IVG, quand l’église lance l’anathème

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Les hommes de religion sont-ils d’éternels ennemis des femmes ? La question (rhétorique) paraît toujours d’actualité à l’heure où la conférence des évêques catholiques américains  USCCB) se propose de rédiger un texte « sur la signification de l’eucharistie dans la vie de l’église ». Derrière cette phraséologie théologique évasive semble se dissimuler une sanction à l’encontre des personnalités politiques qui se prononcent en faveur de législations favorables au droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse ; comme Joe Biden qui a annulé la décision de Donald Trump de priver de fonds publics les organisations qui facilitent l’accès à l’IVG pour les femmes. En 2019, Biden s’était vu refuser l’accès à la communion dans une église américaine alors même qu’il est catholique pratiquant et assiste à la messe tous les dimanches. Bien que les représentants de l’USCCB se défendent de vouloir sanctionner par ce biais les dirigeants politiques s’éloignant de la doctrine catholique (1), on peut évidemment en douter et y voir surtout une démonstration de force du clergé catholique pour rappeler à l’(eur) ordre les hommes et femmes politiques.

L’anathème est une très ancienne arme de l’église catholique, c’est une sentence de malédiction contre une personne jugée hérétique, qui la retranche publiquement de la communauté des fidèles en l’excommuniant. (2) En ayant refusé la communion à Biden, l’église américaine lui jette l’anathème, elle pose un geste fort de réprobation et de sanction. Mais pas d’étonnement : le catéchisme pour adultes des évêques de France affirme que « L’avortement est, de loin, par le nombre, la manifestation la plus grave du mépris de la vie de l’innocent » et d’après le Concile Vatican II, l’avortement est un « crime abominable parce que dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie et que, précisément, ils abusent de cette confiance en devenant les meurtriers de ceux dont ils sont appelés à être les protecteurs » (3). Ces paroles scandaleuses d’un autre âge, ne nous révèlent que trop qu’au fond l’église n’a pas changé (mais qui le croyait ?), elle reste ultra-conservatrice et tente de garder toute son emprise sur la société civile et en particulier sur les femmes et les filles… 

Pour mémoire, dans les années 1950, la revue catholique « Familles de France » exprimait déjà sa désapprobation envers l’action du Planning Familial. En 1972, la commission épiscopale de la famille avait émis une note doctrinale exprimant clairement son refus du droit à l’IVG.

Dès 1973, c’est au tour du conseil permanent de l’épiscopat français de publier une déclaration sur l’avortement qui appelle les catholiques à prendre position dans le débat qui agite à l’époque la société française. Ce même conseil fait paraître en mars 1974 un communiqué qui réaffirme la condamnation de l’avortement par l’église catholique. Juste avant le débat parlementaire sur le projet de loi Veil, le 25 novembre 1974, c’est la congrégation romaine pour la doctrine de la foi qui essaie d’exercer des pressions sur les politiques français en publiant sa « déclaration sur l’avortement provoqué ». Les opposants à l’IVG, soutenus par Jean-Paul II ne feront que durcir leurs positions, jusqu’en 1979.

A partir de 1970, une série d’associations confessionnelles seront créées, comme par exemple « Laissez-les vivre », opposée à toute législation en faveur du droit à l’IVG. Elles exercent une activité de lobbying sur les politiques et de désinformation sur la population dans son ensemble. Cette association est à l’époque ancrée à l’extrême droite, dans le sillage du Front National. Avec la création d’« SOS Tout-petits », l’action des anti-IVG devient violente physiquement : ils investissent des services d’IVG dans les hôpitaux, où ils s’agenouillent, prient ostensiblement et insultent les usagères du service. Des organisations telles que « Opérations Sauvetage » ou la « Trêve de dieu » vont jusqu’à agresser les personnels soignants et à briser du matériel médical. Des ecclésiastiques ont participé à ces « opérations commando ». Si les divergences d’opinions sont évidemment défendables en démocratie, la violence est tout autant inacceptable. Ces personnes ont directement attenté à la vie des femmes et des travailleur.se.s, qui étaient dans leur droit. Notons qu’aucune féministe n’est jamais allée harceler ou hurler à des femmes qui venaient d’accoucher ni à leur famille, qu’elles auraient dû avorter…

Enfin, l’association nommée « Les amis du professeur Lejeune » en référence à Jérôme Lejeune, généticien lié au Vatican, qui comprend dans son comité d’honneur des religieux comme Jean-Marie Lustiger ou encore des personnalités politiques comme Philippe De Villiers ou Christine Boutin, octroie des bourses à des organisations anti-IVG. De plus, du côté du corps médical, les médecins du « Centre Humanae Vitae » avaient aussitôt attaqué le projet Peyret de 1970 qui prévoyait d’autoriser l’IVG entre autres en cas de danger pour la vie de la femme. La position de l’église en France sur l’IVG est restée constamment en adhésion avec la parole du Vatican, les représentants de l’église catholique s’étaient alors invités dans le débat sur l’IVG, et ce malgré la laïcisation de l’état actée par la loi de 1905, en exerçant des pressions sur les femmes et les hommes politiques (4).

Il est à noter que Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants est également visée par les conservateurs de l’USCCB, dont le président, José H. Gomez est membre de l’Opus Dei. Ce sont ces mêmes conservateurs qui lors d’une assemblée plénière ont employé le terme de « cohérence eucharistique » tiré d’un document d’Aparecida au n°436, voté par le synode latino-américain en 2007, document rédigé en grande partie par celui qui allait devenir le pape François, ce terme signifie que pour pouvoir communier, le croyant est tenu de respecter la doctrine de l’église. Le concept de « cohérence eucharistique » est tiré des écrits du pape, si celui-ci adopte une posture de façade plus « tolérante » que l’USCCB, il est tout de même auteur d’un texte qui inspire les prises de positions actuelles de l’USCCB, cela montre toute l’ambiguïté de la position du pape : un semblant d’ouverture qui dissimule un fond aussi réactionnaire que celui des évêques des états-unis. Il est possible de supposer que le pape se donne des airs de réformateur par calcul politique, par crainte des réactions d’une société civile qui s’est modernisée, tout en étant au fond aussi rigoriste et archaïque que ses évêques les plus obtus. Les trois quarts des évêques de l’USCCB ont voté en faveur de la publication d’un texte sur l’eucharistie en novembre de cette année, texte destiné à l’édification de « tous les catholiques » (5).

L’église catholique est un adversaire des femmes parties à la conquête de la maîtrise de leurs corps. L’actualité des sanctions religieuses contre les hommes politiques qui s’allient aux féministes dans la défense du droit à l’IVG ne fait que corroborer la réalité de l’action de l’église en tant qu’actrice du backlash anti-féministe. Les religieux ne désarment pas, loin s’en faut, leur doctrine réactionnaire n’a pas bougé d’un iota et ils militent politiquement pour empêcher les femmes de gagner ou conserver leurs droits sexuels et reproductifs conquis de haute lutte. Les hommes de dieu nous jettent l’anathème, il nous faut plus que jamais nous battre pour ne pas revenir en arrière. La misogynie instituée par la religion doit être fermement combattue : ôtez vos rosaires de nos ovaires !

Christine

http://feministoclic.olf.site/ivg-quand-leglise-lanatheme-sexisme/

Bibliographie

1. Le clergé réfléchit à priver de communion les politiciens soutenant l’avortement | La Presse

2. https://www.cnrtl.fr/definition/anath%C3%A8me

3. Avortement : extrait du catéchisme pour adultes – Église catholique en France

4.  COSTA, Annette Sousa. État et Église en France et en Allemagne face au problème de l’avortement In : La laïcité en question : Religion, État et société en France et en Allemagne du 18e siècle à nos jours [en ligne]. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2008 (généré le 25 août 2021). Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/septentrion/75691. ISBN : 9782757427118. DOI : https://doi.org/10.4000/books.septentrion.75691

5. http://www.slate.fr/story/211288/joe-biden-communion-eveques-etats-unis-pape-francois-catholiques-ivg

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