Afghanistan : Interview d’une responsable de RAWA, après la prise de contrôle du pays par les talibans (plus autres textes)

  • Afghanistan : Interview d’une responsable de RAWA, après la prise de contrôle du pays par les talibans
  • Bushra Khaliq : Les Talibans et l’occupation affectent toute la région : les femmes pakistanaises contre l’autoritarisme
  • Entretien avec Mejgan Massoumi conduit par Maria Landi et Francisco Claramunt : Personne n’a jamais demandé aux femmes afghanes ce qu’elles voulaient.
  • Yorgos Mitralias : Afghanistan : Des loups va-t-en-guerre déguisés en agneaux humanitaires ! 
  • Déclaration des Droits Fondamentaux de la Femme Afghane
  • « Charte des femmes afghanes » – Douchambé – 28 juin 2000
  • « Entendez nos cris » : ce qui terrifie une militante des droits des femmes afghanes. Entretien avec K. conduit par Mona Tajali
  • Crise de l’Afghanistan : L’impérialisme et le fondamentalisme religieux livrent la guerre, pas la paix !

C’est une blague de dire que les valeurs comme « les droits des femmes », « la démocratie », « la construction de la nation » etc faisaient partie des objectifs de l’OTAN et des USA en Afghanistan !

La Mission des Femmes Afghanes a été en contact avec RAWA pour exprimer leurs besoins dans ce temps d’urgence. Dans ce bref Q&R avec la co-directrice d’AWM Sonali Kolhatkar, RAWA explique les incompréhensions de la situation sur le terrain comme ielles le voient.

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Sonali Kolhatkar : Pendant des années RAWA a dénoncé l’occupation, et maintenant qu’elle se termine, les talibans sont de retour. Est-ce que le Président Biden pouvait retirer les forces américaines d’une manière qui aurait pu laisser l’Afghanistan dans une situation plus sûre que maintenant ? Aurait-il pu faire plus pour assurer que les talibans ne reprennent le pays si rapidement ?

RAWA : Durant les 20 dernières années, une de nos demandes était la fin de l’occupation de l’OTAN/USA et encore mieux s’ils pouvaient reprendre avec eux leurs fondamentalistes islamiques et technocrates, et laisser notre peuple décider de son propre destin. Cette occupation n’a occasionné que bains de sang, destruction et chaos. Ils ont fait de notre pays un espace plus corrompu, insécurisé, mafieux et dangereux, particulièrement pour les femmes. Dès le début nous pouvions prédire une telle fin. Dès les premiers jours de l’occupation américaine de l’Afghanistan, RAWA déclarait, le 11 octobre 2001 : « La situation des attaques américaines et l’augmentation du nombre de victimes civiles innocentes donnent non seulement une excuse aux talibans, mais aussi causera la montée en puissance des forces fondamentalistes dans la région, voire dans le monde. »

La raison principale de notre refus de cette occupation était leur soutien au terrorisme sous la jolie bannière de « la guerre contre le terrorisme ». Depuis les tout premiers jours quand les tueurs et pillards de l’Alliance du Nord sont revenus au pouvoir en 2002 avec les dernières soit-disant négociations à Doha prévoyant de relâcher 5000 terroristes des prisons d’ici 2020/2021, il était évident que même le repli ne serait pas une fin heureuse.

Le situation prouve que rien des théories envisagées, l’invasion ou l’ingérence ne pouvait finir dans des conditions assurant la sécurité. Tous les pouvoirs impérialistes qui ont participé à l’occupation, selon leur propres intérêts stratégiques, politiques et financiers ont essayé de cacher leurs motifs et agendas propres, au travers de mensonges et de leur puissance médiatique.

C’est une plaisanterie de dire que les valeurs telles que « les droits des femmes », « la démocratie », « la construction de la nation » etc faisaient partie des objectifs des USA/OTAN en Afghanistan ! Les USA étaient en Afghanistan pour plonger la région dans l’insécurité et la terreur, pour encercler les puissances rivales chinoises et russes et miner leur économie via des guerres territoriales.

Mais bien sûr le gouvernement américain ne souhaitait pas une sortie aussi désastreuse et embarrassante, laissant derrière eux de tels troubles qu’ils durent envoyer de nouvelles troupes en 48 heures pour contrôler l’aéroport et évacuer ses diplomates et son équipe en sécurité.

Nous pensons que les USA ont laissé l’Afghanistan ainsi pour ne pas se retrouver vaincus par leurs propres créatures (les talibans). Il y a deux raisons significatives à cela. La raison principale, est la complexité de la crise interne américaine. Les signes du déclin du système américain sont apparus dans la faiblesse de la réponse face à la pandémie du Covid-19, l’attaque du Capitole et les grandes protestations du public américain des dernières années. Les faiseurs de loi ont été forcés de retirer des troupes pour se concentrer sur ces problèmes internes brûlants. La deuxième raison est que la guerre afghane était une guerre particulièrement coûteuse, qui se compte en billions, entièrement financée par les impôts. Cela a créé une si grande brèche économique qu’ils durent se retirer d’Afghanistan. Leur stratégie militariste guerrière prouve que leur but n’a jamais été de rendre l’Afghanistan plus sûr … De plus, ils savaient aussi que la conséquence de l’occupation sera chaotique ; pourtant ils y allèrent et le firent. Maintenant, l’Afghanistan est de nouveaux sous les projecteurs avec la prise de pouvoir des talibans mais ça a été la situation pendant les 20 dernières années et à chaque fois que des centaines d’afghan.es étaient tué.es et notre pays détruit, c’était à peine mentionné dans les médias.

Sonali Kolhatkar : Les talibans disent qu’ils vont respecter les droits des femmes, du moment que cela se conforme aux lois islamiques. Des médias occidentaux les dépeignent sous une lumière positive. Est-ce que les talibans n’ont pas dit la même chose il y a 20 ans ? Est-ce que vous pensez qu’il y a le moindre changement dans leur attitude vis-à-vis des droits humains et des droits des femmes ?

RAWA : Les grands médias essaient seulement d’ajouter du sel sur les plaies de notre peuple dévasté ; ils devraient avoir honte d’eux-mêmes à propos de la manière dont ils ont édulcoré la brutalité des talibans. Le porte-parole des talibans a déclaré qu’il n’y a aucun changement dans leur idéologie entre 1996 et aujourd’hui. Et ce qu’ils disent sur les droits des femmes reprend les mêmes phrases utilisées durant leur dernier sombre règne : « instaurer la loi de la charia ».

Ces derniers jours les talibans ont déclaré une amnistie partout en Afghanistan et leur slogan est « ce que la joie de l’amnistie peut apporter, la vengeance ne le peut pas ». Mais dans la réalité, ils tuent des gens chaque jour. Encore hier, un garçon a été tué par balles à Nangarhar, uniquement pour avoir porté le drapeau tricolore afghan au lieu du drapeau blanc des talibans. Ils ont exécuté quatre anciens officiers à Kandahar, arrêté Mehran Popal, un jeune poète afghan dans la province d’Herat, pour avoir écrit des posts anti-talibans sur son Facebook, et sa famille n’a aucune nouvelle depuis. Ce sont juste quelques exemples de la violence de leurs actions, au contraire des « jolis » et doux mots de leur porte-parole.

Nous pensons que leurs déclarations pourraient être une mise en scène des talibans pour gagner du temps jusqu’à ce qu’ils puissent s’organiser. Les choses se sont enchaînées vite et ils essaient de monter une structure gouvernementale, de monter un ministère de propagation de la vertu et de prévention du vice, responsable du contrôle des petits détails du quotidien de la population, comme la longueur de la barbe, le code vestimentaire et la nécessité d’un Mahram (un compagnon mâle, uniquement père, frère ou mari) pour une femme.

La charia/loi islamique est vague et interprétée différemment par les régimes islamiques selon leurs propres agendas politiques et lois. Les talibans aimeraient que l’Occident les reconnaissent et les considèrent sérieusement, et toutes ces déclarations contribuent à leur peindre une image blanchie et dans leurs intérêts. Peut-être qu’après quelques mois ils pourraient même dire « on maintient les élections puisque nous croyons en la justice et la démocratie » ! Ces prétentions ne changeront jamais leur vraie nature, ils seront toujours des fondamentalistes islamiques : misogynes, inhumains, barbares, réactionnaires, antidémocratiques et antiprogressifs. En un mot, la mentalité talibane n’a pas changée et ne changera jamais !

Sonali Kolhatkar : Pourquoi est-ce que l’armée nationale afghane et le gouvernement afghan soutenu par les USA se sont écroulés si vite ?

RAWA : Quelques raisons principales, parmi de nombreuses autres :

1) Tout à été fait selon une négociation de cession de l’Afghanistan aux talibans. Des négociations entre le gouvernement américain, le Pakistan et d’autres forces influentes ont conclues à la création d’un gouvernement majoritairement composé de talibans. Les soldats n’étaient pas prêts à risquer leurs vies pour une guerre dans laquelle ils savaient qu’il n’y avait aucun avantage pour le peuple afghan, puisqu’au final il a été convenu, en huit clos, d’amener les talibans au pouvoir. Zalmay Khalilzad est hautement détesté parmi le peuple afghan à cause du rôle de trahison qu’il a joué dans le retour au pouvoir des talibans.

2) La plupart des afghans comprennent bien que la guerre en cours en Afghanistan n’est pas la guerre des afghans ni dans l’intérêt du pays, mais est l’affaire de puissances étrangères dans leurs propres intérêts stratégiques, les afghans n’étant que les consommables de cette guerre. La majorité de la jeunesse a rejoint les forces armées à cause de la pauvreté et du chômage, et n’ont donc aucune détermination ni motifs pour se battre. Il est important de noter que les USA et l’Occident ont essayé pendant 20 ans de faire de l’Afghanistan une nation de consommateurs et ont ainsi ralenti la croissance de l’industrie. Cette situation a créé une vague de pauvreté et de chômage, pavant le chemin vers le recrutement d’un gouvernement fantoche, des talibans et le développement de la production d’opium.

3) Les forces afghanes n’ont pas été défaites en une semaine par faiblesse, mais recevaient l’ordre du palais présidentiel de ne pas riposter contre les talibans et de se rendre. La plupart des provinces ont été conquises pacifiquement par les talibans.

4) Le régime fantoche d’Hamid Karzai et Ashraf Ghani appelaient les talibans « les frères mécontents » depuis des années, et ont relâché de prison beaucoup des plus brutaux de leurs commandants et leaders. Demander aux soldats de combattre une force qui n’est pas appelée « ennemie » mais « fraternelle », a donné du courage aux talibans et frappé le moral de l’armée afghane.

5) Les forces armées étaient corrompues à un niveau sans précédent. La plupart des généraux (beaucoup étant des anciens chefs de guerre brutaux de l’Alliance du Nord) siégeant à Kaboul ont récoltés des millions de dollars, allant même jusqu’à se servir dans les vivres et les salaires des soldats se battant au front. Le phénomène des « soldats fantômes » fut signalé par le SIGAR : Les officiers de haut rang étaient occupés à se remplir leurs propres poches ; ils ont déclaré les salaires et rations de dizaines de milliers de soldats non-existants dans leurs propres comptes en banque.

6) Chaque fois que l’armée était assiégée et mise en difficulté par les talibans, les appels à l’aide étaient ignorés par Kaboul. Dans de nombreux cas des dizaines de soldats étaient massacrés par les talibans, abandonnés, sans munitions ni vivres pendant des semaines. Par conséquent le ratio de leurs pertes étaient très important. Dans le World Economic Forum (Davos 2019), Ashraf Ghani avoua que depuis 2014, près de 45 000 membres des forces armées afghanes furent tués, alors que dans cette période on compte seulement 72 membres des forces de l’OTAN/américaines tués.

7) Globalement, la hausse dans la société de la corruption, de l’injustice, du chômage, de l’insécurité, de l’incertitude, de la fraude, de la pauvreté massive, des drogues et trafics, etc ont été le terreau fertile de la ré-émergence des talibans.

Sonali Kolhatkar : Quelle est la meilleure manière pour les américains d’aider RAWA et le peuple afghan et les femmes afghanes aujourd’hui ?

RAWA : Nous nous sentons très chanceux.ses et heureux.ses d’avoir eu le peuple américain, amoureux de la liberté, avec nous pendant toutes ces années. Nous avons besoin que les américain.es lèvent leurs voix et protestent contre la politique guerrière de leur gouvernement et soutiennent le renforcement de la lutte du peuple en Afghanistan contre ces barbares. La résistance fait partie de notre nature humaine, et l’histoire en est témoin. Nous avons les exemples glorieux américains des mouvements Occupy Wallstreet et Black Lives Matter. Nous avons vu que l’oppression, la tyrannie ou la violence, rien n’arrête la résistance. Les femmes ne resteront plus enchaînées ! Le matin même après que les talibans soient entrés dans la capitale, un groupe de nos braves et jeunes femmes peignaient des graffitis sur les murs de Kaboul avec le slogan : Down with taliban ! Nos femmes sont maintenant conscientes politiquement et ne veulent plus vivre sous une Burqa, quelques choses qu’elles faisaient encore facilement il y a 20 ans. Nous continuerons notre combat pendant que trouverons des manières de rester en sécurité.

Nous pensons que l’empire militaire américain inhumain n’est pas l’ennemi du peuple afghan mais la plus grande menace sur la paix et la stabilité dans le monde. Maintenant que ce système est sur la pente du déclin, c’est le devoir de tout.e amoureux.se de la paix, progressiste, personne « de gauche » et défendeur.euse de la justice, individus comme groupes, d’intensifier leur combat contre les militaristes brutaux de la Maison Blanche, du Pentagone et du Capitole Hill. Remplacer ce système pourri par un juste et humain qui non seulement libérera des millions d’américain.es pauvres et opprimé.es mais aura un retentissement dans tous les recoins du monde.

Maintenant notre peur est que le monde oublie l’Afghanistan et les femmes afghanes comme sous les lois talibanes sanglantes des années 90. Cependant, le peuple américain progressiste et les institutions ne devraient pas oublier les femmes afghanes. Nous lèverons nos voix plus fort et continuerons notre résistance et notre combat pour la démocratie laïque et les droits des femmes !

Propos recueillis, le 21 aout 2021

Traduction : Prunelle.

http://www.laboursolidarity.org/Afghanistan-Interview-d-une

RAWA Responds to the Taliban Takeover

http://www.rawa.org/rawa/2021/08/21/rawa-responds-to-the-taliban-takeover.html

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Les Talibans et l’occupation affectent toute la région :
les femmes pakistanaises contre l’autoritarisme

Ce texte est une version éditée du discours de Bushra Khaliq, de la Marche Mondiale des Femmes pakistanaises, lors du webinaire « Luttes féministes pour renverser l’autoritarisme ». La Marche Mondiale des Femmes a déclaré sa solidarité permanente avec les femmes afghanes et convoque des femmes du monde entier à 24 heures de solidarité féministe le 1er septembre.

En ce qui concerne les régimes autoritaires de notre région, nous n’avons que des raisons de réagir à des situations défavorables. Les politiques publiques liées à la protection des femmes et des droits humains dans nos pays sont sous attaque. Nos dirigeants politiques et notre premier ministre ont déjà dit des choses comme « une femme peut être violée en fonction de ce qu’elle porte comme vêtement ». Après cette déclaration, d’une part, il y a eu beaucoup de critiques, mais la mentalité patriarcale parle plus fort. Ils montrent la haine et la misogynie qu’ils ont contre la visibilité et la participation des femmes dans la sphère publique.

Les femmes sont attaquées, violées, battues et même tuées dans diverses régions du pays. C’est une crise immense, il y a beaucoup de révolte. Nous nous préoccupons des comportements et de la mentalité de ceux qui sont au pouvoir et qui jouissent de privilèges. Comment voient-ils, analysent-ils et identifient-ils les causes de l’augmentation de la violence à l’égard des femmes ?

Les droits des minorités religieuses sont également menacés. Il y a eu plusieurs incidents où des personnes ont attaqué des espaces de culte de minorités religieuses. Cette mentalité intolérante prévaut non seulement dans notre société, mais aussi parmi les parlementaires, le président du Parlement et le chef de l’État. Leur intolérance et leurs discours discriminatoires provoquent des comportements plus violents dans la société.

Pendant cette période de deux ans, nous avons vécu une crise immense dans le domaine de la santé. C’est l’échec de l’État, qui est incapable de répondre à la pandémie de covid-19. Des milliers de femmes ont perdu leur emploi, le système de santé s’est effondré, la mise en œuvre des protocoles de fonctionnement n’a pas été suivie par la population et le gouvernement n’a pas assuré le bon déroulement de la pandémie. La question des intrants, en particulier le vaccin, et les conséquences pour l’économie sont des réalités très critiques.

Relations entre le Pakistan et l’Afghanistan

Le Pakistan a une énorme frontière avec l’Afghanistan. Face à l’influence socialiste en Afghanistan à partir de 1979, le Pakistan a commencé à offrir un grand soutien à l’intervention impérialiste des États-Unis. Le Pakistan a également subi les effets néfastes de sa politique étrangère pour l’Afghanistan, déployée en coalition avec les forces impérialistes. Le pays souffre de l’ouverture des frontières. Plus de trois millions de réfugiés afghans sont entrés au Pakistan à pied, car nous avons la plus grande frontière avec le pays voisin, du Nord et de l’Est.

Le Pakistan n’a ni reconnu ni ratifié les politiques en faveur des personnes réfugiées. C’est pourquoi, au cours des 40 dernières années, nous n’avons pas mis en place de politiques ou de lois globales pour accueillir ces personnes et leur garantir les droits humains. S’il est important de les accueillir et d’ouvrir les frontières en temps de crise, lorsqu’il y a une recherche de refuge, sans infrastructures, politiques et lois pour la protection des réfugiés, le résultat peut être désastreux.

Le 15 août de cette année, Kaboul a été prise par les Talibans, un groupe fondamentaliste qui contrôlait le pays entre 1996 et 2001. À l’époque, le gouvernement pakistanais a reconnu le leadership des talibans et a été le premier parmi trois pays à soutenir le groupe. Les talibans ont une histoire très cruelle au sein du gouvernement et occupent maintenant, pour la deuxième fois, tout l’Afghanistan. Les forces états-uniennes ont commencé à évacuer la région et la façon dont elles se retirent a laissé le pays au bord de la guerre civile. Tout le système s’est effondré.

Pendant le premier régime taliban, la destruction a été inimaginable. La situation des droits des femmes, la protection des minorités religieuses et l’économie du pays étaient très mauvaises. Au cours des 20 années d’intervention impérialiste états-unienne, la nouvelle génération a commencé à recevoir de l’éducation, principalement des femmes. On a ouvert des écoles. Il était possible de voir des femmes artistes voyager dans d’autres pays et montrer une image positive de l’Afghanistan. Néanmoins, les États-Unis ne pouvaient pas gérer les choses, renforcer la population et expliquer tout le régime taliban au peuple afghan.

Maintenant, tout est une menace. La communauté journalistique est sous attaque, les journalistes ont été battus et humiliés pour avoir diffusé des images des manifestations le jour de l’indépendance de l’Afghanistan. Ce sont des journalistes qui montraient la résistance du peuple afghan au gouvernement des talibans et aux femmes qui défilaient dans les rues et réclamaient des transformations politiques. Il y a aussi une menace pour les artistes, car les talibans ne reconnaissent pas les expressions culturelles. Les femmes qui étaient dans la politique et dans la vie publique sont également menacées.

Les Talibans ont une longue histoire criminelle d’assassinats, de meurtres et de comportements autoritaires. Ils imposent leur propre code d’éthique et de tenue vestimentaire. Nous sommes préoccupées par la sécurité et la protection des femmes en général, qui ont très peur et ne savent pas si elles pourront retourner au travail ou non. Les Talibans ont annoncé une amnistie générale, mais le peuple afghan craint de continuer à travailler, principalement des femmes et des employés de l’ancien gouvernement.

Organiser la solidarité féministe

Nous et d’autres compagnes de la Marche Mondiale des Femmes sommes déjà en contact avec des militantes afghanes. En tant que mouvement féministe, nous devons réfléchir à des moyens d’élargir notre solidarité au-delà des déclarations. Nous devons faire comprendre à nos gouvernements que reconnaître les Taliban au pouvoir peut à nouveau être désastreux pour le peuple afghan et la région. Unissons-nous pour soutenir les droits des femmes en Afghanistan. Elles souffrent depuis 45 ans. Le moment est venu d’exprimer notre solidarité avec des actions créatives et concrètes.

Bushra Khaliq

Bushra Khaliq est directrice-exécutive de l’organisation des Femmes en Lutte pour l’Autonomisation (Women in Struggle for Empowerment – WISE) et représentante de l’Asie et l’Océanie au Comité International de la Marche Mondiale des Femmes.

Édition : Bianca Pessoa, Helena Zelic et Tica Moreno

Traduit du portugais par Andréia Manfrin Alves

Langue originale : Anglais

https://capiremov.org/fr/analyse/les-talibans-et-loccupation-affectent-toute-la-region/

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Personne n’a jamais demandé aux femmes afghanes ce qu’elles voulaient

Entretien avec Mejgan Massoumi conduit par Maria Landi et Francisco Claramunt

Titulaire d’un doctorat en histoire, Mejgan Massoumi est chercheuse sur l’Afghanistan moderne. Elle est diplômée de l’université de Stanford, en Californie, où elle enseigne actuellement. Sa famille a fui l’Afghanistan en 1980, un an après la prise du pouvoir par le « régime communiste » qui l’a gouverné jusqu’en 1992. Sa dernière visite dans le pays remonte à 2018, pour effectuer un travail de terrain et des recherches pour sa thèse, comme elle l’explique à l’hebdomadaire Brecha (Montevideo, Uruguay). Le dialogue que nous reproduisons ci-dessous s’est effectué par courriel.

Depuis que les talibans ont pris le contrôle du pays, l’Occident semble se souvenir du sort des femmes afghanes et paniquer, comme si, pendant les 20 ans d’occupation par les Etats-Unis et l’OTAN, la situation des femmes et de la population en général dans le pays avait été bonne et prospère. Quels sont vos commentaires ou observations concernant cette perception ?

La justification de la « guerre contre le terrorisme » en 2001 était, en partie, liée aux féministes occidentales, qui pensaient que les femmes afghanes devaient être « sauvées » de l’oppression des talibans. C’est intéressant, car personne n’a jamais demandé aux femmes afghanes ce qu’elles voulaient. En fait, on ne le leur demande toujours pas.

Les réalisations de ces 20 dernières années pour les femmes et pour de nombreuses personnes en Afghanistan sont liées au fait que, elles-mêmes, ont fait reculer les systèmes d’oppression qui cherchaient à les contrôler, que ce soit l’impérialisme occidental ou le terrorisme taliban. Dans les médias, de nombreuses femmes ont pris de grands risques dans leur carrière pour être créatives avec de nouveaux programmes, pour être des journalistes qui posent des questions difficiles aux dirigeants afghans et internationaux et leur demandent des comptes. Je ne pense pas que vous puissiez dire que les femmes ont eu l’opportunité de faire ces choses à cause de l’occupation des Etats-Unis et des pays de l’OTAN. Je pense que les femmes afghanes sont fortes, intelligentes et capables de tout faire dans ce monde. Elles se sont battues pour elles-mêmes afin de gagner leur droit de participer à la vie publique et de revendiquer leur autonomie.

Quelle était la situation pendant ces 20 ans ? Y a-t-il eu des améliorations et des investissements réellement significatifs dans la vie et les conditions de vie des femmes ? Compte tenu des milliers de milliards que les Etats-Unis et leurs alliés ont investis dans les secteurs militaire et sécuritaire et dans le soutien aux seigneurs de guerre locaux, qu’est-ce qui aurait pu être fait différemment ?

Je pense qu’il y a déjà suffisamment de preuves pour démontrer tous les échecs de l’aventure des Etats-Unis en Afghanistan. Si vous regardez les rapports SIGAR (Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction) [1] ou les « Afghanistan Papers » publiés par le Washington Post, vous pouvez y constater les preuves de corruption, de mauvaise gestion, l’absence d’un plan clair pour la guerre ou la raison pour laquelle les Etats-Unis étaient là… Tous ces éléments offrent des démonstrations de ce qui a mal tourné…

Lorsque les Etats-Unis ont commencé leur guerre en 2001 après le 11 septembre, leur rhétorique – en particulier sous la présidence de Bush – était « nous ne négocions pas avec les terroristes » ou « ceux qui les abritent ». Pourtant, en 2020, les Etats-Unis ont commencé à élaborer un accord de paix avec les talibans à Doha, au Qatar. Et cela sans la participation du gouvernement afghan. La façon dont les Etats-Unis ont envisagé cette guerre et son objectif était erronée dès le départ, surtout si l’on considère que l’objectif était de se débarrasser des terroristes et que, maintenant, ils ont maintenant signé un accord de paix qui a réinstallé les terroristes en Afghanistan.

Comme je l’ai déjà dit, je pense que les femmes afghanes ont réalisé des progrès importants au cours des 20 dernières années, mais le retour des talibans menace de tous les anéantir. Lorsqu’ils ont pris le pouvoir, ils ont publié des décrets menaçant de marier les femmes non mariées et les veuves de moins de 45 ans.

Pensez-vous que les talibans ont changé d’une manière ou d’une autre au cours des 20 dernières années, et qu’il y a une différence par rapport sont précédent gouvernement, il y a 25 ans (1996-2001) ? Pourquoi pensez-vous que leur discours a été presque « conciliant » lors des premières conférences de presse et déclarations ?

Non. Je pense que tout ce qu’ils essaient de montrer d’eux maintenant, sous un jour positif, est une façade. Comme je l’ai mentionné, depuis leur prise de pouvoir, ils ont déjà publié des déclarations pour contrôler le corps des femmes et les forcer à se marier. Leur violence ne s’arrêtera pas en une semaine. Il serait très naïf de croire qu’ils se sont réformés. Des rapports et des vidéos provenant de tout le pays montrent qu’ils ont attaqué des maisons et menacé toute personne travaillant avec les Etats-Unis.

Il est également dangereux d’accepter par pragmatisme un groupe terroriste qui a pris le pouvoir. Dès que l’on commence à parler de « bon, mais maintenant ils sont au pouvoir », on leur donne une légitimité. Et je ne pense pas qu’un groupe terroriste devrait avoir la légitimité dans notre monde pour diriger un pays. C’est un crime. Le peuple afghan n’a pas voté pour les talibans. Ce groupe terrorise la population depuis plus de 20 ans et le peuple afghan n’oubliera pas ses atrocités.

Quelle est votre perception de ce que ressent la majorité de la population face au retour des talibans au pouvoir ? Bien sûr, cela peut varier en fonction de la région, du genre, de l’environnement urbain ou rural et ainsi de suite, mais je me demande quelle est leur base de soutien, au-delà de la peur et du respect naturels qu’une organisation armée puissante peut susciter.

Les Afghans se soulèvent et résistent de diverses manières. Ils revendiquent leur drapeau national et les symboles de leur pays et n’acceptent pas le drapeau des talibans. Ils récupèrent leur belle religion en criant « Allahu Akbar » (« Allah est plus grand ») et rejette ainsi cette idée que les talibans peuvent utiliser la religion pour justifier leur violence. L’islam est une religion de paix, pas de violence.

Quels sont les sentiments et les craintes des femmes, que pensent-elles du retrait des Etats-Unis et de la manière dont il a été effectué ? Comment leur vie est-elle et sera-t-elle affectée, et quelles sont les perspectives pour elles ?

Je crains que de nombreux Afghans – qu’il s’agisse de femmes ou d’hommes – ne ressentent un énorme sentiment de trahison de la part des Etats-Unis. Je pense que tout le monde dans le pays voulait que les forces des Etats-Unis partent, certes, mais pas de cette manière. Les Etats-Unis ont utilisé le territoire afghan pendant 20 ans pour mener une guerre contre le terrorisme et rendre le monde « plus sûr ». Et pourtant, avec ce retrait, les Etats-Unis n’ont alloué aucune dignité au peuple afghan. A l’aéroport, la sécurité des vies américaines est privilégiée par rapport aux vies afghanes. Les Etats-Unis considéraient le peuple afghan comme des « alliés », mais ont traité ces alliés comme des « victimes malheureuses » dans ce scénario. Le fait que le président Biden laisse entendre que les soldats afghans étaient des lâches qui ne voulaient pas se battre pour eux-mêmes revient à nier les quelque 66 000 soldats afghans qui sont morts au cours de cette guerre. Ce chiffre à lui seul est synonyme de sacrifice et d’engagement.

Que pouvons-nous faire dans le Sud, et en Amérique latine en particulier, pour soutenir le peuple afghan?  Que peuvent et doivent faire les organisations féministes pour vraiment comprendre et soutenir les femmes afghanes de manière positive et constructive ?

S’il vous plaît, ne reconnaissez pas et ne soutenez pas le gouvernement des talibans ! Faites pression sur tout gouvernement qui soutient les talibans pour qu’il cesse de le faire et de les financer. A moins de soutenir le terrorisme, ils ne devraient pas permettre que cela arrive à un pays qui a enduré plus de 40 ans de guerre. S’il vous plaît, plaidez pour que l’Afghanistan soit libre, et pour que le peuple afghan décide lui-même de l’identité de ses dirigeants. Cette décision ne doit pas être prise par les impérialistes ou les terroristes talibans. Le peuple afghan doit décider lui-même.

Qu’aimeriez-vous dire ou souligner d’autre sur la situation actuelle qui n’a pas été suffisamment mise en évidence dans les analyses occidentales ?

Je ne pense pas que les gens comprennent vraiment quelle place importante occupe l’Afghanistan dans ce monde. En dehors du fait qu’il est utilisé comme un lieu de guerre, l’Afghanistan est pour moi un lieu de paix, d’imagination, d’expérimentation et, surtout, d’amour. Mais si nous continuons à penser à l’Afghanistan uniquement comme à un lieu de victimes et d’horreur, nous serons aveugles à tout l’amour qu’il offre au monde et comment – s’il a sa propre autonomie et un gouvernement choisi par le peuple – il peut être l’un des endroits les plus puissants de ce monde. Je me demande si c’est la raison pour laquelle tant de puissances mondiales s’y intéressent ?

Entretien publié dans Brecha en date du 27 août 2021 ; traduction par la rédaction de A l’Encontre

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[1] L’inspecteur général pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR) a été créé par le Congrès américain pour contrôler les fonds de reconstruction afghans. Sa mission officielle est de « promouvoir l’économie et l’efficacité des programmes de reconstruction financés par les Etats-Unis en Afghanistan et de détecter et prévenir les fraudes, les gaspillages et les abus en menant des audits, des inspections et des enquêtes indépendants, objectifs et stratégiques ». De manière significative, la première page de son site web contient un rapport intitulé : « What We Need to Learn: Lessons from 20 Years of Reconstruction in Afghanistan ». (Réd.)

http://alencontre.org/asie/afghanistan/afghanistan-personne-na-jamais-demande-aux-femmes-afghanes-ce-quelles-voulaient.html

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Afghanistan : Des loups va-t-en-guerre déguisés en agneaux humanitaires !

Le paysage politique américain de ces jours-ci n’a jamais été aussi clair et net. Contre la décision du président Biden de retirer définitivement les troupes américaines de l’Afghanistan le 31 Août, se rangent : L’ensemble de l’établissement politico-économique du pays, le parti Républicain et son chef Donald Trump, une grande partie d la direction du parti Démocrate et de ses groupes parlementaires, le complexe militaro-industriel et tout ce qui a un rapport direct ou indirect avec la guerre, tous les grands media (quotidiens, chaînes de télé,…) indépendamment de leur sympathies partidaires, une importante partie de la hiérarchie militaire, les centres de décision néolibéraux et atlantistes (1). En faveur de la même décision de Biden se rangent : L’ensemble de la gauche – radicale et moins radicale – américaine ainsi que tous les grands mouvements sociaux, la plupart des organisations de vétérans, la grande majorité (selon les sondages, 63%-65%) du peuple américain.

Quant à l’Europe, contre la décision de Biden se rangent : Tous les alliés atlantiques des États-Unis et l’OTAN, la direction de l’Union Européenne et ses pays-membres, tous les grands médias, les principaux groupes politiques (Chrétiens-démocrates, Libéraux, Sociaux-démocrates, Extrême-droite), plusieurs ONG. Et en faveur de la même décision du Président américain, se rangent : D’après ce qu’on connaît, il n’y a pas des forces de la gauche européenne rangées clairement et catégoriquement en faveur de cette décision et contre les efforts persistants des gouvernements de leurs pays pour que Biden recule et consente à faire prolonger le déploiement des forces américaines en Afghanistan… 

Comme par hasard, l’ensemble des forces de tout ordre (politiques, économiques, médiatiques, etc) qui se rangent maintenant contre la décision du président Biden, se sont toujours rangés ces 20 dernières années, en faveur de l’invasion et de l’occupation de l’Afghanistan par le corps expéditionnaire américain et ses alliés de l’OTAN, c’est a dire en faveur de la guerre. Et également, … comme par hasard, l’ensemble de ceux qui soutiennent maintenant la décision de Biden, se sont rangés des le début contre la guerre, ont dénoncé en permanence ses atrocités et les inavouables intérêts qu’elle servait, et sont descendus dans les rues demandant sa fin sans conditions.

En effet, comme quand ils soutenaient la guerre et l’invasion de l’Afghanistan, de la même façon maintenant quand ils demandent que les troupes américaines ne soient pas retirées le 31 Août, les divers va-t-en-guerre, tant américains qu’européens, mettent en avant la « protection des droits humains » et plus spécialement « la protection des droits des femmes Afghanes » pour justifier leur comportement. Mais, tant alors que maintenant, ils mentent. D’abord, durant les 20 ans qu’elles sont restées en Afghanistan, leurs forces militaires et policières, ont rivalisé en matière d’atrocités avec les Talibans, faisant des milliers de victimes parmi les civils Afghans. Quant à la démocratie qu’ils ont promise, la seule chose qu’ils ont réussi a été de créer un État afghan totalement corrompu et monstrueux qui, a l’instar de son armée, s’est décomposé et s’est effondré de fond en comble en l’espace de quelques jours, manifestement parce qu’il n’avait rien à défendre… et parce qu’il n’y avait pratiquement personne voulant le défendre…

Et ensuite, si toutes ces bonnes âmes se souciaient vraiment du sort des pauvres Afghans, et plus particulièrement du sort des femmes Afghanes, ils avaient tout le temps, c’est a dire 20 ans (!) et d’innombrables occasions pour le démontrer non pas en paroles mais en actes. Cependant, ils ne l’ont jamais fait et le résultat pitoyable est devant nos yeux : Obligés de choisir entre la Scylla des Talibans et la Charybde impérialiste, la majorité des Afghans semblent, pour l’instant, préférer, mais sans illusions, la première à la seconde, car au moins elle promet la paix tant désirée.

Mais, diront-ils, tout ça c’est bien mais quid des milliers d’Afghans et d’Afghanes désespérées qui s’entassent a l’aéroport de Kaboul, et s’efforcent de partir, allant jusqu’à s’agripper aux avions et mourir ? Que dites-vous de ceux-la, est-ce que ce sont aussi des mensonges ? Évidemment, que non, ce ne sont pas des mensonges. Comme d’ailleurs, ce ne sont pas des mensonges les dizaines de milliers d’Afghans et d’Afghanes qui tentent non pas maintenant, mais depuis 20 ans, de s’évader de l’enfer afghan, souvent en risquant leur vie. Tous ceux et toutes celles que notre bonne et si humanitaire Union Européenne entasse – indéfiniment ? – dans les divers « Moria » et ses autres camps de concentration absolument inhumains, quand elle ne lève devant eux et elles des murailles, des barbelés, des champs de mines ou la tristement célèbre Frontex, et ne les arrête définitivement et irréversiblement en les envoyant par milliers au fond de la Méditerranée.

Alors, frontières ouvertes pour les réfugiés Afghans d’aujourd’hui et de demain ! Mais, en commençant avec ceux d’hier et d’avant-hier qui attendent en vain depuis de très longues années le tant désiré asile politique dont ils ont droit. En d’autres termes, hic Rhodus hic salta ! Tout le reste n’est que pure propagande et lavage des cerveaux de ces loups va-t-en guerre bien connus qui tentent – comme toujours – de se déguiser en agneaux humanitaires…

Yorgos Mitralias

Note

1. Il n’est pas exclu que l’acharnement de tout ce beau monde contre Biden cache une tentative, plus ou moins consciente et coordonnée, de l’affaiblir et finalement, de l’éloigner du pouvoir. Pourquoi ? Mais, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec ses choix économiques, et surtout, parce qu’ils le considèrent – d’ailleurs, avec raison – vulnérable aux pressions de la gauche américaine et des mouvements sociaux. Alors, malgré ses efforts incessants pour les rassurer en accumulant reculades et concessions, cette « vulnérabilité » de Biden le rend à leurs yeux « imprévisible » et en tout cas, différent des autres présidents « dociles » et disciplinés.

 

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Déclaration des Droits Fondamentaux de la Femme Afghane

« Charte des femmes afghanes » – Douchambé – 28 juin 2000

SECTION 1

Considérant qu’aujourd’hui en Afghanistan, la Déclaration des Droits de l’Homme ainsi que tous les textes internationaux s’appliquant aux droits des femmes énumérés dans la section 2 du document sont systématiquement bafoués ; Considérant que tous les règlements promulgués par les Taliban concernant les femmes sont en opposition totale avec les textes internationaux cités dans la section 2 de ce document ;

Considérant que les tortures et traitements inhumains ou dégradants imposés par les Taliban aux femmes en tant que membres actifs de la société ont mis en danger la société afghane,

Considérant que la violence quotidienne qui s’exerce contre les femmes en Afghanistan se traduit pour chacune d’entre elles par un état de détresse profonde,

Considérant qu’en l’absence d’État de droit en Afghanistan, les femmes se trouvent dans une situation de danger permanent, Considérant que les discriminations de sexe, de race, de religion, d’ethnie, de langue, de localité, etc…., sont sources de violence (viol, insultes, coups, lapidation, etc.),

Considérant que la pauvreté et le manque de droit de circulation forcent la femme afghane à la prostitution, l’exil, au mariage forcé, à la vente, au trafic de filles, etc…

SECTION 2

La déclaration qui suit est élaborée à partir des documents suivants :

  • Charte des Nations Unies

  • Déclaration des Droits de l’Homme

  • Convention internationale des Droits Économiques, Sociaux et Culturels

  • Convention Internationale des Droits Civils et Politiques

  • Convention des Droits de l’Enfant

  • Convention d’élimination de toute forme de discrimination contre les femmes

  • Déclaration d’élimination de la violence contre les femmes

  • Droits Humains des Femmes des Nations-Unies

  • Constitution de l’ Afghanistan de 1964

  • Constitution de l’ Afghanistan de 1977

  • Déclaration de Beijing

SECTION 3

Le droit fondamental des femmes, comme de tout être humain, est de vivre en dignité ce qui implique les droits suivants

1. Le droit à l’égalité entre hommes et femmes et le droit à l’exclusion de toute forme de discrimination ou de ségrégation fondée sur le sexe, la race, la religion, ou autre

  1. Le droit à la sécurité personnelle et à ne pas être soumise à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants

  2. Le droit à la santé physique et mentale pour elle et son enfant

  3. Le droit à la protection égale de la loi

  4. Le droit à l’éducation institutionnelle incluant toutes les disciplines y compris physiques

  5. Le droit à des conditions justes et favorables de travail

  6. Le droit de circuler librement, indépendamment

  7. Le droit à la liberté de pensée, d’expression, d’association et de participation politique

  8. Le droit de porter ou non le voile ou l’écharpe

  9. Le droit de participer aux activités culturelles, y compris le théâtre, la musique, le sport

SECTION 4

Cette déclaration qui a été préparée par les femmes afghanes affirme et souligne ceux des droits essentiels que nous, les femmes afghanes, reconnaissons comme les nôtres pour nous-mêmes et les autres femmes afghanes. C’est un document que l’État afghan doit respecter et appliquer. Ce document correspond à un moment de notre action et pourra être complété ultérieurement.

Cette Charte a été élaborée par une assemblée de femmes afghanes réunies à Douchambé à l’occasion de la conférence du 27-28 juin 2000 organisée dans le cadre de « Femmes en marche pour l’Afghanistan ».

Pour obtenir la pétition de soutien à cette déclaration :

Negar, BP 10, 25770 FRANOIS

mail : negar@wanadoo.fr

sur le site : http://perso.wanadoo.fr/negar

2011 - Manifeste

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« Entendez nos cris » : ce qui terrifie une militante

des droits des femmes afghanes.

Entretien avec K. conduit par Mona Tajali

Au début du mois d’août, après s’être consacrée pendant plus de 12 ans à divers aspects des droits des femmes, K – dont le nom complet ne sera pas communiqué pour sa protection – et sa famille ont fui leur maison dans la province de Balkh, dans le nord de l’Afghanistan. Les talibans avaient pris Mazar-i-Sharif, la capitale provinciale. Une gouverneure de district de la même province, Salima Mazari, une politicienne endurcie, a pris les armes pour combattre les talibans, mais elle a récemment été capturée par ces forces, et on ignore où elle se trouve actuellement.

K et sa famille, y compris ses deux jeunes enfants, se cachent chez une amie à Kaboul, une ville qu’elle croyait plus sûre et mieux préparée à résister aux talibans que les villes de province moins équipées. Mais à sa grande horreur, quelques jours après leur arrivée [le 15 août], les talibans se sont emparés de la capitale du pays. Je me suis entretenu avec elle le 20 août, cinq jours seulement après la chute de Kaboul aux mains des talibans. K était submergée par des émotions de peur, de désespoir et de trahison. Elle a insisté sur la nécessité pour le « monde d’entendre nos cris ». En tant que mère, elle avait particulièrement peur pour l’avenir de son pays et pour la sécurité de ses jeunes enfants.

Contrairement à nombre de ses collègues, K est restée en Afghanistan et a passé les derniers jours au téléphone à rassurer ses collaboratrices à Balkh en leur disant qu’elle ne les avait pas oubliés. Elle m’a dit : « Nous [mes collègues militantes et moi-même] sommes extrêmement inquiètes pour l’avenir de l’Afghanistan, et nous voulons rassurer nos compatriotes afghans en leur disant que nous sommes là pour eux, pour faire entendre leur voix au monde. C’est notre responsabilité morale. ».

Mona Tajali : Avec la récente prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans, qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?

K : Avec d’innombrables autres militants des droits des femmes, j’ai passé les deux dernières décennies à investir dans notre foyer, notre société, nos enfants et les filles de ce pays qui sont confrontées à de nombreux obstacles. Tous les progrès que nous avons accomplis risquent d’être réduits à néant du jour au lendemain. Comment pouvons-nous garder espoir alors que désormais est menacé tout ce pour quoi nous avons travaillé ?

En tant que personne ayant mené diverses initiatives en faveur des droits des femmes, je suis inquiète pour moi-même, mais aussi pour les femmes qui ont travaillé pour nous au fil des années. Leurs vies sont en danger, car beaucoup d’entre elles ont servi d’auxiliaires auprès d’organisations internationales, travaillant aux côtés d’assistants masculins. Je crains que l’idéologie conservatrice des talibans ne tolère pas de telles activités.

J’ai récemment entendu le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, déclarer que les femmes pouvaient reprendre leurs professions comme par le passé et poursuivre leurs activités publiques sans crainte. Cependant, nous savons que si les talibans ne privilégient que certaines professions féminines, comme les enseignants et les infirmières, nous craignons que les femmes qui travaillent pour des ONG ou le secteur privé ne subissent des représailles.

Kaboul n’est pas représentative du reste du pays. Puisque le monde a les yeux rivés sur Kaboul, peut-être qu’ici les femmes pourront encore présenter les informations ou entrer dans les cliniques où elles travaillaient auparavant. Mais nous recevons des rapports des provinces dans lesquelles tous les bureaux des ONG ont été fermés. Mes collègues de Balkh m’ont informée que les talibans leur ont ordonné de ne pas quitter leur domicile sans burqa ou sans tuteur masculin. Ce sont ces mêmes femmes qui ont dirigé leurs propres organisations et font carrière, permettant à certaines d’entre elles de subvenir seules aux besoins de leur famille.

Un ami m’a dit que les propriétaires de magasins ont reçu l’ordre de ne pas vendre aux femmes qui viennent faire leurs courses sans être accompagnées d’un tuteur masculin ou d’un enfant de plus de 12 ans.

Un tel traitement des femmes est naturellement inquiétant et démontre clairement que les talibans n’ont pas changé. Ils entendent gouverner selon la même interprétation stricte de l’Islam qu’ils professaient il y a 20 ans.

Comment vous et votre famille faites-vous face ? Comment vos collègues s’en sortent-ils ?

Je n’ose pas quitter ma maison. Ma fille, qui est trop jeune pour vraiment comprendre ce qui se passe, me demande qui sont les talibans. Aujourd’hui, elle m’a demandé : « S’ils nous voient, vont-ils nous tuer ? » Mon fils, qui n’a que 7 ans, se demande pourquoi je ne vais plus au travail. En voyant leurs visages inquiets, tout ce que je peux faire, c’est leur dire que les talibans ne nous feront pas de mal, mais dans mon esprit, je n’en suis pas certaine.

C’est un moment très douloureux pour nous tous. Je ne peux pas éteindre mon téléphone une seule seconde, car mes auxiliaires de la province où je travaillais m’appellent constamment pour me demander si j’ai quitté l’Afghanistan. Je leur fais savoir qu’avec la fermeture de notre bureau à Balkh, j’ai été transférée à Kaboul, mais je les rassure en leur disant que je n’ai pas quitté l’Afghanistan et que je suis toujours là à chercher des moyens de les soutenir. C’est un tel soulagement pour eux de savoir qu’ils n’ont pas été oubliés, tout comme c’est un soulagement pour nous lorsque nous apprenons que les médias internationaux ne nous ont pas oubliés et s’intéressent à nous.

Beaucoup de nos stagiaires sont des femmes et des jeunes filles qui veulent apprendre leurs droits et les moyens de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille en s’inscrivant à nos cours d’alphabétisation et de couture. Avec le soutien d’une organisation canadienne, nous fournissons à chaque stagiaire, pendant nos cours de huit mois, une machine à coudre, un fer à repasser et d’autres équipements nécessaires, ainsi que l’équivalent d’environ 2 dollars par jour pour le coût de leur transport. Pour l’Occident, cet argent peut sembler très réduit, mais pour les femmes, il s’agit d’une somme considérable, que beaucoup économisent pour acheter les fournitures scolaires de leurs enfants.

Vous pouvez imaginer que pour des femmes qui ont si peu, de telles formations sont vitales. Mais depuis la fermeture de notre bureau, il y a environ trois mois, elles n’ont plus accès à ces cours et à tout ce qui allait avec, notamment un sentiment de communauté et de sororité entre les femmes. J’aimerais pouvoir dire à nos stagiaires que notre programme va reprendre.

Que demanderiez-vous à la communauté internationale ?

La société civile afghane était très optimiste quant à tout le travail effectué dans le domaine des droits de l’homme et des femmes. Cependant, le président Biden a déclaré dans un discours que, malgré tout le travail que nous avons accompli, les Afghans eux-mêmes ne font pas assez pour leur propre pays. Cette déclaration a fait perdre espoir à nombre d’entre nous, tout en laissant entendre que le travail que mes collègues et moi-même accomplissions et tout ce que nous réalisions pour les droits des femmes était invisible et insignifiant. Ceux d’entre nous qui ont consacré des années à la reconstruction de ce pays ne peuvent se permettre de rester silencieux quant aux véritables enjeux en Afghanistan.

Une grande partie de la couverture médiatique occidentale est axée sur l’évacuation des journalistes et des membres de la communauté internationale d’Afghanistan. Mais si ces observateurs partent, qui nous entendra ? Qui sera en mesure de voir réellement ce qui nous arrive ?

Je demande à la communauté internationale de nous soutenir en permettant la réalisation de reportages depuis l’Afghanistan. Je demande aux observateurs internationaux, aux journalistes et aux organisations humanitaires de documenter ce qui se passe dans le pays avec la prise du pouvoir par les talibans. Je leur demande également de ne pas se contenter de faire des reportages dans les grandes villes comme Kaboul, mais de se rendre également dans les provinces périphériques pour fournir des rapports sur les droits des femmes et leur accès à l’éducation, à l’emploi, aux droits humains et pour faire connaître la situation sur place.

La communauté internationale, y compris des organismes tels que la Cour pénale internationale (CPI), a l’obligation morale de documenter notre situation. Ils devraient nous fournir des ressources pour construire la paix et la réconciliation, plutôt que de nous abandonner à notre sort à un moment aussi critique.

J’entends constamment des rapports sur les tentatives des talibans de revenir sur les droits des femmes, en particulier dans les régions reculées de l’Afghanistan, mais je crains que ces rapports ne soient plus relayés par les médias internationaux ou que les Nations unies décident simplement de fermer les yeux.

Ceux et celles d’entre nous qui connaissent bien les provinces peuvent attester du fait que les talibans n’ont pas modéré leur position à l’égard des femmes. Nous savons, par exemple, que la burqa est rendue obligatoire pour les filles à partir de la sixième année. Au cours des derniers mois, les talibans ont imposé des restrictions dans les villages, les villes et les provinces. Ce n’est qu’une question de temps avant que les grandes villes ne connaissent de telles restrictions. Il est donc essentiel de les signaler maintenant, avant qu’elles ne se généralisent et ne se normalisent.

Nous espérons également que l’aide humanitaire à l’Afghanistan se poursuivra. D’innombrables organisations et programmes de formation dépendent de cette aide pour continuer à fournir leurs services. Des millions de femmes et de jeunes filles en Afghanistan dépendent d’eux pour pouvoir survivre, aussi bien les formatrices que nos stagiaires.

Reconnaître que la communauté internationale ne nous a pas oubliés et continue de nous soutenir aidera nombre d’entre nous, travailleurs et travailleuses d’ONG, à sortir de la clandestinité et à poursuivre nos efforts de reconstruction de ce pays déchiré par la guerre. C’est ce que nous savons le mieux faire, alors continuez à soutenir notre travail.

Avez-vous remarqué des améliorations dans les droits des femmes ou dans la perception qu’ont les femmes de leurs propres droits tout au long de votre décennie d’activisme dans ce domaine ?

Oui, je l’ai remarqué. Lorsque j’ai commencé à m’investir dans la défense les droits des femmes, j’ai travaillé comme formatrice dans les zones rurales d’Afghanistan, dans le but de faire prendre conscience aux femmes de leurs droits fondamentaux, tels que leur droit à l’éducation, à l’emploi, à l’accès aux soins de santé, au choix de leur mari, et même au choix de la couleur de leurs vêtements. Beaucoup d’entre elles ne connaissaient pas ces droits, et davantage n’avaient pas d’éducation formelle et ne savaient ni lire ni écrire.

Par exemple, dans les premières années de mon engagement, alors que je terminais un rapport de recherche sur la santé maternelle des femmes et l’accès aux cliniques, presque toutes les femmes que j’ai interrogées ne comptaient que leurs fils. Elles ne considéraient pas qu’il était important de mentionner leurs filles ou d’obtenir une carte d’identité pour elles. De nombreuses femmes ne voyaient pas l’intérêt de mettre au monde des filles, puisqu’elles quittaient la maison au moment du mariage et n’étaient pas là pour s’occuper de leurs parents au cours de leur vieillesse. Toutefois, cette perception a radicalement changé. Depuis environ trois ans, lorsque je faisais la même enquête, elles mentionnent le nombre de filles et de fils qu’elles ont, tout en accordant beaucoup plus d’attention à l’importance des opportunités pour leurs filles, telles que les écoles ou les soins de santé.

Aujourd’hui, elles voient les avantages d’avoir des filles éduquées qui savent lire et écrire. Ces filles peuvent devenir médecins, infirmières ou ingénieurs. De nombreuses femmes ne se sentent pas à l’aise, par exemple, pour demander une aide médicale si le seul fournisseur de soins de santé de leur village est un homme. Cette seule compréhension a encouragé de nombreuses personnes à voir l’intérêt d’éduquer leurs filles, dans l’espoir qu’elles seront ensuite mieux à même de contribuer à la société.

Les femmes afghanes ont vu tellement de choses dans leur vie qu’elles sont prêtes à améliorer leur propre situation et celle de leurs enfants. Nous sommes préoccupés par le fait que tout ce que nous avons obtenu par un dur travail accompli ces dernières décennies risque maintenant d’être perdu.

Nous entendons des rapports selon lesquels il existe un soutien aux talibans, en particulier dans les zones reculées et les villes de province. Cependant, d’après ce que vous me dites, il semble que de nombreuses femmes, y compris celles des régions pauvres, craignent également les talibans et ce que leur arrivée au pouvoir peut signifier pour les droits des femmes, durement acquis. Selon vous, dans quelle mesure les talibans bénéficient-ils d’un soutien et d’un appui de la part de larges secteurs de la population ?

Notre peuple attendait tellement plus de ce que promettait la période républicaine et de la démocratisation. Il espérait qu’un gouvernement républicain résoudrait leurs problèmes et répondrait à leurs besoins. Malheureusement, avec la corruption généralisée et la répartition injuste des ressources dans le pays, beaucoup pensent que ni le gouvernement ni les talibans ne se soucient vraiment d’eux.

Par exemple, nous savons que les ressources naturelles de l’Afghanistan ont été vendues de manière corrompue sans que l’Afghan moyen en profite. Ce ressentiment à l’égard du gouvernement a également été ressenti par un grand nombre de nos jeunes instruits qui, malgré leur travail acharné, n’ont pas pu obtenir d’emploi dans la fonction publique parce que des personnes moins qualifiées, ayant des liens ethniques ou financiers, ont bénéficié d’un traitement préférentiel pour obtenir ces postes.

Les niveaux élevés de corruption au sein du gouvernement ont aidé les talibans à obtenir un certain soutien dans les régions qu’ils contrôlaient dans une certaine mesure ces dernières années. Par exemple, dans les provinces les plus reculées, en cas de vol ou de délits mineurs similaires, le système judiciaire des talibans pouvait agir plus efficacement que la police locale. Bien que je ne soutienne pas les pratiques des talibans, leurs dits tribunaux dirigés par leurs aînés tenaient des audiences pour trouver le contrevenant, puis forçaient le voleur à rendre les biens volés. Ces résultats n’étaient pas possibles avec une force de police locale corrompue et « sensible » aux pots-de-vin en raison de la pauvreté et d’autres problèmes.

Les personnes moins instruites et ayant un accès limité aux ressources ne voient que ce qui est proche d’elles et qui est le plus immédiat, sans trop réfléchir aux implications à long terme de l’arrivée au pouvoir d’une force comme les talibans. Ils n’envisagent pas la possibilité qu’il s’agisse du même « groupe » qui forcera les hommes à se laisser pousser la barbe et les châtiera pour ne pas avoir prié dès que l’appel à la prière sera entendu.

Malheureusement, l’Afghanistan souffre d’une économie très faible et, au cours des dernières décennies, tant le gouvernement que la communauté internationale n’ont pas réussi à unir le pays et n’ont pas été en mesure d’apporter des avantages économiques aux différents secteurs de la société. Par conséquent, je n’ai pas l’espoir qu’un mouvement populaire unifié se forme pour résister aux talibans, du moins dans l’immédiat.

Article publié sur le site TheNation, le 25 août 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/asie/afghanistan/entendez-nos-cris-ce-qui-terrifie-une-militante-des-droits-des-femmes-afghanes.html

Mona Tajali est professeure associée de relations internationales et d’études féminines à l’Agnes Scott College et membre du conseil d’administration de Women Living Under Muslim Laws (WLUML).

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Crise de l’Afghanistan : L’impérialisme et le fondamentalisme religieux livrent la guerre, pas la paix !

Le retrait des forces états-uniennes d’Afghanistan a une fois de plus mis en lumière la situation déchirante et l’avenir précaire du peuple afghan, qui n’a vu et vécu que la guerre et la violence au cours des quatre dernières décennies. L’ascension des talibans n’offre aucune perspective de paix et de justice sociale non plus.

Vingt ans d’occupation ont déjà laisse l’Afghanistan en ruines. Le coût humain a été très élevé : plus de 241 000 civils afghans ont été tués et quatre millions d’Afghans ont été déplacés à l’intérieur du pays. Sept autres millions ont quitté le pays en tant que réfugiés au cours des deux dernières décennies. Environ 48% de la population afghane vit sous le seuil de pauvreté national.

Quatre décennies de guerre impérialiste en Afghanistan ont vidé la légitimité de l’État afghan. Elle a étouffé le développement de forces politiques légitimes qui représentent la volonté du peuple afghan. Au lieu de cela, le peuple a été laissé à la portée des seigneurs de la guerre. La génération actuelle de jeunes Afghans n’a connu que la guerre.

Et à présent, l’Afghanistan est revenu à un régime autoritaire. Les talibans, une force régressive, patriarcale et religieuse fondamentaliste, gouvernent en semant la peur au sein du peuple afghan. Comme dans les années 90, lorsque le retrait soviétique a laissé les Talibans en possessions d’armes de guerre d’une valeur d’un milliard de dollars, on estime qu’ils ont maintenant accès à 85 milliards de dollars d’armes de pointe laissées par les armées impérialistes qui se sont retirées. On craint également que d’autres groupes fondamentalistes, internes et externes à l’Afghanistan, ne trouvent également un pied dans la région pour y mener des activités néfastes. La paix semble être une possibilité éloignée.

Des millions d’Afghans, en particulier des femmes, des filles et des jeunes, tentent d’échapper à la domination des talibans. Le monde a vu beaucoup d’entre eux tomber dans la mort en s’accrochant aux avions transportant des diplomates internationaux hors du pays. Malheureusement, c’est la seule issue possible des guerres impérialistes, qui ont fait des ravages dans le monde entier. En fin de compte, ceux qui souffrent le plus sont les femmes, les petites filles, les jeunes – tous ceux qui rêvent d’une société juste et équitable. C’est ce que l’impérialisme, le patriarcat et la cupidité capitaliste ont fait subir à un peuple.

Les Nations unies ont prévenu que les stocks de nourriture en Afghanistan pourraient s’épuiser d’ici la fin du mois de septembre, plongeant des millions de personnes dans la famine. Plus de la moitié de la population dépend de l’aide étrangère pour ses besoins quotidiens. Les stocks alimentaires nationaux ont déjà été sérieusement réduits par une sécheresse qui a affecté l’approvisionnement en cultures essentielles telles que le blé.

Sans accès aux 9 milliards de dollars (6,6 milliards de livres sterling) de réserves gelées de la banque centrale, détenues aux États-Unis, et avec une livraison cruciale de dollars annulée lors de l’effondrement de l’ancien gouvernement, les Afghans ordinaires sont déjà confrontés à la hausse des prix des produits essentiels. La valeur de la roupie afghane a chuté alors même qu’ils commençaient à manquer d’argent.

Les superpuissances régionales et mondiales surveillent les réserves minérales du pays, d’une valeur de plus de 1 000 milliards de dollars, et font la queue pour légitimer le gouvernement fondamentaliste qui a pris le pouvoir. Le pays continuer à faire face à de multiples défis de la part de différentes forces économiques impériales et régionales, ayant des intérêts financiers en Afghanistan.

Les mouvements sociaux doivent être solidaires du peuple afghan. En tant que la Via Campesina, nous dénonçons le fondamentalisme religieux et les intérêts égoïstes des élites impériales.

Nous appelons la société civile mondiale à résister à toute tentative d’imposer des sanctions économiques à un pays déjà ravagé. Les sanctions économiques ne feront que briser les dos de la paysannerie et de la classe ouvrière du pays. En même temps, les fondamentalistes et les élites capitalistes accapareront toute l’aide internationale qui entrera dans le pays.

Nous insistons pour que les pays qui ont créé cette crise en premier lieu, ouvrent la porte aux Afghans qui cherchent l’asile et le refuge.

Tous ceux d’entre nous qui croient en une société égale, juste, pacifique et libre doivent s’unir et être solidaires du peuple afghan.

En tant que La Via Campesina, nous continuerons à exiger une nouvelle autorité en Afghanistan qui respecte, protège et réalise les droits humains. Nous appelons à la mise en œuvre – dans la lettre et l’esprit – de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales afin de parvenir à la souveraineté alimentaire et à la justice pour le peuple afghan.

 Rejetons l’impérialisme, le fondamentalisme et le patriarcat !

Pour la Souveraineté Alimentaire, la Paix sociale et la Justice sociale !

https://viacampesina.org/fr/crise-de-lafghanistan-limperialisme-et-le-fondamentalisme-religieux-livrent-la-guerre-pas-la-paix/


AFFICHE


En complément possible :

Quels sont les enjeux pour la vie des femmes en Afghanistan ?

Nathalie Moga : Droit d’asile : ce que cela peut changer pour une femme afghane

Gilbert Achcar : Afghanistan : le cimetière des empires

Jacques Fath : Afghanistan : de quelle défaite parle-t-on ?

Les femmes du Kurdistan réclament la solidarité avec leurs homologues afghanes

Inde : Les musulmans indiens doivent rejeter l’« Émirat islamique » en Afghanistan : Déclaration des musulmans indiens pour la démocratie laïque

MMF : Solidarité féministe internationale avec les femmes et le peuple d’Afghanistan : Non aux Talibans ! Non à l’impérialisme !

Osez le féminisme : Droits des femmes en Afghanistan, chronique d’une mort annoncée

Tariq Ali : Débâcle en Afghanistan

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/24/entretien-quels-sont-les-enjeux-pour-la-vie-des-femmes-en-afghanistan-plus-autres-textes/ 

Pierre Beaudet : L’effondrement de l’Afghanistan 

Pierre Beaudet : La tragédie afghane

Bernard Dréano : A propos du Cedetim et de l’Afghanistan

Complément de Pierre Metge

Pierre Beaudet

Appel de Negar – soutien aux femmes d’Afghanistan

Moussa Tchangari : La chute de Kaboul, une alerte pour le Sahel

Interview de Batul Moradi par Francine Sporenda

Carine Fouteau : Réfugiés afghans : l’hypocrisie européenne

Melanie Bonvard : Afghanistan : le terrible sort qui attend les femmes

HCR : Les femmes et les enfants déplacés subissent les conséquences les plus néfastes du conflit en Afghanistan 

Pour les femmes en Afghanistan, « une situation pire que le bétail »

Quelques-unes des restrictions imposées aux femmes par les talibans en Afghanistan

Jérémie Rochas : Macron « en guerre » contre les réfugiés afghans 

Vives réactions et mobilisation en Suisse 

Tariq Ali : La guerre de quarante ans en Afghanistan et son issue prévisible

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/17/leffondrement-de-lafghanistan-et-autres-textes/ 

Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions

Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies  

Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher une catastrophe humanitaire

Abdulkader Sinno :L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul

En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans

Afghanistan : Une Expert des Nations Unies prévient d’un « désastre culturel », demande des visas d’urgence pour les plus vulnérables

Des associations tunisiennes solidaires avec les femmes afghanes et les victimes de conflits armés

L’Afghanistan vu par les femmes de Rawa

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/18/afghanistan-autres-textes-2/ 

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