Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale) + L’artiste. Shamsia Hassani (et autres textes)

  • Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale)
  • L’artiste. Shamsia Hassani
  • Bruna Alasia : Mostra de Venise 2021 : l’appel des réalisatrices Karimi et Mani pour venir en aide aux artistes afghans
  • Roksana Bahramitash : Mes soeurs afghanes

 

Sonita Alizadeh est une rappeuse et une militante contre le mariage forcé, née à Hérat en Afghanistan en 1996. Elle échappe à 10 ans à un premier mariage forcé (le mariage précoce étant considéré comme un moyen de protéger l’honneur d’une jeune fille dans la tradition afghane). Elle atterrit dans un centre pour enfants réfugiés qui la scolarise et l’emploie à mi-temps comme femme de ménage. Elle se met à écrire du rap pour exprimer sa colère face au sort qui est réservé aux jeunes filles dans son pays. Elle chante ses textes devant ses copines et fait du porte-à-porte pour essayer de trouver un producteur pour ses poèmes mis en musique. C’est à ce moment que la réalisatrice Rokhsareh Ghaem Maghami se met à tourner un documentaire sur Sonita.

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L’art change l’esprit des gens et les gens changent le monde (Art changes people’s minds and people change the world.)

L’artiste. Shamsia Hassani

Née en avril 1988, est la première femme artiste graffeur d’Afghanistan. À travers ses œuvres, Shamsia dépeint les femmes afghanes dans une société dominée par les hommes.

Son art donne aux femmes afghanes un visage différent, un visage avec du pouvoir, des ambitions et la volonté d’atteindre des objectifs. Le personnage féminin utilisé dans ses œuvres représente un être humain fier, fort et capable d’apporter des changements positifs dans la vie des gens. Au cours de la dernière décennie de l’après-guerre en Afghanistan, les œuvres de Shamsia ont apporté une énorme vague de couleurs et d’appréciation à toutes les femmes du pays.

Ses œuvres ont inspiré des milliers de femmes dans le monde entier et ont donné un nouvel espoir aux artistes afghanes dans le pays. Elle a incité des centaines d’Afghans à faire preuve de créativité grâce à son festival de graffitis, ses cours d’art et ses expositions dans différents pays du monde.

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


The Artist. Shamsia Hassani

Born April 1988, is the first female graffiti artist of Afghanistan. Through her artworks, Shamsia portrays Afghan women in a male dominant society.

Her art gives Afghan women a different face, a face with power, ambitions, and willingness to achieve goals. The woman character used in her artworks portrays a human being who is proud, loud, and can bring positive changes to people’s lives. During the last decade of post-war era in Afghanistan, Shamsia’s works have brought in a huge wave of color and appreciation to all the women in the country.

Her artworks have inspired thousands of women around the world and has given a new hope to female Afghan artists in the country. She has motivated hundreds of Afghans to bring in their creativity through her graffiti festival, art classes, and exhibitions in different countries around the world.

https://www.shamsiahassani.net


Lire le bel article de Mélissa Parmentier : Shamsia Hassani ou des couleurs pour les filles et les femmes afghanes.

https://melissaparmentier.wordpress.com/2021/09/15/shamsia-hassani-ou-des-couleurs-pour-les-filles-et-les-femmes-afghanes/

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Mostra de Venise 2021 : l’appel des réalisatrices Karimi et Mani
pour venir en aide aux artistes afghans

Animée par le journaliste Giuliano Battiston, qui depuis 2007 se consacre à l’Afghanistan à travers ses voyages, ses recherches et ses essais, une table ronde a eu lieu au Festival international du film de Venise pour soutenir les artistes afghans. Les deux jeunes réalisatrices Sahraa Karimi et Sahra Mani, qui ont fui leur pays après la prise du pouvoir par les talibans, étaient présentes.

Le panel était composé de membres de la Coalition internationale pour les cinéastes en danger (ICFR), Vanja Kaludjercic (Directrice artistique du Festival international du film de Rotterdam), Orwa Nyrabia (Directeur artistique du Festival international du film documentaire d’Amsterdam), ainsi que Mike Downey et Matthijs Wouter Knol (respectivement Président et Directeur exécutif de l’Académie européenne du cinéma).

Déjà invitée lors de la 76ème édition du Festival de Venise en 2019, la réalisatrice Sahraa Karimi, première femme présidente de l’Institut du film afghan (AFO), a récemment lancé un appel afin de sensibiliser le monde et en particulier les médias, les gouvernements et les organisations humanitaires quant à la crise actuellement traversée par son pays. Elle a retracé l’avancée de son travail avec notamment deux documentaires historiques importants, la deuxième édition d’un prix cinématographique et des ateliers pour les jeunes. Le 15 août 2021, tout s’est arrêté soudainement, en l’espace de quelques heures, juste le temps de rassembler quelques affaires et fuir.

Les archives cinématographiques sont désormais sous le contrôle des talibans, qui considèrent les actions culturelles comme des opérations militaires. Sahraa Karimi pleure et demande aux journalistes d’aider son peuple en diffusant ce qui se passe en Afghanistan. Elle pense que les talibans essaient de montrer un côté plus « ouvert » mais sont en réalité cruels : avec eux au pouvoir, le cinéma est interdit, tout comme la musique et l’art, alors qu’elle est convaincue que seules l’éducation et la culture peuvent vaincre la guerre. À l’heure actuelle, des milliers d’artistes en Afghanistan risquent leur vie. En larmes, Sahraa Karimi interpelle la presse : « Avez-vous vu La Liste de Schindler ? Imaginez qu’une chose similaire se produise en Afghanistan ».

Sa consoeur Sahra Mani, présente à Venise avec un projet au Marché de la Coproduction de la Mostra, ajoute qu’il n’a jamais été facile de travailler en Afghanistan en raison d’un gouvernement et d’un système judiciaire corrompus. Elle explique que les gens sortaient le matin sans savoir s’ils rentreraient chez eux le soir à cause des bombardements, si bien qu’elles avaient pris l’habitude de conserver deux copies de leur travail : une dans leur pays et une autre ailleurs.

Elle aussi est persuadée que le seul moyen d’arrêter la guerre est d’investir dans l’art et la culture. Malheureusement l’école de musique est aujourd’hui occupée par les talibans qui ont détruit tous les instruments. Elle pense que les étudiants de musique seront formés pour devenir des terroristes et lance un avertissement : selon elle, si les gens sous-estiment ce qui se passe en Afghanistan, ce poison pourrait s’infiltrer dans d’autres pays.

Toutes les personnes du panel ont révélé la situation dramatique des cinéastes et des artistes afghans en général. Ils ont démontré l’importance de créer des couloirs humanitaires, de leur accorder le statut de réfugié politique, et la nécessité de leur assurer un hébergement une fois arrivés en Europe. Tous, sans distinction, ont demandé la collaboration des journalistes pour diffuser les initiatives humanitaires et susciter une grande résonance dans le monde entier.

Bruna Alasia

Traduction de l’italien, Clémence Berger

https://www.pressenza.com/it/2021/09/venezia-2021-le-registe-karimi-e-mani-chiedono-aiuto-ai-giornalisti-per-gli-artisti-afghani/

https://www.pressenza.com/fr/2021/09/mostra-de-venise-2021-lappel-des-realisatrices-karimi-et-mani-pour-venir-en-aide-aux-artistes-afghans/

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Mes soeurs afghanes

Il y a maintenant 20 ans, après les attentats de New York et de Washington, la vie a basculé avec l’occupation de l’Afghanistan par l’armée américaine. Les politiciens néoconservateurs américains, alors sous la gouverne du duo présidentiel Bush-Cheney, ont pensé que cette catastrophe pouvait être une opportunité pour pénétrer profondément dans une région chaude à cheval entre l’Asie du Sud et le Moyen-Orient. Ils ont alors clamé qu’ils devaient envahir l’Afghanistan pour « sauver les femmes ». C’était difficile à comprendre, puisque, quelques années plus tôt, ce sont les États-Unis qui avaient armé les Talibans.

A l’époque, j’enseignais à l’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia. J’avais fui l’Iran pour échapper à la violence domestique. J’étais donc très sensible aux exactions commises contre des femmes par des mouvements comme les Talibans. Je faisais aussi partie d’un réseau d’activistes pour la paix, de défenseurs des droits des femmes, des groupes de justice sociale et le mouvement vert. Alors que l’invasion se mettait en place, nous nous sommes mobilisés pour organiser des manifestations dans les rues de Montréal et d’autres villes du Canada et des États-Unis. Le slogan de notre campagne était « Bombardez l’Afghanistan avec de la nourriture, laissez le peuple du pays prendre en main son destin ». Nous sommes descendus dans la rue pour dire que les femmes n’avaient pas besoin des Américains pour les libérer.

Quelques années plus tard en 2006, j’étais à Kaboul pour réaliser un documentaire. Je me disais que mon hostilité à l’invasion était peut-être illusoire. J’espérais que les sommes considérables d’aide fournie par les États-Unis pourraient un peu changer les choses. Mais avec mes amies de l’Afghan Women’s Network, j’ai été ramenée à la réalité. Celles-ci se disaient furieuses d’être traités par des représentant-es d’organisations américaines comme des ignorantes, qui venaient à Kaboul avec des « packages » déjà fait sur ce que les femmes devaient penser et faire, au lieu d’outiller les groupes locaux pour qu’ils puissent faire leur propre travail d’éducation. Parmi la trentaine d’entretiens que j’ai faits, le plus choquant était avec une volontaire de 14 ans dans un centre où les enfants de femmes emprisonnées étaient pris en charge. Elle a dit qu’elle préférait les talibans. J’ai demandé pourquoi. Elle l’a expliqué très simplement : « Sous les talibans nous avions la sécurité, maintenant nous n’en avons plus. » Elle m’a parlé du nombre de femmes et d’enfants disparus. « Nous ne savons pas si nous reviendrons lorsque nous quitterons la maison le matin ». Avec l’opium et d’autres drogues, les armes à feu et l’argent américain allant dans les poches des mauvaises personnes, ces femmes s’attendaient à tout.

Un avocat afghan travaillant pour l’ONU m’a montré combien de véhicules à quatre roues motrices étaient garés dans le quartier des Nations Unies : « regarde, tu peux voir combien de voitures il y a ici, et ils veulent en acheter plus, et il y a des enfants dans les rues qui mendient de la nourriture et leur nombre augmente ».

Après cette visite, j’entendais réaliser un documentaire avec l’aide d’Alternatives, une ONG basée à Montréal. Le plan était d’écrire un projet sur l’autonomisation économique des femmes et de travailler avec une ONG locale. Nous sommes arrivés à Kaboul pour rencontre les responsables et des groupes de femmes. Au début, on a pensé que le projet était réalisable. Mais un soir, j’ai entendu deux explosions à l’heure de la prière du matin. Un attentat-suicide venait de détruire l’hôtel voisin. Mon voyage triomphal devint un cauchemar et j’ai changé mon billet pour repartir le lendemain. J’ai alors compris ce que la jeune femme voulait dire lorsqu’elle parlait de sécurité.J’ai quitté l’Afghanistan en sachant que je n’y reviendrais pas de sitôt.

Qu’est-ce qui me reste de cette expérience ? Nous aurions dû simplement écouter la voix des jeunes femmes. Il y a quelques semaines, la chute du régime soutenu par les États-Unis à Kaboul s’est produite presque sans résistance. Pourquoi ? Je ne vois pas d’autre raison que celle qui m’avait été expliquée quelques années auparavant. L’occupation, au lieu de « protéger les femmes », a créé la catastrophe qui a duré pendant 20 ans. Les Talibans ont été accueillis encore une fois comme ceux qui pouvaient mettre fin à la violence.

Roksana Bahramitash

Roksana, d’origine iranienne, est une auteur-e prolifique. Elle a oeuvré dans la recherche universitaire à l’Université Concordia. Elle a été également conseillère en développement international pour plusieurs agences de développement. Elle a été et demeure une militante pour les droits des femmes.

https://alter.quebec/mes-soeurs-afghanes-je-pense-a-vous/

Une réponse à “Sonita Alizadeh – Mariées à Vendre (… brides for sale) + L’artiste. Shamsia Hassani (et autres textes)

  1. Merci pour ce joli femmage.

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