Enfantprêté au silence de ma honte j’attends la colère

Une famille, un suicide, « N’entrez pas là-dedans vous égarer. Le père fracturé a fait taire les douleurs », des souvenirs refoulés, des incertitudes, je et tu. Une figure, l’avant et l’après de sentiments et de culpabilité. Et en premier lieu, une écriture qui vous saisit, vous retient, vous entraine dans une topographie familiale.

Le père, une corde, libre à présent, pendu, « Après des années d’humiliation il recouvrait main sûre. Il décidait une dernière fois », un homme décousu, une maladie « avait creusé les cellules de cette émotivité dilatée par tous les pores de son passé », le monstre erroné…

L’enfant, enfantprété chaque vendredi, une hostilité vorace « de ceux qui trimballent une peur sans savoir qu’elle noue concorde », la découverte tardive de ce qu’il « avait refusé de voir », la construction d’un mensonge, l’apprentissage de tout « sauf moi », le sentiment de ne pouvoir être à sa place, les masques « à faces de sourire », les viols…

La mère, une indépendance retrouvée, « la femme seule qui quitte les habitudes de sa maisonoùsonmaris’estpendulà-haut », le silence d’« une pièce infinie d’une nuit sans sommeil vapeur du souvenir d’un cœur mort », la reconstruction de soi et de l’estime de soi, l’investissement hors des habitudes, le besoin de prendre l’air…

La sœur, la lecture refuge « sauve-qui-peut l’ennui », le mystère derrière la porte fermée, la chambre et les clôtures, la construction possible d’une famille sans « se laisser dévorer par une autre », celle à qui les parents n’ont pas permis « de faire ce que tu voulais »…

Le frère, premier fils né, une autre enfance, « le seul à avoir posé la question »…

L’en-terre, l’avalanche des vivants, le maquillage « monacal d’une hypocrisie propre à cette campagne toujours honorée de sa bienséance »

Un récit de temps et de regards mélangés. « Le présent d’un passé qui a menti ses lendemains à conjuguer ». La force d’une construction sinueuse entre présent et mémoire, les portes du souvenir à ouvrir… Un grand livre.

Benoit Colboc : Topographie

Editions Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez 2021, 86 pages, 15 euros

En complément, un texte court.

Les mains, la peur des mots, la feuille blanche, la mémoire, le tutoiement, « Tu es l’enfant ? », le tremblement essentiel, la façade brisée, les harmonies avalées par la mer, « Tremble comme je m’écris jusqu’au point final »….

Benoit Colboc : Tremble

Editions Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez 2021, 24 pages, 5 euros

Didier Epsztajn

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