Des changements climatiques inévitables et irréversibles : l’avertissement le plus sévère jamais lancé par le GIEC (plus autres textes dont Alternatiba, Daniel Tanuro)

L’activité humaine modifie le climat de la Terre d’une manière « sans précédent » depuis des milliers ou des centaines de milliers d’années ; certains de ces changements étant désormais inévitables et « irréversibles» , ont averti des climatologues.

Au cours des deux prochaines décennies, les températures risquent d’augmenter de plus de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, ce qui est contraire aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de 2015 et entraînera une dévastation très étendue et des conditions météorologiques extrêmes.

Seules des réductions rapides et drastiques des gaz à effet de serre au cours de cette décennie peuvent empêcher un tel effondrement du climat, chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire étant susceptible d’aggraver l’accélération des effets, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la principale autorité mondiale en matière de climatologie.

L’influence humaine a réchauffé le climat à un rythme sans précédent au cours des 2000 dernières années au moins

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L’évaluation exhaustive opérée par la science du climat telle que publiée ce lundi 9 août – soit le sixième rapport de ce type publié par le GIEC depuis 1988 – a nécessité huit ans de travail, rassemblant les travaux de centaines d’experts et d’études d’évaluation par les pairs. Ce rapport représente l’ensemble des connaissances acquises à ce jour sur les fondements physiques du changement climatique et conclut que l’activité humaine est « sans équivoque » la cause des changements rapides du climat, notamment l’élévation du niveau de la mer, la fonte des glaces et des glaciers polaires, les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses.

Des dirigeants du monde entier ont déclaré que ces conclusions brutales devaient imposer de nouvelles mesures politiques de toute urgence, afin de faire passer l’économie mondiale sur la voie de la réduction des émissions de carbone. Les gouvernements de 197 pays se réuniront en novembre prochain à Glasgow pour des négociations essentielles sur le climat, appelées COP26 [voir à propos de cette réunion de Glasgow l’article de Patrick Bond publié sur le site le 10 juillet, http://alencontre.org/laune/glasgow-cop26-et-au-dela-plaidoyer-alternatif-pour-la-justice-climatique-illustre-dans-laccord-de-glasgow-et-ses-limites.html].

Chaque nation est invitée à présenter à la COP26 de nouveaux plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, soit l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat, un objectif que le GIEC a souligné comme étant encore possible, mais de justesse.

António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a lancé un avertissement : « [Ce rapport] est une ligne rouge pour l’humanité. La sonnette d’alarme est assourdissante et les preuves sont irréfutables: les émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion de combustibles fossiles et de la déforestation étouffent notre planète et mettent des milliards de personnes en danger immédiat. »

Il a appelé à la fin de la construction de nouvelles centrales au charbon et de toute nouvelle exploration et exploitation des combustibles fossiles. Il a demandé aux gouvernements, aux investisseurs et aux entreprises de consacrer tous leurs efforts à un avenir à faible émission de carbone. « Ce rapport doit sonner le glas du charbon et des combustibles fossiles, avant qu’ils ne détruisent notre planète », a-t-il déclaré.

Les simulations de modèles climatiques montrent comment les facteurs humains ont contribué à l’augmentation des températures à la surface du globe

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Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni, hôte de la Cop26, a déclaré : « Le rapport d’aujourd’hui donne à réfléchir et il est clair que la prochaine décennie sera déterminante pour l’avenir de notre planète… J’espère que le rapport d’aujourd’hui sera un signal d’alarme pour que le monde prenne des mesures dès maintenant, avant que nous nous retrouvions à Glasgow en novembre pour le sommet crucial de la COP26. »

John Kerry, envoyé spécial du président américain Joe Biden, a affirmé : « Le rapport du GIEC souligne l’urgence impérieuse de ce moment. Le monde doit s’unir avant que la possibilité de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ne soit hors de portée… Glasgow doit être un tournant dans cette crise. »

Les températures ont augmenté d’environ 1,1°C depuis la période 1850-1900, mais la stabilisation du climat à 1,5°C est encore possible, selon le GIEC. Ce niveau de réchauffement entraînerait toujours une augmentation des vagues de chaleur, des tempêtes plus intenses et des sécheresses et des inondations plus graves, mais il représenterait un risque beaucoup plus faible que celui de 2°C.

Richard Allan, professeur de climatologie à l’Université de Reading (Angleterre) et un des auteurs principaux du GIEC, a déclaré que chaque fraction de degré de réchauffement était cruciale. « Avec de nouvelles hausses de température, vous faites passer des phénomènes météorologiques extrêmes modérés au premier rang de phénomènes extrêmes [avec de nouvelles hausses de température]. »

Les groupes de la société civile ont exhorté les gouvernements à agir sans délai. Doug Parr, responsable scientifique de Greenpeace GB, a déclaré : « Ce n’est pas la première génération de dirigeants mondiaux à être avertis par les scientifiques de la gravité de la crise climatique, mais ce sont les derniers qui peuvent se permettre de les ignorer. La fréquence, l’ampleur et l’intensité croissantes des catastrophes climatiques qui ont brûlé et inondé de nombreuses régions du monde ces derniers mois sont le résultat de l’inaction passée. Si les dirigeants du monde ne commencent pas enfin à agir en fonction de ces avertissements, les choses vont empirer considérablement. »

Stephen Cornelius, conseiller principal sur le changement climatique au WWF, a ajouté : « Il s’agit d’une évaluation sévère de l’avenir effrayant qui nous attend si nous n’agissons pas. Alors que le monde est au bord de l’irréversible, chaque fraction de degré de réchauffement compte pour limiter les dangers. »

Même si le monde parvient à limiter le réchauffement à 1,5°C, certains impacts à long terme du réchauffement déjà en cours seront probablement inévitables et irréversibles. Il s’agit notamment de l’élévation du niveau des mers, de la fonte des glaces de l’Arctique, du réchauffement et de l’acidification des océans. Selon les scientifiques du GIEC, des réductions drastiques des émissions peuvent éviter que le changement climatique ne s’aggrave, mais elles ne ramèneront pas le monde aux schémas météorologiques plus modérés du passé.

Ed Hawkins, professeur de sciences du climat à l’Université de Reading, et un des auteurs principaux du GIEC, a souligné : « Nous sommes déjà confrontés au changement climatique, notamment à des événements météorologiques plus fréquents et plus extrêmes, et pour nombre de ces impacts, il n’y a pas de retour en arrière possible. »

Ce rapport est susceptible d’être le dernier du GIEC à un moment où il est encore temps de rester en dessous de 1,5°C, a ajouté Joeri Rogelj, directeur de recherche à l’Institut Grantham de l’Imperial College London, et un des auteurs principaux du GIEC. « Ce rapport montre que plus nous nous rapprochons de la limite de 1,5°C, plus le climat dans lequel nous vivrons sera acceptable. Ce rapport montre que nous pouvons rester en deçà de 1,5°C, mais seulement de justesse – seulement si nous réduisons les émissions au cours de la prochaine décennie. » « Si nous ne le faisons pas, d’ici le prochain rapport du GIEC, à la fin de cette décennie, la limite de 1,5°C sera dépassée. »

Le rapport publié ce lundi 9 août sera suivi l’année prochaine de deux autres volets: la deuxième partie portera sur les impacts de la crise climatique, et la troisième détaillera les solutions potentielles. Le travail sur le rapport a été entravé par la pandémie de Covid-19, qui a retardé la publication de quelques mois, et a obligé les scientifiques à collaborer principalement en ligne et par vidéoconférence. 

Fiona Harvey

Fiona Harvey est responsable pour l’environnement du quotidien The Guardian

Article publié par The Guardian, le 9 août 202 1; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ecologie/des-changements-climatiques-inevitables-et-irreversibles-lavertissement-le-plus-severe-jamais-lance-par-le-giec.html

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Marathon contre la montre : pourquoi le gouvernement n’écoute pas les alertes du GIEC ?

À l’heure des catastrophes climatiques extrêmes sur toute la planète, le discours du gouvernement est insupportable. « Écologie excessive », image d’un lent « marathon » ou auto-congratulations infondées, c’est à peu près l’essence de la tribune, encore décevante, signée par B. Pompili et P. Canfin le 22 juillet [1]. À l’occasion de la sortie du rapport du GIEC, ce 9 août, Alternatiba répond.

Avec les dernières actualités climatiques entre inondations en Belgique, en Allemagne, en France ou encore mégafeux qui ravagent la Sibérie et la Grèce et la Turquie ce week-end, la première partie du sixième rapport du GIEC dévoile de toute évidence des impacts encore plus catastrophiques que les fuites dudit rapport ne l’annonçaient le 23 juin. 

Ces catastrophes climatiques avaient déjà été dessinées par le GIEC : il tente d’alerter, depuis plus de trente ans, les gouvernements sur la nécessité d’agir pour éviter l’aggravation de la situation climatique. Sans grand succès.

« L’écologie du gouvernement » ?

Derrière cette formule mystérieuse, le gouvernement montre, par son inaction, qu’il ne prend la mesure des alertes des scientifiques. C’est ça « l’écologie du gouvernement ». La mise à l’arrêt de projets inutiles et climaticides tels que Notre-Dame-des-Landes ou Europacity n’a été rendue possible qu’à la seule force de la mobilisation citoyenne. Et se féliciter que ces projets n’aient pas été menés à leurs termes alors que le gouvernement maintient son engagement dans de nombreux autres projets comme l’implantation d’Amazon en France et ce, en refusant un moratoire sur les entrepôts de e-commerce,  pourtant demandé par la Convention citoyenne pour le climat. Nous ne sommes pas dupes, quand un projet est arrêté, d’autres plus dangereux encore fleurissent. L’urbanisation du triangle de Gonesse en est le triste exemple. Mais la lutte citoyenne pour le protéger se maintient. Alors, on ne peut pas dire que c’est courir un marathon mais c’est clairement tourner en rond.

S’opposer publiquement à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) pour dénoncer la politique de déforestation amazonienne menée par le président Bolsonaro est une chose, continuer d’importer massivement depuis le Brésil et n’envisager aucune sanction économique en est visiblement une autre pour les membres du gouvernement. Rappelons que si la France se targue de voir ses émissions carbone territoriales baisser, l’importation de ces mêmes émissions carbone ne cesse d’augmenter. 

Et pendant que les citoyen·nes luttent pour le respect de leur territoire, le dérèglement climatique s’accélère et l’augmentation de 1,5°C, seuil crucial retenu par l’accord de Paris, pourrait bien être dépassée dès 2025, provoquant par ricochets une grande perte de biodiversité, l’augmentation du niveau des mers et des océans ou encore des famines causées par la baisse des rendements agricoles. Tous les compteurs sont au rouge. 

Un gouvernement qui s’auto-congratule d’avancées minimes

Mais le gouvernement français semble ne pas arriver au même constat – ou du moins faire la sourde oreille. La France serait soi-disant en tête de cette écologie « du marathon ». Loin de signifier une stratégie précise ou un plan d’attaque face à l’urgence climatique, cette formule est vide de sens, tout autant que la politique climatique d’Emmanuel Macron.

En effet, les classements régulièrement brandis par LREM pour célébrer l’efficacité de la politique climatique du gouvernement ne sont pas si glorieux : ils font la part belle aux promesses et aux objectifs lointains et manquent cruellement d’actes concrets. Le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat dénonce justement l’écart entre les paroles et les actes : les progrès sont « mitigés » et « peu alignés avec la trajectoire de réduction prévue ».

Une chose est claire : aujourd’hui, aucun État ne peut prétendre avoir adopté des méthodes suffisamment efficaces pour faire face à l’urgence climatique. Il y a bien sûr des progrès, des avancées et des engagements forts, mais le plus gros reste encore à faire. Pour le dire autrement : être bien classé par rapport aux autres États ne signifie pas que le cap est bon, que les mesures soient suffisantes. La bataille climatique n’est pas un concours. Partout les efforts doivent être intensifiés, et la France ne peut pas se satisfaire d’une place honorable au sein d’un échec collectif lamentable. 

Nous avons conscience que la course va être longue et qu’il nous faudra de l’endurance pour gagner la ligne d’arrivée. Mais il ne faut pas nier que cette course, il faut la gagner avec rapidité. C’est tout le paradoxe de l’urgence climatique : on doit faire très vite ce qui normalement demande beaucoup de temps. Raison de plus pour entamer le sprint dès maintenant. Et certes : c’est impossible à gagner seul·e, on a besoin d’être solidaires et bien coordonné·es, à l’image d’un 4x100m. 

Cette position de « leader de l’action climatique » que le gouvernement s’auto-octroie est par ailleurs largement remise en cause par d’autres classements. Le CCPI (Climate Change Performance Index) a classé différents pays selon leur bilan écologique en fonction de leurs émissions de gaz à effet de serre, de leur production d’énergies renouvelables, de leur consommation d’énergie et de leurs politiques en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique. La France arrive en 23e position, derrière la moyenne de l’Union européenne. Il ne suffit pas de s’autoproclamer favori pour rester dans la course.

Si Emmanuel Macron et son gouvernement tentent de mettre en avant des événements singuliers de leur bilan écologique, il s’agit de regarder ce qu’il se cache vraiment derrière ces « victoires ». Parmi ces dernières, le président de la République capitalise sur le supposé arrêt de l’exploitation de la Montagne d’or en Guyane qui menace fortement la biodiversité régionale. Le tribunal de Cayenne a pourtant accepté la reprise de l’activité, sans grandes protestations de l’État…

Urgence climatique : gagner lentement, c’est déjà échouer

Dans Rolling Stones en 2017, Bill McKibben, fondateur de 350.org avait écrit à propos de la lutte climatique « Winning Slowly Is the Same as Losing » (Gagner lentement, c’est déjà échouer). C’est bien là que que pèche la politique climatique du gouvernement, et où ses déclarations deviennent mensongères. Et la sortie ce matin du rapport du GIEC démontre, à nouveau, l’urgence vitale de passer à l’action. C’est maintenant qu’il faut que les autorités mettent en place des mesures pour la neutralité carbone si on espère voir aboutir à temps cet immense projet de société. Si nous continuons dans la trajectoire actuelle, les écosystèmes terrestres et océaniques auront une capacité de plus en plus limitée pour nous aider à répondre au défi climatique. Plus nous attendons, plus nous prenons le risque d’échouer.

Les scientifiques rappellent que dépasser les 1,5°C, c’est mettre en danger la planète, les écosystèmes et toute l’humanité. Nous sommes les principaux responsables de l’augmentation de la température et les récents épisodes de chaleurs extrêmes, de sécheresses et de précipitations en sont les exemples les plus palpables. Le rapport le confirme : certains de ces récents pics de température n’auraient très probablement pas eu lieu sans l’activité humaine. Dans la bataille climatique, chaque dixième de degré compte. Si nous nous empêtrons dans l’inaction des pouvoirs publics, nous allons suivre la trajectoire actuelle d’augmentation de la température. Si les engagements pris par les gouvernements pour le climat jusqu’à alors étaient respectés – ce qui n’est même pas le cas aujourd’hui – la température estimée d’ici la fin du siècle pourrait déjà atteindre + 2,7°C. 

Léa Vavasseur, porte-parole d’Alternatiba, rebondit sur ce bilan : 

« Pour suivre les avertissements du GIEC, la seule voie possible est celle d’une écologie radicale qui pense un vrai changement de système. Ce n’est pas en jetant quelques verres d’eau sur les incendies qui font des ravages à travers le globe que la ministre de l’écologie parviendra à les éteindre. » 

Avec ces dernières nouvelles alarmantes de la part des experts de l’ONU, on peut affirmer que l’écologie du gouvernement, c’est celle de la demi-mesure alors même que l’urgence n’a jamais été si criante. 

Ces insuffisances sont aussi soulignées par le Haut Conseil pour le climat :

« Les efforts actuels sont insuffisants pour garantir l’atteinte des objectifs de 2030, et ce d’autant plus dans le contexte de la nouvelle loi européenne sur le climat. Alors que les conditions climatiques sortent des plages de variabilité climatique naturelle, avec des impacts croissants, les efforts d’adaptation doivent être rapidement déployés et intégrés aux politiques climatiques dans leur ensemble. »

Et n’oublions pas que les propositions de la Convention citoyenne pour le climat ont été affaiblies, dénaturées ou mises sous le tapis et, pourtant on nous parle « d’écologie excessive ». Mais l’excès aujourd’hui est du côté de celles et ceux qui pensent qu’on peut continuer en trottinant, qu’on peut conserver un système productiviste qui montre pourtant ses failles, crise après crise. « L’écologie de la production », celle qui veut « transformer sans fracturer » nie les réalités écologiques auxquelles nous faisons face. Les scientifiques du GIEC le disent, sans « transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernements », nous allons au devant d’un désastre. Nous devons mettre la science et la technologie au service des besoins humains vitaux, et construire des sociétés soutenables. Nous devons changer de paradigme, pour bâtir un monde juste qui ne laisse personne de côté et permet à chacun de vivre dignement.

Le temps n’est plus celui des mesurettes mais bien celui des actions concrètes et radicales face à l’urgence climatique. Alors, c’est bien de vouloir courir un marathon, mais encore faut-il savoir passer le relais quand on est dépassé par les événements.

https://blogs.mediapart.fr/alternatiba/blog/090821/marathon-contre-la-montre-pourquoi-le-gouvernement-necoute-pas-les-alertes-du-giec

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Catastrophe climatique – Au bord du gouffre, le scénario que le GIEC ne modélise pas

Le Groupe de travail 1 du GIEC a présenté son rapport sur les bases physiques, contribution au sixième rapport d’évaluation sur l’évolution du climat, attendu au début de 2022. Le rapport et son résumé sont rédigés dans le style précis et avec le vocabulaire des publications scientifiques qui posent des constats « objectifs ». Pourtant, jamais un rapport des experts du réchauffement global n’a laissé sourdre à ce point l’angoisse suscitée par l’analyse des faits à la lumière des lois incontournables de la physique.

De terribles perspectives…

L’angoisse découle d’abord du contexte : les inondations et les incendies terribles qui sèment la désolation, la mort et l’effroi aux quatre coins de la planète concrétisent ce contre quoi le GIEC met en garde depuis plus de trente ans, et par rapport à quoi les gouvernements n’ont rien fait, ou presque rien fait. Elle découle aussi de l’énormité du constat : même si la COP26 (à Glasgow, en novembre), décidait d’appliquer le plus radical des scénarios de stabilisation étudiés par les climatologues, à savoir celui qui assure la réduction la plus rapide des émissions de CO2 et annule les émissions mondiales nettes en 2060 au plus tard (tout en réduisant aussi les émissions des autres gaz à effets de serre), l’humanité devrait affronter de terribles perspectives. En résumé :

* Le plafond fixé à Paris serait dépassé. La température moyenne de surface du globe augmenterait probablement de 1,6°C (+/-0,4) entre 2041 et 2060 (par rapport à l’ère préindustrielle) pour redescendre entre 2081 et 2100 à 1,4°C (+/-0,4) ;

* attention, il ne s’agit que de moyennes : il est quasiment certain que la température sur les terres augmentera plus vite qu’à la surface des océans (probablement 1,4 à 1,7 fois plus vite). Il est quasiment certain également que l’Arctique continuera de se réchauffer plus vite que la moyenne globale (fort probablement plus de deux fois plus vite) ;

* certaines régions de latitude moyenne et semi-arides, et la région de mousson en Amérique du Sud, auront le record des hausses de température lors des journées les plus chaudes (1,5 à 2 fois plus que la moyenne globale), tandis que l’Arctique aura le record des hausses de température lors des journées les plus froides (3 fois la moyenne mondiale) ;

* sur terre, les vagues de chaleur qui se produisaient une fois tous les dix ans se produiront quatre fois tous les dix ans, et celles qui ne se produisaient qu’une fois tous les cinquante ans se produiront près de neuf fois sur la même période ;

* Il est très probable que le réchauffement additionnel (par rapport au 1,1°C actuel) intensifiera les précipitions extrêmes et en augmentera la fréquence (au niveau global, 7% de précipitations supplémentaires pour 1°C de réchauffement). Même tendance à la hausse pour la fréquence des cyclones tropicaux intenses (catégories 4-5) et leur force. Les précipitations intenses et les inondations associées devraient s’intensifier et devenir plus fréquentes dans la plupart des régions d’Afrique et d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Europe. Les sécheresses agricoles et écologiques seront de même plus sévères et fréquentes dans certaines régions, sur tous les continents sauf l’Asie, par rapport à 1850–1900 ;

* Il va de soi que ce réchauffement additionnel (de 0,5°C+/-0,4 par rapport à aujourd’hui) continuera à amplifier la fonte du permafrost, donc les dégagements de méthane. Cette rétroaction positive du réchauffement n’est pas complètement intégrée dans les modèles (qui, en dépit de leurs perfectionnements croissants, continuent donc à sous-estimer la réalité) ;

* Le réchauffement des océans pendant le reste du 21e siècle sera probablement 2 à 4 fois plus important qu’entre 1971 et 2018. La stratification, l’acidification et la désoxygénation des océans continuera d’augmenter. Ces trois phénomènes ont des conséquences négatives sur la vie marine. Il faudra des millénaires pour qu’ils s’inversent ;

* Il est quasiment certain que les glaciers de montages et du Groenland continueront de fondre pendant des décennies, et probable que la fonte continuera aussi dans l’Antarctique ;

* Il est quasiment certain également que le niveau des océans montera de 0,28 à 0,55m au 21e siècle, par rapport à 1995-2014. Sur les 2000 prochaines années, il continuera probablement de monter – de 2 à 3 mètres – et le mouvement se poursuivra ensuite. De ce fait, à la moitié des endroits munis de marégraphes, les évènements de marée exceptionnelle qu’on observait une fois par siècle dans un passé récent seront observés au moins une fois par an, augmentant la fréquence des inondations dans les régions de basses côtes ;

* Des évènements peu probables mais à très haut impact pourraient se produire au niveau global et au niveau local, même si le réchauffement restait dans la fourchette probable dans le cas du scénario radical (+1,6° +/-0,4°C). Même avec ce scénario à 1,5°C, des réponses abruptes et des points de bascule – tels qu’une fonte plus importante de l’Antarctique et la mort de forêts – ne peuvent être exclus ;

* Un de ces évènements peu probables mais possibles est l’effondrement du Courant océanique désigné comme AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation). Son affaiblissement est très probable au 21e siècle, mais l’ampleur du phénomène est un point d’interrogation. Un effondrement provoquerait très probablement des basculements abrupts dans les climats régionaux et le cycle de l’eau, tels qu’un déplacement vers le sud de la ceinture des pluies tropicales, un affaiblissement des moussons en Afrique et en Asie, un renforcement des moussons dans l’hémisphère sud et un assèchement de l’Europe.

dans le meilleur des cas ?

Ce rapport oblige à voir la réalité en face : nous sommes littéralement au bord du gouffre. D’autant plus que, répétons-le et insistons-y :

1°) les projections relatives à la hausse des océans n’intègrent pas les phénomènes de dislocation des calottes glaciaires, qui sont non-linéaires, donc non modélisables, et ont le potentiel de transformer très vite la catastrophe en cataclysme ;

2°) tout ce qui est énuméré ci-dessus est ce qui arrivera, selon le GIEC, au cas où les gouvernements de la planète décideraient de mettre en œuvre le plus radical des scénarios de réduction des émissions parmi ceux qui ont été étudiés par les scientifiques, le scénario visant à ne pas (trop) dépasser le 1,5°C.

Détailler les impacts des autres scénarios alourdirait inutilement ce texte. Contentons-nous d’une indication, concernant le niveau des mers : dans le scénario business as usual, une hausse de 2 mètres en 2100 et de 5 mètres en 2150 n’est « pas exclue ». Et à long terme, sur deux mille ans, pour un réchauffement de 5°C, les mers monteraient inévitablement et irréversiblement (à l’échelle humaine des temps) de… 19 à 22 mètres !).

Reprenons. Mettre en œuvre le plus radical des scénarios qui leur sont proposés, ce n’est pas ce que les gouvernements sont en train de faire. Leurs plans climat (les « contributions nationalement déterminées ») nous mènent actuellement vers un réchauffement de 3,5°C. A cent jours de la COP26, seuls quelques partenaires ont « haussé leurs ambitions » … sans atteindre cependant, et de loin, les niveaux nécessaires de réductions des émissions. C’est ainsi que l’UE, « championne climatique », affiche un objectif de 55% de réduction en 2030 là où il en faudrait 65%.

Une simple question de maths, et sa conclusion politique

Greta Thunberg a dit un jour que « La crise climatique et écologique ne peut tout simplement plus être résolue dans le cadre des systèmes politiques et économiques actuels. Ce n’est pas une opinion, simplement une question de mathématiques ». Elle a entièrement raison. Il suffit d’aligner les chiffres pour le constater :

1°) le monde émet 40GT de CO2 par an environ ;

2°) le « budget carbone » (la quantité de CO2 qui peut encore être émise globalement pour ne pas dépasser 1,5°C) n’est plus que de 500Gt (pour une probabilité de succès de 50% – pour 83%, c’est 300Gt) ;

3°) selon le rapport spécial 1,5°C du GIEC, atteindre zéro émissions nettes de CO2 en 2050 nécessite de réduire les émissions mondiales de 59% avant 2030 (65% dans les pays capitalistes développés, vu leur responsabilité historique) ;

4°) 80% de ces émissions sont dues à la combustion des combustibles fossiles qui, en dépit du battage politico-médiatique sur la percée des renouvelables, couvraient toujours en 2019… 84% (!) des besoins énergétiques de l’humanité ;

5°) les infrastructures fossiles (mines, pipelines, raffineries, terminaux gaziers, centrales électriques, usines automobiles, etc) – dont la construction ne faiblit pas, ou à peine !- sont des équipements lourds, dans lesquels le capital s’investit pour une quarantaine d’années. Leur réseau ultra-centralisé ne peut pas être adapté aux renouvelables (elles requièrent un autre système énergétique, décentralisé) : il doit être détruit avant amortissement par les capitalistes, et les réserves de charbon, pétrole et gaz naturel doivent rester sous terre.

Dès lors, sachant que trois milliards d’êtres humains manquent de l’essentiel et que les 10% les plus riches de la population émettent plus de 50% du CO2 global, la conclusion est imparable : changer de système énergétique pour rester sous 1,5°C tout en consacrant plus d’énergie à satisfaire les droits légitimes des démuni.e.s est rigoureusement incompatible avec la poursuite de l’accumulation capitaliste génératrice de destructions écologiques et d’inégalités sociales croissantes.

La catastrophe ne peut être stoppée d’une façon digne de l’humanité que par un double mouvement consistant à réduire la production globale et à la réorienter radicalement au service des besoins humains réels, ceux de la majorité, démocratiquement déterminés. Ce double mouvement passe forcément par la suppression des productions inutiles ou nuisibles et l’expropriation des monopoles capitalistes – en premier lieu dans l’énergie, la finance et l’agrobusiness. Il passe aussi par une réduction draconienne des extravagances de consommation des riches. En d’autres termes, l’alternative est dramatiquement simple : soit l’humanité liquidera le capitalisme, soit le capitalisme liquidera des millions d’innocent.e.s pour continuer sa course barbare sur une planète mutilée, et peut-être invivable.

Les brigands unis pour les « technologies à émissions négatives »

Il va de soi que les maîtres du monde n’ont strictement aucune envie de liquider le capitalisme… Que vont-ils faire alors ? Laissons de côté les climato-négationnistes à la Trump, ces adeptes de Malthus qui misent sur un néofascisme fossile, une plongée dans la barbarie planétaire sur le dos des pauvres. Laissons de côté aussi les Musk et les Bezos, ces milliardaires obscènes qui rêvent de quitter le navire Terre rendu invivable par leur avidité de rongeurs capitalistes. Concentrons-nous sur les autres, plus rusés, celles et ceux – les Macron, Biden, Von der Leyen, Johnson, Xi Jiping… qui se disputeront comme des brigands pour que l’accord de Glasgow les avantage face aux concurrents, mais se serreront les coudes devant les médias pour tenter de nous persuader que « tout est sous contrôle ».

Pour échapper à l’alternative ci-dessus, que proposent ces Messieurs-Dames ? D’abord, bien sûr, la culpabilisation des consommateurs, sommés de « changer leurs comportements »… sous peine de sanctions. Ensuite, un ensemble de trucs et astuces dont certaines sont franchement grossières (la non-prise en compte des émissions des transports aériens et maritimes internationaux, par exemple), et d’autres sont plus subtiles – mais pas plus efficaces (par exemple l’affirmation que planter des arbres – dans le Sud global – permettrait d’absorber suffisamment de carbone pour compenser durablement les émissions de CO2 fossile des pays du Nord). Mais, au-delà de ces trucs et astuces, tous ces gestionnaires politiques du capital croient (ou feignent de croire) désormais dur comme fer en une solution miracle : l’augmentation de la part des « technologies bas carbone » (nom de code pour le nucléaire, notamment les « microcentrales) et, surtout, le déploiement des dites « technologies à émissions négatives » (TEN – ou CDR, pour Carbon Dioxyde Removal), censées refroidir le climat en retirant de l’atmosphère d’énormes quantités de CO2 à stocker sous terre. C’est l’hypothèse dite du « dépassement temporaire du seuil de dangerosité » de 1,5°C.

Sur le nucléaire, inutile de s’étendre après Fukushima. Quant aux « technologies à émissions négatives », elles n’existent pour la plupart qu’au stade du prototype ou de la démonstration, et leurs effets sociaux et écologiques promettent d’être redoutables (on y revient plus loin). Qu’à cela ne tienne : on veut nous faire croire qu’elles sauveront le système productiviste/consumériste et que le marché libre se chargera de les déployer. En vérité, ce scénario de science-fiction ne vise pas avant tout à sauver la planète : il vise avant tout à sauver la vache sacrée de la croissance capitaliste et à protéger les profits des plus grands responsables du gâchis : les multinationales du pétrole, du charbon, du gaz et de l’agrobusiness.

Le GIEC entre science et idéologie

Et que pense le GIEC de cette folie ? Les stratégies d’adaptation et de mitigation des émissions ne font pas partie des compétences du GT1. Cependant, celui-ci émet des considérations scientifiques à prendre en compte par les autres GT. S’agissant des TEN, il se garde bien de ruer dans les brancards. Le Résumé pour les décideurs dit ceci :

« Retirer de l’atmosphère du CO2 anthropique (Carbon dioxyde removal, CDR) a le potentiel d’éliminer du CO2 de l’atmosphère et de le stocker durablement (sic) dans des réservoirs (degré de confiance élevé). » Le texte continue en disant que « le CDR vise à compenser les émissions résiduelles pour atteindre zéro émission nette de CO2 ou, s’il est mis en œuvre à une échelle où les absorptions anthropiques dépassent les émissions anthropiques, pour abaisser la température de surface. »

En clair, le résumé du GT1 cautionne l’idée que les technologies à émissions négatives pourraient ne pas être déployées uniquement pour capter les « émissions résiduelles » des secteurs où la décarbonisation est techniquement difficile (l’aviation par exemple) : elles pourraient aussi être mise en œuvre à une échelle massive, pour compenser le fait que le capitalisme mondial, pour des raisons qui ne sont pas « techniques » mais de profit, refuse de renoncer aux combustibles fossiles. Le texte continue d’ailleurs en vantant les avantages de ce déploiement massif comme moyen d’arriver à des émissions nettes négatives dans la seconde moitié du siècle :

« Le CDR conduisant à des émissions négatives nettes mondiales réduirait la concentration de CO2atmosphérique et inverserait l’acidification de la surface des océans (degré de confiance élevé). »

Le résumé formule une réserve, mais elle est sibylline : « Les technologies CDR peuvent avoir des effets potentiellement étendus sur les cycles biogéochimiques et le climat, ce qui peut soit affaiblir soit renforcer le potentiel de ces méthodes pour éliminer le CO2 et réduire le réchauffement, et peut également influencer la disponibilité et la qualité de l’eau, la production alimentaire et la biodiversité (degré de confiance élevé). »

En clair, il n’est pas certain que les TEN soient si efficaces que cela, certains « effets » pourraient « affaiblir (leur) potentiel pour éliminer le CO2 ». La dernière partie de cette phrase fait allusion aux impacts sociaux et écologiques : la bioénergie avec capture et séquestration du carbone (la plus mature des TEN à l’heure actuelle) ne pourrait réduire significativement la concentration atmosphérique en CO2que si une superficie égale à plus d’un quart des terres en culture permanente aujourd’hui servait à produire de la biomasse énergétique – au détriment des réserves en eau, de la biodiversité, et/ou de l’alimentation de la population mondiale [1].

Ainsi, d’un côté le GT1 du GIEC se base sur les lois physiques du système climatique pour nous dire que nous sommes au bord du gouffre, sur le point de basculer irréversiblement dans un cataclysme inimaginable ; de l’autre, il objectivise et banalise la fuite en avant politico-technologique par laquelle le capitalisme tente, une fois de plus, de reporter devant lui l’antagonisme irréconciliable entre sa logique d’accumulation illimitée du profit et la finitude de la planète. « Jamais un rapport du GIEC n’aura laissé sourdre à ce point l’angoisse suscitée par l’analyse scientifique des faits à l’aune des lois incontournables de la physique », écrivions-nous au début de cet article. Jamais non plus un tel rapport n’aura illustré aussi clairement qu’une analyse scientifique qui considère la nature comme un mécanisme et les lois du profit comme des lois physiques n’est pas vraiment scientifique mais scientiste, c’est-à-dire, partiellement au moins, idéologique.

Il faut donc lire le rapport du GT1 du GIEC en ayant à l’esprit qu’il est à la fois la meilleure et la pire des choses. La meilleure, parce qu’il fournit un diagnostic rigoureux où puiser d’excellents arguments pour mettre en accusation les possédant.e.s et leurs représentant.e.s politiques. La pire, parce qu’il sème à la fois la peur et l’impuissance… dont les possédant.e.s profitent alors même que le diagnostic les met pourtant en accusation ! Son idéologie scientiste noie l’esprit critique dans le flot des « données ». Elle détourne ainsi le regard des causes systémiques, avec deux conséquences :

1°) l’attention se focalise sur les « changement des comportements » et autres gestes individuels – pleins de bonne volonté mais pathétiquement insuffisants ;

2°) au lieu d’aider à combler le fossé entre conscience écologique et conscience sociale, le scientisme l’entretient.

Ecologiser le social et socialiser l’écologie est la seule stratégie qui peut arrêter la catastrophe et faire renaître l’espérance d’une meilleure vie. Une vie du prendre soin des personnes et des écosystèmes, maintenant et dans une vision de long terme. Une vie sobre, joyeuse et chargée de sens. Une vie que les scénarios du GIEC ne modélisent jamais, où la production de valeurs d’usage pour la satisfaction des besoins réels, démocratiquement déterminés dans le respect de la nature, remplace la production de marchandises pour le profit d’une minorité.

Le 9 août 2021

Daniel Tanuro

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article59141

Crisis climática. Al borde del precipicio: el escenario que no modela el IPCC

https://vientosur.info/al-borde-del-precipicio-el-escenario-que-no-modela-el-ipcc/

[1] Voir à ce sujet la discussion dans mon livre « Trop tard pour être pessimistes », Ed. textuel, 2020.

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Des politiques criminelles mettent le feu en Grèce, en Turquie et à Chypre

Nous publions ci-dessous la déclaration publique de la campagne Kasma birak / Μας σκάβουν τον λάκκο à propos des incendies de forêt qui brûlent actuellement certaines parties de la Grèce, de la Turquie et qui ont ravagé une partie de l’île de Chypre. La campagne Kasma birak / Μας σκάβουν τον λάκκο a été initiée par 68 organisations environnementales et sociales des 3 pays, pour lutter contre les extractions et le bellicisme.

Nous avons besoin de camions, de pompiers et d’avions, de solidarité, pas de plus de matériel militaire.

Depuis le début du mois de juillet, à Chypre, en Grèce et en Turquie, des incendies catastrophiques ont brûlé des milliers de kilomètres carrés de zones forestières et des régions entières. À ce jour, le bilan est de 4 morts à Chypre, 8 morts en Turquie, 1 mort en Grèce et des milliers de blessés et de personnes déplacées dans les trois pays, sur 547 kilomètres carrés en Turquie, des centaines de milliers en Grèce et plus de 55 kilomètres carrés à Chypre ; et les incendies se poursuivent.

Les températures élevées dans la région, dues à la crise climatique, créent des conditions où il est très facile pour un incendie de se déclencher. Cependant, ce n’est pas la raison pour laquelle les incendies se propagent. Les gouvernements devraient être prêts à faire face à toute éventualité, mais ils ne le sont pas.

Les coupes budgétaires de ces dernières années dans les services de lutte contre les incendies dans les trois pays ont laissé les rares pompiers sans les ressources nécessaires pour faire face aux incendies d’été, même ordinaires.

Le cas le plus typique est celui de la Turquie où, bien qu’il y ait 8 avions de lutte contre les incendies, aucun d’entre eux n’est actuellement actif et prêt à voler en raison du manque d’entretien adéquat, de protection et… de personnel !

En Grèce, les incendies ont été répandus sur un front de plusieurs dizaines de kilomètres, détruit d’immenses zones forestières et pénétré dans des zones résidentielles alors que le vent n’était au départ que très faible. Des dizaines d’avions anti-incendie ont été cloués au sol à cause de dommages. Dans l’ensemble, le corps des pompiers dépend principalement de dons privés pour renouveler sa flotte, tandis que son épuisement massif pendant la période des mémorandums est « rafistolé » par des travailleurs contractuels, sans qu’aucun recrutement permanent réel n’ait été effectué.

À Chypre, bien que le gouvernement affirme que les dépenses aient augmenté de 42%, les forces mobilisées étaient trop faibles pour l’ampleur de l’incendie qui a éclaté début juillet, tant en véhicules qu’en personnel, et les deux avions de pompiers que le gouvernement avait promis d’acheter depuis 2016 n’ont pas été achetés.

Jeu d’impressions avec l’entraide, mais en pratique rien.

Ces derniers jours, la Grèce et la Turquie ont joué à un jeu d’impressions concernant l’aide qu’elles enverraient, n’enverraient pas, demandée ou non, l’une à l’autre. La République de Chypre a refusé de recevoir l’aide de la partie nord de Chypre et a laissé brûler des zones entières jusqu’à ce que l’aide arrive de Grèce, d’Israël et d’Italie. Le nationalisme des classes dirigeantes coûte à nos forêts, à nos maisons et à la vie des gens et des animaux.

La demande dans les trois pays est commune : Investir dans la lutte contre les incendies et dans la prévention, pas dans la police et l’armée !

Recep Tayyip Erdogan possède 13 avions privés. La Turquie, qui produisait jusqu’à récemment des véhicules de pompiers, produit désormais des drones militaires. En Grèce, au lieu d’équiper les pompiers ces derniers mois, le gouvernement n’a cessé d’acheter de nouveaux véhicules pour la police, sans parler des milliards dépensés en Rafales français (avions militaires) pour protéger l’extraction du gaz. Et Chypre a acquis ces dernières années ses premières « arroseuses », investissant ainsi dans la suppression des mouvements plutôt que dans la lutte contre les incendies !

Dans les trois pays, des milliers de citoyen.ne.s ont vu leurs biens détruits, des milliers ont été abandonné.e.s dans les rues, des milliers d’animaux ont été brûlés vifs. Des dizaines de milliers d’hectares de forêts précieuses ont été perdus.

Nous sommes solidaires aux victimes des incendies dans ces trois pays.

Dans les trois pays, l’ennemi est commun : ce sont les politiques néolibérales et le nationalisme, ainsi que l’armement militaire pour défendre les intérêts des capitalistes/multinationales, même si cela signifie laisser brûler nos forêts et nos villages.

Nous exigeons un renforcement immédiat de la prévention, et le renforcement des services d’incendie et des services forestiers, et non de la police et de l’armée !

Aide mutuelle et solidarité ! Dans la lutte contre la catastrophe, il n’y a pas de place pour le nationalisme et les jeux diplomatiques.

De l’argent pour soutenir ceux qui ont perdu leur logement et des allocations pour les aides à restaurer leurs maisons.

Protection des zones forestières brûlées. Pas d’activité d’investissement et d’expansion résidentielle dans les zones brûlées.

Nous nous battons pour une société où l’environnement et les vies, humaines et animales, passent avant les profits.

Source :

In English :

https://net.xekinima.org/criminal-policies-burning…/

Ελληνικά :

https://www.facebook.com/100768871983172/posts/209916164401775/?sfnsn=mo

Traduction française : Grec.que.s solidaires de Belgique

http://cadtm.org/Des-politiques-criminelles-mettent-le-feu-en-Grece-en-Turquie-et-a-Chypre


En complément possible :

Justin Carrette et Hervé Kempf : Les scientifiques du GIEC : « Le changement climatique s’accélère et s’intensifie »

https://reporterre.net/Les-scientifiques-du-GIEC-Le-changement-climatique-s-accelere-et-s-intensifie

Jonathan Watts : Les conditions météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus normales

Daniel Tanuro : Les inondations en Belgique, Allemagne et Pays-Bas : ceci n’est pas une catastrophe naturelle

Maxime Combes : Urgence climatique : la procrastination des gouvernements est un crime climatique

Maxime Combes : « Emmanuel Macron veut disqualifier les pensées écologistes »

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/07/23/conditions-meteorologiques-catastrophes-politiques-nonecologiques/ 

Une réponse à “Des changements climatiques inévitables et irréversibles : l’avertissement le plus sévère jamais lancé par le GIEC (plus autres textes dont Alternatiba, Daniel Tanuro)

  1. Il faut prendre en compte tout de suite que nous allons être bientôt confrontés aux pires des scénarios envisagés par le GIEC. Notre humanité (c’est à dire nous tous) ne parviendra pas à prendre dans le délai très court imparti toutes les mesures politiques et économiques anticapitalistes préconisées. Le plus important n’est donc pas de nous faire peur et de nous présenter des mesures restrictives que nous n’appliquerons pas aussi bien et totalement qu’il le faudrait. Tout cela pour gagner des élections. Soyons réalistes : le pire est en partie déjà là et encore pire nous attend. Il est donc urgent que l’humanité qui, depuis des siècles, a transformé la nature pour le bien et pour le pire, se retrousse les manches et que les politiques et les scientifiques nous présentent les mesures politiques, économiques et sociales qu’il faut prendre aujourd’hui pour que toute l’humanité puisse vivre le mieux possible sur notre planète terre et dans une nature encore une fois transformée comme elle l’a toujours été depuis que l’homme a quitté le paradis terrestre auquel certains rêvent encore.
    Soyons donc optimistes, croyons en une humanité inventive et transformante. N’est-ce pas le meilleur programme à présenter à la jeunesse au lieu de la laisser se morfondre dans la terreur de ce qui va se passer. N’agissons pas seulement sur une évolution irréversible du climat alors que le pire climatique qui nous attend peut nous permettre enfin d’édifier un nouveau monde où la richesse n’ira plus au financement de l’armement qui, chaque année continue à exploser ou à quelques-uns car, face au pire et à l’urgence, nous n’accepterons plus les énormes inégalités qui, plus que le climat, détruisent nos sociétés. Nous inverserons alors naturellement l’ordre de nos valeurs voulu par la bourgeoisie triomphante, en « Fraternité, Egalité et Liberté ». Fini le renard libre dans le poulailler libre car l’humanité si elle veut survivre, face aux périls qui la menaceront, découvrira que, comme dans les sociétés animales, la solidarité et le chacun pour tous est aussi naturelle que l’égoïsme et le chacun pour soi que préconisent comme seul naturel les penseurs de nos sociétés dites libérales.

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