Nous ne sommes pas d’équerre… et nous en sommes plutôt fières

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Dans son éditorial, Les codes aux antipodes, Sabine Panet aborde les normes, les angles droits, l’équerre, « L’équerre pour construire des monuments puissants, majestueux… virils, en quelque sorte », les injonctions, les cases, et les étiquettes, « Un faisceau convergent d’injonctions s’efforce pourtant de faire rentrer tout le monde dans un rang, bien rectiligne, dans sa case étroite, en particulier les femmes, intégralement recouvertes d’étiquettes : riche et intelligente versus pauvre et incapable ; bonne à marier ou à jeter, fertile ou infertile, madone ou prostituée, belle ou moche, mince ou grosse, docile ou rebelle, soumise ou à brider, féminine ou masculine, « valide » ou rien, hétérosexuelle ou rien, et j’en passe ».

L’éditorialiste souligne : « Les normes qui râpent nos identités et nos rêves, ces normes qui nous usent, qui nous rabotent, qui abîment, pour nous donner la forme d’un moule, d’un archétype féminin : nous n’en voulons plus »…

Quelques éléments choisis subjectivement.

* « mes imperfections sont ma résistance aux injonctions qui tuent »

* Entretien avec Nicole Plateau et Betel Mabille « C’est normal, Madame ? ». Les normes et les stéréotypes, la « naturalisation » de certains comportements par rapport à d’autres, l’hétérosexualité considéré « comme un fait de nature », l’histoire des clichés (la notion de cliché me semble plus historicisé que celle de stéréotype), les pratiques discriminatoires, les traitements différentiels, la « hiérarchie de la différence », l’inscription des normes dans toutes les institutions, les hiérarchies et les comportements qu’elles induisent, les variations historiques des constructions sociales (« il n’existe pas de fatalité »), l’émancipation et les mouvements féministes, « Les féminismes et d’autres mouvements sociaux de lutte permettent d’analyser les situations, d’analyser l’histoire et de voir comment les systèmes de domination se sont construit, se construisent et se reconstruisent en permanence, et d’en sortir par plein de chemins de vie possible, si c’est leur souhait », la réappropriation des luttes par le « patriarcat », les normes à géométrie variable, les réactions parfois violentes (masculinistes) à la remise en cause de normes, les mutilations des personnes intersexes ou qui « contreviennent aux normes de sexe », l’égalité non réduite à « l’égalité avec les hommes dans cette société-ci »…

*Des femmes dans la place, des femmes inspirantes…

* Les normes corporelles et la grossophobie, entretien avec Pelphine, « Il faut que tous les corps exultent », la violence de la grossophobie et « la négation de soi qu’elle crée », l’impossibilité de penser « qu’on puisse être une personne grosse et en bonne santé, et le vivre bien », les discriminations, « J’ai mis longtemps avant de comprendre que le handicap, ce n’est pas l’espace entre la société et toi qui n’es pas adapté à la société, c’est l’espace entre toi et une société qui n’est pas adaptée à toi »…

* « pas leur genre », les personnes qui refusent de s’inscrire dans le système classique de genre, les invisibles ou les inexistant·es, les iels et l’existence en dehors des normes du féminin et du masculin, le refus de la féminité stéréotypée…

Le vocabulaire choisi me semble discutable, parler de « ni hommes, ni femmes » est pour le moins hasardeux (il faut cependant rappeler qu’aux termes « homme » et « femme » sont rattachées des normes et des assignations de comportement) ; le terme « non-binaire » individualise et masque les contraintes des rapports sociaux de sexe et la nécessité de les transformer, de détruire le système de genre).

Avoir les cheveux courts ou longs, se maquiller, s’habiller de telle ou telle façon, adopter telle ou telle apparence physique, comme l’orientation du désir érotique, ne devraient être considérés que comme des variations des singularités humaines (et donc garantis comme des droits humains). Nul·le ne devrait être enfermé·e·dans des « images » et des constructions sociales arbitraires…

* Des pizzas, des femmes et de la solidarité, les obstacles surmontés et des rêves réalisés…

* Des femmes et le bûcheronnage, la diversité des essences par un choix des coupes…

* Le jiu-jitsu, Amal Amajahid, « Les préjugés au tapis », les autres attributs que la force physique, la mixité et la non-mixité…

* Le cinéma, Hinde Boujemaa, des pinceaux à la camera, la poursuite d’un rêve…

* Une institution religieuse luthérienne suédoise, l’ordination de femmes pasteures ou évêque, les écarts de salaires et le plafond de verre, la transformation de la fonction et la perte de pouvoir, « Pas d’alternative au féminisme ! »…

* J’ai particulièrement été intéressé par l’entretien avec Rose-Marie Lagrave, « la femme qui casse les classes », le regard sociologique, les frontières sociales, « ma trajectoire est une construction qui s’inscrit dans des contextes et des conditions de possibilité collectives », les arcs-boutants extérieurs à soi-même, le travail et la critique du soi-disant mérite, « le « mérite » est une fausse monnaie, un « cache-inégalité scolaires » », le métissage entre deux mondes et les lunettes à double foyer, l’abolition « autant que faire se peut » des structures patriarcales, la solidarité pour « éroder la domination masculine », le droit de choisir sa mort…

* « Agées, mais pas muselées », les préjudices et les discriminations liées à l’âge, l’infantilisation, « la militance est une lueur au royaume du silence »…

*« Tout au long de l’histoire, des femmes ont utilisé la violence à des fins ou dans un cadre politique », l’impensé de la violence au féminin, les combattantes ou les guerrières ordinaires, les bretteuses ou pétroleuses, les suffragettes, mais aussi les surveillantes des camps de concentrations nazis, la naturalisation des comportements assignés, « Leur invisibilisation ou les jugements moraux (hypersexualisation, héroïsation, statut de monstre) qui les discréditent servent aux pouvoirs masculins à dépolitiser les femmes, leur niant toute aptitude politique, toute capacité d’action insurrectionnelle »…

* Gambie. Toufah Jallow « se lève contre les violences sexuelles », une survivante d’un viol et les mots pour dire, « une histoire non dite est une histoire inexistante », la première marche des femmes contre le viol en Gambie (juillet 2019), la place des viols et des agressions sexuelles dans « un système de terreur instauré sous le régime de Yahya Jammeh »,

* et d’autres livres

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle : bye-bye les normes !

Hors-Série, Juillet-Août 2021, http://www.axellemag.be

Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

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