En Afghanistan comme ailleurs, prendre sa part d’un combat universel (plus autres textes)

Il y a vingt ans, il n’était pas nécessaire d’être un expert en géopolitique pour comprendre, qu’après la chute du régime taliban, il était urgent et décisif, quel que soit le domaine d’action envisagé, de ne pas se concentrer sur Kaboul mais d’intervenir, en partenariat avec la population afghane, dans l’ensemble du pays.

Pourtant le ministère français des Affaires étrangères de l’époque ne semblait voir que la capitale afghane. Pour ne prendre que l’exemple de l’aide éducative, il ne s’intéressait qu’à la réouverture des deux lycées franco-afghans, Esteqlal et Malalaï, situés en plein centre de Kaboul. L’idée d’aller reconstruire des écoles ailleurs lui était totalement indifférente.

Il a fallu batailler ferme – je parle d’expérience – pour obtenir des financements du ministère de l’Education nationale, de l’Assemblée nationale, du Sénat et de quelques collectivités territoriales pour contribuer, en partenariat avec des associations et des ONG, à la réhabilitation d’écoles et de lycées aussi bien dans les banlieues de Kaboul qu’à Mazar i Sharif, dans la vallée du Panshir qu’à Jalalabad, à Istalif qu’à Nahrin, à Charikar qu’à Pul i Khumri pour ne citer que ces quelques lieux !

Il était aussi aisé de constater que, contrairement à ce que je lis et j’entends ici ou là depuis le retour au pouvoir des Talibans, que les Afghans n’étaient pas ignorants de ce qu’était la démocratie. Sans doute pas tous mais beaucoup et pas seulement dans les grandes villes. Que de mépris dans la bouche ou sous la plume de ces donneurs de leçons qui expliquent doctement que l’Occident a voulu imposer modernité, démocratie, et droits de l’Homme à des Afghans qui les ignoraient et qui même n’en voulaient pas.

Les institutrices qui avaient sous le régime taliban continué à enseigner aux filles, clandestinement et même au risque de leur vie, ne savaient-elles pas ce qu’était la liberté d’enseigner qui leur était interdite, ne savaient-elles pas aussi à quel point pour les filles, pour leur émancipation, cet enjeu de l’école était décisif, d’où leur désir de voir les écoles rouvrir le plus vite possible ? Avaient-elles besoin de recevoir des leçons de démocratie, celles qui, dès la fin de l’année 2001, ôtaient leur burka avec un soulagement et un bonheur qu’on pouvait lire immédiatement dans leurs yeux.

Et pendant ces 20 années qui viennent de s’écouler, nombreux furent ceux et surtout celles qui ont tenté et souvent réussi de se construire une vie professionnelle ou personnelle libérée de traditions religieuses ou culturelles oppressives.

Pas toute la population certes, mais une partie d’entre elle non négligeable. Alors dire, comme le font certains, à ces femmes et à ces hommes qu’ils font partie d’une « élite occidentalisée », qu’ils ne sont pas le peuple afghan, revient à leur adresser le même discours que celui des Talibans qui eux aussi ne cessent de leur répéter qu’ils ne sont ni des bons musulmans, ni de vrais Afghans.

« Démocratie imposée », disent-ils. Mais c’est plutôt le contraire qui s’est passé ces 20 dernières années car la caution continûment apportée à des gouvernements centraux et locaux corrompus n’a pas été, loin s’en faut, un apprentissage démocratique !

Les opposants de toujours à ce qui est improprement nommé « droit d’ingérence » ne se donnent même pas la peine de dissimuler leur contentement. On les trouve du côté des tenants des identités figées, des différences culturelles qui seraient inébranlables et du séparatisme qu’elles engendreraient inévitablement. « Chacun chez soi », avec ses traditions et sa culture, telle est depuis des décennies l’antienne de ce qui fut appelée la « nouvelle droite » et qui est aussi le refrain de l’extrême droite et d’une partie de la droite. Avec en prime l’idée qu’il y aurait des peuples perméables à la démocratie et d’autres qui ne le seraient pas.

Mais on les trouve aussi du côté des contempteurs de ce qu’ils appellent « l’impérialisme occidental », toute intervention étrangère étant considérée comme forcément impérialiste, colonisatrice, dictatoriale. Ce qui est faux. Le droit d’ingérence est mal nommé, parlons plutôt d’un droit et d’un devoir de solidarité, ce qui ne confond évidemment pas avec une intervention militaire.

Être solidaire, ce n’est pas « dire à » c’est « dire avec », c’est-à-dire emprunter un chemin qui trace un universel. Certains affirment que la tragédie afghane signerait aussi la fin de l’universalisme. S’il s’agit de la fin d’un universalisme en surplomb, qui se donne comme une norme, comme un modèle, comme l’incarnation de ce qu’il y aurait de mieux au monde, faut-il le déplorer ?

Abandonner sans regret cet universalisme idéologisé, instrumentalisé, rabattu sur l’identité occidentale, ou européenne, ou française, pour dire oui à un universel en chantier, un universel sans cesse en construction, qui intègre les différences pour les dépasser, un universel qui est fait des luttes, pas toujours victorieuses mais sans cesse reprises, menées dans tant de pays. Cet universel-là, fait des principes politiques que sont l’égalité et la liberté, me parait avoir le vent en poupe. Non pas parce que ces deux principes politiques triompheraient partout, loin s’en faut, mais parce que partout, oui partout, des femmes et des hommes se battent pour les faire advenir. Et c’est à ce combat là qu’il faut prendre sa part.

Martine Storti

Tribune publiée dans Libération 21 septembre 2021

http://martine-storti.fr/en-afghanistan-comme-ailleurs-prendre-sa-part-dun-combat-universel/

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La France n’a pas tenu ses promesses lors de l’évacuation des Afghans

Encore sonnés, nous ne nous remettons pas de l’entrée fulgurante des talibans dans Kaboul. A l’heure où les vols commerciaux reprennent et où s’entrouvre la première fenêtre de sortie depuis les attentats du 26 août, le retrait complet des troupes françaises le 28 puis des soldats américains le 31, nous dressons un premier bilan des engagements d’évacuations pris par la France. Le constat est sévère : le compte n’y est pas.

Nous sommes avocats, associatifs, chercheurs, citoyens engagés. Nous avons aidé des Afghans à accéder au pont aérien puis, après la fermeture prématurée de celui-ci, à chercher une solution pour les sortir de l’enfer taliban. 

Tout cela dans un chaos indescriptible, autour de l’aéroport et dans les rues de Kaboul désormais sous contrôle taliban. Malgré le péril de tout déplacement, les checkpoints talibans de plus en plus violents, les humiliations et les coups, l’aéroport restait l’unique espoir. Mais la grande majorité des personnes titulaires d’un laissez-passer et appelées par l’ambassade de France à se présenter aux portes de l’aéroport n’ont pas eu accès à un bus blindé ou à une escorte militaire : elles s’y sont rendues en bus civil ou à pied, hommes, femmes, enfants, toutes nationalités confondues. Pour les Afghans, chaque essai raté les exposait à des représailles, à retrouver leurs maisons occupées, à devoir se cacher ailleurs, le plus souvent chez un parent qui n’avait pas obtenu le laissez-passer et que l’on mettait en danger à son tour.

Comment a-t-on, dans l’urgence, fait le tri entre ceux qui auraient des laissez-passer et les autres ? Sur la base de quels critères ? Combien de recalés à cette étape ? 

Nous savons les violations graves de droits qui attendent celles et ceux qui ont demandé mais n’ont pas obtenu le fameux laissez-passer pour l’aéroport.

A ce stade, est-il concevable d’abandonner les Afghans à qui la France a délivré un laissez-passer mais qui ont été bloqués par la foule, par les checkpoints talibans ou, pour ceux qui ne sont pas morts dans l’attentat-suicide du 26 août, ont dû enjamber des corps déchiquetés pour s’enfuir ? Ne devons-nous pas les mettre à l’abri, au moins ceux-là ?

Nous avons saisi les tribunaux administratifs de Nantes et Paris, qui ont refusé d’enjoindre le gouvernement à délivrer des laissez-passer et des visas pour des évacuations à partir de Kaboul, au motif de ce que ce processus d’évacuation ne relevait pas de leur compétence. 

Nous avons rempli via internet des formulaires de demandes de visa, nous avons fait et refait des demandes de réunification et de regroupement familial auprès des Ambassades de France des pays limitrophes. Sans réponse à ce jour, autre qu’une réponse automatique informatisée.

Pire encore, des juges nous ont opposé qu’il n’y aurait pas d’urgence à statuer sur des demandes de réunification entre des enfants coincés en Afghanistan et leurs parents réfugiés en France.

Au-delà de la bataille des chiffres sur le nombre des personnels civils de recrutement local (PCRL : interprètes, chauffeurs, mécaniciens, cuisiniers, serveurs…) qui se sont engagés aux côtés de l’armée française entre 2002 et 2014 et qui attendent encore leur évacuation, à savoir quelques dizaines selon le gouvernement, mais selon nos sources au moins 230,

Au-delà des gesticulations occidentales qui dénoncent les violations de droits présentes et à venir, mais n’exigent pas le respect par la France et ses alliés de leurs engagements, 

Au-delà du silence des autorités concernant les membres de la minorité Hazara (chiite) massacrés, leurs femmes et leurs filles kidnappées, les interdictions d’exercer leurs métiers ciblant indistinctement hommes et femmes, la traque systématique et organisée sur la base de listes d’infâme ascendance, qui s’intensifie notamment dans l’ouest de Kaboul,

Au-delà de notre difficulté à concevoir une société qui en 20 ans a changé de génération, est devenue hyperconnectée et compte dans ses rangs, hommes et femmes confondus, des entrepreneurs, étudiants, chercheurs, militants, journalistes, comédiens, présentateurs TV, geeks, des LGBTQ ainsi que des personnes qui ont de la famille proche en France (ou dans d’autres pays occidentaux), tels un conjoint ou un parent, eux-mêmes Français ou résidents réguliers, qu’ils n’étaient pas encore parvenus à rejoindre,

Au-delà de tout cela, nous demandons :

Pourquoi garder le silence quand de nombreuses personnes sont éligibles à partir ?

Selon quels critères accorde-t-on des laissez-passer et des visas aujourd’hui ?

Les vols commerciaux sont-ils accessibles aux Afghans ?

Comment, en pratique, accéder aux Ambassades françaises et alliées dans les pays limitrophes, pour accueillir ces personnes dont la plupart auraient obtenu de l’Etat français un laissez-passer et qui prendraient le risque de quitter l’Afghanistan par la voie terrestre ?

L’Ambassade de France la plus proche, celle d’Islamabad au Pakistan, est fermée au public. Quand rouvrira-t-elle ses portes ? Si les personnels ne sont pas assez nombreux, quand l’arrivée des renforts est-elle prévue ?

Dans les pays tiers comme le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, les Ambassades sont-elles prêtes à traiter les demandes de visa des Afghans ?

Pourquoi laisser sans réponse la question de la réunification des familles que l’on a séparées, alors que des pays proches de l’Afghanistan sont aujourd’hui prêts à coopérer ?

Est-il prévu de mettre en place des missions de l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et des apatrides) à Téhéran, New-Delhi ou Islamabad pour examiner les demandes d’asile ? Est-il prévu de saisir la Commission Européenne pour ouvrir la protection temporaire aux Afghans ?

La fenêtre qui s’entrouvre est-elle pensée pour aider à sortir tous ceux à qui des laissez-passer ont été délivrés avant l’attentat du 26 août ? Que valent les engagements que la France a pris à leur égard ?

Pourquoi entretenir le silence et une situation de flou juridique, insupportables pour les familles afghanes et leurs soutiens ?

Quelle victoire les talibans ne manqueront-ils pas de tirer d’un énième renoncement français et européen ? 

Nous ne savons que répondre à ceux qui ont vu les avions partir de Mazar-e Sharif après le 31 août, puis de Kaboul, comme ce dimanche 19 septembre, lorsqu’incessamment ils nous demandent : pourquoi avons-nous été abandonnés par la France ? Quels sont les pays qui vont entrouvrir la dernière fenêtre ? Lesquels feront en sorte que quelques-uns d’entre nous puissent encore s’enfuir et sauver leur vie ?

Signataires :

Le collectif des avocats (de tous les Barreaux de France) des anciens auxiliaires afghans de l’armée françaises,
Abdul Razeq Adeeli, Président de l’association des anciens auxiliaires afghans de l’armée française, 
Nassim Majidi, Fondatrice et co-directrice du centre de recherche sur les migrations Samuel-Hall, 
Anne Garella, Chargée de projet « accès aux médicaments » à Médecins-Sans-Frontières
Sandra Calligaro, Journaliste à Libération, Arte et Marie-Claire,
Margaux Benn, Journaliste indépendante,
Sonia Ghezali, Journaliste freelance, 
Solène Chalvon-Fioriti, Journaliste indépendante, 
Zrinka Stahuljak, Historienne,
Emmanuelle Sage-Lenoir, Scénographe,
Gilles Dorronsoro, Professeur à l’Université Paris I, spécialiste de l’Afghanistan

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/220921/la-france-n-pas-tenu-ses-promesses-lors-de-l-evacuation-des-afghans

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Quelle sera la suite en Afghanistan ?

Interview avec le journaliste afghan Hanan Rahimi qui avait fui les Taliban en 1997 et qui vit aujourd’hui à Mulhouse. Sa lecture de la situation au pays est inquiétante.

(KL) – Hanan Rahimi a fui l’Afghanistan en 1997, suite à la prise du pouvoir par les Taliban. Journaliste, il a trouvé accueil à Mulhouse, mais n’a plus pu exercer son métier. Toujours en contact avec des membres de sa famille et des amis et anciens collègues en Afghanistan, il explique la situation actuelle au pays et ce qui va s’y passer ces prochains temps. Interview.

Hanan Rahimi, depuis quelques heures, les derniers soldats américains ont quitté Kaboul. Selon vos informations, quelle sera la suite en Afghanistan ?

Hanan Rahimi : Malheureusement, les perspectives, ni à court terme ni à long terme, ne sont pas prometteuses pour un Afghanistan où les droits fondamentaux des citoyens afghans, surtout, des femmes afghanes, seront respectés. Les piliers d’un régime démocratique qui sont la liberté de croyance, la liberté d’expression, les élections démocratiques et un régime représentatif, sont aujourd’hui plus que jamais en danger. Toutefois et dans toutes les incertitudes, une chose est sûre : la Charia sera appliquée avec une lecture fondamentaliste par les Taliban !

L’Afghanistan est une cocotte-minute prête à exploser ! Il faut maintenant réagir sans attendre. A très court terme, nous allons voir comment les pays occidentaux tiendront leur promesse par rapport à des milliers des personnes en danger qui sont restés aujourd’hui sans aucune garantie d’être évacuées. Je pense surtout aux militants des Droits de l’Homme, les journalistes, les intellectuels… qui sont les cibles des Taliban et qui ne sont pas sur les listes des personnes à évacuer.

Pour éviter une catastrophe humanitaire, comme le crie l’ONU, il faut de l’aide pour la population déplacée. Le seul revenu des familles, dans la majorité des cas, est le salaire très maigre des administrations qui sont fermées. L’inflation bat des records ! La flambée des prix des denrées alimentaires de première nécessité, est sans précédent. Il faut donner des moyens de survie aux gens avant qu’ils meurent.

Sur le plan politique, pour éviter la guerre civile, il est important qu’un gouvernement représentatif de l’ensemble des ethnies soit formé. Les Taliban doivent comprendre que les femmes et les hommes afghans ne sont plus celles et ceux de 1996 ! Une nouvelle génération éduquée, formée, connectée et qui maitrise les outils des nouvelles technologies numériques, sensible aux questions de leurs droits, est née depuis leur dernier règne. Cette génération a gouté à la démocratie et désormais, connaît sa valeur. Elle ne cédera pas ! Les Taliban doivent respecter les aspirations de cette nouvelle génération.

Donc, il y a des enjeux humanitaires, économiques, politiques à très court terme à prendre en compte et il ne faut pas rater ce virage, car demain, il sera trop tard.

Maintenant, quel sera la suite dans les jours à venir ? Je crains que les Taliban partent à la recherche des journalistes, des juges, des intellectuels, des femmes et hommes militants des Droits de l’Homme. Il y aura des arrestations et des exécutions et des éliminations de ces personnes. La musique sera bannie, le rôle des femmes sera, petit à petit, réduit à un moyen de reproduction ! L’exode massif des intellectuels et des jeunes vers l’étranger appauvrira l’Afghanistan de sa vraie richesse. Nous allons connaître encore une 4e fois la fuite des cerveaux. La Charia islamique sera appliquée sans laisser aucune place aux droits fondamentaux et à la modernité. Voici l’image noire que j’ai, hélas !, de l’Afghanistan dans les jours à venir. L’assassinat et l’exécution des civils, par exemple des minorités hazâras après la prise de la ville de Ghazini il y a 2 semaines, l’exécution d’un humoriste à Kandahar, et encore d’un chanteur local à Andarab il y a deux jours, les assassinats ciblés des journalistes avant la prise de Kaboul, ne nous laissent pas l’espoir de penser que les Taliban aient changé. Peut-être, ils ont changé sur le plan de la communication politique, mais leur idéologie est toujours basée sur la Charia.

Vous avez des membres de votre famille en Afghanistan. Est-ce que vos proches souhaitent rester au pays et quelles sont leurs conditions de vie ces jours-ci ?

HR : Oui, presque toute ma famille est restée en Afghanistan. Elle veut quitter aujourd’hui, par tous les moyens, l’Afghanistan et je ferai tout pour les aider, surtout, les membres de ma famille qui sont en danger et qui ont déjà reçu plusieurs menaces des Taliban. Certains membres de ma famille vivent en cachette en changeant régulièrement d’endroit pour ne pas passer plusieurs nuits dans le même lieu, en attendant que l’on trouve une solution pour les faire partir. J’ai sollicité la cellule de crise du ministère des affaires étrangères en leur fournissant des preuves et à ce jour, malgré le soutien de plusieurs personnalités politiques, je n’ai pas de nouvelles. J’espère que dans les jours à venir, ma famille puisse être évacuée de Kaboul. Ma famille, comme des milliers d’Afghans, sont dans une situation d’insécurité physique et mentale. Mes proches sont désespérés, surtout, les jeunes filles et garçons. Souvent, les jeunes filles pleurent et elles ont peur d’être mariées par force par les Taliban.

Parlons d’un de vos anciens collègues de la télévision afghane, A. B. (nous ne publions pas le nom de la personne pour ne pas ajouter au danger dans lequel il se trouve actuellement, n.d.l.r.). Malgré les promesses, A. B. et sa famille n’ont pas été évacués. Comment est-ce que votre confrère vit actuellement en Afghanistan et quelles sont ses perspectives ?

HR : Monsieur A. B. vit en cachette à Kaboul. Il craint pour sa vie et celle de sa femme et de ses deux filles, de fait de ses activités journalistiques et son travail pour la Commission Indépendante des Droits de l’Homme. Il a fait des démarches auprès de plusieurs pays comme la France, l’Allemagne, la Suède, le Canada et les États-Unis afin de sauver sa vie. A ce jour, comme pour ma famille, il n’a obtenu aucune réponse de ces pays. Je l’ai au téléphone au quotidien et il a peur et il est dans la dépression, il me dit qu’il ne mange plus. Il attend toujours une solution pour partir de Kaboul.

Est-ce qu’il y a un moyen d’aider des personnes comme A. B. et les milliers d’autres personnes dans la même situation que les armées occidentales ont « oublié » d’évacuer ?

HR : Il est vrai que des milliers des gens sont en attente et en danger. Tout d’abord, il faut un vrai engagement des pays occidentaux après le départ des soldats étrangers, par rapport aux Afghans en danger qui n’ont pas pu être évacués. La promesse faite doit être tenue ! Puis, il n’y a pas plusieurs solutions : soit, il faut maintenir la pression sur les Taliban pour qu’ils autorisent ces personnes à quitter Kaboul par des avions mis à leur disposition par les pays occidentaux, soit il faut la délivrance d’un visa d’urgence par les autorités consulaires de ces pays dans les pays voisins comme l’Iran, le Pakistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan. Là encore, j’attire l’attention sur le fait d’un vrai engagement des pays occidentaux pour un résultat, car pour se déplacer, tout d’abord dans les pays cités ci-dessus, cela n’est pas évident et s’il faut en plus attendre dans ces pays, derrière les portes des ambassades, des jours et des semaines sans réponse, cela est tout simplement impossible.

Les gouvernements occidentaux parlent aujourd’hui de vouloir créer une « zone internationale à Kaboul sous contrôle de l’ONU » – d’après vous, est-ce qu’il s’agit encore une fois d’une fausse évaluation de la situation ? Est-ce que les gouvernements occidentaux ont raison de négocier avec les Taliban et de se fier à leur parole ?

HR : Dans la situation actuelle, les pays occidentaux n’ont malheureusement pas d’autre choix. La balle est désormais dans le camp des Taliban. C’est eux qui fixent les règles de jeux, surtout en ce qui concerne l’évacuation des personnes en danger. La proposition de la France et de l’Angleterre pour la création d’une telle zone, dépend de plusieurs choses. D’abord, il faut l’accord des membres du Conseil, il faut savoir quels moyens et quels financements peuvent être mobilisés et surtout, il faut l’accord des Taliban. La demande récente des Taliban à la Turquie, qui subordonne la gestion de l’aéroport de Kaboul par les autorités turques à la reconnaissance de l’Emirat Islamique des Taliban, est un bon exemple. Les Taliban, dans le cadre d’un accord pour une telle zone, auront certainement leurs conditions à poser. S’il faut faire confiance aux Taliban, c’est très difficile dans la mesure où ils n’ont que rarement tenu leurs engagements jusqu’à présent.

Des observateurs de l’ONU rapportent des choses terribles des villes dans les régions du nord du pays, là où les Taliban avaient pris le contrôle en premier. Les observateurs de l’ONU parlent d’arrestations, de recherches ciblées de personnes considérées comme ennemis des Taliban et même d’exécutions. Est-ce que vos contacts en Afghanistan confirment ces informations ?

HR : Au-delà du fait qu’Amnesty International et l’ONU disposent de preuves tangibles sur les exécutions ciblées, il y a malheureusement chaque jour des exécutions sans que ces drames soient médiatisés. L’exécution de Monsieur Fawad Andarabi, un chanteur local dans le Nord, il y a deux jours, en est une preuve. Nous ignorons le nombre de personnes et de prisonniers exécutés. La recherche des personnes par les Taliban est une réalité. Rien que dans ma famille, les Taliban sont allés à la recherche de gens qui travaillaient dans le service de sécurité nationale ou qui ont simplement refusé de collaborer avec eux dans le passé, avant leur nouvelle prise du pouvoir. Il est également signalé la violation des droits comme la prise de jeunes filles par la force et le mariage forcé.

Pour conclure, je vois l’évacuation des Afghans avec un sentiment mitigé de soulagement, car chaque vie sauvée est une victoire, mais en même temps, je suis très triste pour mon pays. Les personnes qui ont travaillé avec les armées internationales étaient, dans la majorité de cas, des personnes fortement diplômées et éduquées et presque des élites de la société afghane. Voir le pays se vider de ses forces vives et des personnes de qui dépendait l’avenir de l’Afghanistan, est mentalement très dur à accepter, au même titre que le silence de la communauté internationale vis-à-vis de la situation actuelle qui est aussi difficile à supporter et à comprendre.

Nous n’oublierons pas l’arrivée des Américains qui ont renversé le régime de Taliban en 2001 et n’oublierons jamais la manière dont ils ont laissé l’Afghanistan aux mains des terroristes 20 ans plus tard. On leur a fait confiance et ils ont trahi le pays et ses habitants ! Quel gâchis de voir toutes les vies perdues depuis 20 ans, que ça soient des civils ou des militaires, que ce soient des Afghans ou des soldats étrangers, pour arriver enfin à cette triste fin d’un retour en arrière vers l’obscurantisme. Nous n’oublierons pas non plus notre classe politique avec des gens corrompus et incompétents au service des services secrets étrangers, sacrifiant l’intérêt national pour leur propre intérêt et les intérêts de leurs maitres.

Hanan Rahimi, merci beaucoup pour votre témoignage !

https://blogs.mediapart.fr/edition/eurojournaliste/article/310821/quelle-sera-la-suite-en-afghanistan

https://www.pressegauche.org/Quelle-sera-la-suite-en-Afghanistan


Affiche soirée débat 7 dec

Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale)

L’artiste. Shamsia Hassani

Bruna Alasia : Mostra de Venise 2021 : l’appel des réalisatrices Karimi et Mani pour venir en aide aux artistes afghans

Roksana Bahramitash : Mes soeurs afghanes

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/19/sonita-alizadeh-mariees-a-vendre-brides-for-sale-lartiste-shamsia-hassani-et-autre-texte/

Gilbert Achcar : Washington verse des larmes de crocodile pour les femmes afghanes :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/18/11-septembre-comment-les-etats-unis-et-le-royaume-uni-ont-recolte-ce-quils-ont-seme-washington-verse-des-larmes-de-crocodile-pour-les-femmes-afghanes/  

 

Pour les droits des femmes, la paix, la liberté et l’égalité en Afghanistan. Soutien à la résistance face aux talibans

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/13/pour-les-droits-des-femmes-la-paix-la-liberte-et-legalite-en-afghanistan-soutien-a-la-resistance-face-aux-talibans/

 

Afghanistan : Interview d’une responsable de RAWA, après la prise de contrôle du pays par les talibans

Bushra Khaliq : Les Talibans et l’occupation affectent toute la région : les femmes pakistanaises contre l’autoritarisme

Personne n’a jamais demandé aux femmes afghanes ce qu’elles voulaient

Entretien avec Mejgan Massoumi conduit par Maria Landi et Francisco Claramunt

Yorgos Mitralias : Afghanistan : Des loups va-t-en-guerre déguisés en agneaux humanitaires ! 

Déclaration des Droits Fondamentaux de la Femme Afghane 

« Charte des femmes afghanes » – Douchambé – 28 juin 2000 

« Entendez nos cris » : ce qui terrifie une militante des droits des femmes afghanes. Entretien avec K. conduit par Mona Tajali

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/30/afghanistan-interview-dune-responsable-de-rawa-apres-la-prise-de-controle-du-pays-par-les-talibans-plus-autres-textes/

 

Le monde à l’envers : à peine les talibans ont-ils conquis l’Afghanistan que la Cour nationale du droit d’asile envisage de restreindre la protection des Afghan⋅es… :

Solidarité avec les Afghans. Appel à rassemblement dimanche 5 septembre à 15 h :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/09/02/le-monde-a-lenvers-a-peine-les-talibans-ont-ils-conquis-lafghanistan-que-la-cour-nationale-du-droit-dasile-envisage-de-restreindre-la-protection-des-afghan⋅es/

Quels sont les enjeux pour la vie des femmes en Afghanistan ? :

Nathalie Moga : Droit d’asile : ce que cela peut changer pour une femme afghane : 

Gilbert Achcar : Afghanistan : le cimetière des empires :

Jacques Fath : Afghanistan : de quelle défaite parle-t-on ? : 

Les femmes du Kurdistan réclament la solidarité avec leurs homologues afghanes :

Inde : Les musulmans indiens doivent rejeter l’« Émirat islamique » en Afghanistan : Déclaration des musulmans indiens pour la démocratie laïque :

MMF : Solidarité féministe internationale avec les femmes et le peuple d’Afghanistan : Non aux Talibans ! Non à l’impérialisme ! :

Osez le féminisme : Droits des femmes en Afghanistan, chronique d’une mort annoncée :

Tariq Ali : Débâcle en Afghanistan :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/24/entretien-quels-sont-les-enjeux-pour-la-vie-des-femmes-en-afghanistan-plus-autres-textes/

 

Pierre Beaudet : L’effondrement de l’Afghanistan 

Pierre Beaudet : La tragédie afghane

Bernard Dréano : A propos du Cedetim et de l’Afghanistan

Complément de Pierre Metge

Pierre Beaudet

Appel de Negar – soutien aux femmes d’Afghanistan

Moussa Tchangari : La chute de Kaboul, une alerte pour le Sahel

Interview de Batul Moradi par Francine Sporenda

Carine Fouteau : Réfugiés afghans : l’hypocrisie européenne

Melanie Bonvard : Afghanistan : le terrible sort qui attend les femmes

HCR : Les femmes et les enfants déplacés subissent les conséquences les plus néfastes du conflit en Afghanistan 

Pour les femmes en Afghanistan, « une situation pire que le bétail »

Quelques-unes des restrictions imposées aux femmes par les talibans en Afghanistan

Jérémie Rochas : Macron « en guerre » contre les réfugiés afghans 

Vives réactions et mobilisation en Suisse 

Tariq Ali : La guerre de quarante ans en Afghanistan et son issue prévisible

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/17/leffondrement-de-lafghanistan-et-autres-textes/ 

 

Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions

Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies  

Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher une catastrophe humanitaire

Abdulkader Sinno : L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul

En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans

Afghanistan : Une Expert des Nations Unies prévient d’un « désastre culturel », demande des visas d’urgence pour les plus vulnérables

Des associations tunisiennes solidaires avec les femmes afghanes et les victimes de conflits armés

L’Afghanistan vu par les femmes de Rawa

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/18/afghanistan-autres-textes-2/ 

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