La conversion numérique de violences conjugales masculines contre les femmes

synthesecyberviolences

Edito

Le numérique et ses usages sont au cœur d’un mouvement de transformation profonde de la société. Il offre un formidable espace et outil d’émancipation pour les femmes comme pour les hommes : il sert de support à de nouveaux modes de mobilisation et d’expression et il est source d’une extraordinaire créativité. Il constitue aussi un espace de travail, et un puissant outil pour défendre les droits des femmes et dénoncer les violences sexistes – comme on l’a vu avec l’ampleur du mouvement #MeToo.

Cependant, une enquête coordonnée par le Centre Hubertine en 2015 auprès des élèves de collège et de lycée montrait que les espaces et outils numériques viennent aussi renforcer les violences sexistes et sexuelles : on parle de cybersexisme. Les agresseurs trouvent avec le numérique des moyens simples et facilement accessibles pour humilier, harceler et tenter de contrôler les filles. D’après un rapport des Nations Unies, ces violences concernent 73% des femmes tout au long de leur vie et dans tous leurs espaces de vie.

On le sait, les violences à l’encontre des femmes sont majoritairement vécues dans l’espace privé. Alors que nous disposons désormais de données précises concernant les violences conjugales en France, aucune étude n’est encore disponible pour comprendre l’impact du numérique sur les violences conjugales. Pourtant, pouvoir identifier et comprendre les cyberviolences permet de mieux évaluer le danger et de mieux protéger les femmes.

Ce rapport est une contribution à l’amélioration de la connaissance sur les violences conjugales, à l’ère du numérique. Il est le fruit d’un travail collaboratif avec nos associations membres, mais aussi plusieurs professionnel-le-s qui accompagnent des femmes vic- times de violences conjugales. Il permet de mettre en lumière les nouveaux défis que l’appropriation du numérique par les agresseurs pose à la protection des victimes de violences conjugales.

Marie-Pierre Badré

Présidente du Centre Hubertine Auclert. Déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes auprès de la Présidente de Région. Conseillère régionale d’Île-de-France

*****

« En France, une femme sur dix se déclare victime de violences conjugales : physiques, sexuelles, verbales, et/ou psychologiques. En moyenne, chaque année, on estime que 225 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Un meurtre sur cinq en France est le résultat de violences au sein du couple. En 2016, 123 femmes et 34 hommes ont été tués par leur conjoint-e ou ex-conjoint-e : une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon, et un homme tous les 10 jours. Les femmes représentent 78% des victimes d’homicides au sein du couple. Les enfants sont co-victimes des violences au sein du couple : en 2016, 25 enfants mineurs sont morts, tués par l’un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple, 88 sont orphelins. »

En introduction, les autrices reviennent, entre autres, sur le contexte de ce rapport, l’absence d’études spécifiques sur « l’impact des outils numériques sur les violences conjugales », l’importance des cyberviolences sexistes et sexuelles envers les jeunes filles (« l’importance de la diffusion de photos intimes sans le consentement des filles dans le cadre de relations amoureuses »), le cyberharcèlement, le cybercontrôle des femmes en couple, « Les agresseurs utilisent les outils numériques pour instaurer ou renforcer le contrôle, la domination et donc l’emprise dans le cadre de relations de couple, mais aussi après la séparation »…

Elles précisent les objectifs de recherche, « Cette recherche-action s’inscrit dans un projet lancé par l’Observatoire régional des violences faites aux femmes en septembre 2017 visant à mieux comprendre les cyberviolences dans le cadre des violences au sein du couple/relations amoureuses et sexuelles, afin de renforcer la protection contre les nouveaux moyens numériques utilisés par l’agresseur ».

Deux questions : « Notre question de recherche principale est : dans quelle mesure et comment les technologies numériques offrent-elles de nouvelles opportunités pour les auteurs de violences conjugales ?

Cette question amène une deuxième question de recherche plus opérationnelle : dans quelles mesure et comment les professionnel-le-s en lien avec les femmes victimes de violences conjugales peuvent- ils-elles aujourd’hui répondre à ces nouveaux défis pour mieux protéger les femmes ? »

Elles présentent la méthodologie de cette recherche-action et un certain nombre de données…

Je ne présente que la première partie. « Prévalence et formes des cyberviolences parmi les femmes victimes de violences conjugales ».

Dans un premier temps, les autrices analysent l’ampleur et les formes de ces cyberviolences, le cyberconbrôle, « Le cybercontrôle et le cyberharcèlement sont deux types de cyberviolences dans le couple qui sont déclarés par une grande proportion de femmes victimes de violences conjugales : entre 6 et 7 répondantes sur 10 en ont subi », la cybersurveillance et le sentiment de surveillance, les cyberviolences administratives et économiques, les cyberviolences à caractère sexuel (dont la diffusion de contenus intimes), leur cumul, l’instrumentalisation des enfants, les conséquences de ces cyberviolences, les démarches engagées dont le faible nombre nombre de plaintes. Le chapitre se termine sur les besoins des femmes victimes de cyberviolences non couverts aujourd’hui.

Dans un second temps, les autrices proposent des définition et une typologie des cyberviolences conjugales. Elles abordent le cybercontrôle, « Une mise sous contrôle en continu très fréquente dans le contexte de violences conjugales », la violence psychologique, les insultes et les menaces, ce qui est qualifié en droit pénal, la difficulté d’apporter des preuves. Elles discutent des violences économiques et administratives, « Il s’agit de comportements facilités par les outils numériques visant à réduire l’autonomie financière et/ou à contraindre les démarches notamment administratives de sa partenaire », des nouvelles formes de violences sexuelles, de l’instrumentalisation des enfants « pour imposer son pouvoir, y compris après la séparation », des « traces » des cyberviolences. Elles insistent sur les caractéristiques et les spécificités des cyberviolences dans le cadre de violences conjugales, des conséquences sociales et sur la santé physique et mentale des femmes, « avec le numérique, certaines stratégies de l’agresseur (humiliation, peur et omniprésence) sont non seulement facilitées mais aussi amplifiées, ce qui renforce la vulnérabilité des victimes et leur isolement »…

Le numérique offre aux auteurs de violences conjugales des moyens faciles, accessibles, instantanés et publics pour surveiller, contrôler et humilier les femmes, ce qui peut constituer des nouvelles formes de violences en soi et/ou peut faciliter ou renforcer d’autres formes de violences conjugales, qu’elles soient sexuelles, physiques, ou psychologiques…

Partie 2 : Repérage et accompagnement des cyberviolences conjugales par les professionnel-le-s

Partie 3 : Que dit la Loi face aux cyberviolences conjugales ?

Partie 4 : Recommandations face aux cyberviolences conjugales

  • Généraliser le questionnement systématique pour faciliter le repérage des cyberviolences conjugales.

  • Systématiser les conseils et mesures de protection numérique au moment de la séparation et développer des partenariats avec les opérateurs téléphoniques.

  • Mieux appliquer les textes existants et renforcer la loi pour mieux protéger face à certaines formes de cyberviolences conjugales.

  • Former l’ensemble des professionel-le-s en contact avec des femmes victimes de violences conjugales sur les cyberviolences.

  • Développer des ateliers collectifs d’empowerment numérique pour les femmes victimes de violences conjugales.

  • Renforcer les moyens des associations afin de protéger leurs données et leurs échanges avec les femmes victimes de violences.

  • Développer des solutions techniques pour améliorer la détection et la suppression des logiciels de surveillance et rendre obligatoire pour chacun l’assistance à la désinstallation.

Cyber-violences conjugales

Recherche-action menée auprès de femmes victimes des violences conjugales et des professionnel-le-s les accompagnant

Centre Hubertine Auclert 2018

https://www.centre-hubertine-auclert.fr/outil/rapport-cyberviolences-conjugales-2018

Didier Epsztajn


En complément possible :

VIVRE APRES LE CYBER-HARCELEMENT : Floriane Marandet se confie à Révolution féministe

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/02/12/vivre-apres-le-cyber-harcelement-floriane-marandet-se-confie-a-revolution-feministe/

Christine Dalloway : Etre une femme à l’heure du numérique : LE CYBER-HARCELEMENT

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/12/13/etre-une-femme-a-lheure-du-numerique-le-cyber-harcelement/

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