Almanach d’un comté des sables

9782081412095

Un livre célèbre, souvent célébré et cité dans les textes écologiques et écrits de « nature writings » nord américains. L’Almanach est publié en 1948 aux Etats-Unis, l’examen auquel il conduit, les prémonitions qu’il induit demeurent – plus que jamais – d’actualité.

Il bénéficie d’une notoriété approchant celle du « Printemps silencieux » de Rachel Carson. La quatre de couv’ considère l’ouvrage de l’importance de « Walden » de Henri David Thoreau.

Dans l’hexagone, il amplifie une sensibilité « rousseauiste », que l’on peut effleurer dans « La Nouvelle Héloïse », et « Les rêveries du promeneur solitaire »

Eloges faites et méritées, il me faut confesser que j’ai lu ce livre il y a quelques semaines seulement et sur les conseils d’une bibliothécaire officiant (fort bien) dans ma commune…

 

La préface de J.M. Le Clézio est bienvenue pour inciter à une lecture poétique-politique.

« Voici un livre que chacun devrait avoir avec soi, amoureux de la nature ou simple promeneur du dimanche, aventurier du retour à la terre ou sympathisant du mouvement écologiste dans sons sac ou sa bibliothèque […].

Que dit-il ? Très simplement (mais non de façon simpliste) la nécessité de faire une révolution.

Et c’est la force première de l’Almanach ; il y a dans ces pages l’expérience d’un homme, toute sa vie : durant ce demi-siècle, Aldo Leopold a vécu le passage du monde ancien à l’âge nucléaire, il a expérimenté tous les progrès et tous les échecs de l’époque moderne ».

Plus loin, quelques lignes de tonalité quasi décroissante.

« Voilà le sens révolutionnaire de l’Almanach, la raison pour laquelle, au milieu de tant de traités et d’un tel bruissement d’idées, il a pris cette importance, car tout de qu’il dit est simple et clair : que dans notre monde d’abondance de biens et d’appauvrissement de la vie, nous ne pouvons plus ignorer la valeur de l’échange et de la nécessité de l’appartenance – ce fragile équilibre qu’il résume dans le motif de « l’éthique de la nature » et qui sera le souci du siècle à venir. »

Programme motivant, non ?

 

Morceaux choisis entre janvier et décembre, Almanach oblige

* Dégel de janvier.

« Chaque année, après les tempêtes de neige du coeur de l’hiver, survient une nuit de dégel où le tintement de l’eau qui goutte traverse le pays réveillent sur son passage les créatures assoupies pour la nuit et d’autres qui dormaient depuis le début de l’hiver. »

* Le retour des oies. Le Printemps.

« Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. Mais un vol d’hirondelle fendant l’obscurité d’un dégel de mars, c’est le printemps même.

Grace au commerce international des oies, le maïs abandonné de l’Illinois traverse les nuages jusqu’à la toundra arctique, il se combine au soleil abandonné d’un mois de juin sans nuit afin de fabriquer des oisons pour tous les pays intermédiaires. Et ce troc annuel, nourriture cotre lumière, chaleur d’hiver contre solitude d’été, le continent entier retire le bénéfice net d’un poème sauvage balancé du haut d’un ciel noir sur les boues de mars. »

Superbe, non ? Et, félicitations à la traductrice, Anna Gibson pour la restitution poétiquement exacte.

* Au mois de juin, on peut voir fleurir… En juillet une pensée sévère…

« D’avril à septembre, il y a en moyenne dix plantes sauvages qui entrent en floraison chaque semaine. Au mois de juin, on peut voir fleurir jusqu’à une douzaine d’espèces en une seule journée ».

Une pensée sévère en été : « L’homme mécanisé, oublieux des fleurs est fier des progrès accomplis dans le nettoyage du paysage dans lequel il doit,, bon gré, mal gré passer ses jours. »

* Automne. Septembre.

« Viens septembre, le jour commence à se lever sans le secours des oiseaux. Un moineau chantera peut-être sans conviction, une bécasse égrènera quelques notes dans le ciel, en route vers son fourré diurne. Une chouette rayée clora l’argument de la nuit par un dernier appel tremblant mais, pour les autres, c’est à peine s’ils ont encore quelque chose à dire ou à célébrer. »

* Hiver. Décembre. Pins sur la neige. Les poètes et les dieux…

« Les actes de créations sont ordinairement réservés aux dieux et aux poètes, mais des gens normaux peuvent contourner leur handicap. Pour planter un pin par exemple, il n’est pas nécessaire d’être un dieu ni un poète, seulement de posséder une bêche. En vertu de cette curieuse lacune dans les règlements, n’importe quelle peut dire : « que cet arbre soit » – et voilà qu’il y a un arbre. Bientôt vous pourrez admirer votre pin sur la neige… »

 

L’almanach est enrichi de quelques croquis, textes circonstanciés et dessins.

A la page 172, nous croisons rapidement un vieil ami : « C’est peut-être cela l’idée contenue dans la proposition de Thoreau : le salut du monde passe par l’état sauvage. C’est peut-être cela, le sens caché du hurlement du loup, bien connu des montagnes, mais rarement perçu par les humains. »

 

Petite bio.

Aldo Leopold et né à Burlington dans l’Oiwa le 11 janvier 1887. Il obtient son master et rejoint l’office américain des forêts.

Leopold a été tout au long de sa vie, aux avants-postes du mouvement pour la protection de la nature. S’il est devenu célèbre en tant qu’auteur de l’Almanach d’un comté des sables, c’était aussi un scientifique de réputation internationale.

Il est mort d’une crise cardiaque le 21 avril 1948.

Aldo Leopold : Almanach d’un comté des sables

Présentation de J.M.G. Le Clézio, Traduction d’Anna Gibson, Editions Garnier-Flammarion. 2000.

Alain Véronèse.

Samedi 10 juillet 2021.

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