Réflexions théoriques et pratiques sur le racisme et l’antiracisme

Guide-Lutter-contre-le-racisme-1

En introduction, les auteurs et autrices indiquent que le fascicule « vise à fournir d’une part un état des lieux des débats de société et d’autre part, à montrer et à expliquer les actions, les prises de position et les mobilisations de l’association. Il n’est pas un manuel – ni d’histoire, ni d’autres disciplines – même s’il mobilise un certain nombre de connaissances interdisciplinaires. Il est une démarche : celle de prendre un peu de recul pour problématiser des questions, proposer des arguments, des éclairages et non seulement mieux porter le combat antiraciste de la LDH, mais surtout le penser ensemble. C’est pourquoi ce travail est collectif et il n’est pas l’œuvre de spécialistes mais une production de militantes et militants qui ont voulu questionner ensemble ».

Elles et ils précisent leur point de départ : « Nous sommes partis du constat que les débats sur les champs, sur les notions, sur les concepts, l’histoire, les acteurs concernés ou traversés par le ou les racismes se sont considérablement complexifiés. Les fortes tensions qu’on relève dans le domaine politique, dans la société, dans les sciences sociales sur la compréhension de la genèse du racisme, sur ses qualifications et les moyens de le combattre imposent, qu’on le veuille ou non, un réexamen des questions qu’elles soulèvent, non pas tant parce que ces questions sont nouvelles mais parce qu’elles sont posées autrement. Face à la déferlante des subjectivités, trancher sur tel ou tel sujet en évoquant seulement des principes généraux nous apparaissait insuffisant. Car nous sommes dans une situation historique singulière où non seulement se mêlent les héritages du passé et des problématiques nouvelles (sociales, sociétales, géopolitiques, culturelles) mais où nous assistons à l’extension permanente des champs abordés sous l’angle du racisme et par conséquent, à l’extension permanente des champs de l’antiracisme ». Iels abordent les controverses, les termes utilisés par les un·es et les autres, les nouvelles notions, les reformulations de débats plus anciens et leur instrumentalisation, l’émergence de nouvelles et nouveaux actrices/acteurs, le caractère toujours politique de l’antiracisme, le refus de la hiérarchisation et de l’exclusivité des combats antiracistes, la confusion actuelle « des raccourcis, des amalgames, des anathèmes », la légitimité des auto-organisations, les coopérations nécessaires, la nécessité d’être de tous les combats contre le racisme, « Non seulement la France a à répondre de son histoire et de la place faite aux citoyens et citoyennes français descendant d’esclaves, d’anciennes colonies ou appartenant aux différentes « minorités » qui constituent ce pays (y compris quand ils/elles n’ont pas adopté ou acquis la nationalité française) mais il nous revient, en tant qu’organisation de défense des droits de l’Homme, de porter des combats et de créer des rapports de forces en faveur d’une société antiraciste/ou non raciste », les réponses politiques au racisme, « la première consiste à le démasquer et à l’analyser comme phénomène historique et comme fait social et politique ; la seconde, à le dénoncer et à le combattre sur tous les terrains idéologiques, politiques, juridiques, philosophiques et culturels »…

 

Sommaire

  1. Peut-on encore parler d’un seul racisme ?

  2. Nommer les racismes

  3. Droit à la différence, assimilation, intégration

  4. Le débat sur les lois mémorielles

  5. L’universalisme et les Lumières en question

  6. Des outils d’analyse ou des approches en débats

  7. Les mouvements antiracistes d’aujourd’hui

  8. Les actions juridiques de lutte contre le racisme

 

Je ne donne que certains éléments présentés de manière très subjective.

Le racisme est « un phénomène qui est un et divers à la fois ». Un rapport social (formule non utilisée dans cette brochure) imbriqué à d’autres rapports sociaux, une construction historiquement et politiquement située, « Chaque racisme se développe dans des contextes historiques et géographiques qui sont à chaque fois spécifiques, il se transforme et s’exerce sur des temps plus ou moins longs, il gagne ou perd en intensité selon la période ». Les arguments pseudo-scientifiques du racisme biologique ne sont plus que rarement défendus, cependant « l’idée raciste d’une inégalité des cultures ou d’inégalités de développement demeure. Elle renvoie à un déterminisme très fort, assez proche finalement du racisme biologique ».

Dans le premier chapitre, les auteurs et autrices abordent l’histoire, le langage religieux, celui de la raison et du progrès, la biologie, la classification du vivant, la hiérarchisation de groupes humains, le nazisme, le racisme d’Etat de l’Etat français à Vichy, les discriminations des « gens du voyage », la notion de « crime contre l’humanité », le mot « race » et son inscription dans les textes, des désaccords conceptuels…

« Nommer, c’est en effet faire exister ». Des dénominations, des continuités dans les formes, la judéophobie, l’antisémitisme, l’affaire Dreyfus, le colonialisme et l’antisémitisme, l’antisionisme et l’antisémitisme, la définition plus que problématique de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (Ihra), le racisme anti-asiatique ou anti-chinois, les stéréotypes « positifs » masquant les discriminations, la négrophobie ou le racisme anti-noir, l’animalisation de certaines personnes, le blackface, l’islamophobie, la stigmatisation particulière d’une religion et de ses croyant·es, la racisme anti-arabe, les déclinaisons verbales autour de l’islam, la romanophobie (rroms, manouches, gitans, tsiganes), le racisme colonial et néocolonial, les structures institutionnelles façonnées par l’expérience coloniale « en conservent donc des traits et des pratiques », les origines historiques du racisme colonial, l’esclavage et le racisme, la massification et la codification de la pratique de l’esclavage, le Code noir, Colbert, les luttes des esclaves et des abolitionnistes, la révolution haïtienne…

« Droit à la différence, assimilation, intégration, communautarisme, séparatisme : ces questions renvoient à un débat ancien mais sans cesse renouvelé, souvent de manière polémique ». Dans le troisième chapitre les auteurs et autrices abordent des termes et des discours, des politiques réellement mises ou non en œuvre, la laïcité et la loi de 1905, des prises de positions et des traitements discriminatoires, la neutralité imposée aux « agents de services publics » mais non aux usagers et usagères de ces services, la violence des interdits et des traitements inégalitaires, des concepts stigmatisants de communautarisme et de séparatisme (je souligne que le communautarisme des dominants et leur réel séparatisme ne sont pas considérés comme tels)…

Dans le quatrième chapitre sont discutées les lois dites mémorielles (Loi du 13 juillet 1990 réprimant le négationnisme dite aussi loi Gayssot ; Loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien ; Loi du 21 mai 2001 sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité ; Loi du 23 février 2005 sur la reconnaissance de la nation et de la contribution des Français rapatriés dite aussi loi Alliot-Marie), les mobilisations d’historien·nes, la création du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), le négationnisme, la reconnaissance du colonialisme comme crime contre l’humanité, « Le traité de Rome et la Cour pénale internationale désignent comme crime contre l’humanité les meurtres, les exterminations, la réduction en esclavage, la déportation, la torture, les viols ou les persécutions commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque dans l’application ou la poursuite de la politique d’un Etat ou d’une organisation ». La persistance de la valorisation de la colonisation, la défense de ceux – politiques et militaires – qui furent coupables de ces crimes contre l’humanité, le refus de remiser dans les musées les statues des sabreurs et des assassins, l’incapacité même à renommer les écoles qui portent encore le nom des défenseurs de la supériorité blanche… montrent le gouffre qui sépare les discours des actes…

J’ai notamment été intéressé par la manière de discuter de l’universalisme, les droits communs à tous les hommes (mais pas à tous les êtres humains), les philosophes des Lumières et leurs critiques, les conceptions différenciées suivant les histoires « nationales », les avancées importantes et les contradictions, les débats internes aux Lumières, la République faisant plus que s’accommoder de la colonisation et du refus de la citoyenneté pour les femmes, la non effectivité des droits au sein des colonies, le maintien de territoires toujours à décoloniser, le refus de la citoyenneté de résidence et du droit de vote en découlant, la valorisation d’une abstraction désincarnée, l’idéalisation des mots accompagnant le refus de l’égalité des droits – pour ne rien dire de l’égalité réelle…

Le chapitre six est consacré à certains débats, le racisme systémique, le racisme d’Etat (j’ajoute l’Etat racial,)les approches de type « postcolonial » ou « décolonial », la colonisation pensée « non seulement comme fait historique mais également comme construction de toute une série de représentations et de pratiques présentes dans les cultures des colonisateurs », l’universalisme instrumentalisé pour affirmer la supériorité d’une civilisation, le concept d’intersectionnalité (auquel je préfère la notion d’imbrication des rapports sociaux, imbrication pensée par ailleurs de manière historique et mouvante), le « privilège blanc », la question que certains ne se posent pas, « ils n’ont jamais à se poser la question de leur légitimité du fait de leur couleur, origine, culture ou religion qui sont considérés comme « neutres », ce n’est pas le cas dans le reste de la société » (le privilège masculin n’est que peu interrogé, sans oublier le fantasme sexiste d’un masculin générique), le soi-disant racisme anti-blanc, les rapports aux productions culturelles (« appropriation culturelle »), la reconnaissance de la contribution de toutes les populations au patrimoine de l’humanité…

L’avant dernier chapitre aborde les mouvements antiracistes d’aujourd’hui, le racisme comme rapport de domination, la race comme construction historique et sociale, les alliances et les revendications, « Il s’agit d’articuler universalité et singularités historiques en montrant aussi comment des luttes s’universalisent parce qu’elles sont saisies par les peuples ou par l’humanité comme un universel »…

Le dernier chapitre est consacré aux actions juridiques de lutte contre le racisme, ce que dit la loi, la loi de la presse de 1881, les définitions des infractions…

Comme cela est indiqué dans l’introduction, ce fascicule « sans prétention à l’exhaustivité, sans dicter les opinions » fournit des outils pour que chacun·e puisse exercer son esprit critique et puisse agir…

Une remarque. Il serait plus que temps, que la LDH se renomme Ligue des droits humains, le masculin générique est un fantasme plus que pétri de sexisme. Il participe à l’invisibilisation de la majorité de la population : les femmes…

Ligue des droits de l’Homme : Guide. Lutter contre le racisme

Débats, enjeux et controverses d’aujourd’hui

https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2021/03/Guide-Lutter-contre-le-racisme-1.pdf

Paris 2021, 96 pages

Didier Epsztajn

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