Lettre mondiale condamnant la proposition de loi visant à décriminaliser le système prostitutionnel dans l’État de Victoria, en Australie

Merci à Zéromacho pour la diffusion de cet appel

Nos alliées abolitionnistes en Australie ont besoin de notre soutien et souhaitent qu’on joigne nos voix aux leurs pour condamner la proposition de loi visant à décriminaliser totalement la prostitution dans l’Etat de Victoria en Australie. Ce projet de loi est actuellement en discussion et a de bonnes chances d’être adopté.

Vous pouvez signer ce courrier condamnant le projet de loi de décriminalisation totale (en pièce jointe + traduction en français) en remplissant ce google doc avant le 26 août :

https://docs.google.com/forms/d/
1x3M7qKg9tteFLC24bXc83S3Nz3_
FPoVtDOh6RVwqKlg/edit

L’audience parlementaire se tenant le 27 août, les délais sont donc très courts.

En espérant pouvoir compter sur votre soutien !

Merci et très belle journée,

Héma Sibi, Advocacy Coordinator

Coalition for the Abolition of Prostitution (CAP International)

http://www.cap-international.org/

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Lettre mondiale condamnant la proposition de loi visant à décriminaliser le système prostitutionnel dans l’État de Victoria, en Australie

À l’attention de l’honorable Daniel Andrews MP, Premier ministre de l’État de Victoria et chef du parti travailliste victorien :

Nous, les soussigné.e.s, du monde entier, sommes des survivant.e.s de la traite à fin d’exploitation sexuelle, de la prostitution et de la pornographie ; nous sommes des défenseur.se.s des droits des femmes et des droits humains, et des associations de terrain et de première ligne. Nous sommes rejoint.e.s par des centaines de nos membres et partenaires nationaux et internationaux respectifs, y compris des survivant.e.s, qui représentent des groupes et des réseaux luttant pour l’égalité et pour les droits des femmes et des filles, des enfants, des immigrants et des populations LGBTQ+.

Nous exprimons notre horreur collective du fait que le gouvernement de Victoria propose une loi qui décriminaliserait le commerce du sexe comme solution aux échecs désastreux signalés de votre système légalisé de prostitution.

Les rapports indiquent que les délibérations législatives actuelles relatives à la décriminalisation du système prostitutionnel se déroulent dans un contexte de désinformation publique, de manque de transparence et d’indifférence à l’égard des processus démocratiques, des droits humains et de l’état de droit.

L’échec de lActe de Contrôle de la prostitution de Victoria de 1994 ne peut être résolu par la décriminalisation du système prostitutionnel

L’Acte de Contrôle de la prostitution de Victoria de 1994 (connue depuis 2010 sous lActe de travail sexuel de 1994) visait à réglementer les maisons closes, à contrôler le système prostitutionnel, à le rendre moins clandestin, à mettre en œuvre des droits et des protections de travail et à améliorer la situation des femmes. Vous rapportez que la loi a lamentablement échoué sur tous ces points et plus encore.

Au cours des vingt-sept dernières années, la légalisation a eu pour effet de développer le système prostitutionnel dans l’État de Victoria au lieu de le gérer : pour chaque maison close enregistrée, on compte plus de cinq « salons de massage » non autorisés (90 maisons closes légales contre 500 illégales dans la seule ville de Melbourne). Le traite à fin d’exploitation sexuelle est présumée avec la présence élevée de femmes étrangères, principalement originaires d’Asie et des îles du Pacifique, vendues notamment dans ces « salons de massage » non autorisés, en toute impunité [1].

Vos rapports officiels décrivent comment et pourquoi la légalisation a échoué à Melbourne. Vous dites que les personnes prostituées sont victimes de violence, de discrimination persistante et de stigmatisation au sein de la communauté ; qu’elles ne sont pas en mesure de faire des choix concernant leur vie, et que leur sécurité et leur bien-être sont chroniquement menacés [2].

La prostitution est en effet un système d’exploitation complexe au profit des propriétaires de maisons closes et d’autres exploiteurs enrichis par les acheteurs d’actes sexuels. Résoudre vos échecs de la légalisation avec une pire forme – la décriminalisation – augmentera de manière exponentielle les préjudices et les violations énoncés qui sont inhérents au système prostitutionnel.

En novembre 2019, votre gouvernement travailliste de Victoria a annoncé qu’il mènerait une étude [3] sur la décriminalisation du système prostitutionnel. Victoria appelle maintenant à ce que la prostitution s’épanouisse au-delà des maisons closes enregistrées par l’État et qu’elle opère dans la rue, dans des appartements privés et dans de petites entreprises gérées par des propriétaires.

Les efforts de dépénalisation sont menés par la députée victorienne Fiona Patten. Selon les médias, le partenaire de longue date de la députée Patten, Robbie Swan [4], est un lobbyiste bien connu de l’industrie de la pornographie et a fondé Eros [5], une importante association de membres de « l’industrie de films pour adultes ». Il semblerait donc que le « commerce du sexe » lui- même, qui présente d’importants intérêts financiers dans la décriminalisation, soit l’architecte de votre projet de loi.

Vous ne pouvez pas contrôler le « commerce du sexe », une entreprise illégale mondiale qui génère plusieurs milliards de dollars, par la décriminalisation, Monsieur le Premier ministre – c’est le « commerce du sexe » qui vous contrôle.

La prostitution n’est pas un travail, n’est pas un acte sexuel, et n’est pas inévitable.

Pour citer nos partenaires abolitionnistes de Victoria, « le postulat selon lequel la prostitution est dite inévitable repose sur deux « croyances [australiennes] profondes » interdépendantes : d’une part que les hommes ont le droit d’avoir des relations sexuelles et d’autre, que (la plupart) des femmes participent volontiers à la prostitution, ce qui en fait un crime sans victime. »

Vous devez remettre en question la croyance fondamentale selon laquelle le gouvernement a le droit de reléguer une catégorie de femmes, principalement de couleur et jugées indignes d’égalité, au système prostitutionnel. Vous devez vous attaquer plutôt à la pratique culturelle néfaste qui consiste à conférer aux hommes un droit coutumier d’acheter des actes sexuels avec des personnes qui ne s’engageraient jamais dans des actes sexuels avec ces hommes sans la présence de formes multiples de coercition et une absence de choix.

Pour s’attaquer sérieusement au système prostitutionnel, l’État de Victoria doit confronter l’histoire colonialiste de l’Australie, qui a créé son éthique de la prostitution d’abord comme un « mal nécessaire », puis comme un « travail ».

La prostitution n’a jamais été inévitable ; elle a été inventée.

Lhistoire de la promotion de la prostitution en Australie

L’exploitation sexuelle, le viol et la torture des femmes autochtones par les colons étaient monnaie courante dans l’Australie du XVIIIe siècle. La colonie pénitentiaire a mis en place un système développé de prostitution, précisément pour que les hommes australiens puissent jouir d’un droit, sanctionné par l’état, à l’accès sexuel à ces femmes dans les maisons closes et ailleurs. Lorsque les femmes aborigènes n’ont plus pu satisfaire la demande pour la prostitution, l’Australie a organisé la traite de femmes anglaises emprisonnées pour répondre à cette demande.

Il y a une ligne droite entre cette historique et le projet de votre gouvernement de décriminaliser le système prostitutionnel. Les colonisateurs ont promu des stéréotypes racistes et sexualisés décrivant les femmes autochtones comme des objets sexuels. Aujourd’hui, les femmes originaires de Chine, de Thaïlande, de Corée, des Philippines et des îles du Pacifique sont largement surreprésentées dans vos établissements de prostitution légaux et illégaux. Votre gouvernement légitime l’accès sexuel et racialisé des acheteurs d’actes sexuels, en faisant croire que la prostitution aujourd’hui est aussi désirable pour elles que pour les femmes autochtones que les colons ont exploitées il y a des siècles.

Les femmes qui se trouvent dans vos maisons closes légales et illégales sont sous le contrôle de proxénètes. Leur parcours vers la prostitution comprend des antécédents de violence sexuelle dans l’enfance, de pauvreté, de foyers collectifs, de déplacements, d’abus intergénérationnels et d’inégalités systémiques, autant de vulnérabilités qui mènent à l’exploitation sexuelle. Et quels que soient la race, le sexe, le genre ou l’origine ethnique des personnes prostituées, les acheteurs de sexe les réduisent à des marchandises.

La société évite de s’attaquer à ces abus en tissant des récits sur le « consentement », qui, même s’il est rarement vrai, est indifférent au regard de la loi et des principes des droits humains dans les situations d’exploitation ou de violence sexuelle.

L’Australie n’est pas le seul pays à prolonger une histoire d’exploitation sexuelle et de dégradation des femmes indigènes et autres – tous les continents qui ont été envahis par des étrangers, en particulier par les colons européens, partagent des chroniques similaires de déshumanisation systémique, de génocide et de traite des êtres humains.

Cependant, au lieu de cautionner cet héritage honteux, vous pouvez facilement réparer votre loi sur la prostitution de 1994, qui a échoué, en adoptant une législation progressiste qui protégera les personnes prostituées et tiendra à distance les exploiteurs du système prostitutionnel.

La solution fondée sur les droits humains à l’échec de votre loi sur la prostitution de 1994

En 1999, dans sa quête de l’égalité des sexes et du respect des droits humains, le gouvernement suédois a adopté une loi progressiste qui décriminalise exclusivement les personnes prostituées, leur offre un accompagnement et des services, y compris des stratégies de sortie, tout en tenant pour responsables les acheteurs de sexe et autres auteurs d’infractions. Connu d’abord sous le nom de « modèle suédois » puis « nordique », sept [6] pays ont suivi la vision de la Suède pour un monde sans exploitation sexuelle, donc désormais connu sous le nom de « modèle d’égalité ». En revanche, aucun pays n’a suivi le cadre de décriminalisation de la Nouvelle-Zélande, qui a échoué.

Dans le monde entier, l’exploitation sexuelle commerciale, en ligne et hors ligne, a augmenté de manière exponentielle pendant la pandémie de COVID-19. La déréglementation de la prostitution en plein milieu d’une crise sanitaire mondiale entraînera une expansion catastrophique du système prostitutionnel dans l’État de Victoria, qui détruira encore plus de vies pour les profits incalculables de quelques-uns, sans aucun recours à la justice.

Vous avez le temps de faire respecter la règle de droit, Monsieur le Premier ministre, et de vous attaquer avec compassion à la déshumanisation incessante sur laquelle prospère le système prostitutionnel. Veuillez rejoindre le nombre croissant de juridictions dans le monde qui s’efforcent d’instaurer une société qui valorise l’égalité pour tous et rejette les prostituteurs en tant que partenaires.

[1] Le rapport 2021 des États-Unis sur la traite des personnes indique que les condamnations pour traite des êtres humains en Australie restent faibles et que, même en cas de condamnation dans de rares cas, les peines clémentes affaiblissent la dissuasion et peuvent saper les efforts plus larges de lutte contre la traite. Le gouvernement n’a pas non plus procédé à un dépistage adéquat des groupes vulnérables que les trafiquants peuvent cibler, U.S. Department of State, 2021 Trafficking in Persons Report: Australia, Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons,

https://www.state.gov/reports/2021-trafficking-in-persons-report/australia

[2] Premier of Victoria, The Hon Daniel Andrews, ‘Review into Decriminalisation of Sex Work,’ 26 November 2019, https://www.premier.vic.gov.au/review-into-decriminalisation-of-sex-work-0

[3] idem

[4] “An Enduring Relationship – Politics, Porn, Fiona and Robbie,” Joy, 21 May 2015, https://joy.org.au/wordforword/2015/05/an-enduring-relationship-politics-porn-fiona-and-robbie/, Katie Lalor (with, “Pornography, Sex and Censorship,” ABC Local, https://www.abc.net.au/local/stories/2012/05/23/3509073.htm

[5] https://www.eros.org.au/about/the-eros-association/

[6] Islande (2008), Norvège (2009), Canada (2014), Irlande du Nord (2014), France (2016), République d’Irlande (2017) et Israël (2018)


Global Letter Condemning Proposed Legislation to Decriminalize the Sex Trade in Victoria, Australia

A télécharger au format pdf : Global Letter to Andrews Condemning Decriminalization ENGLISH

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