Du coté du jazz (juillet 2021-D)

Pressé de prendre l’air

La pandémie a, parfois, des effets positifs. Simon Moullier, vibraphoniste virtuose et ses deux compagnons de joie, Luca Alemanno, bassiste, Jongkuk Kim, batteur ont voulu, après leur premier album « Spirit Song » – avec des invités prestigieux comme Dayna Stephens -, rendre vivantes leurs influences. Acoustiquement votre, le trio a d’abord interrogé Coltrane, celui de « Giant Steps » qui sonnait la fin de la progression en accords, avec « Countdown », sorte de compte à rebours vers l’abîme ou le paradis. Ce thème de Coltrane qui ouvre l’album lui donnera son titre. Parmi les compositeurs réunis par le trio, se trouvent Monk en bonne position, Charles Mingus et Lester Young – « Good Bye Pork Pie Hat » est une évocation du saxophoniste -, Tadd Dameron, Bill Evans. Les thèmes sont revisités tout en dessinant une sorte de carte d’influences qui permet de suivre les différentes directions du trio.

Un voyage dans les mémoires du jazz pour envisager un futur possible. Un voyage quelque fois éprouvant mais la légèreté aérienne des arrangements du trio brûlent les étapes d’un feu qui laissent espérer des braises réjouissantes d’un avenir post Covid.

Simon Moullier trio : Countdown, Fresh Sound New Talent


Recherche sa voi(e)x

Michael Mayo est un vocaliste accompli. Pour son premier album, « Bones », il a voulu faire la démonstration de tous ses talents composant la plupart des thèmes. Le résultat est un peu plat. Il donne l’impression de chercher sa place, pas forcément dans les mondes du jazz qui jouent beaucoup sur les mémoires. Il joue trop sur l’électronique qui a tendance à gommer les aspérités, les colères, les coups de gueule.

Un album qui laisse pourtant appréhender un des grands vocalistes du monde d’après, un monde à construire. A découvrir.

Michael Mayo : Bones, Mack Avenue distribué par Pias


Une réussite étrange venue de nos fantômes

Thierry Eliez signe un album apparemment de chansons et profondément de jazz. « Sur l’écran noir » est un assemblage de textes et musiques signés Claude Nougaro et Michel Legrand deux personnages qui hantent les jours noirs de nos nuits blanches. Ses arrangements sont à la fois respectueux et libres pour redonner une vie arc-en-ciel à des thèmes des débuts de Nougaro. Il a fait appel à des vocalistes, comme Alain Chamfort qui s’approprie ce monde ou Stella Vander qui sait sauter une révérence pour filer d’autres rêves.

Réussite surprenante, le piano sait donner corps à la voix, aux voix sans prendre le pas sur elles. Les déséquilibres constants provoquent un mouvement fait d’émois, de souvenirs et de découvertes.

Thierry Eliez : Sur l’écran noir, Label Triton/L’autre distribution


Retirez vos masques, rangez votre pass sanitaire, en route pour deux ou trois concerts.

Retirez vos masques, rangez votre pass sanitaire, en route pour deux ou trois concerts.

Gerry Mulligan, en 1960, avait constitué un grand petit groupe éphémère qu’il avait appelé le « Concert Jazz Band », un de ces orchestres aérien et léger capables de semer le vent pour faire ressentir la liberté du jazz. En novembre 1960, lors d’un passage à Paris, il fut enregistré et respirer son air frais reste un des grands moments de rencontre avec le jazz.

Des extraits, avant ce coffret de trois CD publié sous l’égide de la collection « Live in Paris », avaient déjà été publiés mais pas la totalité des enregistrements. En deux CD, le concert se déploie. Jeru – le surnom de Mulligan – au saxophone baryton, Bob Brookmeyer (Brook), au trombone à Piston, Zoot Sims, saxophone ténor qui touche souvent les étoiles qui n’en sont pas encore revenues, Gene Quill, saxophone alto un peu oublié, Buddy Clark à la contrebasse et Mel Lewis à la batterie entre autres donnent une définition du jazz. Le groupe disparaîtra, faute d’engagements, en laissant ses traces nécessaires tout en suscitant des regrets éternels.

Le troisième CD de ce coffret retrace le concert du 6 octobre 1962, en pianoless quartet, un quartet sans piano, cette fois – le format traditionnel des combos de Mulligan – composé de Jeru, Brook, Bill Crow à la contrebasse et Gus Johnson à la batterie. Ils proposent une plongée dans le passé de tous les quartets constitués par Mulligan avec ce qu’il faut de jeunesse pour leur donner une nouvelle naissance.

Entre les deux dates, soit le 13 mars 1961, un autre concert, au même endroit. L’Olympia de Bruno Coquatrix en l’occurrence qui mettait sa salle de spectacle à la disposition de « Pour ceux qui aiment le jazz », émission phare de Europe n°1 – 100e anniversaire de la naissance de la radio oblige – pour des prestations à 18h et à Minuit pour ne pas obérer les spectacles de variétés. Daniel Filipacchi et Franck Ténot, les deux animateurs, organisaient les venues des musicien.ne.s quelques fois en lien avec des tourneurs comme ici avec Norman Granz et ses biens connus « Jatp », Jazz at the Philharmonic. Norman les avait lancés en juillet 1944 tout en créant ses propres labels dont Verve.

Ce 13 – ou 18, si l’on en croit le livret qui n’est pas raccord avec la pochette – mars 1961, un autre « poulain » de Granz enregistrant lui aussi pour Verve, Johnny Hodges, était présent en compagnie de quelques ellingtonien dont Sam Woodyard à la batterie, Harry Carney au baryton, Ray Nance à la trompette et, exception à la règle, Al Williams au piano. Il ne faut pas résister à la sonorité suave et pointue, amoureuse et dédaigneuse, originale, chantante de l’alto dont le sort, jusqu’à sa mort quasi sur scène en 1970, a toujours été lié à celui de l’orchestre du Duke, Ellington bien entendu.

Libérez-vous de toutes les contraintes, respirez l’air pur d’un jazz continuellement en train de se réinventer. Le public de l’époque bravait un contexte fortement inscrit dans « les événements d’Algérie » comme on disait à l’époque, la guerre dans toute sa barbarie.

Gerry Mulligan + Concert Jazz Band, 1960-1962,

Johnny Hodges, 13 mars 1961,

« Live in Paris », une collection dirigée par Michel Brillé et Gilles Pétard, Frémeaux et associés.

Nicolas Béniès.

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