18 mois d’enquête auprès de femmes détenues

Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

Entretien entre Samah Dellai et Natacha Chetcuti-Osorovitz (*)

(*) : Natacha Chetcuti-Osorovitz est sociologue, enseignante-chercheuse à CentraleSupélec, Maîtresse de conférence HDR et chercheuse au Laboratoire institutions et dynamiques de l’économie et de la société de l’École Normale Supérieure Paris-Saclay.

Natacha Chetcuti-Osorovitz vient de publier aux éditions La Dispute (mai 2021) un livre intitulé Femmes en prison et violences de genre. Résistances à perpétuité. S’appuyant sur les récits de femmes incarcérées, l’auteure retrace leurs itinéraires marqués par la violence de genre subie en amont de leur passage à l’acte et de leur condamnation. Elle s’attache dans cet ouvrage à la mise en évidence de ce continuum de violences. La Société Louise Michel a reçu Natacha Chetcuti-Osorovitz le 27 mai 2021, pour une conférence qui est disponible sur le site via le lien : http://www.societelouisemichel.org/jeudi-27-mai-natacha-chetcuti-osorovitz-femmes-en-prison-et-violences-de-genre-resistances-a-perpetuite/

Suite à cette soirée, qui fut animée par Samah Dellai, le présent entretien prolonge la réflexion alors engagée.

Samah Dellai : Je souhaiterais, pour commencer, te poser une question relative au titre de l’ouvrage Femmes en prison et violences de genre : résistances à perpétuité. Deux choses m’interpellent dans le titre que tu as choisi : 1) « violences » au pluriel par rapport à la question de genre (singulier) ; 2  et la deuxième partie du titre « résistances » (toujours au pluriel) « à perpétuité ». Il semble, du moins à première vue, que le monde carcéral neutralise toute forme de résistance derrière les barreaux, mais dans ton ouvrage la prison se transforme, pour les femmes incarcérées en un lieu de construction des résistances. Pourrais-tu nous expliquer ce choix de titre ? Et pourquoi ces « résistances » acquièrent à tes yeux cette dimension perpétuelle ?

Natacha Chetcuti-Osorovitz : Je te remercie d’avoir remarqué le titre, et notamment le sous-titre « résistances à perpétuité » parce que j’y tiens beaucoup. Alors pourquoi violences au pluriel et genre au singulier ? Premièrement, il faut bien comprendre que ma démarche comporte une dimension théorique qui s’appuie sur une analyse matérialiste de consubstantialité des rapports sociaux, c’est-à-dire le rapport structurel de genre, de classe et de race, lesquels sont constitutifs de l’organisation sociale qui façonne les relations interindividuelles. Le singulier accolé à la notion de genre vient signifier le rapport social qui conditionne le système de violences, que j’analyse à l’intérieur d’un continuum de violences : une série de violences visibles ou invisibles qui structure à la fois les subjectivités et les rapports sociaux de toutes les femmes (pas seulement celles qui sont en prison). C’est pour cette raison que violences est au pluriel, afin de signifier que c’est à l’intérieur d’un continuum et de cette série de violences que se structurent les trajectoires des femmes.

J’insiste sur ce point parce que j’intègre à l’intérieur de ce continuum la question de la honte1 sociale qui est aussi déterminée par des rapports de classe et de genre qui empêchent de pouvoir se penser autrement qu’à la place à laquelle les femmes sont assignées, notamment dans la division sexuelle du travail, que j’intègre également dans la question du continuum de violences. Dans la division sexuelle du travail, j’intègre le rôle de pourvoyeuses de soins aux autres et les deux principes organisateurs : le principe de séparation (il y aurait des travaux d’hommes et des travaux de femmes) et le principe hiérarchique (un travail d’homme « vaut »plus qu’un travail de femme).

La position de classe sociale joue un grand rôle dans l’assignation sexuée à l’intérieur de la division sexuelle du travail. C’est-à-dire, qu’en prison on rencontre beaucoup de femmes assignées à la catégorisation « femme », mais elles sont également assignées à une position de classe qui les empêche de se penser autrement, certes en tant que femme mais aussi en tant que femme de classe populaire. Le rapport social de classe va donc aussi jouer dans le fait que les violences plurielles, cumulées avec d’autres formes de violence tels que la précarité sociale, le racisme et le sexisme. Voilà pourquoi les violences interviennent au pluriel et le genre au singulier.

« Résistances à perpétuité » est aussi indexé au pluriel car ce qui m’a intéressée, en tant que sociologue de l’émancipation, ce n’est pas juste de montrer ou de décrire les systèmes de violences dans lesquels toutes les femmes se débattent mais de ressaisir également les micro-résistances à l’intérieur du régime disciplinaire, et quand j’invoque le régime disciplinaire ce n’est pas seulement sous la forme du régime disciplinaire pénal ou carcéral, cela renvoie aussi au régime disciplinaire de genre. Je voulais montrer ce qui se passe pour les détenues pendant ce temps d’incarcération et comment chacune individuellement va résister différemment, c’est pourquoi j’insiste sur le caractère pluriel puisqu’il qu’il y a effectivement des formes plurielles de résistance, lesquelles ne sont pas non plus visibles à l’œil nu : c’est dans la pratique du quotidien et précisément dans la temporalité carcérale que l’on peut les observer. Et parfois même, les prisonnières ne vont pas forcément l’exprimer sous forme de résistance, c’est parfois moi qui ai traduit leurs réactions sous la forme de résistances. Il y a des résistances individuelles dans la confrontation avec l’institution, mais aussi dans la réélaboration de soi quant au système de genre, mais aussi des résistances plus collectives notamment en ce qui concerne les prisonnières qui s’autodéfinissent comme prisonnières politiques. Et pourquoi « perpétuité » ? C’est évidemment un jeu de mots : le terme de perpétuité appartient au langage juridique où il qualifie une condamnation/peine de prison à vie ; mais cela renvoie aussi pour ces femmes, et pour l’ensemble des femmes, à cette résistance au sens large, notamment au régime disciplinaire de genre, qui continue après la sortie de prison : au fond, c’est donc une résistance à vie. Je joue un peu sur la polysémie de terme pour rendre compte d’une résistance qui est sans fin.

S.D. : Tu considères les femmes détenues à la fois comme victimes et auteures. Selon toi, la justice pénitentiaire marginalise et occulte pour ces femmes leur subjectivité au nom d’un système judiciaire normatif, et de ce fait les femmes détenues sont définies uniquement en tant qu’auteures de leurs actes. Comment s’articule cette dualité victime/auteure aux yeux des femmes détenues elles-mêmes ? Comment cette situation impacte-t-elle leur parole sur soi lors des entretiens ?

N.C.-O : C’est évidemment l’un des points centraux de l’ouvrage. En sociologue, j’ai construit une typologie des parcours justement à partir de cette analyse du rapport violence agie/violence subie. Pour répondre d’abord à la première partie de ta question, de manière plus générale pour l’ensemble des parcours de peine, il est demandé aux personnes détenues de construire ce que Foucault appellerait un « dire vrai sur soi-même ». La question que je me suis posée est la suivante : comment peut-on construire « un dire vrai sur soi-même » quand un on n’a pas forcément conscience justement de ce continuum de violences subies ? Quand l’évaluation pénale ne prend pas en compte les différents registres de domination de la vie sociale et de dépendance ? Tu le sais, tout comme moi, la question des discriminations n’est pas juste le fait de dire que l’on a été discriminé dans telle ou telle situation, mais les rapports de dominations se logent bien plutôt dans des formes tout à fait invisibles, par exemple le fait qu’un certain nombre de femmes, pour se définir, se définissent par le couple, par l’univers familial : cette définition représente pour elles une qualification, notamment pour des femmes de faible niveau d’études, mais en même temps c’est dans cet univers qu’elles sont assujetties et dont elles n’arrivent pas à se départir. Comment est-il donc possible de se situer au regard de l’expertise pénale, et des trois mots clés qui l’organisent – responsabilité, culpabilité, réflexivité (la réflexivité renvoyant à la manière dont la personne aurait pu agir autrement) – et de construire ce « dire vrai » ? Et qu’est-ce qu’un dire « vrai sur soi » ? En tout cas, je pense qu’en faire le récit permet de prendre en compte toutes les dimensions de la vie sociale qui spécifient les femmes. Souvent, on m’a adressé la remarque que pour les hommes c’est pareil ! Non, ce n’est pas pareil, parce les femmes ne sont pas dans les mêmes configurations de rapports sociaux de sexe.

J’ai relevé quatre types de parcours à partir du récit des détenues : le premier, que j’ai intitulé « un lieu à soi maudit », le deuxième « injustement condamnée » ; le troisième, « une peine attendue », et le quatrième concerne les prisonnières autodéfinies politiques qui sont configurées tout autrement à l’intérieur de ce rapport de violence agie-violence/violence-subie. Le premier parcours « un lieu à soi maudit » concerne des femmes pour lesquelles le temps carcéral leur a permis de retrouver une forme de réappropriation de soi du fait d’être séparées de l’environnement familial et conjugal. Mon propos ne vise évidemment pas à la justification de la construction de nouvelles prisons, mais vient signifier un parcours qui s’est inscrit dans une série de violences de genre indicible avant le passage à l’acte. Dans ce type de parcours, les femmes sont marquées par le continuum de violences de genre, au sens d’une série de violences invisibles et de peurs reconnaissables pour elles avant le passage en prison. S’identifier en tant que femme, pour ces dernières, c’est prendre soin des autres de manière permanente dans le cadre de la division sexuelle du travail traditionnelle. Ce souci permanent des autres est remis en cause pendant le temps carcéral. Toutefois, je ne dis pas que ces femmes parviennent durablement à s’extraire de l’assignation de genre pour construire des résistances durables, mais c’est dans cette conscience de la nécessité de se penser et de vivre autrement en tant que femme qu’elles vont aussi progressivement trouver les ressources pour tenir en faisant face à elles-mêmes, et aussi face aux récits à construire dans le parcours pénal. Je vais te donner un exemple, que tu as lu dans mon ouvrage : c’est le récit d’une femme qui se rend compte que pendant son incarcération son conjoint ne bouge pas : lors d’une permission de sortie, il reste semblable à lui-même, devant sa télévision, il attend qu’elle serve les repas, etc. Elle comprend alors que, pour s’en sortir, il faut qu’elle se sépare de ce couple, donc de son conjoint. Le problème qui se posait alors à elle est qu’en termes d’expertise pénale, pour obtenir une conditionnelle, l’un des prérequis est celui de la stabilité du couple, qu’elle interprète comme une demande de garantie harmonieuse de son couple. Sa manière à elle de résister a été de jouer le jeu des attentes pénales. Six mois après sa libération, en conditionnelle, elle se sépare de son conjoint. Typiquement, dans ce parcours on observe un processus de résistance continue. Précédemment, nous parlions des micro-résistances individuelles, et ce parcours vient précisément interroger la notion politique de consentement à deux niveaux : le premier, inscrit dans la perspective de Nicole Claude Mathieu (anthropologue matérialiste) et le deuxième dans la formulation juridique. Nicole-Claude Mathieu montre très bien, dans son article « Quand céder n’est pas consentir2 », qu’il n’y a pas pleine conscience de la domination du côté des femmes, d’où découle l’impossibilité logique qu’elles consentent pleinement à quelque chose qu’elles ne concevraient pas entièrement. Ce parcours montre comment les femmes contraintes par l’écran de la domination masculine sont assujetties à une série de limitations de soi plus ou moins conscientes.

À propos du deuxième parcours, que j’ai appelé « injustement condamnée » – je précise ici que cela ne renvoie à aucun jugement de ma part concernant le bien-fondé ou non de leur condamnation – l’expression « injustement condamnée » est empruntée à la parole que beaucoup de femmes ont répétée à plusieurs reprises dans les entretiens. Cette expression ne veut pas dire qu’elle ne reconnaissaient pas leurs actes mais justement parce qu’on est dans ce rapport violent (la violence subie) beaucoup plus visible que dans le précédent parcours, les femmes sont dans un conflit interne permanent et dans une forme de résistance tout aussi permanente avec l’institution pénitentiaire. Elles sont dans un conflit qui est impossible à résoudre pour elles, entre le soi désigné comme auteur par l’expertise pénale et la posture de victime à cause des violences à l’égard desquelles elles ont dû se défendre. Dans ce parcours, on est vraiment en plein cœur de la question controversée de la notion de consentement : question alors que, précisément dans ce parcours, les femmes sont souvent dans une posture défensive, laquelle leur permet aussi de résister en rejetant la catégorisation de « détenues » pour certaines d’entre elles, même en longues peines. L’autre stratégie consiste à se définir de manière distincte des autres détenues en légitimant le passage à l’acte par le fait de se défendre des violences masculines répétées. Violences pour lesquelles les femmes condamnées n’ont pas été, selon elles, entendues par les instances judiciaires et sociales auparavant. Dans ce parcours « injustement condamnée », les femmes viennent questionner la notion de consentement, selon des modalités différentes de celles que l’on rencontre dans le premier parcours, « un lieu à soi maudit ». Notamment, les trajectoires de ce deuxième parcours viennent questionner sur le plan juridique l’usage de la notion de consentement, et sur ce point je renvoie aux excellents travaux de la politologue Océane Pérona qui a beaucoup travaillé sur la question de la déqualification de viol lorsqu’une victime décide de porter plainte auprès des services de police3. Océane Pérona montre très bien, à partir de l’analyse du rôle joué par les policiers en amont de la chaine pénale, que la notion de consentement – une catégorie politique initiée par les mouvements féministes de la deuxième vague – vient se heurter aux contraintes institutionnelles, politiques et professionnelles dans l’application de la règle de droit, notamment en ce qui concerne l’action policière en matière de prise en charge des violences sexuelles.

Les récits des détenues traduisent un questionnement de la notion de consentement à l’intérieur même de l’évaluation juridique : comment arrive t-on à se saisir de cette catégorie judiciaire et comment est-il possible de rendre compte d’une situation de consentement dans le cadre de violences de genre répétées – notamment pour ces femmes qui bien souvent passent à l’acte de manière très décalée par rapport aux situations de violences subies ?

Dans le troisième parcours, que j’ai intitulé « une peine attendue », on rencontre une proportion importante de femmes étrangères. Il faut savoir que la proportion de population étrangère (hommes et femmes) en prison est de 24%. Les trajectoires de ces femmes sont structurées par et dans le continuum de violences assez visible et sont marquées pour beaucoup d’entre elles par des périodes de prostitution contrainte. En outre, ces femmes sont également socialisées par la division sexuelle du travail, ici liée au travail criminel, par exemple dans le cadre de la vente de stupéfiants. Ces détenues ont construit d’autres formes de résistance foncièrement liées à une pré-connaissance carcérale et judiciaire parce que généralement elles viennent aussi de familles dans lesquelles l’histoire judiciaire a déjà été très présente. Les femmes qui présentent une moindre force de résistance sont surtout les étrangères, en raison du fait qu’elles ne parlent pas la langue, ce qui a pour conséquences qu’elles sont très isolées sur le plan linguistique, il leur est donc plus difficile de comprendre et de se saisir de l’organisation disciplinaire. En revanche, quand je parle de la division sexuelle du travail en ce qui concerne les condamnées pour trafic de stupéfiants, il faut mentionner que bien souvent lorsqu’elles s’engagent dans ce type de carrière c’est pour subvenir aux besoins de la famille, des enfants. Cela ne me semble pas correspondre à la définition princeps d’une carrière criminelle qualifiante, contrairement à ce que j’ai pu lire dans les travaux portant sur les hommes détenus.

S.D. : Tu as déclaré dans ton ouvrage que le jugement normatif au sein du monde carcéral est soumis à un ensemble de représentations culturelles, lesquelles altèrent la vie commune carcérale. Comment l’intériorisation des hégémonies sociales représente-t-elle selon toi un frein qui empêche la construction des liens sociaux entre les femmes détenues ?

N.C.-O. : La réappropriation du discours majoritaire disqualifiant sur les femmes structure les relations sociales des femmes en détention et constitue en conséquence un obstacle à toute identification positive entre femmes, et par là-même à la construction d’une communauté dans la vie du quotidien carcéral. Pour éclairer les effets de cet obstacle à la mise en œuvre d’une identification à un collectif « femmes », je reprends la notion de « syllogisme du sujet sexué féminin » de Danièle Kergoat4.

« Toutes les femmes sont “jalouses” ». Le même raisonnement peut être conduit à propos de la« médisance », de « l’hypocrisie », de la peur face au chef. Etc.

« Moi je ne suis pas jalouse ». Il ne s’agit pas d’une interprétation.

Ces deux points sont énoncés en ces termes dans la quasi-totalité des entretiens. D’un point de vue logique, on se trouve face aux prémisses d’un syllogisme : Toutes les femmes sont jalouses (majeure). Moi, je ne suis pas jalouse (mineure). Formellement, la conclusion devrait donc être « Donc, je ne suis pas une femme ». Or, comme Danièle Kergoat l’observe dans le monde ouvrier, « cette conclusion virtuelle » s’applique également en détention et éclaire le pourquoi du discours négatif : le refus exprimé par les femmes dans les entretiens de s’identifier à un collectif « femmes » correspond en fait à l’impossibilité de le faire. Évidemment, ce modèle de pensée a des conséquences au sein de la vie carcérale et sape la reconnaissance du collectif femmes en prison.

Ce processus constitue un empêchement pour se reconnaître à l’intérieur du groupe femmes et dans une identification positive à l’intérieur du groupe femmes. Les femmes détenues, comme beaucoup de femmes dans le monde hors prison, sont prises au piège à l’intérieur de ce syllogisme qui fait que toute différence de l’autre est perçue comme inquiétante. D’ailleurs, je suis assez critique de l’usage de la notion de différence, car la notion de différence est bien souvent naturalisée, parce qu’elle est construite par le dominant en tant que celui qui définit la différence. De ce fait la différence n’est pas l’altérité mais c’est une différenciation sociale qui se construit à l’intérieur de rapports hiérarchiques, c’est-à-dire que la différente singularise et renvoie à une position subalterne. En conséquence, quand je l’utilise, c’est vraiment dans le sens de l’altérité, ce qui ne nous évite pas d’être pris au piège, car évidemment l’altérité est construite à l’intérieur de la hiérarchie sociale : c’est exactement ce qui va se reconfigurer en prison par la non-adhésion du « nous femmes ». Le « nous femmes » n’existe pas en prison, mais il n’existe pas à l’extérieur non plus. Il n’existe que si on le politise, là où on se reconnaît entre nous et où la différence n’est pas menaçante. Or, en prison, le « nous femmes » n’est évidemment pas constitutif d’un lien politique : ce qui existe, c’est le « nous femmes détenues », reconnu en tant que catégorie sociale invisibilisée. Et ce phénomène, je l’ai très bien vu quand je suis arrivée sur terrain de l’enquête : beaucoup de femmes ont très bien accueilli la recherche en disant « enfin on va parler de nous », on va sortir de l’invisibilité en tant que détenues.

Toutefois ce groupe femmes en détention est éclaté par une hiérarchie morale des peines qui va configurer la vie en détention, mais qui peut varier selon les lieux et les temporalités carcérales. Il faut toutefois identifier les formes d’altérité à l’intérieur des hiérarchies sociales, culturelles et morales des peines. Les processus de disqualification en prison fonctionnent donc comme les termes du syllogisme du sujet sexué féminin, mais également en référence aux rapports sociaux de classe et de race. Il existe aussi du racisme en prison entre les détenues. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de groupe idéal en prison : le quotidien est inséré à l’intérieur de cet ensemble de relations concrètes qui rendent aussi difficiles les partages collectifs, notamment quand ils sont soutenus par la parole. Toutes les pratiques collectives qui sont de l’ordre du faire ensemble permettent de dépasser pendant un temps les antagonismes de genre, de classe, de race et d’économie morale du délit. J’ai mis du temps à le comprendre, mais c’est l’apport des ateliers en groupe (focus groupe) qui m’a permis de mieux saisir pourquoi la parole en collectif avait du mal à se construire. La peur de la rumeur va freiner la prise de parole, car il faut imaginer qu’en dehors du moment collectif, la vie s’organise au quotidien dans une proximité interindividuelle non choisie : dans un espace où la sonorisation est très forte et où tous les univers culturels s’entrechoquent. Je me souviens qu’à mon arrivée, il y avait toute une dispute parce que l’une des détenues écoutait Johnny Hallyday et une autre ne supportait pas Johnny Hallyday ; cela peut paraître dérisoire de l’extérieur mais on peut imaginer combien cette somme de dissemblances culturelles peut faire émerger des crispations, voire même des oppositions dans les modalités d’appropriation des espaces publics et privés (la cellule). C’est par la proximité contrainte de ces pluralités de vie que viennent se configurer les possibilités relationnelles en prison et les marges de manœuvre sont plus ou moins fortes. Une des marges de manœuvre s’illustre dans le rapport à l’auto-surveillance et à la pratique de la délation qui est au cœur de l’organisation carcérale. La difficulté à l’identification « femme » fait que toute femme est toujours une menace pour l’autre et renforce l’auto-surveillance, et c’est là qu’est la force du rapport social de genre.

Le contexte scientifique

S.D. : Tu cites les travaux de Michel Foucault dans les années 1970 sur les régimes disciplinaires et carcéraux ; mais tu formules dans le même temps une appréciation critique de ses travaux. Quels sont, selon toi (ou pour rappeler aux lectrices et aux lecteurs), les mérites et les limites de l’approche foucaldienne ? Tes enquêtes de terrain ne portent pas sur le monde carcéral masculin mais tu t’es référée aux études qui ont été menées par d’autres chercheures et chercheurs. Comment te positionnes-tu face à cette production scientifique ?

N.C.O. : Les travaux de Michel Foucault sont sans aucun doute une source d’inspiration pour mes recherches. Mon approche est double, matérialiste et foucaldienne, notamment dans l’analyse de la disciplinarisation. Je m’appuie notamment sur Surveiller et punir5, ouvrage dans lequel M. Foucault produit une analyse de l’histoire des corps et des disciplines par l’analyse de la prison et du régime carcéral. Il lie la carcéralisation à un pouvoir qui agit sur l’idéologie, c’est-à-dire qu’il prend la prison comme un lieu où s’exerce le pouvoir par l’imposition de gestes, d’attitudes, d’usages. À partir de cette analyse, il montre comment l’espace carcéral donne à voir la manière dont les pouvoirs agissent sur les corps, et à ce titre son travail demeure très actuel. Il me semble que justement à travers l’analyse des parcours de peine telle que je l’ai conduite, je montre comment ce régime disciplinaire va agir sur la production des discours et sur les corps au sein du quotidien. Là, très clairement je m’inscris dans cette lignée foucaldienne, car Foucault montre bien que le régime de l’emprisonnement ne tient pas seulement de l’institution judiciaire, qu’au fond le rapport entre la prison et les sanctions pénales, et cet ensemble de déterminations, constituent un réseau général de surveillance et de disciplinarisation qui s’étend à toute la société, c’est le fameux modèle du panoptique. Vanessa Codaccioni revisite avec beaucoup de pertinence la notion de panoptique en parlant de ci/noptique6. Elle montre ainsi que si dans le contexte contemporain les corps disciplinés sont les vigiles des autres corps, toutefois nous ne sommes pas dans un panoptique horizontal qui ferait que tout le monde est sous surveillance de tout le monde. Elle montre que seules certaines personnes sont véritablement regardées et surveillées car elles sont toujours les cibles de l’État.

Pour M. Foucault, la prison fonctionne comme un régime panoptique qui s’étend à toute la société. C’est ce premier aspect qui m’a beaucoup inspirée, l’autre aspect vient questionner les pratiques de résistance. Aux yeux de Foucault, le régime panoptique préexiste aux individus, mais ce phénomène peut se modifier avec l’intervention de micro-résistances. C’est sur ce cadre d’analyse que je me suis appuyée, mais en le reliant à l’approche matérialiste féministe car à mon sens l’organisation ne peut se modifier véritablement que par des logiques collectives, et non pas seulement par les micro-résistances qui relèvent de pratiques individuelles. La conscience politisée minoritaire et la construction collective de pratiques de résistances peuvent ouvrir d’autres espaces de solidarités et de changement organisationnel, et c’est pour cette raison que je me suis intéressée aux prisonnières auto-définies politiques. C’est là où je relie l’approche matérialiste à l’approche foucaldienne pour comprendre comment les dominées se saisissent des espaces soumis à l’injonction disciplinaire pour penser le changement social et la création d’espaces d’émancipation. Des espaces qui ne seraient pas politisés ne peuvent pas radicalement modifier, me semble-t-il, les institutions dominantes.

S.D. : Tu te réfères aux travaux de Max Weber pour décrire l’organisation bureaucratique à l’intérieur de la prison comme une rationalisation légale de la domination dans le monde carcéral, mais tu soulignes dans le même temps les limites de l’analyse wébérienne de la bureaucratie dans la mesure où certes elle permet d’identifier la gestion administrative selon « des règles abstraites et impersonnelles ». Pourrais-tu développer davantage cet aspect, notamment en ce qui concerne la dimension arbitraire et personnalisée de la gestion administrative carcérale ?

N.O.-C. : Évidemment, il y a un fonctionnement bureaucratique à l’intérieur de la prison. On peut rappeler que Weber conceptualise l’idéal-type de la bureaucratie comme forme idéale en matière d’organisation du travail, il le fait au début du 20e siècle en pleine progression du capitalisme industriel. L’organisation sociale du travail en prison s’inspire en apparence du modèle de la bureaucratique wébérienne. Rappelons que lorsque Weber propose la notion de bureaucratie comme forme d’organisation sociale régie par des règles de procédures, c’est pour garantir l’idée d’une égalité de traitement entre les agents, puisque ces règles sont censées être appliquées de façon impersonnelle par des agents spécialisés formés à cet effet. L’idée qui accompagne cette définition est que le modèle bureaucratique éviterait tout favoritisme et passe-droits dans le recrutement et la mobilité professionnelle, puisque tout le monde peut accéder à des formations ou à un poste au moyen des concours. Sur certains aspects, on peut dire que le modèle wébérien fonctionne dans l’organisation sociale du travail carcéral, parce que les agents sont recrutés sur des postes avec des fonctions bien définies, de manière à appliquer les règles formelles. Toutefois, on s’aperçoit à l’observation que les règles se discutent au quotidien, alors que le modèle de la bureaucratie wébérien serait dégagé de toute emprise des subjectivités : entre les agents eux-mêmes et entre les agents et les personnes détenues, on s’aperçoit que l’organisation du travail repose sur des négociations informelles. Et ce sont mêmes ces relations informelles, en tant que forme d’incarnation des relations sociales qui font fonctionner l’ordre social en prison. L’utopie wébérienne ne peut pas fonctionner en ce qui concerne l’organisation carcérale, qui repose sur la déviation des règles (de nombreuses recherches en sociologie l’ont déjà montré). De fait, ce type même d’organisation fermée et disciplinaire fonctionne dans une dialectique entre règles formelles apparentes et règles informelles et des transgressions des règles relatives aux fonctions et aux statuts hiérarchiques, de qui incarne et comment s’incarnent les statuts professionnels dans le régime de pouvoir. C’est l’une des raisons officielles alléguées pour justifier la mobilité du personnel de direction (cadres et gradés) tous les quatre ans, afin d’éviter une trop grande proximité avec les personnels surveillants et avec les personnes détenues, l’idée étant que plus il y a de proximité, plus les personnes encadrantes risquent de jouer avec le règlement officiel. En outre, dans la prison où j’ai mené l’enquête, les personnels surveillants y sont placés pendant leur année de stage avant leur titularisation ; il y a également des personnels surveillants qui vont être mutés après un niveau de classement plutôt faible, ce qui n’en fait pas un lieu de prédilection. Ce qui signifie, notamment pendant l’année de stage et avant la titularisation, que l’on va trouver plutôt des surveillantes qui ne maîtrisent pas l’instabilité des règles locales ou qui vont plutôt opter en faveur d’une rigidification des règles. Les surveillantes qui sont plus souples sur l’application et le jeu des règles formelles sont celles qui ont quelques années d’ancienneté sur un même lieu de détention et qui sont dans une logique que la sociologue Corinne Rostaing nomme « missionnaire », opposée à une logique « statutaire » qui renvoie à l’image en négatif de la « porteuse de clés ». Dans cette organisation du travail, le travail de surveillance qui s’appuie aussi sur la pratique de la délation de la part des détenues fait partie intrinsèque du fonctionnement informel du panoptique disciplinaire. Tous les régimes disciplinaires ne peuvent fonctionner autrement que par les pratiques d’auto-surveillance et de rapprochement avec l’autorité répressive. Ainsi le rapport social entre le personnel d’encadrement et les personnes détenues est au cœur de ce rapport de disciplinarisation dans l’autosurveillance, il se réajuste en façade et en règles formelles dans la séparation rigide entre personnel de surveillance et prisonnières.

Les politiques

S.D. : Les prisonnières basques constituent à tes yeux une « forte singularité » de l’expérience carcérale due à leur ancrage dans l’engagement politique. Comment l’engagement politique de ces prisonnières a-t-il participé dans la construction des liens de solidarités d’un côté, entre les femmes basques, et de l’autre entre celles-ci et les femmes relevant du droit commun ? D’ailleurs les femmes détenues basques, auxquelles on refuse le statut de prisonnières politiques, sont considérées par l’institution judiciaire et l’administration carcérale comme des « terroristes », dans la mesure où leur engagement politique est considéré comme « illégal ». Comment ont-elles pu, malgré le fait d’être désignées comme terroristes, un terme fort chargé de connotations, tisser des liens de solidarité avec les femmes détenues de droit commun ? Dans quelle mesure la politisation leur a permis de construire des résistances collectives dans la prison ?

N.O.-C. : Premièrement, pour répondre à ta question, il faut comprendre que ces prisonnières que je qualifie comme autodéfinies politiques, précisément parce qu’elles s’auto-définissent politiques, maintiennent cette catégorie d’autodéfinition politique tout au long de la détention et c’est pourquoi je leur ai consacré un chapitre à part entière. Si pour les autres détenues, la centralité du rapport entre violences agies et violences subies structure leurs trajectoires, pour les prisonnières basques, ce n’est pas le rapport de genre qui a constitué leur qualification pénale, ce qui ne veut pas dire pour autant que la société basque échapperait à l’emprise des rapports de domination hommes/femmes. Mais leur trajet pénal n’est pas structuré par le continuum de violences de genre, mais par une requalification de la peine dans le cadre du dispositif anti-terroriste. Tout le long de leur peine, leur résistance va justement consister à contester la qualification pénale de terroristes en fonction de laquelle elles ont été condamnées et notamment le chef d’accusation d’association de malfaiteurs. Je rappelle que le chef d’accusation « d’association de malfaiteurs » est étroitement lié à l’histoire contre-insurrectionnelle. « L’association de malfaiteurs » fait en effet sa première apparition dans le Code napoléonien de 1810, avant d’être reprise et précisée en 1893 dans les « lois scélérates ». Cette série de textes législatifs cherche alors à réprimer le mouvement anarchiste, responsable de nombreux attentats au début de la Troisième République.

Cette qualification d’infraction a été réactualisée dans le cadre de la lutte anti-terroriste et de la justice dite préventive, entre autres, dans la condamnation / criminalisation d’activités illégales d’opposantes et opposants politiques, de violences politiques et s’inscrit dans la continuité de la perte du statut de prisonnier ou prisonnière politique dans la qualification pénale. Jusqu’en 2018, date de fin de l’organisation ETA, toutes les militantes basques refusaient de répondre au parcours d’individualisation de la peine et s’inscrivaient dans une démarche collective qui les a conduites à répondre pénalement au nom d’un collectif. Cette décision les distingue des détenues de « droit commun » qui sont dans une approche individualisante du parcours de peine. En outre, les prisonnières basques se sont toutes construites, selon évidemment des parcours singuliers, à partir d’une approche critique des modes de répression, des institutions disciplinaires, de l’anticapitalisme. C’est ce socle, auquel les plus jeunes générations ajoutent un engagement féministe, qui caractérise leur manière de tenir en prison. Leur parcours carcéral, dans cette continuité politique, est marqué par la mise en œuvre de « blocages » en prison, c’est-à-dire d’actions collectives en vue d’obtenir telle ou telle amélioration des conditions de vie pour l’ensemble des prisonnières. Évidemment, ce type d’action collective a des incidences : passage en encellulement disciplinaire (mitard), compte rendu d’incident et annulation de la réduction de peine. Quant à leur rapport avec les détenues non basques, je dirais que d’un côté, elles manifestent certes des formes de solidarité pratiques dans la vie de tous les jours mais elles restent dans des relations distanciées avec leurs codétenues. Elles ne pratiquent évidemment pas le « jeu » de la délation, selon leur volonté de se tenir à distance des autorités répressives. Du côté des détenues de « droit commun », celles-ci manifestent à la fois une fascination et un respect pour ces prisonnières basques dont elles apprécient la fiabilité et la stabilité, mais certaines pensent que ces prisonnières bénéficient d’un régime de détention privilégié. Les prisonnières basques sont perçues de la même manière par beaucoup de surveillantes. Dans l’ensemble, les prisonnières auto-définies politiques sont stigmatisées par l’appellation de « terro », pour terroriste, et perçues parfois comme hautaines ou méprisantes à l’égard du corps des surveillantes, car elles sont dans une posture de refus à l’égard de toute pratique de coopération discrétionnaire avec l’institution. Ce sont aussi ces prisonnières qui le plus souvent s’engagent dans des parcours d’études supérieures à l’université pendant le temps long de leur incarcération. En tant qu’étudiantes empêchées, elles passent beaucoup de temps dans leur cellule pour travailler et maintiennent également des relations avec l’extérieur par le biais des études, ce qui majore encore l’écart entre les détenues auto-définies politiques et le restant de la population incarcérée.

S.D. : Tu n’as pas conclu ton ouvrage, tu as titré tes dernières pages : « Aller plus loin… ». Où vas-tu aller plus loin ?

N.C.-O : Le développement de cette recherche permet de reposer la question de l’invisibilité des violences de genre, de la division sexuelle du travail, du privé et du public, mais également d’analyser la fonction de l’emprisonnement.

Le dernier jour du terrain avec les détenues, celles qui ont pu venir – relatives aux contraintes d’effectif à 10 personnes en rencontres collectives –, je leur ai restitué ce qu’ont été pour moi ces 18 mois d’enquête. Je leur ai écrit un texte, puis on a échangé de manière informelle en écoutant des musiques ensemble et en mangeant des bons gâteaux. L’une d’entre elles m’a demandé ce que je pensais de l’utilité de la prison après tous ces longs mois d’enquête. Sa question m’a renvoyée à une autre question, que justement je n’ai pas posée pendant toute la durée de l’enquête et qui pourtant aurait dû être présente, notamment dans le rapport à l’expertise des minoritaires : « comment les prisonnières peuvent-elles penser autrement le travail juste de la peine ? », mais c’était trop tard. Ce pourra être l’objet d’une autre recherche autour d’une théorisation de la prison, de la loi et du droit par les minoritaires !

ContreTemps N°50

Editions Syllepse, Paris 2021

https://www.syllepse.net/contretemps-n-50-_r_94_i_875.html


1 Mayette Viltard, « La conflagration de la honte », L’UNEBÉVUE n°24 Hontologies queer , Paris, L’unebévue-éditeur, printemps 2007.

2 Nicole-Claude Mathieu, L’anatomie politique (1ère éd. 1991), Éditions iXe, Paris, 2013, p. 199 ; voir aussi : Natacha Chetcuti-Osorovitz et Martine Gestin « La notion de personne sexuée dans l’œuvre de Nicole-Claude Mathieu », in Dominique Bourque et Johanne Coulomb (dir.), Penser “l’arraisonnement des femmes”. Vivre en résistance, Nicole-Claude Mathieu (1937-2014), Montréal, Les éditions sans fin, 2017, pp. 119-134.

3 Océane Pérona, « Déqualifier les viols : une enquête sur les mains courantes de la police judiciaire », Droit et Société, 2018/2, n°99, pp. 341-355. :https://www.cairn.info/revue-droit-et-societe-2018-2-page-341.htm /

4 Danièle Kergoat, Se battre, disent-elles…, Paris, La Dispute, coll. « Le genre du monde », 2012.

5 Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, « Bibliothèque des histoires », Paris, 1975.

6 Vanessa Codaccioni, La société de vigilance, Auto-surveillance, délation et haines sécuritaires, Paris, éditions Textuel, 2021.

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