleur des destructions et le nombre des victimes, que les conditions sociales – pauvreté, urbanisme, contexte démographique, accès aux services sociaux de base, etc. – du pays où il frappe. Aussi efficace et rapide que soit l’action humanitaire, elle est d’abord et avant tout le signe de l’échec des politiques publiques de prévention, de planification et de réparation, dont la mise en œuvre assure une sécurité et une protection que jamais l’humanitaire ne pourra offrir [1].

Interactions entre néolibéralisme et humanitaire

Comment expliquer le peu de prise de ces vérités, pourtant vérifiées et documentées depuis longtemps, sur le regard porté tant sur les catastrophes que sur la réponse à celles-ci ? Une clé d’explication ne résiderait-elle pas dans l’imprégnation de la rationalité néolibérale, y compris au sein de l’humanitaire ? Telle est la thèse du récent livre de Bertrand Bréqueville, L’humanitaire sous l’emprise du néolibéralisme. S’appuyant entre autre sur le travail de Pierre Dardot et Christian Laval, Ce cauchemar qui n’en finit pas. Comment le néolibéralisme défait la démocratie (La Découverte, 2016), l’auteur analyse les interactions entre le néolibéralisme et l’humanitaire, au point de transformer ce dernier en un humanitarisme néolibéral ; « indéfectible compagnon de route du néolibéralisme » [2].

Bréqueville explore la reprise de la rationalité néolibérale dans la gestion interne des organisations – gouvernance, management, évaluations, etc. –, leur rhétorique – résilience, capital humain, etc. – et jusque dans les principes de l’humanitaire : l’indépendance, la neutralité, l’impartialité, l’humanité. Ainsi, à propos du premier, il soulève la question : combien d’ONG humanitaires « peuvent faire d’elles-mêmes (…) le choix d’intervenir là où elles veulent, quand elles veulent, sans les coups de projecteur médiatiques et sans l’aide financière des principaux bailleurs de fonds institutionnels ? » [3].

De plus, « avec le principe de neutralité, la plupart des ONG humanitaires se placent aujourd’hui ‘confortablement’ au-dessus de la mêlée, se tiennent sciemment à l’écart de certaines questions internationales et des sujets qui fâchent, se contentent de soulager et font ça plutôt bien, alertent, témoignent ou dénoncent parfois en dignes héritières des French doctors, mais elles se gardent bien, la plupart du temps, d’émettre un quelconque avis sur les déterminants et les causes structurelles des maux qu’elles soulagent ou pensent soulager. Ce faisant, sous couvert de cette neutralité apolitique, la plupart des ONG humanitaires refusent de voir le caractère pourtant éminemment politique des situations dans lesquelles elles interviennent » [4].

En fin de compte, « les principes humanitaires apparaissent (…) comme une incitation permanente à ne pas voir la véritable nature des crises humanitaires. Ils dénaturent les situations, notamment celles dites ‘d’urgence’, en déterminant une appréhension purement technique des problèmes qui vide ceux-ci de toute substance politique, sociale ou économique, qui les décontextualise à outrance » [5].

La réponse au récent tremblement de terre en Haïti n’en apporte-telle pas la démonstration ? Le pays est placé sur une faille sismique, sur la route des cyclones, et est l’un des États les plus affectés par les conséquences du réchauffement climatique. Il est, en moyenne, frappé tous les deux-trois ans par une catastrophe naturelle [6]. Mais cette vulnérabilité relève avant tout d’une conditions sociales et politiques : la privatisation des institutions publiques, l’absence de volonté et de moyens d’une politique de santé, l’insécurité alimentaire – qui touche 40% de la population, catalysée par la baisse des tarifs douaniers (l’essentiel de l’alimentation consommée sur place étant importée) –, l’accaparement des ressources publiques par l’oligarchie locale, qui hypothèque toute planification et prévention des catastrophes, etc.

Or, la communauté internationale a été (et continue d’être) partie prenante de l’affaiblissement de l’État haïtien (parallèlement au renforcement de « l’élite » au pouvoir et des inégalités), et des logiques de privatisation, de dépossession et de dépendance. L’aide d’urgence risque fort alors de s’apparenter à un moyen commode de reconfigurer la crise politique que traverse Haïti en crise humanitaire, et de se donner à bon compte une image positive et bienveillante, tout en occultant sa propre responsabilité dans la situation actuelle. Haïti a certes besoin d’aide. Mais, plus que tout, elle a besoin d’un changement. Or, les acteurs internationaux qui prétendent venir au secours du pays sont les mêmes qui contribuent à empêcher la transition de rupture à laquelle aspire la majorité des organisations sociales haïtiennes. L’humanitaire serait-il une manière d’agir sans rien changer, en évacuant même la question du changement ?

À l’encontre des idées toutes faites, Thomas Gebauer situe le principal problème de l’aide dans sa dépolitisation plutôt que dans sa politisation [7]. La dépolitisation est une politique qui ne dit pas son nom et qui, en tant que telle, participe de l’instrumentalisation. Pour Bertrand Bréqueville, cette dépolitisation a une triple dimension : la décontextualisation, l’incapacité à considérer les victimes comme des sujets politiques, et, enfin, la mise hors-champ de toute transformation sociale.

Un nouveau paradigme humanitaire ?

L’humanitaire sous l’emprise du néolibéralisme offre une réflexion stimulante, invitant à repenser l’humanitaire dans son intégralité, dégageant quelques pistes dont la plus stratégique est certainement celle d’une alliance entre mouvements sociaux et acteurs humanitaires. Malgré son regard critique, le livre semble pêcher cependant par une certaine idéalisation nostalgique du sans-frontiérisme à ses débuts, dont Eleanor Davey a brillamment analysé l’histoire en France, même si elle faisait l’impasse justement sur sa connexion avec le néolibéralisme [8].

Ainsi, le retour prôné au « volontarisme » des French doctors et à leur remise en question de la solidarité internationale à la racine, tend à faire « oublier » les conditions de leur engagement : l’interprétation des situations problématiques «  à travers le prisme de l’anticommunisme  » [9], la défiance envers les États et une prise de parole décomplexée au nom, sinon à la place, des « victimes ». De manière générale d’ailleurs, la reconfiguration néolibérale des États du Sud et des rapports néocoloniaux est à peine abordés par Bertrand Bréqueville, alors qu’elle contribue pourtant à imposer le cadre dans lequel l’humanitaire intervient [10].

En réalité, les chances d’un changement proviennent davantage de la pression extérieure que des acteurs humanitaires eux-mêmes : ce n’est pas tant que ceux-ci ne veulent plus fonctionner comme avant, mais bien qu’ils ne peuvent plus le faire. Ainsi, ces dernières années, plusieurs États du Sud, victimes de catastrophes naturelles, tels que l’Inde et l’Indonésie, par exemple, ont tenté de canaliser, limiter et coordonner l’aide internationale. Même l’État haïtien a émis de telles prétentions au lendemain du dernier séisme [11]. Cela ne va pas sans poser question ni susciter des suspicions, mais le mythe de l’efficacité d’un secteur humanitaire dérégulé a fait long feu. Du moins au Sud.

L’espoir réside cependant surtout dans les mouvements sociaux et l’auto-organisation des acteurs locaux. C’est d’ailleurs sous la pression de ces derniers que le gouvernement haïtien et les acteurs internationaux se sont vus obligés, au regard de l’échec de l’intervention post-séisme en 2010 et de la défiance de la population [12], d’allumer une série de contre-feux, et de revoir la façon dont ils communiquent et interviennent. Peut-être ne s’agit-il encore, à ce stade, que de mots, mais ceux-ci ont des implications politiques : « les mots ne se contentent pas de dire une réalité. Ils la construisent et la construction qu’ils opèrent sert à la fois à décrire et à prescrire, à donner une certaine image du monde social et à intervenir sur lui pour le transformer » [13].

Frédéric Thomas

https://www.cetri.be/L-humanitaire-compagnon-de-route

Notes

[1] Frédéric Thomas, « Prendre le monde sans changer le pouvoir : les ambiguïtés de l’action humanitaire », CETRI, 3 avril 2020, https://www.cetri.be/Prendre-le-monde-sans-changer-le

[2] Bertrand Bréqueville, L’humanitaire sous l’emprise du néolibéralisme, Clamecy, éditions Charles Léopold Mayer, 2021, page 106.

[3] Bertrand Bréqueville, Ibidem, page 76.

[4] Bertrand Bréqueville, Ibidem, pages 77-78.

[5] Bertrand Bréqueville, Ibidem, page 82.

[6] Frédéric Thomas, « Avis de tempête : Haïti face à l’injustice (notamment) climatique », CETRI, 23 janvier 2020, https://www.cetri.be/Avis-de-tempete-Haiti-face-a-l

[7] Shankar Gopalakrishnan, Thomas Gebauer, « Repolitiser les ONG pour éviter l’instrumentalisation », CETRI, ONG : dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ? Alternatives Sud, Paris, CETRI/Syllepse, 2017.

[8] Eleanor Davey, Idealism beyond borders. The french revolutionary left and the rise of humanitarianism, 1954-1988, Cambridge, Cambridge university press, 2015. Lire également Frédéric Thomas, « Généalogie du sans-frontiérisme », CETRI, 27 décembre 2016, https://www.cetri.be/Genealogie-du-sans-frontierisme

[9] Eleanor Davey, Ibidem, pages 198-200.

[10] De plus, l’auteur évoque les bailleurs publics de l’aide humanitaire, « largement imprégnés par le mode de pensée néolibéral » (page 112), sans rien dire des images, de la méthodologie et des dispositifs de récolte privé, comme si ceux-ci échappaient miraculeusement à cette empreinte.

[11] Widlore Mérancourt, « Les autorités veulent diriger l’aide humanitaire. C’est plus facile à dire qu’à faire », Ayibopost, https://ayibopost.com/les-autorites-veulent-diriger-laide-humanitaire-cest-plus-facile-a-dire-qua-faire/

[12] « De l’aide, oui. Nécessaire. Indispensable sans doute dans certains domaines. Mais ne souffrir aucun transfert d’autorité, ne consentir à aucun gaspillage » écrit ainsi Lyonel Trouillot, appelant à « prendre ce qui nous convient de ce qu’on dit vouloir nous donner, accueillir avec un grand merci toute aide digne de ce nom, décliner toute offre qui nous piège ». Lyonel Trouillot, « Faire la preuve dans la solidarité », Le Nouvelliste, 20 août 2021,https://lenouvelliste.com/article/231100/faire-la-preuve-dans-la-solidarite. Lire aussi Joe Parkin Daniels, « Haiti needs help, but ‘not from aid workers who never leave their SUVs’ », The Guardian, 24 août 2021, https://www.theguardian.com/global-development/2021/aug/24/haiti-needs-help-but-not-from-aid-workers-who-never-leave-their-suvs

[13] Fassin Didier, « ‘Clandestins’ ou ‘exclus’ ? Quand les mots font des politiques », Politix, L’exclusion. Constructions, usages, épreuves, vol. 9, n°34, 1996, pages 77-86, https://www.persee.fr/doc/polix_0295-2319_1996_num_9_34_1032

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