Le droit à l’avortement doit entrer dans la définition de l’État de droit

« La loi du cœur qui bat » (« Heart beat act »), tel est le titre de la loi votée au Texas en mai dernier (et non suspendue par la Cour suprême des Etats-Unis ce qui revient à la valider) qui interdit l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, au-delà de 6 semaines de grossesse, soit une période où de nombreuse femmes ne savent même pas qu’elles sont enceintes !

Souci des battements à peine perceptibles du cœur d’un fœtus, respect de la vie comme l’avancent les opposants à l’IVG ? Plutôt farouche opposition à la liberté des femmes, celle de choisir si elles veulent ou non conduire une grossesse à son terme.

Mais surtout reprise, poursuite de ce qui se joue depuis des siècles, depuis des millénaires, partout dans le monde, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures : le contrôle du corps des femmes et de leur sexualité, ce « continent noir » dont parlait Freud, si mystérieux, à la fois si dévalorisé et si jalousé, dans un mélange de peur et de fascination qui est bien l’une des origines de la domination patriarcale.

Cette offensive contre le droit à l’avortement n’est pas nouvelle aux USA. Avant le Texas, d’autres Etats (l’Alabama, le Missouri, la Louisiane, la Géorgie, l’Ohio, le Tennessee) ont réduit sans cesse davantage les possibilités d’accès à l’interruption volontaire de grossesse.

Le président Joe Biden a désavoué l’atteinte texane aux droits des femmes, rompant ainsi avec la politique anti-IVG conduite par plusieurs de ses prédécesseurs, en particulier George W. Bush (qui d’ailleurs a été gouverneur du Texas avant d’être président des USA), et surtout Donald Trump qui s’était en outre empressé de renforcer la coalition contre les droits sexuels et reproductifs qui se déploie au sein de l’ONU depuis plusieurs années en y faisant figurer son pays aux côtés notamment de la Russie, de l’Iran, de l’Arabie saoudite et du Vatican.

Il faut rappeler, à titre d’exemple récent et dramatique, que la résolution présentée en avril 2019 à l’initiative de l’Allemagne, alors présidente du Conseil de sécurité, pour la prévention et le traitement des violences sexuelles en temps de guerre, projet de résolution qui énonçait la nécessité d’« offrir aux personnes ayant subi des violences sexuelles, sans aucune discrimination, une gamme complète de soins de santé, notamment sexuelle et procréative. » A cause de ces deux adjectifs, essentiels puisque concernant les femmes enceintes à la suite d’un viol, le gouvernement américain mit son veto à ce texte au motif qu’il s’inscrivait dans une politique d’encouragement à l’avortement.

Toujours menée dans des conditions difficiles, quel que soit le pays, la lutte pour le droit à l’avortement a toujours été longue et sa victoire sans cesse contestée et sans cette menacée, ce qui l’apparente à un combat sans fin.

Les pays européens sont-ils définitivement à l’abri d’une régression ? A l’évidence, non.

Si l’Union européenne en tant que telle est favorable au droit sexuels et reproductifs, tel n’est pas le cas de tous les pays qui la composent. Malte interdit totalement l’IVG mais certains Etats membres n’ont pas cessé d’essayer de revenir sur les droits acquis. Ce fut le cas par exemple en Espagne avec la tentative en 2014 du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de revenir sur la légalisation de l’avortement obtenue en 2010, tentative mise en échec par des dizaines de milliers de manifestant.e.s.

Les très nombreux et imposants cortèges qui ont envahi les villes polonaises en 2020 et 2021 montrant ainsi qu’une partie de la population n’adhérait pas au idées et projets du PIS (Parti droit et justice) n’ont hélas pas obtenu le même résultat puisque l’avortement est quasiment interdit en Pologne. S’il est autorisé en Hongrie, le premier ministre Viktor Orban s’obstine à vouloir renvoyer les femmes à la maternité, la maison et la famille.

Le droit à l’IVG ne devrait-il pas être une des conditions d’adhésion à l’UE ? Oui il le devrait.

Et le moment est venu non seulement de le faire entrer dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – ce qui n’est pas encore le cas – mais aussi de reconnaitre les droits sexuels et reproductifs pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des droits humains et donc les inclure explicitement dans la définition de l’Etat de droit qui est l’une des valeurs fondatrices de l’Union européenne mais dont elle fait une lecture trop limitée, centrée sur 4 piliers : le système judiciaire, la lutte contre la corruption, l’équilibre institutionnel des pouvoirs, la liberté et le pluralisme de la presse. Ces critères pertinents mais insuffisants, les droits humains et donc les droits des femmes, qui comprennent le droit à l’interruption volontaire de grossesse et l’ensemble des droits sexuels et reproductifs, doivent y être explicitement inclus. On a beaucoup débattu, ces derniers mois, de la conditionnalité des financements européens au respect de l’Etat de droit et à sa mise en œuvre. Eh bien la conditionnalité devrait inclure les droits des femmes.

La France qui va assumer la présidence de l’Union européenne à partir de janvier 2022 s’honorerait de tirer ce fil, de mener ce combat. Ce n’est ni un combat européen ni un combat occidental.

Nombreuses sont les femmes dans le monde qui se battent pour les droits sexuels et reproductifs ainsi que le récent Forum génération égalité qui s’est déroulé au cours du premier semestre 2021 en a apporté, s’il en était besoin, une nouvelle preuve. Sans ces droits – et le droit à l’avortement en est une pièce essentielle – tous les discours sur l’égalité femmes/hommes, ou sur l’autonomisation des femmes sont de vains bavardages.

Un mot encore : depuis la décision de la Cour suprême américaine, je lis ici ou là qu’entre le Texas et les Talibans afghans, il n’y aurait, au fond, pas de grande différence, considération avancée par des personnes qui ont comme objectif premier et peut-être même unique d’instruire le procès de l’Occident. Il importe de ne pas tout confondre. Si en effet l’Occident n’est pas aujourd’hui à l’abri de fortes poussées conservatrices et régressives, celles-ci ne le définissent pas et ne le constituent pas. Alors que les Talibans incluent explicitement dans leur identité la subordination des femmes. La vigilance oui. La confusion non.

Martine Storti

https://blogs.mediapart.fr/martinestorti/blog/130921/le-droit-l-avortement-doit-entrer-dans-la-definition-de-l-etat-de-droit

Article précédemment paru sur site de L’Express

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28 septembre et 3 octobre : L’avortement est un droit

Le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale appelle la population et les groupes sociaux à se mobiliser pour le droit à l’avortement. Deux actions s’organisent.

Journée mondiale du droit à l’avortement : Rassemblement et micro ouvert le 28 septembre à 18h30 devant le consulat des États-Unis

Le 28 septembre, Journée mondiale pour le droit à l’avortement, affirmons haut et fort devant le consulat des États-Unis que les femmes ont le droit de disposer librement de leur corps et que ce droit est non négociable ! Soyons solidaires des femmes d’ici et d’ailleurs qui se battent pour ce droit, notamment celles du Texas qui font face à des reculs historiques.

Micro ouvert : Le micro ouvert vise à être un espace pour soutenir le droit à l’avortement par toutes sortes de prestations. Les personnes qui souhaitent prendre la parole peuvent déjà nous contacter au sos.grossesse.qc@gmail.com. Vous pouvez également confirmer votre participation le soir même.

*** Les personnes qui ne sont pas des hommes cis seront privilégiées au micro.

Il est urgent d’agir et de revendiquer l’accessibilité, la gratuité, la dépénalisation de l’avortement.

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/557788302165348

Rassemblement pour le droit à l’avortement le 3 octobre à 13h45 devant le CHUL

Le 3 octobre, soyons nombreuses dans la rue. Ne laissons pas un pouce de plus aux discours anti-choix. Chaque année, le premier dimanche d’octobre, des Chaînes pour la Vie se tiennent un peu partout, en Amérique du Nord et ailleurs. Des gens se rassemblent sur un trottoir désigné et prient pendant une heure pour dénoncer l’avortement. À Québec, nous serons présentes sur le trottoir pour scander que « La liberté de décider, on s’est battues pour la gagner, on se battra pour la garder ! »

Apportez bannières et pancartes.

*** Ceci est une action non mixte ouverte aux personnes qui ne sont pas des hommes cis.

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/1039483093474630

Au plaisir de se croiser dans la rue,

Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale

(Portneuf-Québec-Charlevoix)

https://www.pressegauche.org/28-sept-et-3-oct-L-avortement-est-un-droit

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28 septembre : L’Amérique latine et les Caraïbes dans la lutte féministe pour l’avortement légal

Le 28 septembre est la journée de l’Amérique latine et des Caraïbes pour la décriminalisation et la légalisation de l’avortement. Dans les Amériques, il existe des différences de législation, de situation politique et d’accès au droit à l’avortement pour les femmes. Mais sur tout le continent, les femmes luttent pour l’autonomie de leur corps. La récente dépénalisation de l’avortement au Mexique et sa légalisation en Argentine sont des victoires du mouvement féministe organisé. La lutte pour un avortement légal, sûr et gratuit fait partie de la lutte intégrale des femmes contre le patriarcat, le capitalisme et le racisme dans ses multiples expressions.

Contre la soumission et l’obligation de maternité, contre le conservatisme, le contrôle des corps et des sexualités, et pour ne plus vivre dans la peur, le silence et les risques pour la santé et la vie, les femmes réclament l’autonomie. La légalisation de l’avortement est une question qui concerne les femmes et la société dans son ensemble. Elle ne peut donc se limiter ni aux stratégies du conservatisme antiféministe, ni à celles du marché et de l’industrie pharmaceutique.

Pour dresser un panorama de la situation de l’avortement sur le continent américain, des luttes des femmes et des défis à relever, Capire a rassemblé des vidéos d’Andrea Ross (Front Patria Grande, Argentine), de Karina Garcia (Parti pour le Socialisme et la Libération, États-Unis), de Alejandra Laprea (Marche Mondiale des Femmes, Venezuela), de Nathália Diórgenes (Marche Mondiale des Femmes, Brésil) et de Jessica et Cristina (Marche Mondiale des Femmes, Mexique).

« Dans les pays où l’avortement est interdit,les femmes sont placées quotidiennement sous suspicion. La vie reproductive des femmes est contaminée par la criminalisation. La criminalisation de l’avortement est un mécanisme d’humiliation, mauvais traitements, souffrance et de maladie pour les femmes et les personnes en capacité de procréer. » Nathália Diórgenes

Édité par Bianca Pessoa

Introduction de Bianca Pessoa et Helena Zelic

Traduction de l’introduction par Bianca Pessoa

Traduction de la vidéo par Aline Scátola (anglais et portugais), Aline Lopes Murilo (espagnol), Andréia Manfrin Alves (français)

https://capiremov.org/fr/multimedia-fr/video-fr/28-septembre-lamerique-latine-et-les-caraibes-dans-la-lutte-feministe-pour-lavortement-legal/

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