Lendemain de période électorale dans la commune : gueule de bois

Perdu dans la montagne, son histoire est celle d’un bourg qui n’est pas situé sur un axe stratégique. Une façon d’être à l’écart du monde. Pourtant, les passions religieuses et politiques de chaque époque – les deux se confondent au gré des épisodes tragiques qui les caractérisent – eurent malgré tout quelques retentissements sur les postures et les croyances des habitants, laissant dans les mémoires des souvenirs meurtris. Elles occupèrent les conversations, le soir à la fraîche lorsque l’on se retrouve côte à côte sur le banc en pierre situé à l’entrée du « centre-ville » dans un bourg qui en est dépourvue donnant à la géographie locale cette impression, certes métaphorique bien que prégnante, d’une juxtaposition d’univers qui, le temps passant, mettrons beaucoup de soins à s’ignorer mutuellement, au point parfois de banaliser la diffamation et de vous faire complice d’insinuations calomnieuses. Ce qui, en période électorale comme celle de laquelle nous sortons vaguement comateux, est la règle, disent les anciens. Traditions que les néo-ruraux ont réactivé non sans un certain talent.

Salir la réputation de « quiconque s’expose » est un impératif. Initiatives qui, semble-t-il, comblent ceux qui s’y abandonnent avec délectation. Médire et complexe de supériorité font bon ménage. La haine et l’imagination s’alimentent mutuellement. Ici comme ailleurs, l’opinion prime sur la vérité. Elle l’asservie. Une haine qui donne de la joie à ceux qui la pratique et qui fait plaisir à ceux qui la partage. Lorsqu’une petite touche d’antisémitisme ordinaire reprend du service avec la légèreté d’une bière bien fraîche bue en commentant le dernier match de l’équipe de foot régionale, personne dans la liste opposée ne réagit. Ils laissent dire. Mais la haine est la plus forte. Le mensonge comme une nécessité l’emporte. Ils balayent tout. Qui ? Qui a payé les diplômes du faux médecin généraliste installé depuis plus de vingt ans dans le village et qui eut l’outrecuidance de se présenter sur une liste concurrente ?

Lettres anonymes et insinuations infâmantes tout aussi anonymes témoignent d’un art qui fait florès et n’est pas reconnu pour ce qu’il est. Facebook avec ses pseudos et la rapidité de diffusion des messages lui fait beaucoup de tort. Certes, les modernes diffament à l’ancienne, grâce à Facebook. Mais on a beau dire, une bonne vieille lettre déposée nuitamment au domicile de la victime, reste, en termes d’expression écrite, une sorte de modèle indémodable. Ce qui donnent un ton estimable à la bêtise du fait même de sa prétention. Ici comme ailleurs, l’on diffame, certes, mais en ligne. On like la médisance. La lettre est intime et adressée personnellement, alors que le contenu de votre l’écran d’ordinateur est public. La diffamation de masse, en somme. Du bricolage de bricolos à l’ère industriel. Le progrès, quoi !

Entre soi, la haine est naturelle, juste et nécessaire. C’est un signe de reconnaissance, la preuve qu’entre soi, il est fédérateur de diffamer de concert. Une certaine idée du partage. Une part d’ambition et de créativité en forment la texture soyeuse ou rugueuse, c’est selon. Toutes les nuances existent. De la simple insinuation à l’affirmation souriante qui tombe comme un jugement supprimant d’un coup l’effet bénéfique des qualités de sa victime dont il semble impératif d’éroder la réputation tel le ressac la falaise. A l’heure Républicaine dans le courant du quotidien, ces vilaines petites rumeurs et les calomnies insidieuses courent benoîtement de bouche à oreilles, de l’ordi aux bavardages impromptus, d’une conversation l’autre, en boucle, avec le sourire et l’air inspiré. Elles se chargent d’une amère saveur à mesure qu’elles prennent de la consistance et passent pour de l’information « off record ». Sans oublier la malveillance un peu lâche, de Monsieur Plus. Petit bonhomme toujours prêt à en rajouter une pincée, à monter en épingle un détail, à ajouter une petite précision et toujours avec maestria. Un art dont il est l’humble serviteur. Le charme du scabreux enjolive avec naturel ses méfaits. Cette haine ordinaire, simple et sans façon, vient du fond des âges, sans doute du temps de la chasse aux sorcières ; qui sait ? Le cœur y est.

Certains pourtant s’en tenaient éloignés et eussent aimé qu’il en fût ainsi pour leurs voisins. Ce qui d’ailleurs était souvent le cas hors des écuries concurrentes, car, au fond, nombreux étaient ceux qui, natifs ou pièces rapportées, aspiraient à une sociabilité paisible – des apéros, des sardinades, des fêtes votives, des mariages, des vins d’honneur et des enterrements, … Mais comment échapper au spectacle des animosités recuites offertes si généreusement à la dégustation citoyenne.

Nombreux étaient ceux qui, natifs ou pièces rapportées, se détournaient de l’acharnement maladif des supporters (la peste soi des fans club). Ces mauvais citoyens avaient un peu honte car à cette heure il fallait choisir son camp ou s’exposer au jugement dernier et ses sanctions dont le suave dénigrement à perpète ruisselle sans regret ni état d’âme.

Mais, on avait beau faire et beau dire, dans quelque direction que l’on s’engage, en face, il y avait, dressé tel un défi lancé à l’entendement de chacun et de chacune, il y avait, espèce honnis, les « gens ».

A croire que Dieu les a créés pour nous éprouver et partant nous rendre meilleurs.

Jean-Luc D.

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