Afghanistan : textes (2)

  • Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions
  • Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies  
  • Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher une catastrophe humanitaire
  • Abdulkader Sinno : L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul
  • En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans
  • Afghanistan : Une Expert des Nations Unies prévient d’un « désastre culturel », demande des visas d’urgence pour les plus vulnérables
  • Des associations tunisiennes solidaires avec les femmes afghanes et les victimes de conflits armés
  • L’Afghanistan vu par les femmes de Rawa
  • Tariq Ali : Débâcle en Afghanistan

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Nous exigeons l’ouverture de voies légales et effectives d’accès à la France pour la protection des Afghanes et Afghans victimes de persécutions

Les propos d’Emmanuel Macron appelant à « anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants » après la chute de Kaboul entre les mains des Talibans sont indignes de la tradition française de l’accueil et de l’asile.

Indigne comme l’abandon des Afghanes et Afghans qui ont servi comme personnel civil de l’armée française de 2001 à 2014, accueillis au compte-gouttes par la France malgré les déclarations et promesses de François Hollande et d’Emmanuel Macron et à qui la France refusait encore il y a quelques semaines la délivrance de visas malgré leurs cris d’alerte. Indigne comme les atermoiements pendant des années pour accorder des visas aux milliers de membres de familles des Afghanes et Afghans à qui la France a accordé la protection. Indigne comme le harcèlement par la police dont sont victimes les exilé·es afghan·es dans les rues de nos villes. Indigne comme les campements de la honte régulièrement détruits par les forces de l’ordre. Indigne comme les renvois forcés de plus de 6 000 Afghans par la France entre 2004 et 2020.

Angela Merkel a annoncé le rapatriement de 10 000 Afghanes et Afghans, ne se limitant pas au personnel ayant travaillé pour les autorités allemandes en Afghanistan. Le Royaume-Uni a annoncé qu’il n’exigerait pas de passeport pour permettre aux demandeurs d’asile afghans de rejoindre le sol britannique. Deux avions militaires sont la seule mesure annoncée par la France. L’insuffisance des moyens que le gouvernement français entend déployer est insupportable, tout comme l’annonce de la fermeture des frontières européennes aux exilé·es afghan·es et la sous-traitance de l’asile aux pays limitrophes.

Nous, juristes, défenseurs des droits fondamentaux et des libertés, membres de la société civile, rappelons l’obligation du respect absolu et inconditionnel de la Convention de Genève sur l’asile et des textes de l’Union européenne de protection des populations persécutées. Le personnel civil ayant travaillé pour les autorités françaises et les magistrat·es et avocat·es afghan·es ne sont pas les seul·es que le France doit rapatrier. Contrairement à ce qui a été jugé il y a quelques mois par la Cour nationale du droit d’asile, il y a pour chaque Afghan ou Afghane un risque réel de menace grave contre sa vie et sa personne : il est impératif et urgent de renoncer aux décisions indignes aboutissant à l’expulsion de milliers d’Afghans.

Nous exigeons l’ouverture de voies légales afin que tou·tes les Afghanes et Afghans persécuté·es qui le sollicitent, ainsi que les familles de ceux qui sont déjà bénéficiaires de la protection internationale accordée par la France, puissent rejoindre rapidement le sol français directement depuis Kaboul. Nous exigeons l’arrêt des procédures issues du règlement Dublin, le retrait de toute mesure d’éloignement à l’encontre de demandeurs d’asile afghans et l’accord accéléré de la protection qu’ils doivent recevoir en France afin de leur permettre d’accéder à l’emploi et à un hébergement dignes. Le gouvernement d’Emmanuel Macron doit cesser de s’engager dans des politiques et discours empruntés à l’extrême droite. Sixième puissance économique mondiale, la France a les moyens d’accueillir les exilé·es d’Afghanistan. Surtout, nous en avons le devoir historique !

Paris, le 17 août 2021

Organisations signataires :

  • ADDE (Avocats pour la défense des étrangers)

  • la Cimade

  • Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré⋅es)

  • LDH (Ligue des droits de l’Homme)

  • SaF (Syndicat des avocats de France)

  • Syndicat de la Magistrature

https://blogs.mediapart.fr/la-cimade/blog/170821/pour-louverture-de-voies-legales-d-acces-pour-la-protection-des-afghan-e-s

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Afghanistan : la France doit agir rapidement pour sauver des vies  

Alors que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan, des milliers de personnes tentent de fuir le pays. Face à cette tragédie, la France doit apporter des réponses urgentes et dignes de ses engagements internationaux en protégeant la population civile.

Le bilan des années au pouvoir des talibans en Afghanistan est connu et désastreux. Malgré les déclarations récentes de leurs chefs, on ne peut que craindre le pire pour les populations civiles, c’est-à-dire des violations très graves et systématiques des droits humains, notamment des châtiments cruels, inhumains et dégradants liés à l’application de la charia, et une épuration brutale de tous ceux et de toutes celles soupçonnés de ne pas adhérer à leur idéologie.   

Il y a donc urgence absolue. Au-delà du plan d’évacuation des ressortissants français, nous attendons du président Macron qu’il annonce que la France et l’Europe vont tenter de sauver le plus de vies possible parmi toutes les personnes aujourd’hui directement menacées  : toutes celles qui seront immanquablement soupçonnées d’avoir « collaboré » avec l’Occident, comme les interprètes, mais aussi des défenseurs des droits humains, des journalistes, des universitaires, des femmes qui ont pris des responsabilités, des personnels du monde de la culture et des personnes LGBTI+. Il faut mettre en place un plan d’évacuation immédiat à la hauteur de la situation actuelle, dramatique et urgente pour ces personnes.

Nous saluons la décision de la France d’avoir cessé de renvoyer des ressortissants afghans dans leur pays depuis plusieurs semaines. Mais nous demandons aujourd’hui au président Macron et au gouvernement français de mettre en œuvre une politique d’accueil adaptée à la gravité de la situation, avec l’octroi de visas humanitaires, l’admission temporaire des demandeurs et demandeuses d’asile afghans et un réexamen des demandes précédemment rejetées. Les États doivent accélérer la réinstallation des Afghans en attente d’un asile sûr et durable. D’autres pays européens comme la Belgique, le Danemark ou l’Autriche continuaient à renvoyer des Afghans vers leur pays ces derniers jours, malgré l’aggravation rapide de la situation. La France doit peser de tout son poids pour qu’une position claire et commune à tous les États de l’Union européenne soit adoptée. Cette position doit inclure l’instauration d’un moratoire sur les renvois vers l’Afghanistan et vers des pays tiers comme la Turquie qui risqueraient de poursuivre ces renvois.

Plus que jamais, la politique d’accueil de la France et de l’Europe doit être digne de leurs engagements en matière de droits humains.  

https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/afghanistan-la-france-doit-agir-rapidement-pour-sauver-des-vies?

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Afghanistan : la communauté internationale doit empêcher
une catastrophe humanitaire

Paris – Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit aujourd’hui afin de discuter de la situation en Afghanistan, la FIDH exhorte la communauté internationale à veiller à ce que le gouvernement afghan de facto garantisse la protection des civils, dont les défenseur·es des droits humains, le respect des droits humains, y compris ceux des femmes et des enfants, et la définition d’un calendrier précis établissant des élections libres, équitables, ouvertes à tous et participatives qui reflètent la volonté du peuple afghan.

La communauté internationale est tenue de veiller à ce que les droits de tous les Afghans soient protégés, surtout ceux des plus vulnérables. Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies doivent veiller à ce que des mesures concrètes soient adoptées et mises en œuvre en vue de protéger la population civile et doivent apporter leur aide aux défenseur·es des droits humains – en défendant notamment le droit fondamental des Afghans au droit d’asile et au droit à ne pas être renvoyé dans leur pays – et enfin doivent financer les efforts déployés en matière d’aide humanitaire.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU doit convoquer de toute urgence une session spéciale et adopter une résolution appelant à la protection des civils – notamment des défenseur·es des droits humains, des journalistes et des membres de la société civile – et au respect des droits humains en vertu des traités internationaux auxquels l’Afghanistan est partie.

La communauté internationale est également invitée à faire pression sur le gouvernement afghan de facto afin qu’il soutienne sans réserve l’enquête en cours menée par la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes de guerres et crimes contre l’humanité qui auraient été commis. Parallèlement, la sécurité des rescapés, des témoins, des défenseur·es des droits humains, et des membres de la société civile qui ont contribué aux efforts d’enquête et de sensibilisation de la CPI doit être garantie. Il est également essentiel de recueillir des éléments de preuve matériels et numériques de ces crimes et de les transmettre au Bureau du procureur de la CPI sans délai.

Contexte

La courte période pendant laquelle les Talibans sont restés au pouvoir de 1996 à 2001 était entachée de violations graves des droits humains, notamment envers les droits des femmes et des enfants. Outre la promulgation et l’application de décrets qui restreignent sérieusement presque tous les aspects de la vie des femmes, notamment leur liberté de mouvement, leur droit à l’éducation et leur droit au travail, les Talibans menacent et attaquent de longue date les membres de la société civile, dont ceux qui œuvrent pour la défense des droits humains, l’éducation et la démocratie, le milieu des médias, de l’université, et les membres de minorités ethniques, en particulier les Hazaras.

Au cours de ces dernières semaines, des informations concernant les violations des droits humains ont commencé à émerger dans les régions contrôlées par les Talibans, notamment des attaques contre les défenseur·es des droits humains et les journalistes, la fermeture des écoles, et des représailles à l’encontre des civils ayant travaillé pour le gouvernement afghan ou des gouvernement étrangers. L’offensive des Talibans ces derniers mois a également engendré une augmentation considérable des déplacements internes de population – près de 244 000 personnes depuis mai. [1]

Le Bureau du procureur de la CPI enquête sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui auraient été commis en Afghanistan depuis 2003. De nombreux Afghans ont contribué à rendre compte de ces crimes commis par l’ensemble des parties dans ce conflit, y compris par les forces du gouvernement, les Talibans, d’autres groupes armés et les forces dirigées par les États-Unis.

[1] UNHCR, Escalade des violences en Afghanistan : des réfugiés afghans arrivent en Iran, août 9, 2021 ;
https://www.unhcr.org/fr/news/press/2021/8/611256c2a/escalade-violences-afghanistan-refugies-afghans-arrivent-iran.html

https://www.fidh.org/fr/regions/asie/afghanistan/afghanistan-la-communite-internationale-doit-empecher-une-catastrophe

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L’Afghanistan après vingt ans d’occupation sous la houlette des Etats-Unis et suite à la présence des talibans à Kaboul

Les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan fin 2001 dans le but de détruire Al-Qaida et les talibans qui les accueillaient et, soi-disant, pour établir un Etat afghan démocratique et aider les femmes et les enfants afghans.

Vingt ans plus tard, les Etats-Unis et leur coalition d’une quarantaine d’alliés ont fermé leurs bases et retiré, à quelques exceptions près, leurs dernières troupes. Les talibans ont repris la majeure partie du pays, y compris sa capitale, Kaboul.

Plus de 5000 soldats des Etats-Unis et prestataires privés ont été tués pendant cette période. Quelque 1200 autres soldats de la coalition sont également morts. Al-Qaida n’est pas vaincu ; elle est toujours en Afghanistan et compte globalement beaucoup plus de membres et opère dans beaucoup plus de territoires dans le monde qu’en 2001. Une lecture attentive de l’accord de paix de février 2020 entre l’administration Trump et les talibans, un accord auquel l’administration Biden semble adhérer, révèle que les talibans n’ont fait presque aucune concession en échange du retrait des Etats-Unis.

En tant que chercheur de longue date sur les conflits en Afghanistan, j’ai observé comment la vie et les conditions de vie des Afghans ont été affectées par l’occupation occidentale ratée de leur pays pendant 20 ans.

L’Etat que les Etats-Unis ont laissé derrière eux

Lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan à la fin de 2001, les talibans étaient sur le point de contrôler la majeure partie du pays, qui comptait alors 21 millions d’habitants. Leur régime était brutal, mais il est parvenu à mettre un frein à l’extrême anarchie et à stabiliser un pays qui, à l’époque, avait enduré 22 ans de guerre atroce contre l’occupant soviétique et entre factions afghanes rivales.

Jusqu’à sa disparition à la mi-août 2021, le gouvernement afghan de Kaboul était faible, corrompu, divisé et vulnérable. Il a tenté de régner sur une population de 38 millions d’habitants avec des institutions étatiques parmi les plus corrompues de la planète. Le régime mis en place par les Etats-Unis et leurs alliés était si dysfonctionnel que les tribunaux afghans étaient connus pour juger en faveur de la partie qui payait le plus. Les forces de police extorquaient régulièrement des civils appauvris et les fonctionnaires faisaient peu de choses sans pot-de-vin. De nombreux représentants de l’Etat étaient également des seigneurs de guerre prédateurs qui recrutaient leurs partisans dans la fonction publique dans l’espoir qu’ils s’enrichissent grâce aux pots-de-vin.

Des factions politiques afghanes soutenues par des étrangers, comme le groupe Hazara Fatemiyoun organisé par l’Iran, avaient infiltré tous les niveaux du gouvernement. Et dans une tentative désespérée de limiter les gains des talibans, le gouvernement afghan a commencé à payer directement les seigneurs de guerre indépendants pour obtenir leur soutien, même si beaucoup d’entre eux étaient impliqués dans le trafic de drogue et maltraitaient des civils.

Les conditions de vie des Afghans

Au moins 100 000 civils afghans ont été tués ou blessés dans le conflit entre la coalition dirigée par les Etats-Unis et les Afghans qui résistaient à l’occupation de leur pays. Ce chiffre doit être considéré comme sous-estimé, car de nombreuses victimes afghanes ont été enterrées rapidement selon les coutumes islamiques, et aucun registre n’a été tenu. Un nombre probablement aussi important de combattants afghans ont également perdu la vie, et beaucoup d’autres ont été estropiés ou gravement blessés. L’espérance de vie en Afghanistan est aujourd’hui d’à peine 48 ans.

L’Afghanistan reste l’un des pays les plus pauvres du monde, avec 6 Afghans sur 10 vivant dans la pauvreté et un PIB par habitant de quelque 500 dollars par an, soit moins de 1% de celui des Etats-Unis. De nombreux biens ont été détruits et l’économie de guerre a plongé de nombreux Afghans dans une pauvreté encore plus grande, tout en enrichissant les barons de la drogue et les seigneurs de guerre liés au régime. L’abus d’opium et d’héroïne est monté en flèche en Afghanistan au cours des 20 années d’occupation, des millions d’Afghans se tournant vers la drogue pour échapper à leur dure réalité.

On compte 2,5 millions de réfugiés afghans enregistrés au Pakistan, en Iran et ailleurs. Trois millions d’autres Afghans sont déplacés à l’intérieur du pays. Ces chiffres risquent fort de monter en flèche à la suite des victoires spectaculaires des talibans à la mi-août 2021.

De nombreux Afghans déplacés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Afghanistan, ne disposent pas des biens de base nécessaires à une survie minimale et sont vulnérables aux maladies et à l’exploitation. Parmi tous les réfugiés dans le monde, seuls ceux de Palestine et de Syrie sont plus nombreux que ceux d’Afghanistan, et les Afghans font partie des plus grands groupes de nationalités qui cherchent refuge en Europe  [1].

Les Pachtounes ruraux, le groupe ethnique qui fournit aux talibans la majeure partie de ses troupes, ont été parmi ceux qui ont le plus souffert pendant la guerre, car la plupart des combats ont eu lieu dans leurs régions.

Certains Pachtounes urbains et membres de minorités, en particulier le groupe ethnique Hazara, historiquement défavorisé, ont profité des opportunités économiques et éducatives offertes par les agences d’aide occidentales et ont travaillé pour des armées et des organisations étrangères. Ces bénéficiaires de la présence étrangère font désormais partie des personnes les plus vulnérables en Afghanistan, car les talibans peuvent les considérer comme des traîtres.

Des dizaines de milliers d’Afghans ayant travaillé pour l’armée américaine, par exemple, plaident auprès de Washington pour être autorisés à venir aux Etats-Unis avec leur famille. L’administration Biden en a admis certains, mais beaucoup d’autres attendent toujours d’être admis aux Etats-Unis.

La situation des femmes et des enfants en Afghanistan ne s’est guère améliorée. Le taux de mortalité maternelle, avec 1,6 femme mourant pour 100 naissances, n’a pratiquement pas bougé depuis le règne des talibans à la fin des années 1990. En outre, davantage de femmes ont rejoint la population active et davantage d’enfants, en particulier les filles, ont eu accès à l’enseignement primaire au cours des 20 dernières années. Pourtant, seul un enfant afghan sur dix termine ses études secondaires.

Dans de nombreuses zones rurales, la situation des femmes et des filles a empiré: non seulement elles n’ont pas reçu une aide ou une éducation de qualité, mais elles ont dû faire face à l’extrême pauvreté, aux menaces de violence et à l’insécurité de la guerre.

Que réserve l’avenir ?

L’occupation américaine a fait vivre aux Afghans 20 années supplémentaires de guerre et de souffrance. Ironiquement, les Etats-Unis laissent l’Afghanistan dans un état très similaire à celui dans lequel il était lorsqu’ils l’ont envahi.

Les talibans ont repris le contrôle d’une grande partie de l’Afghanistan, y compris de Kaboul. Leur ancienne opposition, les milices et les seigneurs de guerre de l’Alliance du Nord, aujourd’hui disparue, sont plus faibles qu’en 2001, juste avant l’invasion des Etats-Unis.

Certains membres de groupes minoritaires, notamment les Hazara et ceux qui ont coopéré avec l’occupation étrangère, risquent de souffrir. Les Afghans vivant en milieu urbain devront également faire face aux sévères restrictions sociales imposées par les talibans, qui touchent particulièrement les femmes et les filles. La migration hors d’Afghanistan augmentera, les citadins et les minorités fuyant pour sauver leur vie. Les talibans sont susceptibles d’imposer leur stricte application de leur loi et d’établir des tribunaux qui ne sont pas dirigés par des fonctionnaires corrompus, ce qui devrait dissuader la criminalité.

Pour l’instant, les talibans ont exprimé le souhait d’accorder une amnistie aux fonctionnaires, aux soldats et aux autres travailleurs [2]. Si cela se produit, et si cela est maintenu, il est probable que cela renforcera le soutien aux talibans au sein de la population.

Si les Etats-Unis, comme ils le font souvent par réflexe face à leurs adversaires dans le système international, choisissent d’imposer des sanctions sévères à l’Afghanistan, comme ces derniers et l’ONU l’ont fait dans les années 1990, cela contribuera à accroître encore les souffrances.

Il est également possible que la résistance au régime taliban se développe au cours des prochains mois et des prochaines années dans le nord et le centre du pays. Si la guerre civile reprend, je pense que les Afghans connaîtront encore plus d’exploitation, de pauvreté déchirante, de mort et de souffrance.

Abdulkader Sinno

Abdulkader Sinno est enseignant en sciences politiques et études du Moyen-Orient à l’Université de l’Indiana

Article publié sur le site The Conversation, le 16 août 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

 

[1] Suite à l’intervention d’Emmanuel Macron le 16 août au soir – qui annonçait « une initiative européenne » pour le « protéger » contre des flux migratoires « irréguliers » en provenance d’Afghanistan –, François Gemenne, enseignant à Sciences Po Paris et directeur de l’observatoire Hugo à l’Université de Liège en Belgique, déclarait sur France Info : « L’idée que notre première préoccupation au regard de la situation terrible dans ce pays soit de nous « protéger », nous, contre des flux qu’il estime « irréguliers » alors que ce sont des gens qui vont chercher à sauver leur vie, me paraît complètement indigne, en dessous de tout et complètement irrespectueuse des principes élémentaires du droit international et humanitaire. Les membres de l’extrême droite, le Rassemblement national estimaient depuis ce matin sur les réseaux sociaux qu’il fallait nous protéger contre ce qu’ils appelaient un « tsunami migratoire », et voilà que le soir même le président de la République reprend leurs mots à son compte. C’est particulièrement choquant. » (Réd. A l’Encontre)

[2] Selon le site Al Jazeera – chaîne bien en vue à Kaboul car le Qatar est l’hôte des dites négociations et ses liens avec les Frères musulmans ne la rendent pas trop « étrangère » pour les talibans –, « à l’amnistie » promise, des dirigeants talibans auraient « exhorté les femmes à rejoindre le gouvernement », précisant qu’il se trouverait sous « une direction entièrement islamique» . Dans ces initiatives de communication, les talibans proclament leur « ouverture » envers des minorités ethniques. La chaîne Al Jazeera précise le 17 août : « les talibans ont déclaré que la guerre en Afghanistan était terminée et un haut dirigeant a déclaré que la force talibane attendrait le départ des forces étrangères avant de créer une nouvelle structure de gouvernance ». (Réd. A l’Encontre)

 

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/lafghanistan-apres-vingt-ans-doccupation-sous-la-houlette-des-etats-unis-et-suite-a-la-presence-des-talibans-a-kaboul.html

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En Afghanistan, la détresse des femmes, premières cibles des talibans

https://information.tv5monde.com/terriennes/en-afghanistan-la-detresse-des-femmes-premieres-cibles-des-talibans-420837?

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Afghanistan : Une Expert des Nations Unies prévient d’un « désastre culturel »,
demande des visas d’urgence pour les plus vulnérables

Genève, 17 août 2021

Aujourd’hui, une Expert des Nations Unies a alerté sur le « désastre culturel » qui est en train de s’abattre sur Afghanistan après la chute de Kaboul aux mains des Taliban, et elle a demandé aux Etats de fournir d’urgence une assistance aux défenseur/es des droits humains qui tentent de fuir le pays, en particulier ceux et celles qui travaillent sur les droits des femmes et les droits culturels, ainsi qu’aux artistes.

« Il est déplorable que le monde ait abandonné l’Afghanistan à un groupe fondamentaliste tel que les Taliban, dont le bilan catastrophique en matière de droits humains est fort bien documenté – en particulier, lorsqu’ils sont au pouvoir, leur pratique de l’apartheid de genre, leur utilisation de punitions cruelles et leur destruction systématique de l’héritage culturel », a déclaré Karima Bennoune, Rapporteure Spéciale auprès des Nations Unies en matière de droits culturels.

« Protéger les vies et les droits des Afghans doit être la plus haute priorité. Il faut aussi faire des efforts pour garantir la mise en sécurité de toutes les formes de culture et d’héritage culturel qui sont essentiels à la jouissance de ces droits, et de protéger ceux et celles qui sont en première ligne pour les défendre ».

« Tous les gouvernements et la communauté internationale doivent agir d’urgence, aujourd’hui, pour prévenir un massif désastre humanitaire et culturel en Afghanistan ».

Elle a déclaré que la priorité immédiate est d’ouvrir l’aéroport de Kaboul à l’aviation civile et de garantir le passage sécurisé des personnes à risque. L’expert a demandé avec insistance que les Etats leur fournissent des visas.

Bennoune a imploré les institutions culturelles et éducationnelles partout dans le monde de fournir des invitations aux artistes afghans, aux travailleurs culturels et étudiants, en particulier aux femmes et aux membres des minorités, de façon à leur permettre de continuer leur travail dans la sécurité. Elle a rappelé aux 171 Etats-parties signataires de la Convention Internationale sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels l’importance de la coopération internationale dans la protection des droits culturels.

« Les droits humains, y compris la non-discrimination, doivent être au centre de toute prise de décision concernant l’Afghanistan en ce moment critique » a dit Bennoune. « Il ne suffit pas que les gouvernements étrangers assurent la sécurité de leurs propres ressortissants. Ils ont l’obligation légale et morale d’agir pour protéger les droits des Afghans, y compris le droit d’accès à l’éducation et au travail, sans discrimination, ainsi que le droit pour chacun de participer à la vie culturelle ».

La Rapporteure Spéciale a déclaré qu’elle était gravement inquiète devant les rapports qui parviennent au sujet des violations des droits par les Taliban, notamment des attaques contre les minorités, le kidnapping d’une femme défenseure des droits humains, l’assassinat d’un artiste et l’exclusion des femmes de l’emploi et de l’éducation. Toutes les tentatives pour justifier de tels abus au nom de la culture afghane doivent être fermement repoussées et dénoncées, a-t-elle dit.

Bennoune a rappelé que les propres officiels culturels des Taliban en 2001 avaient attaqué non seulement les Bouddhas de Bamiyan mais aussi le musée national du pays, détruisant par milliers les pièces les plus importantes, ainsi que bannissant de nombreuses pratiques culturelles, comme la musique.

« Les défenseurs afghans des droits culturels ont depuis travaillé sans relâche et à grands risques pour eux-mêmes, pour reconstruire et protéger cet héritage, ainsi que pour créer une nouvelle culture. Les cultures afghanes sont riches, dynamiques et syncrétiques, et elles sont totalement opposées à la terrible vision du monde des Taliban », a-t-elle dit.

« Les gouvernements qui s’imaginent pouvoir vivre avec la ‘Pax Talibana’ vont découvrir que c’est une grave erreur qui détruit les vies, les droits et les cultures afghanes, et qui vide de tout contenu les avancées importantes qui ont été faites dans la culture et l’éducation au cours de ces deux dernières décennies avec le soutien international et au travers d’efforts locaux incommensurables ».

Bennoune a déclaré que non seulement une telle politique fera un tort énorme aux Afghans, mais qu’elle fera également reculer la lutte contre le fondamentalisme et l’extrémisme et leurs effets néfastes sur les cultures partout dans le monde, menaçant ainsi les droits et la sécurité de tous.

Genève, 17 août 2021

Karima Bennoune a été nommée rapporteuse spéciale des Nations unies dans le domaine des droits culturels en octobre 2015. Mme Bennoune a grandi en Algérie et aux États-Unis. Elle est professeur de droit et Martin Luther King, Jr. Hall Research Scholar à la faculté de droit de l’Université de Californie-Davis, où elle enseigne les droits de l’homme et le droit international.

Cette déclaration est approuvée par : Fionnuala Ní Aoláin, Rapporteuse spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme ; Mary Lawlor, Rapporteuse spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme ; Irene Khan, Rapporteuse spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression ; Ahmed Shaheed, Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction ; Melissa Upreti (Présidente), Dorothy Estrada-Tanck (Vice-présidente), Elizabeth BroderickIvana Radačić, et Meskerem Geset Techane, Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles ; Tomoya Obokata, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et leurs conséquences ; et Cecilia Jimenez-Damary, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées dans leur propre pays.

Traduction : Marieme Helie Lucas

https://www.siawi.org/spip.php?article25681

Afghanistan: UN expert warns of “cultural disaster”, urges visas for the vulnerable

https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?

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Des associations tunisiennes solidaires avec les femmes afghanes et les victimes de conflits armés

De nombreuses associations ont publié aujourd’hui un communiqué conjoint pour exprimer leur solidarité avec les femmes en Afghanistan et les victimes de conflits armés suite aux derniers événements qui ont eu lieu dans le pays.

« De nos jours, le monde entier assiste au nouveau programme qui touche le peuple afghan, une situation qui affecte particulièrement les femmes et leurs droits par des attaques contre leur corps et par l’écrasement de leur dignité, malgré les multiples supplications et les appels à l’aide de tous les consciencieux. C’est une suite claire des politiques des puissances et alliances mondiales qui sont toujours faites au détriment des femmes dont la dignité, les droits et la citoyenneté sont facilement abandonnées, comme le montre la remise dramatique de l’avenir des femmes afghanes à la fanatisme de Les talibans.

Les associations soussignées condamnent tous les crimes et conspirations commis contre des civils afghans, en particulier les enfants, les femmes et les personnes âgées. Le dernier de ces crimes est le nouvel accord colonial qui a conduit à mettre le sort des personnes sans défense entre les mains des forces réactionnaires locales qui continueraient à attaquer les civils, en particulier les femmes et les enfants. C’est une autre tentative de détruire l’infrastructure du pays en envahissant les terres et les biens, en confisquant le droit du peuple afghan de vivre en paix et en autodétermination et de construire un État civil indépendant qui garantit les droits et les libertés et préserve sa civilisation.

Nous, soussignés, sommes profondément préoccupés par les récentes évolutions en Afghanistan et observons le silence horrible des auteurs de ces crimes, notamment les fabricants d’armes et les marchands d’armes, et le drapeau blanc offert aux Talibans, un mouvement hostile aux femmes et aux libertés … Nous lançons cet appel en tant qu’associations féministes et de défense des droits de l’homme luttant pour la liberté et l’égalité afin d’exprimer notre solidarité absolue avec les femmes afghanes, dont les corps et la dignité sont menacés, et avec tous les civils victimes de conflits armés et de politiques réactionnaires.

Nous rejetons l’utilisation du corps des femmes comme aliment pour les guerres coloniales et les politiques arriérées, et appelons toutes les femmes et les personnes libérales en Tunisie et dans le monde à être solidaires avec les femmes afghanes en appelant à mettre fin aux conflits armés pour Les femmes payent un double prix, résistent et s’opposent à toute nouvelle offre d’armes aux parties belligérantes, et demandent justice et paix pour tous les peuples. »

Signataires :

Association Tunisienne des Femmes Démocratiques

Association Beity

Association des femmes tunisiennes pour la recherche sur le développement

Aswaat Nissa (« Voix des femmes »)

Association des femmes et de la citoyenneté

– Association Tawhida Ben Cheikh

https://www.tunisienumerique.com/tunisie-des-associations-tunisiennes-solidaires-avec-les-femmes-afghanes-et-les-victimes-de-conflits-armes/

https://www.businessnews.com.tn/des-associations-feministes-tunisiennes-solidaires-avec-les-femmes-en-afghanistan,520,111345,3

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L’Afghanistan vu par les femmes de Rawa

Les Talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan dans la foulée du retrait des forces d’occupation américaines. Alors que la situation des femmes afghanes a souvent été instrumentalisée par les médias mainstream et les intellectuels philo-impérialistes pour légitimer les interventions occidentales, nous avons souhaité traduire en français cette interview de l’une des porte-parole de l’Association des femmes révolutionnaires d’Afghanistan (RAWA), réalisée il y a quelques semaines alors que les Talibans entamaient leur reconquête militaire.

RAWA est une organisation politique féministe basée à Quetta, au Pakistan, et fondée en 1977 par Meena Keshwar Kamal dans le but d’aider les femmes dans leur lutte pour l’émancipation et les droits civils. Dès les années 1990, lors du premier régime taliban, elle a mené des activités clandestines dans le pays en soutien à l’émancipation des femmes. À travers cet entretien mené par l’Osservatorio Afghanistan, Maryam fait le bilan de 2  ans d’occupation occidentale et formule des perspectives sur la continuation de la lutte dans la nouvelle séquence qui s’ouvre.

Depuis la chute des Talibans en 2001, quels progrès ont été réalisés en ce qui concerne le statut des femmes dans le pays ?

Il y a eu très peu de progrès, et nous pouvons dire qu’aucun de ces changements ne s’est enraciné profondément dans la société. Ils ont été fragiles, et à certains niveaux, illusoires.

Les 20 dernières années ont apporté plus de déceptions et plus de larmes. L’insécurité, la guerre généralisée et l’incertitude quant à l’avenir, les attentats suicides, les assassinats ciblés, la corruption rampante, la drogue et la toxicomanie, la pauvreté, les déplacements de population et bien d’autres choses encore, sont les préoccupations quotidiennes de notre peuple, et en particulier des femmes. L’Afghanistan est toujours décrit comme « le pire endroit pour naître en tant que femme ». L’une de nos membres a déclaré de manière prophétique dans une interview du 13 mars 2002 : « Nous savons qu’il est difficile de ne pas vouloir réagir lorsqu’un événement comme le 11 septembre se produit, mais le bombardement de l’Afghanistan ne débarrassera pas le monde du terrorisme. Les terroristes et les fondamentalistes vivent partout dans le monde, et en bombardant un pays, vous ne tuez pas leur réseau ». Nous voyons aujourd’hui le résultat : les Talibans, plus puissants qu’avant, dirigent le pays.

Quels ont été les plus grands succès et les plus grands échecs de ces vingt longues années d’occupation militaire ?

Il y a eu quelques succès, comme le fait que les filles ne sont plus interdites d’école et que les femmes ont pu exercer certains emplois. Les médias ont réussi à atteindre même les villages les plus reculés et les gens ont eu accès aux émissions de radio et de télévision. Des systèmes de communication tels que les téléphones portables et l’internet ont été introduits. Ces choses peuvent sembler évidentes, mais pour un pays très pauvre et arriéré, ce sont de véritables conquêtes. Mais dans le même temps, la corruption s’est généralisée et le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Sous le régime des Talibans, la culture de l’opium a été interdite, mais aujourd’hui, l’Afghanistan est la plus grande base de contrebande de drogue tandis que les divisions ethniques et les affrontements armés sont à leur plus haut niveau.

Nous aimerions également vous rappeler que si l’Afghanistan a été bombardé par les États-Unis et l’OTAN, c’est à cause des Talibans et d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, les Talibans sont de retour au pouvoir et Daech est présent dans tout le pays… Même si les Talibans gouvernent l’Afghanistan, le terrorisme, la destruction et les combats ne cesseront pas.

Tant que les États-Unis et de nombreux autres courtisans impliqués tels que le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et même la Russie, la Chine et l’Inde trouveront leur intérêt à soutenir des fondamentalistes religieux et des criminels connus, il sera difficile de trouver une solution.

Selon Human Rights Watch, environ 87% des filles et des femmes afghanes sont victimes d’agressions au cours de leur vie. Ces chiffres sont terrifiants…

L’Afghanistan a toujours été un endroit misérable pour ses femmes en raison de la forte mentalité patriarcale, du système féodal, du manque d’éducation, de la culture et des traditions, des croyances religieuses, etc. Mais les 40 longues années de guerre et surtout le renforcement du fondamentalisme ont rendu la situation encore pire.

Les femmes afghanes sont les premières victimes de la guerre et de la violence persistante. Des cas de viols, d’enlèvements, de mariages forcés, de mariages de mineurs et de violences domestiques sont signalés quotidiennement. Plusieurs raisons expliquent pourquoi ces chiffres ne baissent pas, mais la principale est la forte emprise de ces fondamentalistes qui ont été soutenus par les États-Unis et qui sont les mêmes misogynes qui siègent au parlement, qui font les lois, qui contrôlent la police, le système judiciaire et tous les organes gouvernementaux.

Le rôle des ONG occidentales dans le pays a-t-il été positif ou négatif ?

Les ONG dans notre pays faisaient partie de l’occupation militaire occidentale. Elles ont poussé comme des champignons après le 11 septembre. À l’exception de quelques petits projets efficaces, ils ont surtout joué un rôle négatif. USAID (l’agence gouvernementale américaine), a principalement mis en œuvre les politiques des États-Unis, tout comme de nombreuses autres ONG internationales.

Ces ONG étaient d’ailleurs la raison principale de la corruption et des pots-de-vin. Elles ont réalisé des projets qui n’étaient bons que sur le papier, sous la supervision d’étrangers, et n’ont apporté aucun changement réel dans la vie de notre peuple.

Les pays occidentaux ont quitté l’Afghanistan les uns après les autres. Le retrait américain était-il une erreur ? Et si non, pourquoi ?

Oui, presque tous les pays sont partis. Ce n’est absolument pas une erreur pour nous, c’est plutôt quelque chose de positif. Nous étions totalement contre cette occupation et la présence de ces troupes. Mais malheureusement, ce retrait est le résultat d’un accord diplomatique entre les États-Unis et les Talibans. Une fois encore, comme les années précédentes, ce sont les civils afghans qui paient le prix fort. Les combats en cours tuent des civils, brûlent leurs maisons et leurs fermes et les obligent à quitter leurs villages.

Rawa croit fermement qu’aucune nation ne peut recevoir la paix et le progrès comme si c’était un cadeau. Les nations doivent se battre, construire la paix de leurs propres mains, pour avoir un lien solide avec elle.

Que se passera-t-il si les Talibans prennent le pouvoir ?

Ils sont déjà au pouvoir dans les principales régions du pays, mais tout est arrivé soudainement. Les gens sont encore sous le choc. Jusqu’à présent, ils ont agi différemment selon les zones : certaines régions sont encore disputées, sous le feu des combats, mais d’autres villes et frontières leur ont été remises sans aucune résistance. Tôt ou tard, ils arriveront à Kaboul et il sera difficile de prévoir ce qui se passera. Les Talibans feront de leur mieux pour maintenir une image positive et différente cette fois-ci. Ils tenteront également d’obtenir un soutien international. Ils peuvent organiser des « élections », mais il est impossible de cacher leur nature misogyne, criminelle et ambiguë. Ces derniers jours, les gens sont effrayés par leurs actes criminels et aucun Afghan ne peut oublier les horribles attentats perpétrés ces dernières années, comme les attaques contre des écoles et des hôpitaux, le meurtre de journalistes, de vaccinateurs, de juges, de policiers, de médecins, les attentats suicides…

Même les femmes membres de la délégation des soi-disant pourparlers de paix, comme Fouzia Kofi, avaient affirmé que les Talibans étaient en train de changer, mais les derniers jours ont prouvé le contraire. Les Talibans n’attendent que le bon moment pour atteindre Kaboul et créer leur émirat islamique qui appliquera la charia et s’immiscera dans tous les aspects de nos vies.

L’alternative est-elle de fuir ?

Non, pas du tout. Nous trouverons un moyen de poursuivre notre lutte en fonction de la situation. Il est difficile de dire comment, mais nous poursuivrons certainement nos activités souterraines comme nous l’avons fait dans les années 1990, sous le régime des Talibans. Bien sûr, cela ne se fera pas sans risques et dangers, mais toute forme de résistance nécessite des sacrifices.

20 août 2021

https://acta.zone/lafghanistan-vu-par-les-femmes-de-rawa/

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Débâcle en Afghanistan

La chute de Kaboul aux mains des talibans le 15 août 2021 est une défaite politique et idéologique majeure pour l’Empire américain. Les hélicoptères bondés transportant le personnel de l’ambassade américaine à l’aéroport de Kaboul rappelaient étonnamment des scènes de Saigon, aujourd’hui Ho Chi Minh-Ville, en avril 1975. La rapidité avec laquelle les forces talibanes ont pris d’assaut le pays a été stupéfiante ; sa perspicacité stratégique remarquable.

Une offensive d’une semaine s’est terminée triomphalement à Kaboul. L’armée afghane de 300 000 hommes s’est effondrée. Beaucoup de soldats ont refusé de se battre. En fait, des milliers d’entre eux sont passés aux talibans, qui ont immédiatement exigé la reddition inconditionnelle du gouvernement fantoche.

Le président Ashraf Ghani, un favori des médias américains, a fui le pays et a cherché refuge à Oman. Le drapeau de l’émirat flotte maintenant au-dessus de son palais présidentiel. À certains égards, l’analogie la plus proche n’est pas Saigon, mais le Soudan du XIXe siècle, lorsque les forces du Mahdi sont entrées à Khartoum et ont martyrisé le général Gordon. William Morris a célébré la victoire du Mahdi comme un revers pour l’Empire britannique. Cependant, alors que les insurgés soudanais tuaient toute une garnison, Kaboul a changé de mains avec peu d’effusion de sang. Les talibans n’ont même pas tenté de prendre l’ambassade des États-Unis, et encore moins d’attaquer le personnel américain.

Le vingtième anniversaire de la « guerre contre le terrorisme » s’est ainsi terminé par une défaite prévisible des États-Unis, l’OTAN et d’autres personnes qui sont montées dans le train. Indépendamment de la façon dont les politiques des talibans sont considérées, j’ai été un critique sévère pendant de nombreuses années, on ne peut nier leur réalisation.

À une époque où les États-Unis ont détruit un pays arabe après l’autre, aucune résistance n’a jamais émergé qui pourrait défier les occupants. Cette défaite pourrait bien être un tournant. C’est pourquoi les politiciens européens se plaignent. Ils ont soutenu sans réserve les États-Unis en Afghanistan, et eux aussi ont subi une humiliation. Biden n’avait plus le choix. Les États-Unis avaient annoncé qu’ils se retireraient d’Afghanistan en septembre 2021 sans atteindre aucun de leurs objectifs de « libération » : liberté et démocratie, égalité des droits pour les femmes et destruction des talibans.

Bien qu’il soit peut-être invaincu militairement, les larmes versées par les libéraux amers confirment l’ampleur profonde de leur perte. La plupart d’entre eux, Frederick Kagan au NYT, Gideon Rachman dans le FT, estiment que la réduction aurait dû être retardée pour garder les talibans à distance. Mais M. Biden ratifiait simplement le processus de paix initié par M. Trump, avec le soutien du Pentagone, qui a vu un accord conclu en février 2020 en présence des États-Unis, des talibans, de l’Inde, de la Chine et du Pakistan.

L’establishment sécuritaire américain savait que l’invasion avait échoué : les talibans ne pouvaient pas être soumis quel que soit la durée de leur présence. L’idée que le retrait précipité de Biden a en quelque sorte renforcé les militants est absurde. Le fait est que depuis plus de vingt ans, les États-Unis n’ont pas réussi à construire quoi que ce soit qui puisse racheter leur mission. La zone verte brillamment éclairée était toujours entourée d’une obscurité que les Zoners ne pouvaient pas comprendre. Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, des milliards ont été dépensés chaque année pour conditionner les casernes abritant les soldats et les officiers américains, tandis que de la nourriture et des vêtements étaient régulièrement transportés à partir de bases du Qatar, d’Arabie saoudite et du Koweït. Il n’est pas surprenant qu’un immense quartier pauvre ait grandi à la périphérie de Kaboul, alors que les pauvres se rassemblaient pour vivre en piquant dans les poubelles. Les bas salaires versés aux services de sécurité afghans n’ont pas réussi à les convaincre de combattre leurs compatriotes.

L’armée, formée sur deux décennies, avait été infiltrée à un stade précoce par des partisans des talibans, qui ont reçu une formation gratuite sur l’utilisation d’équipements militaires modernes et ont agi comme espions de la résistance afghane. Telle était la misérable réalité de l’« intervention humanitaire ». 

Pendant les années talibanes, la production d’opium était strictement supervisée. Depuis l’invasion américaine, elle a considérablement augmenté et représente aujourd’hui 90% du marché mondial de l’héroïne, ce qui fait que l’on se demande si ce conflit prolongé devrait être considéré, au moins en partie, comme une nouvelle guerre de l’opium. Des milliards de profits ont été réalisés et partagés entre les secteurs afghans qui ont servi l’occupation. Les officiers occidentaux ont été généreusement payés pour permettre ce commerce. Un jeune Afghan sur dix est maintenant accro à l’opium. Les chiffres des forces de l’OTAN ne sont pas disponibles.

Quant à la situation des femmes, peu de choses ont changé. Il y a eu peu de progrès social en dehors de la zone verte infestée d’ONG. L’une des principales féministes du pays en exil a fait remarquer que les femmes afghanes avaient trois ennemis : l’occupation occidentale, les talibans et l’Alliance du Nord. Avec le départ de l’Amérique, dit-il, ils auront deux. (Au moment de la rédaction de ce rapport, il pourrait peut-être être modifié d’un point, car les avancées des talibans dans le nord ont anéanti des factions clés de l’Alliance avant que Kaboul ne soit capturée).

Malgré les demandes répétées des journalistes et des militants, aucun chiffre fiable n’a été publié sur l’industrie du travail du sexe qui a grandi pour servir les armées d’occupation. Il n’existe pas non plus de statistiques crédibles sur les viols, bien que les soldats américains aient fréquemment eu des violences sexuelles contre des « suspects de terrorisme », violé des civils afghans et donné le feu vert à la maltraitance des enfants par les milices alliées.

Pendant la guerre civile yougoslave, la prostitution s’est multipliée et la région est devenue un centre de trafic sexuel. La participation de l’ONU dans cette entreprise rentable a été bien documentée. En Afghanistan, tous les détails ne sont pas encore connus. Plus de 775 000 soldats américains ont combattu en Afghanistan depuis 2001. De ce nombre, 2 448 sont morts, ainsi que près de 4 000entrepreneurs américains.

Environ 20 589 personnes ont été blessées au combat selon le ministère de la Défense. Le nombre de victimes afghanes est difficile à calculer, car on ne compte pas les « morts d’ennemis » qui incluent des civils. Carl Conetta, du Defense Alternatives Project, a estimé qu’au moins 4 200 à 4 500 civils ont été tués à la mi-janvier 2002 à la suite de l’assaut américain, à la fois directement en tant que victimes de la campagne de bombardements aériens et indirectement dans la crise humanitaire qui a suivi. En 2021, l’Associated Press rapportait que 47 245 civils avaient été tués par l’occupation. Les militants afghans des droits civiques ont donné un total plus élevé, insistant sur le fait que 100 000 Afghans (dont beaucoup de non-combattants) avaient été tués et trois fois ce nombre avait été blessé.

En 2019, le Washington Post a publié un rapport interne de 2 000 pages commandé par le gouvernement fédéral américain. Pour analyser les échecs de sa plus longue guerre : « Les documents de l’Afghanistan ». Il s’est appuyé sur une série d’entretiens avec des généraux américains (retraités et actifs), des conseillers politiques, des diplomates, des travailleurs humanitaires, etc. Son évaluation combinée était accablante. Le général Douglas Lute, le « tsar de la guerre afghane » sous Bush et Obama, a avoué que « nous étions dépourvus d’une compréhension fondamentale de l’Afghanistan, nous ne savions pas ce que nous faisions… Nous n’avions pas la moindre idée de ce que nous faisions […] Si seulement le peuple américain connaissait l’ampleur de ce dysfonctionnement. Un autre témoin, Jeffrey Eggers, un Navy Seal à la retraite et membre du personnel de la Maison Blanche sous Bush et Obama, a souligné l’énorme gaspillage de ressources : « Qu’avons-nous obtenu pour ce milliard de dollars d’efforts ? Cela valait-il 1 billion de dollars ?… Après l’assassinat d’Oussama ben Laden, j’ai dit qu’Oussama riait probablement dans sa tombe au fond de l’océan en considérant combien nous avons dépensé en Afghanistan. Il aurait pu ajouter : « Et nous avons quand même perdu. »

Qui était l’ennemi ? Les talibans, le Pakistan, tous les Afghans ? Un soldat américain de longue date était convaincu qu’au moins un tiers de la police afghane était accro à la drogue et qu’une autre partie importante était un partisan des talibans. Cela a soulevé un problème majeur pour les soldats américains, comme l’affirmait un témoignage d’ un chef anonyme des forces spéciales en 2017 : « Ils pensaient que j’allais leur indiquer avec une carte où vivent les bons et les mauvais… Il leur a fallu plusieurs conversations pour comprendre que je n’avais pas cette information entre mes mains. Au début, ils n’arrêtaient pas de demander : « Mais qui sont les méchants, où sont-ils ? ».

Donald Rumsfeld a exprimé le même sentiment en 2003. « Je n’ai aucune perception claire sur qui sont les méchants en Afghanistan ou en Irak », a-t-il écrit. J’ai lu toutes les informations de la communauté, et nous semblons en savoir beaucoup, mais en fait, lorsque vous les pressez, vous découvrez que nous n’avons rien qui soit exploitable. Nous sommes terriblement déficients en intelligence humaine.

L’incapacité de faire la distinction entre un ami et un ennemi est un problème grave, non seulement au niveau schmittéen, mais pratique. Si vous ne pouvez pas faire la distinction entre alliés et adversaires après une attaque à l’engin explosif improvisé sur un marché urbain bondé, vous réagissez en attaquant tout le monde et en créant plus d’ennemis dans le processus.

Le colonel Christopher Kolenda, conseiller de trois généraux en service, a souligné un autre problème avec la mission américaine. La corruption a été endémique dès le début, a-t-il dit ; le gouvernement karzaï s’est « auto-organisé en kleptocratie ». Cela a sapé la stratégie post-2002 de construction d’un État qui pourrait survivre à l’occupation. « La corruption mineure est comme le cancer de la peau, il y a des façons d’y faire face et vous serez probablement d’accord. La corruption au sein des ministères, niveau supérieur, est comme le cancer du côlon ; c’est pire, mais si vous le détectez tôt, c’est probablement bien. La kleptocratie, cependant, est comme le cancer du cerveau est fatal ». Bien sûr, l’État pakistanais, où la kleptocratie est enracinée à tous les niveaux, a survécu pendant des décennies. Mais les choses n’ont pas été si faciles en Afghanistan, où les efforts d’édification de la nation ont été dirigés par une armée d’occupation et le gouvernement central avait peu de soutien populaire.

Qu’en est-il des fausses informations selon lesquelles les talibans ont été vaincus pour ne jamais revenir ? Un haut responsable du Conseil national de sécurité a réfléchi aux mensonges répandus par ses collègues : « Ce sont vos explications. Par exemple, au début, ils disaient : « Les attaques [des talibans] s’aggravent-elles ? C’est parce qu’il y a plus de cibles à tirer, donc plus d’attaques sont un faux indicateur d’instabilité. » Trois mois plus tard, on leur demandait à nouveau : « Les attaques ne cessent-elles de s’aggraver ? C’est parce que les talibans désespèrent, donc c’est en fait un indicateur que nous gagnons » Et cela a continué encore et encore pour deux raisons, pour maintenir l’image de toutes les personnes impliquées et pour faire croire que si les troupes et les ressources étaient éliminées, le pays se détériorerait. Tout cela était un secret de polichinelle dans les chancelleries et les ministères de la Défense de l’OTAN en Europe.

 (…)

Reproduisant le modèle développé pour l’Irak et la Syrie, les États-Unis ont annoncé une unité militaire spéciale permanente, composée de 2 500 soldats, qui sera stationnée sur une base koweïtienne, prête à s’envoler pour l’Afghanistan et à bombarder, tuer et mutiler si nécessaire. Pendant ce temps, une délégation talibane de grande puissance s’est rendue en Chine en juillet dernier, promettant que son pays ne serait plus jamais utilisé comme rampe de lancement pour des attaques contre d’autres États. Des entretiens amicaux ont eu lieu avec le ministre chinois des Affaires étrangères, qui aurait couvert les liens commerciaux et économiques. Le sommet a rappelé des rencontres similaires entre les moudjahidines afghans et les dirigeants occidentaux au cours des années 1980 : les premiers se sont présentés dans leurs costumes wahhabites et leurs barbes réglementaires dans le contexte spectaculaire de la Maison-Blanche ou du 10 Downing Street. Mais maintenant, avec l’OTAN en retraite, les principaux acteurs sont la Chine, la Russie, l’Iran et le Pakistan (qui a certainement fourni une assistance stratégique aux talibans et pour qui il s’agit d’un grand triomphe politico-militaire). Aucun d’entre eux ne veut d’une nouvelle guerre civile, contrairement aux États-Unis et à leurs alliés après le retrait soviétique.

Les relations étroites de la Chine avec Téhéran et Moscou pourraient lui permettre de travailler à assurer une paix fragile aux citoyens de ce pays traumatisé, avec l’aide de l’influence russe continue dans le nord. L’accent a été mis sur l’âge moyen en Afghanistan : 18 ans, sur une population de 40 millions d’habitants. En soi, cela ne veut rien dire. Mais on espère que les jeunes Afghans se battront pour une vie meilleure après quarante ans de conflit. Pour les femmes afghanes, la lutte n’est pas terminée, même s’il ne reste qu’un ennemi. En Grande-Bretagne et ailleurs, tous ceux qui veulent continuer à se battre devraient se concentrer sur les réfugiés qui frapperont bientôt à la porte de l’OTAN. À tout le moins, le refuge est ce que l’Occident leur doit : une petite réparation pour une guerre inutile.

Tariq Ali, 16/8/2021

 

Debacle en Afganistán

https://vientosur.info/debacle-en-afganistan/

Debacle in Afghanistan

https://newleftreview.org/sidecar/posts/debacle-in-afghanistan

https://www.pressegauche.org/Debacle-en-Afghanistan


Rappel :

Pierre Beaudet : L’effondrement de l’Afghanistan 

Pierre Beaudet : La tragédie afghane

Bernard Dréano : A propos du Cedetim et de l’Afghanistan

Complément de Pierre Metge

Pierre Beaudet

Appel de Negar – soutien aux femmes d’Afghanistan

Moussa Tchangari : La chute de Kaboul, une alerte pour le Sahel

Interview de Batul Moradi par Francine Sporenda

Carine Fouteau : Réfugiés afghans : l’hypocrisie européenne

Melanie Bonvard : Afghanistan : le terrible sort qui attend les femmes

HCR : Les femmes et les enfants déplacés subissent les conséquences les plus néfastes du conflit en Afghanistan 

Pour les femmes en Afghanistan, « une situation pire que le bétail »

Quelques-unes des restrictions imposées aux femmes par les talibans en Afghanistan

Jérémie Rochas : Macron « en guerre » contre les réfugiés afghans 

Vives réactions et mobilisation en Suisse 

Tariq Ali : La guerre de quarante ans en Afghanistan et son issue prévisible

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/08/17/leffondrement-de-lafghanistan-et-autres-textes/ 

Une réponse à “Afghanistan : textes (2)

  1. Catherine ALBERTINI

    Heureusement, les femmes semblent vouloir se mobiliser pour leurs droits:
    https://www.franceinter.fr/monde/afghanistan-ces-images-qui-redonnent-un-petit-peu-d-espoir

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