Du coté du jazz (juillet 2021) : des livres et des cd

Échos de Louis Armstrong

Louis Armstrong, Satchmo pour ses intimes dont le monde entier fait partie, incarne le génie tutélaire du jazz. Il reste le pourvoyeur des « plans » – des structures dont les musicien.ne.s se servent pour leurs improvisations – et de mélodies. Beaucoup de ces thèmes, de ses trouvailles restent encore à creuser.

« Satchmocracy », un titre qui dit bien la domination armstronienne sur les mondes du jazz, se veut « Tribute to Louis Armstrong » et Jérôme Etcheberry, avec son Popstet, ne se prive pas de faire appel à toutes les compositions marquées par l’empreinte du trompettiste. Un véritable festival. Des thèmes qu’il arrange pour jouer sur les différentes interprétations, pour faire sonner les échos du passé et le conjuguer au présent.

En compagnie de Malo Mazurié, deuxième trompette –Jérôme étant le premier -, César Poirier, sax ténor, clarinette, Benjamin Dousteyssier, sax alto et baryton, Ludovic Allainmat, piano, Félix Hunot, guitare,Sébastien Girardot, basse et David Grebil batterie, le trompettiste redonne une naïveté tout autant qu’une complexité à des thèmes trop entendus dans leur version « canonique ». Une manière de découvrir encore et toujours Satchmo !

Jérôme Etcheberry Popstet : Satchmocracy, Camille productions distribué par Socadisc.


Louis Armstrong – né le 4 août 1901 – raconte ses souvenirs dans « Satchmo, ma vie à la Nouvelle Orléans », un peu embellis bien sur. L’intérêt, c’est son hommage à tous ces musiciens – peu de femmes – de la ville qui n’ont jamais connu la notoriété et qui ont influencé beaucoup de jazzmen de sa génération. Il rend hommage à Sidney Bechet qui n’avait pas de mots trop durs contre lui…

Louis Armstrong : Satchmo, ma vie à la Nouvelle Orléans, traduit par Thierry Beauchamp, Les éditions du sonneur.


Pour l’amour du Jazz et de la poésie. « chaos, cosmos , musique »

Une trilogie que Alexandre Pierrepont décline en poète qu’il est. Le sujet explicite, le jazz et surtout celui de Chicago tel qu’il se réalise. Il inclut tout le « champ jazzistique » pour un voyage dans notre monde, celui qui n’oublie pas ses mémoires. Il rejoint la définition du jazz que donnait Jean Cocteau : « la catastrophe apprivoisée ».

Alexandre Pierrepont : « chaos, cosmos , musique », Éditions MF, collection Répercussions


Un nouveau label pour un objet étrange.

Phonofaune propose deux livres disques qui posent la volonté d’éclectisme du label tout en voulant réunir paroles et musiques. Le premier, « Artisticiel », se veut Cyber-improvisations et réunit Bernard Lubat au piano dialoguant avec deux machines, des logiciels conçus par Gérard Assayag et Marc Chemillier dans le cadre de l’IRCAM. Un résultat étrange qui interroge le concept même d’improvisation et la manière de faire de la musique. Le livre est un modèle du genre. Un texte de George Lewis explique ses relations avec les machines, lui aussi dans le cadre de l’IRCAM, et les auteurs des logiciels explicitent leurs projets. A lire, à commenter, à poursuivre.

Le deuxième opus est presque plus classique mêlant musiques de Sébastien Texier et de Christophe Marguet avec des poèmes de Dominique Sampiero et des dessins de Sylvie Serprix pour un hommage vivant aux combattants de la liberté à commencer par Aimé Césaire, Gisèle Halimi, Olympe de Gouges entre autres. « Je suis sur des braises en attendant ton retour », un titre qui s’adresse à notre amour commun, la liberté.

« Artisticiel », Phonofaune/Djazz-Uzeste musical ;

« Je suis sur des braises en attendant ton retour », Phonofaune.

Le cd se trouve aussi sur les plateformes digitales.


Musique classique

Pour ce double album, le pianiste Jimin Oh-Havenith nous convie à un voyage étrange dans le temps, en mêlant les pièces très connues du répertoire comme le « Prelude in C major » de Bach qui ouvre l’album avec d’autres qui restent dans la pénombre comme « Le bananier » de Gottschalk ou « Für Alina » de Pärt, qui termine l’album, une composition de 1976. Le titre « Known » – connaître – s’inscrit dans « Now » – maintenant. Tout un programme. Le pianiste revisite tous les thèmes en construisant des sortes de ponts entre les époques. Un voyage qu’il ne faut pas rater.

Jimin Oh-Havenith : K[NOW]N, Audite Forum.


Sur les premiers temps du blues et du jazz

Annye C. Anderson fait partie de la deuxième génération de la fin de l’esclavage. Elle sait raconter son enfance qu’elle a passé aux côtés de Robert Johnson, le musicien qui en l’espace d’enregistrements réalisés en 1936-1937, peu avant sa mort – il n’avait pas 30 ans – a révolutionné les mondes du blues en les unifiant. Il est une des grandes références encore aujourd’hui. Ses poèmes sont toujours chantés dont ce « Sweet Home Chicago » qui se retrouve dans le film « Blue Brothers » de John Landis. « Mon frère Robert Johnson », le titre du livre, est un témoignage de la vie des Noirs dans ce sud raciste des Etats-Unis. Le chapitre « La vie posthume de Robert Johnson » est une charge contre les « escrocs » qui se sont appropriés son œuvre. Un témoignage intéressant au-delà même de Johnson.

Annnye C. Anderson : Mon frère Robert Johnson, dans l’intimité de la légende du blues, traduit par Nicolas Guichard, Rivages/Rouge


Histoire d’un groupe de jazz

L’Art Ensemble Of Chicago a été découvert à Paris au début des années 1970. Toute une génération a été biberonnée à sa musique qui, par ses mémoires en acte, a fait pénétrer dans tous les mondes du jazz. Ces quatre – Joseph Jarman et Roscoe Mitchell aux saxes, Lester Bowie à la trompette, Malachi Favors à la basse – dans l’ordre d’apparition sur la scène parisienne, puis 5 avec l’ajout de Don Moye aux percussions ont joué un grand rôle dans la compréhension du jazz. Partie prenante de l’AACM – Association for the Advancement of Creative Musicians –, association de Chicago pour rendre les musiciens créatifs, ils revendiquent un projet politique, démocratique et social. Paul Steinbeck, dans « The Art Ensemble of Chicago », fait, bizarrement, œuvre de pionnier en signant la première étude du groupe. A l’américaine : en multipliant les citations, les témoignages, une manière un peu lassante parfois mais qui redonne vie à un groupe phare. Il ne faut pas le rater si vous voulez appréhender un peu de ces années de feux.

Paul Steinbeck : The Art Ensemble of Chicago, préface et traduction de Ludovic Florin, postface de Alexandre Pierrepont, Presses Universitaires du Midi (PUM)

Nicolas Béniès

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