Le capitalisme vert attaque la souveraineté alimentaire (et autres textes)

  • Le capitalisme vert attaque la souveraineté alimentaire

  • Libérons-nous de la faim, de la pauvreté, de la dette et de la mort ! Libérons-nous des accords de libre-échange !

  • Le peuple asiatique contre le libre-échange : « la société a été traumatisée par les dettes »


Les mouvements sociaux luttant pour la souveraineté alimentaire et l’agroécologie dénoncent et rejettent l’offensive du pouvoir des entreprises sur l’alimentation et la nature, offensive représentée par le Sommet des Nations Unies sur les Systèmes alimentaires (UNFSS – Sommet sur les Systèmes alimentaires des Nations Unies).

Ce sommet est le résultat d’un accord entre l’ONU et le Forum économique mondial et sert de stratégie aux grandes entreprises transnationales pour avancer sur la question de l’alimentation. Le sommet est organisé selon le modèle « multiples parties prenantes », qui place les entreprises transnationales au cœur de la définition politique. De cette manière, la privatisation de la politique et la pénétration par les entreprises du système des Nations Unies se renforce.

Le sommet passe outre les processus et les instances construits il y a des décennies avec la participation de mouvements paysans et autochtones, ignore la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s et attaque directement la souveraineté alimentaire. Pour cette raison, Via Campesina appelle au boycott de ce sommet avec le slogan : « Pas en notre nom ! »

Les femmes de La Marche Mondiale des Femmes, Amis de la Terre International, FIAN et Via Campesina ont dénoncé [1] l’offensive d’appropriation du marché sur la nature, les territoires et l’alimentation. Plusieurs fronts du capitalisme raciste et patriarcal ainsi que du colonialisme convergent dans cette offensive. L’appropriation des systèmes alimentaires, l’agriculture 4.0, l’économie verte et les solutions basées sur la nature sont interdépendantes et ont pour toile de fond la numérisation.

Une fois de plus, les élites économiques utilisent la crise profonde que nous vivons pour justifier leurs fausses solutions, qui intègre plus de nature dans le circuit financiarisé de l’accumulation capitaliste.

Notre résistance part de la critique et de l’affirmation du fait que les vraies solutions se trouvent dans la façon dont les gens, les paysans, les peuples autochtones et les femmes font historiquement l’agriculture et interagissent avec la nature.

La place de l’alimentation et de la nature dans le conflit capital-vie

L’alimentation ne peut pas être considérée de façon isolée, car elle est au centre de l’organisation de la société et de notre vie commune. Lorsque les entreprises transnationales s’organisent pour contrôler l’ensemble du système alimentaire, elles veulent contrôler la société et la vie.

Les femmes attirent l’attention sur le fait que ce qui est en jeu c’est un changement de sens des aliments et de l’alimentation. Cela concerne le processus en cours de refonte de l’industrie alimentaire. Dans ce processus, les produits alimentaires ultra-transformés sont dit « enrichis » en guise de solution. Le lait est « enrichi en calcium » ou le sucre du Coca-cola est remplacé par du stevia, comme si être en bonne santé se résumait à cela. Un produit « nutritif » se mesure par la fragmentation des substances, qui peuvent être produites en laboratoire, dans un processus avancé d’artificialisation de tout ce que nous mangeons.

Il est donc important que nous restions attentives dans nos analyses intégrales, en comprenant la relation entre l’accaparement des terres, l’expulsion des paysans par l’agro-industrie, et les investissements en biologie synthétique et moléculaire, par exemple.

Bill Gates est l’une des figures qui représentent cette articulation des entreprises pour le contrôle des systèmes alimentaires : ses fondations et fonds d’investissement achètent simultanément de grandes quantités de terres, investissant dans des pesticides, dans des sociétés de semences, dans la propriété intellectuelle et dans des applications pour que les petits agriculteurs et les paysans soient sous leur contrôle numérique, comme les entreprises de protéines végétales, entre autres. Ce n’est pas pour rien que la personne à la tête du Sommet sur les systèmes alimentaires soit aussi présidente de l’AGRA (Alliance pour une Révolution verte en Afrique), initiative financée par Bill Gates.

Un aspect central de la réflexion féministe sur les dangers du Sommet c’est la relation entre l’alimentation et la nature. Le jalon de cette relation est le capitalisme vert. Réduisant la complexité de la crise environnementale au changement climatique, les projets d’économie verte sont orientés vers la création de nouveaux marchés, insérés dans la logique de la spéculation et de la financiarisation. Il s’agit des marchés du carbone, dont le REDD+ est une référence, et des marchés écosystémiques normalisés notamment par des paiements pour services écologiques. Les fonds d’investissement à impact sur « les systèmes alimentaires intelligents face au climat » sont exemplaires dans l’intégration de l’agriculture dans le circuit de l’économie verte.

Le conflit politique autour de l’alimentation et de la nature passe par l’explication de l’incompatibilité entre deux logiques : celle de la durabilité et du soin de la vie, d’une part, et celle de l’accumulation de capital (qui comprend l’accumulation de données en tant que capital), d’autre part. Ce sont des logiques inconciliables, avec des conceptions totalement différentes de la nature.

Diversité et complexité contre la réduction et l’homogénéisation

Des applications, des drones et des capteurs sont proposés avec la promesse de faciliter le travail agricole. Derrière cela se trouve le kit technologique des entreprises. Ces technologies ne sont pas neutres. Leur sens est de tout fragmenter et de tout réduire à des données binaires, d’homogénéiser et de s’approprier ce qui est vivant.

Les algorithmes parlent le langage de l’agro-industrie : ils ne connaissent qu’une seule forme de culture (en ligne), avec des semences et des pesticides modifiés et brevetés. Cette façon de faire de l’agriculture n’a rien à voir avec la culture agroécologique, dans laquelle la complexité et la diversité prédominent.

La datafication vise à artificialiser la vie, en accélérant les rythmes sans respecter les temps de régénération de la nature, des corps, des soins du vivant. Et pour ce faire, elle cache la dépendance que nous avons entre nous et envers la nature.

Durant le Sommet sur les systèmes alimentaires, Bayer, Syngenta et le Conseil mondial des affaires pour le développement durable [World Business Council for Sustainable Development – WBCSD] (Organisation internationale de plus de 200 entreprises autour du développement durable) conduisent des discussions sur les « opportunités d’investissement dans les terres ». Ces entreprises sont guidées par une vision qui réduit le sol à un puits de carbone. En revanche, les agricultrices agroécologiques considèrent le sol comme un organisme vivant et diversifié. L’une des contributions des femmes dans l’agriculture agroécologique est de prendre soin et de cultiver des sols fertiles, riches et complexes.

Élargissant la discussion, les compagnes dénoncent le discours des entreprises qui arrivent sur des terres promettant d’investir dans des « terres inactives ». Au Mozambique, par exemple, les entreprises nomment « terres inactives » les terres qui ne sont pas utilisées pour le machamba (culture). Mais il n’y a pas d’espace inutilisé sur les territoires des communautés. C’est de cet espace que les femmes extraient les plantes médicinales et ce sont ces espaces qui sont utilisés pour les services et les prières et là même où les communautés trouvent leurs forces pour la résistance et la vie commune. Ces espaces vitaux sont niés et réappropriés au nom d’une vision dévastatrice du progrès. Revendiquer ces territoires et leurs usages, c’est reconnaître les pratiques ancestrales et l’apprentissage intergénérationnel, pratiques qui ont même été criminalisées par des projets d’économie verte.

Pilotée par des organisations transnationales telles que WWF et TNC, la politique environnementale écologiste porte en son sein un racisme environnemental profondément colonialiste. Elles expulsent les communautés de leurs territoires au nom de la conservation de l’environnement, comme si les modes de vie des communautés traditionnelles étaient contradictoires avec la nature. Ce sont ces communautés qui, historiquement, nourrissent et prennent soin de la biodiversité.

L’agroécologie féministe ne peut pas être enlevée par les entreprises

L’un des grands dangers du Sommet est d’établir les jalons nécessaires pour insérer l’agroécologie dans le circuit de l’économie verte. À partir de l’idée de « neutralité carbone » avec des solutions basées sur la nature, ces agents ont discuté de l’expansion du marché du carbone pour les mangroves, les océans et l’agroécologie ainsi que de l’expansion de la financiarisation de la nature. L’agroécologie est pratique, science et mouvement. Elle ne peut être appropriée de manière fragmentée et sélective, encore moins détachée du sujet politique qui la construit. Ce qui est considéré comme science et technologie fait également débat lors du Sommet. Le pouvoir des entreprises vise à légitimer une science anthropocentrique et androcentrique [2] pour les systèmes alimentaires, liée aux intérêts des entreprises et à la réorganisation du langage du capital.

L’agroécologie est une connaissance stratégique. Les femmes revendiquent les savoirs et les technologies des peuples et dénoncent l’épistémicide, qui est la destruction des connaissances et des cultures des peuples racialisés.

Le greenwashing se teinte de lilas dans l’agenda corporatif du sommet, avec pour axe transversal l’autonomisation des femmes dans une perspective néolibérale.  Ainsi naissent des slogans tels que « la nature embauche des femmes ».

Dans les projets de carbone bleu dans les océans et les mangroves (comme Vida Manglar en Colombie), la propagande vise à embaucher des femmes comme gardiennes. Il s’agit de projets fondés sur des partenariats public-privé, qui aboutissent à l’accaparement des terres et à l’expulsion des communautés. Par conséquent, les mouvements ont décidé de les appeler « oppressions et exclusions fondées sur la nature ».

Lorsqu’elles arrivent sur les territoires, les entreprises trouvent des communautés en situation de précarité et en manque de politiques publiques. Elles arrivent avec des contreparties qui insèrent davantage les communautés sur le marché, avec des instruments de culture et d’élevage d’animaux davantage technicisés, ce qui crée une dépendance entre la communauté et les propriétaires des technologies. Les compagnes brésiliennes ont évoqué l’installation d’aquariums dans les communautés autochtones comme exemple de contrepartie de projets REDD+. Ce sont des communautés où la pêche a toujours été pratiquée dans les rivières, celles-ci souffrant souvent de contamination dues à l’exploitation minière ou à d’autres interventions. Peu à peu, le pouvoir des entreprises désintègre les économies locales et accroît les obstacles à l’autodétermination et à la souveraineté des peuples.

Les femmes s’opposent à cette offensive, et misent sur l’affirmation de leurs pratiques et de leurs mouvements : la diversité de la nature, ses multiples fonctions et relations. Et comme le disent les compagnes : le jardin d’une agricultrice a beaucoup plus de diversité que n’importe quel programme de bioéconomie des entreprises pharmaceutiques.

« Démanteler le discours qui intègre les femmes et l’agroécologie dans le capital est une tâche du féminisme populaire dans la lutte pour la souveraineté alimentaire. »

Cette tâche est liée à l’affirmation de l’agriculture faite par les paysannes et les peuples traditionnels, par la diversité et la complexité de l’agroécologie. Cette « pratique, science et mouvement » passe par la contestation des significations des territoires et la remise en cause de la propriété privée (foncière et intellectuelle), déclarant territoires et technologies libres.

Le contre-sommet des peuples sera un moment de convergence entre les différents mouvements sociaux et de construction des forces des peuples contre le pouvoir des entreprises.

[1] Ce texte a été écrit à partir de la synthèse de l’atelier tenu le 6 juillet, auquel ont participé les compagnes de la Marche Mondiale des Femmes, Amis de la Terre International, FIAN et Via Campesina.

[2] L’anthropocentrisme considère dans ses analyses que êtres humains sont la priorité et au centre de tout. L’androcentrisme fait référence aux expériences masculines et les universalise pour tous les êtres humains.

Rédaction de Tica Moreno

Édition de Helena Zelic

Traduit du portugais par Claire Laribe

https://capiremov.org/fr/analyse/le-capitalisme-vert-attaque-la-souverainete-alimentaire/

********

FR-Event-Page-Cover-765x265

Libérons-nous de la faim, de la pauvreté, de la dette et de la mort ! Libérons-nous des accords de libre-échange !

La Via Campesina a fait du 10 septembre la Journée Internationale d’Action de Solidarité contre l’OMC et les accords de libre-échange, afin de commémorer le sacrifice du fermier coréen Lee Kyung Hae, qui s’est poignardé à mort devant le lieu de la réunion ministérielle de l’OMC à Cancun, au Mexique, en 2003. Son acte était une réaction de désespoir et de colère  face aux accords de libre-échange dirigés par l’OMC qui ont conduit à une marginalisation totale des petits producteurs de denrées alimentaires dans son pays et dans le monde entier.

FR-1-2 

Communiqué de presse
Journée Internationale d’Action de Solidarité
contre l’OMC et les accords de libre-échange

Harare, le 09 septembre 2021 : « La Faim Zéro d’ici à 2030 » et « l’Élimination de la Pauvreté sous toutes ses formes » partout dans le monde figurent parmi les objectifs de développement durable que les Nations Unies souhaitent atteindre d’ici à la fin de la décennie. Pourtant, à partir de septembre 2021, deux tendances s’opposent à cet objectif.

Premièrement, la faim est en hausse depuis 2015, et la dernière estimation des personnes souffrant de la faim s’élève à 820 millions. La majorité des personnes sous-alimentées dans le monde – 381 millions – se trouvent encore en Asie. Plus de 250 millions vivent en Afrique, où le nombre de personnes sous-alimentées augmente plus rapidement que partout ailleurs dans le monde. Bien qu’elles soient au coeur des pratiques agricoles agressives menées par les multinationales, les pays d’Amérique Latine et des Caraïbes abritent également près de 84 millions de personnes vivant dans une extrême pauvreté, confrontées à la faim et à la malnutrition.

Deuxièmement, en mai 2021, les prix alimentaires mondiaux ont augmenté au rythme mensuel le plus rapide depuis plus de dix ans [FAO]. Une flambée des prix internationaux des huiles végétales, du sucre et des céréales est à l’origine de cette augmentation.

Et ce, bien que, chaque année, un tiers de l’ensemble des denrées alimentaires produites – soit l’équivalent de 1,3 milliard de tonnes d’une valeur d’environ 1 000 milliards de dollars – finisse par pourrir dans les poubelles des consommateurs et des distributeurs ou par s’abîmer en raison de mauvaises pratiques de transport et de récolte.

Il est clair que le système alimentaire mondial est défectueux.

Une multitude d’accords de libre-échange multilatéraux, bilatéraux et régionaux entre pays et continents constituent le pilier central de ce système défaillant. Ces instruments ont permis à une multitude de méga-corporations actives dans le domaine des semences, des intrants agricoles, de la viande, des produits laitiers, de l’huile de palme, du coton et des produits alimentaires transformés, d’accéder au marché des pays économiquement développées et sous-développées du monde entier. Cela a eu des conséquences dévastatrices pour le commerce local, les marchés paysans et la souveraineté alimentaire des peuples.

La quasi-totalité de ces négociations de libre-échange sur l’agriculture et la pêche s’inspirent de l’Accord sur l’Agriculture (AA) de l’OMC, qui pose de nombreux problèmes. Ce cadre mondial prévoit essentiellement la réduction des droits de douane à l’importation, le retrait des subventions nationales et la suppression des stocks publics à des fins de sécurité alimentaire. Il s’agit d’un modèle commercial dépassé du 20e siècle qui sert les intérêts des entreprises au détriment des limites de la planète et du bien-être des animaux et qui nous pousse vers des inégalités sociales insoutenables. Le fait que l’agriculture industrielle et les pratiques qui lui sont associées contribuent à près de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre n’empêche pas son expansion par le biais de ces accords commerciaux.

À ce jour, au moins 350 accords régionaux de libre-échange et plus de 3 000 traités bilatéraux d’investissement (TBI) sont en vigueur dans le monde.  Les TBI comprennent généralement le mécanisme controversé de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE), qui permet aux entreprises de poursuivre les gouvernements si elles estiment que de nouvelles lois ou réglementations ont un impact négatif sur leurs activités. Le RDIE repose sur l’arbitrage plutôt que sur les tribunaux publics, et près de 1000 litiges entre investisseurs et États ont été menés contre des gouvernements par des entreprises du monde entier.

Les accords commerciaux réalisés dans le cadre d’accords de libre-échange ou de traités d’investissement visent à exploiter la main-d’œuvre bon marché et à implémenter des réglementations environnementales et syndicales peu contraignantes dans les nations économiquement moins développées. Les grandes puissances telles que les États-Unis et l’Union Européenne poussent les autres pays à adopter leurs normes en matière de propriété intellectuelle. Sous prétexte de faciliter les affaires, la plupart des gouvernements finissent par démanteler les mécanismes réglementaires nationaux qui offrent une protection au commerce local, à la main-d’œuvre locale et aux ressources naturelles.

En juin 2021, lors de la 100ème session du Comité des Accords Commerciaux Régionaux. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, a rappelé aux participants que l’objectif de l’OMC est de faire augmenter les niveaux de vie, de créer des emplois et de promouvoir le développement durable et le bien-être dans le monde entier.

Pourtant, au cours des cinq dernières décennies de leur existence, les accords mondiaux de libre-échange n’ont fait qu’engendrer la faim, les émeutes de la faim, les suicides d’agriculteurs, les crises climatiques, l’extrême pauvreté et les migrations de détresse. L’acte désespéré de Lee Kyung Hae, agriculteur sud-coréen, qui a sacrifié sa vie, juste devant le lieu d’une réunion ministérielle de l’OMC à Cancun il y a dix-huit ans, a exprimé de manière tragique ces crises dans les zones rurales du monde entier.

Ces accords commerciaux ont ouvert la voie à la privatisation, à la déréglementation et au retrait de l’obligation des États de fournir des services publics essentiels à sa population. Ils ont eu un impact dévastateur sur les zones rurales en particulier. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes, car la migration forcée les oblige à fuir leurs villages et à travailler dans des conditions inhumaines dans les villes. Dans tous les pays, la disponibilité et la qualité des soins de santé et de l’éducation publique ont énormément souffert au cours des cinq dernières décennies, en particulier dans les zones rurales, privant ainsi les femmes, les enfants et les jeunes du droit à une vie décente.

Malheureusement, au lieu d’écouter les voix des paysans, des populations autochtones, des pêcheurs et des travailleurs agricoles migrants, l’Organisation Mondiale du Commerce et les gouvernements riches poursuivent leurs activités habituelles et appliquent ces politiques comme si ces crises n’avaient jamais existé.

Les gens du monde entier se mobilisent plus que jamais.

Les agriculteurs indiens, qui manifestent dans les rues depuis neuf mois, ont expliqué que les nouvelles lois agricoles visent à corporatiser l’agriculture indienne et peuvent mettre en péril le système de marchés publics du pays. Ils soulignent également les nouvelles négociations commerciales qui se profilent à l’horizon (avec les États-Unis et l’Union Européenne) et qui menacent leur souveraineté alimentaire, leur autonomie et les normes de biosécurité relatives aux aliments génétiquement modifiés. En Indonésie, en Thaïlande, au Japon, aux Philippines et en Corée du Sud, les paysans résistent au CP-TPP, au RCEP, au FTAAP-21 et à toute une série d’autres accords commerciaux régionaux que les grandes puissances économiques mondiales comme les États-Unis et la Chine sont en train de faire adopter. En Argentine, en Équateur, au Kenya et en Zambie, les citoyens protestent contre la crise de la dette induite par le FMI.  L’accord UE-Mercosur se heurte à la résistance des paysans et des organisations de la société civile des deux côtés du spectre. Ils soulignent que dans les pays du Mercosur, la production de soja, de sucre et de viande, par exemple, s’industrialise de plus en plus, principalement en lien avec le modèle agressif orienté vers l’exportation. Le bassin amazonien d’Amérique du Sud, essentiel pour le climat et la biodiversité du monde entier, est contraint de céder face à ce modèle.

Alors même que la pandémie sanitaire mondiale exige la solidarité et l’empathie du monde entier, l’Europe et les États-Unis sont en première ligne pour bloquer l’effort mené par l’Afrique du Sud et l’Inde au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce pour lever les protections de la propriété intellectuelle des vaccins COVID-19 et d’autres outils.

Ceux qui résistent à ces accords commerciaux injustes sont opprimés et criminalisés. La plupart des conflits agraires dans le monde aujourd’hui résultent d’un accaparement des ressources naturelles par les entreprises, souvent en connivence avec les gouvernements et les autorités locales. Ces acquisitions forcées de nos territoires sont généralement réalisées sur la base de ces accords commerciaux et d’investissement négociés, signés et exécutés sans l’approbation ou la participation des communautés paysannes et indigènes.

À quoi servent l’OMC et toute cette série d’accords de libre-échange s’ils ne font que perpétuer cette habitude coloniale qui consiste à soumettre la majorité de la population ? Ces accords de libre-échange, souvent négociés à huis clos selon des procédures opaques, sont les vestiges persistants de l’impérialisme et du néocolonialisme du XXIe siècle.

La faim est réelle. La pauvreté rurale et la famine sont réelles. Les pandémies sont réelles. L’inégalité face aux vaccins est réelle. La migration forcée est réelle. Les crises climatiques sont réelles. Savons-nous ce qu’il y a d’autre de réel ? En pleine crise alimentaire et sanitaire mondiale, les actionnaires et les dirigeants de Nestlé se sont octroyés un dividende record de 8 milliards de dollars, soit plus que le budget annuel total du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies ! Ces entreprises agroalimentaires ont été exposées et dénoncées par les communautés du monde entier. Poussées à l’arrière-plan par des protestations massives et des verdicts défavorables, ces sociétés géantes entrent maintenant dans les espaces de gouvernance mondiale et cooptent le langage des droits de l’homme avec une agressivité redoublée, dans l’espoir de masquer leur conduite criminelle. Le dernier exemple en date de cet effort de construction d’image « verte » est le Sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires – une façade derrière laquelle les entreprises agroalimentaires peuvent cacher leurs innombrables violations des droits de l’homme et leurs pratiques commerciales déloyales.

Face à l’extrême détresse humaine, la faim et la pauvreté, nous devons lutter contre cette vulgarité du capitalisme et du néolibéralisme. Dans son article 16, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP) affirme que les États doivent prendre des mesures appropriées pour renforcer et soutenir les marchés locaux, nationaux et régionaux. Ils doivent le faire de telle façon à faciliter et à garantir notre accès et notre participation de manière intégrale et équitable à ces marchés, afin de vendre nos produits à des prix qui leur permettent, à eux et à leurs familles, d’atteindre un niveau de vie adéquat. Nos luttes dans nos territoires doivent puiser leur force dans la Déclaration des Droits des Paysans et exiger des politiques publiques qui soient en accord avec l’UNDROP.  

Alors que nous marquons cette journée internationale d’action de solidarité contre l’OMC et les accords de libre-échange, La Via Campesina rappelle les derniers mots du fermier Lee à Cancun : « Mon avertissement s’adresse à tous les citoyens : les êtres humains sont dans une situation de danger. Les multinationales sans scrupule et un petit nombre d’acteurs importants de l’OMC mènent une mondialisation indésirable qui est inhumaine, nuisible pour l’environnement, meurtrière pour les agriculteurs et antidémocratique. »

En tant que La Via Campesina, nous devons rester attentifs à la 12ème réunion ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Genève à partir du 30 novembre. Nous poursuivrons nos revendications pour écarter l’OMC et les accords de libre-échange de l’agriculture ! Nous insisterons sur un système commercial mondial qui respecte la dignité des peuples et se base sur la solidarité et la réciprocité au-delà des frontières.

Résistez aux accords de libre-échange !

L’OMC hors de l’agriculture !

On exige un commerce solidaire, maintenant ! 

Via-info-fr@viacampesina.org

http://viacampesina.org/Via-info-fr/

********

Le peuple asiatique contre le libre-échange :
« la société a été traumatisée par les dettes »

Capire s’est entretenu avec Geum-Soon Yoon, de l’Association des femmes paysannes coréennes, sur les accords de libre-échange dans la région.

Le 10 septembre est la journée de lutte de la Via Campesina contre le libre-échange. Cette date honore le courage d’un acte politique extrême, lorsque le militant sud-coréen Lee Kyung Hae s’est suicidé durant une mobilisation contre l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) à Cancun, au Mexique, en 2003. Lee était un paysan qui, comme beaucoup, était profondément affecté par les politiques commerciales de son pays, la Corée du Sud. L’importation de denrées alimentaires et l’introduction de l’agriculture dans les accords de libre-échange affectent directement la vie des paysans, détruisant les conditions nécessaires au maintien de la production paysanne et rendant impossible d’en vivre, tout en bénéficiant les grandes entreprises transnationales du secteur. Ainsi, le 10 septembre, Via Campesina dénonce : le libre-échange entraîne la dette, la pauvreté, la faim et la mort ! L’organisation appelle tout le monde à la lutte permanente contre le libre-échange et pour la construction imminente d’un commerce solidaire.

Afin de connaître l’analyse des paysannes sur les impacts du libre-échange, et sur les défis actuels de cette lutte, Capire a interviewé Geum-Soon Yoon, membre de l’Association des femmes paysannes coréennes et de Via Campesina. Yoon vit à Seongju, en Corée du Sud, où elle cultive du melon, des légumes et des haricots, et depuis les années 1980, elle consacre sa vie à l’organisation des femmes paysannes et à la lutte pour la paix et l’unification dans la péninsule coréenne.

Yoon détaille les effets du libre-échange sur l’agriculture paysanne à partir de la réalité coréenne, et met en garde contre les pièges et les dangers de la nouvelle génération d’accords, en particulier les tribunaux de « règlement des différends entre investisseurs et États » (Investor-state dispute settlement – ISDS). Cette interview a été réalisée en espagnol et en coréen, ce qui n’a été possible que grâce à la traduction de Jung Eun Lee.

La lutte contre le libre-échange a été stratégique pour les mouvements sociaux et en particulier pour Via Campesina, qui a même construit la proposition de souveraineté alimentaire en opposition au modèle capitaliste de libre-échange pour l’agriculture. Pourrions-nous commencer cet entretien en rappelant les raisons pour lesquelles Via Campesina lutte contre les traités de libre-échange et l’OMC ?

Nous avons pris conscience de la problématisation des accords de libre-échange (ALE) lorsqu’un accord a été conclu avec le Chili au début de 2000. Nous savions que cela poserait beaucoup de problèmes à nos paysans et agriculteurs, plus que pour d’autres secteurs car, dans le cas de la Corée du Sud, l’objectif était de pouvoir augmenter les exportations de la production industrielle. Ainsi, les paysans ont commencé à se rendre compte du problème éventuel et ont immédiatement su que l’accord avec les États-Unis était en route, encore plus dangereux pour la vie et la production des paysans coréens.

À partir des années 2000 et du traité avec le Chili, le gouvernement a continué à étendre l’ALE avec d’autres pays. À ce jour, nous avons plus de 50 traités de libre-échange, ce qui est beaucoup par rapport à d’autres pays. Dans ce contexte, nous subissons de nombreux impacts dans nos vies et dans notre travail. Premièrement, le prix des produits agricoles ne sont pas indépendants, car ils dépendent des prix de l’étranger. Les prix des produits agricoles ont fortement chuté, ce qui nous a obligés à changer nos modes de production. La Corée du Sud est un petit territoire, et elle a dû élargir son échelle de production pour avoir plus de compétitivité. Nous avons perdu les semences et les semis. Ainsi, tous les intrants et semences sont déjà entre les mains d’entreprises étrangères. Face à cette situation, nous, paysannes, nous avons dû beaucoup nous adapter pour survivre. Notre souveraineté alimentaire est menacée.

Les paysannes et les paysans doivent parfois avoir un deuxième ou un troisième emploi pour survivre, ce qui met la vie rurale en danger. Beaucoup ont dû quitter la campagne parce qu’ils ne pouvaient plus subsister. Comme il n’y a plus beaucoup de monde dans les champs, ces derniers temps les propriétaires de fermes embauchent des travailleurs étrangers, ce qui génère un autre type de problème en termes de production. Dans ce contexte de covid-19, ces propriétaires ne pouvant plus amener des étrangers pour la production agricole bien qu’ils soient dépendants de cette main d’œuvre, ils ont eu des problèmes de production. Après tout ce processus, il y a des milliers de difficultés auxquelles nous sommes confrontés.

En Corée du Sud, nous avons une très faible population de femmes à la campagne, car les paysannes partent. Cela se produit car le travail est doublement difficile pour elles, devant travailler à la maison et aussi à la ferme. De plus, elles n’ont pas le droit d’émettre une opinion sur les questions domestiques et professionnelles en raison de notre culture traditionnelle.

Quels sont les impacts des traités de libre-échange dans le contexte de la covid-19 ?

Nous avons déjà eu de nombreux impacts du libre-échange dans les campagnes de la région. Ce qui a déjà transformé le mode de production et le mode de vie des habitants des campagnes. Mais après la covid-19, il y a moins d’importations et moins d’afflux de main-d’œuvre étrangère. Ainsi, le prix du marché est devenu assez stable car les produits de l’étranger n’arrivent pas massivement. En même temps, il y a peu de possibilité d’avoir de la main-d’œuvre d’une autre origine. Ensuite, il y a eu une grande augmentation du prix de la production, car le prix de la main-d’œuvre a doublé. Cela faisait partie des difficultés que nous avons subies cette année et l’année dernière. Nous avons observé les résultats d’une très mauvaise production due au changement climatique. Le libre-échange permet la libre circulation des marchandises et aussi l’embauche de travailleurs étrangers. Cela augmente la demande et l’utilisation d’énergies fossiles, ce qui finit par avoir un impact sur notre climat et notre environnement avec l’émission de gaz à effet de serre, qui affectent la culture et la production agricole. C’est comme un cercle vicieux, qui engendre un problème qui à son tour en déclenche un autre.

Le libre-échange a accéléré la concurrence, a augmenté la distance entre riches et les pauvres et a intensifié la densité de la population urbaine, ce qui contribue également à la propagation du coronavirus. Ceci augmente à son tour le gouffre social de la société sud-coréenne, car ceux qui ont de l’argent et des conditions économiques peuvent se protéger.

Et quel est le rôle du Fonds monétaire international (FMI) dans cette crise ?

Au début du problème social et économique causé par la covid-19, le FMI a recommandé aux gouvernements d’adopter le plan de soutien de manière sélective. En d’autres termes, ce n’est pas un fonds pour tout le monde, mais un fonds dans lequel la population vulnérable est sélectionnée, choisit pour le financement. Bien que le gouvernement sud-coréen ne l’ait pas fait dans sa décision initiale, beaucoup de gens se demandaient pourquoi le FMI recommanderait cela aux pays. Le FMI ne devrait pas avoir un ensemble unique de lignes directrices pour tous les pays, alors que chaque pays a des contextes et des conditions différents, et qu’ils se sentent obligés de suivre ces recommandations. Cela affecte la vie des populations de pays dont les réalités ne correspondent pas à celles des pays développés comme les États-Unis ou les pays d’Europe.

En particulier dans le cas de la Corée du Sud, les jeunes qui n’avaient ni ressources ni emplois recevaient une pension du gouvernement, mais, par désespoir, ils s’endettaient également en investissant dans des bitcoins ou dans des actions. Cette forte tendance des investissements financiers est un phénomène assez complexe en cette période où les taux d’intérêt n’étaient pas élevés. Si les États-Unis augmentent le taux d’intérêt, le gouvernement sud-coréen l’augmentera également et, dans les années à venir, avec des taux plus élevés, les jeunes resteront endettés. Dans le contexte de la covid-19, les paysans ont également dû emprunter beaucoup d’argent au gouvernement et aux banques. Avec la hausse des taux d’intérêt, ils s’endetteront encore plus.

La Corée du Sud et d’autres pays asiatiques ont traversé une période de crise économique en 1997. Beaucoup de gens ont connu une augmentation exponentielle de leurs dettes en raison des fluctuations des taux de change. La Corée du Sud, en particulier, a connu une période de restructuration très forte car, avec le prêt du FMI, des mesures néolibérales ont été prises. La société a été traumatisée par les dettes. Les politiques néolibérales sont restées et sont toujours en vigueur dans notre économie. Elles extraient de nous tout notre travail, nos efforts et notre énergie. Ayant vécu cette expérience, je crains que le FMI ne profite de cette catastrophe actuelle pour s’immiscer dans la politique des pays et s’installer à jamais.

Le Partenariat régional économique global (Regional Comprehensive Economic Partnership – RCEP) est un accord récent, formé comme l’un des plus grands accords, sans inclure les États-Unis ni l’Union européenne. Existe-t-il des différences entre le RCEP et les accords impliquant les États-Unis et l’UE ? Quels autres accords sont imposés dans la région asiatique et quels sont les défis qu’ils posent aux mouvements sociaux, syndicaux et paysans de la région ?

Le RCEP est un accord auquel participent dix pays d’Asie du Sud-Est, plus la Corée du Sud, la Chine, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. En novembre 2012, 16 pays ont entamé des négociations, mais ce n’est qu’en novembre 2020 qu’ils sont parvenus à un accord complet, sans l’Inde, celle-ci ayant refusé la proposition. Le RCEP n’est pas un ALE commun, car il implique des pays aux conditions économiques différentes, qui se sont mis d’accord pour que les niveaux d’activité soient progressifs et partiels. Ce ne sera pas un libre-échange à proprement parlé.

C’est le plus grand bloc du monde à ce jour, car il comprend 30% du PIB mondial. Le commerce dans ces pays représente 28,7% du commerce mondial et leur population, près de 30% de la planète entière. La Chine a dirigé ce bloc, et ce mouvement s’est accompagné de l’expansion des banques asiatiques d’investissement et de développement, dont la Chine est également un important bailleur de fonds.

Alors que la Chine encourageait le RCEP, le Japon se sentait menacé et poussait donc un bloc appelé Accord de partenariat trans-pacifique (APT) (Trans-Pacific Partnership – TPP). Ensuite, les États-Unis ont pris la tête des négociations de l’APT en raison de son influence dans la région asiatique par alliance avec le Japon. C’est l’un des différends entre la Chine et les États-Unis dans la région. Le projet APT a commencé sous l’administration Obama et a ensuite été abandonné par Trump en raison de sa proposition plus nationaliste et protectionniste.

Sans les États-Unis, en 2018, le Japon a poursuivi les négociations et a fini par signer l’Accord de partenariat trans-pacifique global et progressiste (Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership – CPTPP), qui n’accepte aucune exception. Dans l’agriculture, par exemple, il faut tout faire sans aucune taxe à l’importation. Il est tout à fait différent du RCEP, qui vise une ouverture plus progressive, en tenant compte de l’expansion des emplois et des avantages dans chaque pays, et en soulignant l’importance de la réglementation et du contrôle dans le système commercial international. Concernant toujours le CPTPP, l’un sujet très préoccupant pour le peuple coréen est le tribunal dit de « Règlement des différends entre investisseurs et États » [ISDS en anglais], ce qui signifie que les investisseurs peuvent poursuivre directement les États qui font partie du même bloc.

Le jour de la signature du CPTPP, les États-Unis ont annoncé une stratégie intitulée « espace indo-pacifique libre et ouvert » (Free and Open Indo-Pacific Strategy). Cette déclaration décrit la stratégie générale des relations diplomatiques et économiques des États-Unis et de l’Australie avec les pays de cette région asiatique. Ils parlent de la protection des pays contre les cyberattaques, des restrictions régionales sur la sécurité aérienne et maritime, des menaces possibles de la Chine. L’analyse récurrente est qu’à travers le RCEP, la Chine montre également son pouvoir et son leadership. Cela fait partie du « soft power » que la Chine avait déjà montré au monde et qui se différencie des formes de négociation employées depuis des décennies.

Malgré le fait que tous les pays aient souffert de la crise de 2008, la Chine a maintenu une croissance assez impressionnante et sans stagnation. Le pronostic est que d’ici 2030, la Chine devienne la première économie mondiale en termes de production industrielle, avec des avancées technologiques et militaires. Pour maintenir leur position dans le monde, les États-Unis continuent d’explorer différentes possibilités d’avoir plus d’alliances, tandis que la Chine fait le même processus dans la région.

Dans le village où j’habite, dans le Sud-est de la Corée du Sud, les États-Unis ont établi en 2017 une base militaire appelée Défense de zone à haute altitude terminale (Terminal High Altitude Area Defense – THAAD), avec une capacité d’abattre des missiles à courte et moyenne portée, pour avoir une forme de contrôle contre la Chine. Je dis cela pour donner un aperçu de ces mouvements militaires dans la région. De nombreuses paysannes se sont battues et se battent encore contre cette décision et ce système militaire.

Les stratégies des entreprises transnationales pour le libre-échange se sont diversifiées, comme nous le voyons dans votre exposition sur la réalité de l’Asie. En même temps, la domination des multinationales sur les Nations Unies a beaucoup progressé, comme en témoigne le Sommet sur les systèmes alimentaires. D’après l’expérience dans la région, quels sont les paris politiques pour détenir le pouvoir des entreprises et le libre-échange ? Quel est le centre de l’action politique pour ce 10 septembre ?

Il y a 20 ans, le président sud-coréen de l’époque, Roh Moo-hyun, a déclaré quelque chose de très significatif : ce pouvoir semblait déjà tombé entre les mains du marché. Mais je pense que nous avons besoin d’un pouvoir qui puisse tirer profit du marché. Nous avons besoin d’un pouvoir qui ne faiblit pas face aux transnationales. Ce pouvoir doit être organisé et politisé, il doit être conscient et gagner l’influence et la sphère politique. Pour cela, des alliances sont nécessaires, ainsi qu’une formation et une politisation basées sur le pouvoir du peuple. Le plus important est que les gens ne dépendent pas des entreprises transnationales. L’agroécologie que nous proposons est une alternative, car avec sa pratique, nous pouvons construire un mode de vie différent, plus autonome.

Pour le 10 de septembre, Via Campesina mettra en œuvre sa campagne pour donner la priorité à la santé et non aux bénéfices. Dans cette campagne, nous avons deux autres phrases : « le libre-échange entraîne la dette, la faim, la pauvreté et la mort ! » et « Commerce solidaire maintenant ». Le commerce solidaire que nous proposons est quelque chose de très important pour nous.

Enfin, nous souhaitons honorer le précieux compagnon Lee Kyung Hae. Pourriez-vous dire quelques mots en sa mémoire ?

Ce qui s’est passé en 2003 à Cancun est un souvenir historique du mouvement paysan. Notre camarade Lee Kyung Hae s’est sacrifié avec honneur. C’est une histoire très triste pour nous, mais en même temps, je crois que son acte, sa décision et son sacrifice ont amené une grande prise de conscience, du courage et de l’espoir pour les paysans du monde entier. À partir de cet événement, les paysans ont pu se soulever avec plus de courage pour lutter contre les politiques néolibérales. Lee Kyung Hae nous a donné plus de force pour continuer à nous battre et à résister. Ce que nous voulons vraiment, c’est annoncer la fin de ce système néolibéral fictif et insoutenable. Nous voulons trouver une alternative, un monde dans lequel tous les êtres puissent vivre en meilleure santé et plus heureux. Nous voulons un monde nouveau et nous continuerons à nous battre pour nous souvenir de notre compagnon.

https://player.vimeo.com/video/289354689?h=d64914362a

Traduit du portugais par Claire Laribe

Langue originale : coréen

https://capiremov.org/fr/entrevue/le-peuple-asiatique-contre-le-libre-echange/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.