INCESTE (plus TRIBUNE à signer)

Désormais, deux numéros d’urgence fonctionnant entre 10 heures et 19 heures, du lundi au vendredi sont à disposition des victimes :

0805 802 804 pour la France métropolitaine

et du 0800 100 811 pour l’Outre-mer.

En appelant ce numéro dédié, les victimes « seront entendues par des écoutant.es expérimenté.es, en mesure de décrypter les mécanismes des violences sexuelles et la stratégie de l’agresseur. Les écoutant.es pourront les orienter si elles en ont besoin vers une aide, psychologique, sociale ou juridique.

Cette ligne d’écoute, mise en place par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) doit aussi servir à faire évoluer les politiques publiques de prise en charge des victimes et de poursuite des auteurs. En effet, en remplissant, à l’issue de leur entretien avec un écoutant (ou après l’envoi de leur témoignage par écrit), un questionnaire portant sur les mécanismes des violences sexuelles, leurs conséquences et les réponses sociales et/ou judiciaires qui auront été apportées (ou pas), les victimes pourront proposer des améliorations des réponses pénales et surtout des améliorations des prises en charge psychothérapeutiques et sociales.

Chaque année, au moins 160 000 enfants subissent des violences sexuelles, rappelle la Ciivise. Dans la plupart des cas l’enfant garde fidèlement le secret, comme l’exige son violeur.

Si le tabou persiste, aucun doute que la victime ne sera pas aidée. D’où l’importance de recueillir la parole de l’enfant et de le croire. Malheureusement même un enfant écouté avec bienveillance et cru ne sera pas automatiquement sauvé et protégé de son agresseur. Pire ce sont souvent les mères qui ont recueilli cette parole que la justice accable.

Cette théorie, appelée « Syndrome d’Aliénation Parentale » (SAP) et a été inventée par Richard Gardner dans les années 1980. Ce concept anti-victimaire n’a aucune validité scientifique, il n’est pas reconnu par l’OMS et il fait l’objet de nombreux débats.

Le SAP propage le « mythe » de la mère aliénante et de l’enfant menteur.

Malgré son manque de fondement scientifique, ce concept est repris par des psychologues, des avocat.es ou les services de protection de la jeunesse. En France, en Belgique, dans beaucoup de pays, le SAP est considéré par les tribunaux de la jeunesse et de la famille comme étant une raison valable pour un transfert de garde au père, voire un placement.

Les mères se font accuser d’inventer les agressions, elles alièneraient leurs enfants, qui seraient victimes non pas d’inceste, mais du SAP. Cette théorie a pris pied en France dans les années 1980 et il est bien difficile d’en débarrasser nos tribunaux, même en l’absence de tout fondement scientifique et après le dévoilement des crimes de son inventeur, Richard Gardner.

Les enfants victimes d’inceste ne peuvent pas compter ni sur la justice, ni sur leur parent protecteur (souvent la mère), empêché de les protéger car considéré comme coupable.

Les pères incestueurs, eux, ne sont pas désavoués comme pères ni sanctionnés en tant que citoyens, ils restent dépositaires de l’autorité parentale, bien intégrés à une société qui leur livre quasiment les enfants victimes. Dans son livre « La Loi des pères » Patric Jean explique comment au cours des procès le père violeur est présenté comme victime d’une machination et l’enfant victime comme un pantin manipulé par une mère vengeresse.

Les violeurs d’enfants ne sont pas atteints par la justice.

Quoi de plus vulnérable et dépendant qu´un nouveau-né humain ? Il nait sans capacité de se mouvoir, se nourrir, se couvrir seul et doit rester dans la dépendance des adultes pendant plusieurs années. Nous avons inventé depuis 300 ans le concept de minorité pour protéger les enfants, qui du fait de leur immaturité ne peuvent se défendre eux mêmes contre les injustices qui sont commises à leur encontre. La minorité a son redoutable pendant : l’autorité parentale. Celle-ci peut être le garant d’une éducation bienveillante permettant une croissance en confiance où la vulnérabilité et l’impuissance ressenties par le petit enfant sont surmontées. Elle peut aussi être le lieu de l’apprentissage de la soumission par la force. Si l’enfant est conforté dans son sentiment d’impuissance par des adultes faisant usage de leur force pour les dominer et les maltraiter il intègrera le paradigme selon lequel « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Il est probable que l’expérience de l’extrême vulnérabilité de nos premiers jours de vie laisse des traces profondes dans notre inconscient, nous marque à tout jamais.

Malheureusement trop d’enfants font l’expérience de l’abus de pouvoir des adultes, de l’écrasement de leur corps et de leur âme d’enfants sous l’autorité d’adultes à qui leur supériorité physique donne un pouvoir de fait.

Lors de notre vie d’enfant et d’adolescent.e nous devons trouver dans les adultes de notre entourage la force de construire notre propre personnalité sans nous sentir écrasées par la toute-puissance des adultes, en ayant de la part des adultes un renforcement permanent de notre estime de soi et la valorisation de nos compétences dans un cadre épanouissant.

Un enfant éduqué dans la violence et la soumission aux adultes devient en général un adulte prêt à exercer des violences sur plus faible que lui.

S’il devient parent la constatation de la vulnérabilité de son nouveau-né peut réveiller en l’adulte qu’il est devenu le sentiment de sa propre impuissance passée par rapport aux adultes. Des traumatismes sont ravivés. Il se trouve dans la position de pouvoir de l’adulte potentiellement violent, après avoir surmonté le traumatisme d’être dans la position de l’enfant vulnérable et dépendant.

Est-ce cette expérience qui provoque chez certains pères une telle volonté de domination physique qu’ils en arrivent à violer leur propre enfant ?

L’auteur de La Loi des Pères, Patric Jean, décrit le droit patriarcal qui permet à l’homme adulte de se comporter comme le propriétaire de son enfant. Ce droit, vieux de plusieurs millénaires, ancré dans nos sociétés depuis la nuit des temps permet de cautionner le débordement de violence et l’ivresse de puissance que représente l’agression sexuelle de son propre enfant.

Pour les enfants, l’inceste est une catastrophe fondatrice : souvent le prélude à d’autres victimisations dans la vie d’adulte. Patric Jean constate que dans les huit cas qu’il a explorés, les enfants ont été plus souvent auditionnés et expertisés que les pères incriminés, pire, que les enfants ont été séparés de leurs mères qui tentaient de les protéger, et confiés au père incestueur lui-même.

Ces cas pourraient apparaître comme de rares exceptions qui témoignent de dysfonctionnements de la justice. Mais ils se reproduisent avec trop de régularité : ils font système.

Quel est ce système ? Celui d’une justice gangrénée par la domination patriarcale encore très ancrée dans les esprits, qui cautionne la parole d’un père et questionne la parole d’une mère. Une justice très imprégnée de stéréotypes selon lesquelles les femmes qui demandent le divorce sont vénales et agissent dans leur propre intérêt, elles instrumentaliseraient les enfants en inventant des violences sexuelles qui n’ont jamais eu lieu. Les enfants victimes d’inceste sont donc aussi victimes de l’aveuglement des juges et des experts qui les soutiennent.

La revendication d’une réelle écoute des enfants victimes, portée par nombre d’associations de protection de l’enfance revêt à la lecture de ce livre une urgence absolue. Les jeunes victimes réellement écoutées et comprises pourraient faire le deuil de la relation avec le parent violent et se reconstruire dans un environnement protecteur. On ne peut que souhaiter à ces enfants et à leurs mères que le législateur s’empare enfin de ces questions et réforme radicalement la justice. Il en va de la pire forme de domination masculine qui s’exerce à l’encontre des plus faibles, et aux liens les plus forts que les femmes créent en donnant la vie.

La mise en place de cette commission et de ces lignes d’écoute devrait faciliter la levée du secret auquel l’agresseur contraint l’enfant. Un réel progrès dans la prise en charge des victimes devrait découler du traitement des informations confiées par les anciennes victimes. Elles permettront d’éradiquer définitivement le SAP de la justice francaise, de faire cesser cette complaisance cruelle avec les agresseurs et de protéger efficacement les enfants.

Florence-Lina Humbert

*********

TRIBUNE

Monsieur le Président,

Depuis le début de l’année 2021, l’inceste et la façon dont nous protégeons (ou non) les enfants des violences ont fait irruption sur la scène publique, faisant passer le mur du son à des millions de voix jusque-là souvent banalisées ou niées. En France, des millions d’enfants sont victimes de maltraitances verbales, physiques ou sexuelles. Parmi eux, plus de 300 000 sont pris en charge par la protection de l’enfance. Nous voyons depuis quelques mois une société qui, médusée, prend enfin conscience de l’ampleur des violences sexuelles que subissent des enfants, le plus souvent de la part d’un père, beau-père, frère, oncle ou grand-père.

Nous avons appris cette semaine le report sine die de l’examen au Sénat du projet de loi du gouvernement sur la protection de l’enfance. Ce projet de loi visait à mettre enfin au cœur des débats la protection des enfants placés et aurait été l’occasion de faire exister dans l’espace public la question des violences sexuelles que subissent les enfants.

Jusqu’alors, en matière législative, le gouvernement avait plutôt fait le choix d’être sur un volet répressif concernant les auteurs, stratégie qui on le sait, n’est absolument pas suffisante pour en finir avec les violences pédocriminelles et l’inceste.

Cette décision de report est incompréhensible.

Professionnel·le·s de la protection de l’enfance, de l’éducation, de la santé, artistes et activistes, nous vous posons la question : allez-vous, avant la fin de votre quinquennat, vous mobiliser pour une politique de protection des enfants ambitieuse, efficace et financée ? 

Nous manquons de moyens pour rendre les droits fondamentaux des enfants effectifs. Le droit fondamental de vivre en sécurité. Le droit fondamental d’être nourri et d’avoir un toit. Le droit fondamental à la santé et à l’éducation. 

Ces droits fondamentaux sont aujourd’hui bafoués. 

  • Lorsqu’un enfant victime de violences arrive à l’hôpital avec des traces d’anciennes fractures, il est soigné et remis à ses parents sans signalement.

  • Lorsqu’une enfant victime d’inceste doit continuer à visiter son père criminel en prison car ce dernier a gardé l’autorité parentale ou qu’une autre est remis à son père incestueux à ses 8 ans lorsqu’il sort de prison.

  • Lorsqu’un homme agresse son beau-fils et que des hauts fonctionnaires, informés, ne préviennent pas le procureur comme ils y sont pourtant obligés.

  • Lorsqu’un·e enfant placé·e ou un·e mineur·e isolé·e est logé en hôtel, balloté d’une semaine à l’autre dans des structures qui ne sont pas habilitées, sans aucun encadrement éducatif.

  • Quand dans certains départements, entre le moment de la décision de placement prononcée par le juge et le placement effectif il se passe 18 mois, mettant en danger la vie d’enfants.

  • Quand des enfants placés en situation de handicap n’ont pas accès à des soins car il y a jusqu’à 2 ans d’attente dans les centres médico-psychologiques près de chez eux.

  • Lorsque dans certains territoires, on demande à un professionnel de l’aide sociale à l’enfance de suivre 50 enfants ou que des structures, faute de postes créés, recrutent des personnes contractuelles qui ne sont ni formées ni diplômées.

  • Lorsque, avant toute évaluation psychosociale, on oblige des mineurs isolés étrangers à déposer leurs empreintes en Préfecture.

  • Lorsqu’un commissariat refuse la plainte d’une mère victime de violences conjugales, qui craint pour ses enfants.

  • Quand à aucun moment de leur scolarité, des centaines de milliers d’enfants n’entendront parler des violences sexuelles et de comment réagir.

Nous pourrions continuer, encore et encore. Chaque semaine, nous sommes confronté·e·s à des histoires comme celles-ci. 

Depuis 5 ans, nous assistons de la part de votre gouvernement à des campagnes de communications et à des grands discours. Du côté des politiques publiques et des moyens financiers alloués à la lutte contre les violences, votre présidence reste pour l’instant un quinquennat raté. 

La mise en place d’une Commission inceste dont le rapport final est prévu en 2023 est, de fait, une manière d’éluder un nécessaire débat sur les violences sexuelles faites aux enfants lors de la campagne présidentielle qui aurait notamment permis de s’interroger sur le bilan du gouvernement.

Samedi 20 novembre est la journée mondiale des droits de l’enfant. Nous manifesterons ce jour-là, avec les associations, les collectifs et aux côtés de #NousToutes pour exprimer notre colère et notre détermination. Nous nous adresserons à vous. Il vous reste quelque mois pour réagir. Nous attendons votre réponse.

Pour signer : https://formdivers.typeform.com/to/QI3Si5XO

 

De Florence-Lina Humbert :

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