Tribunal de Paris 8 heures le matin

La queue s’étend dans ce curieux matin de juin si frisquet. La queue s’étend avec ces visages de gens appelés à affronter la justice, la Justice. Des visages d’un autre monde que les fringants Sarkosy, Balkany ou d’autres télévisuels filmés en ces mêmes lieux. A la télé le justiciable arrive fringant, entouré, le pas décidé. Ce matin ce sont des gens simples, des gens de la misère, des gens perdus. Des gens invisibles dont on ne parle pas, sauf à commettre un crime de sang. Dans la queue d’entrée au Tribunal chacun est dans sa bulle, face à son angoisse, seul, perdu… la queue s’allonge, s’allonge. 

Voici une toute jeune fille, sans doute à peine adulte, belle, bien habillée, perdue dans la masse des autres. Voilà un monsieur aux lunettes raccordées en leur milieu par un sparadrap, on ne voit que cette tâche blanche, puis ses habits à la misère cachée, un peu. Et aussi cette dame, petite, la soixantaine j’imagine. Elle est juste derrière moi. Elle me parle, elle a besoin de parler, de dire plein de choses. Les minutes filent vite et que puis je lui apporter ? J’écoute. Elle me touche mais impossible de trouver les mots pour elle utiles. Son papier est serré dans sa main : « expulsion ». Elle n’a pas dormi de la nuit, plusieurs jours qu’elle ne dort plus. Pas d’avocat, pas d’arguments préparés, pas d’idée comment ça va se passer. Elle espère la mansuétude du Juge. Le mot mansuétude est le mien, ma traduction. Il y a une atmosphère d’abattoir dans cette banale matinée d’entrée de Tribunal. 

Devant les salles d’audiences arrivent petit à petit les justiciables, cherchant LA SALLE numéro tant. Trop tôt personne dedans. Le dos est rond, les yeux sont à l’affut du moindre événement qui au moins confirmerait être dans le bon lieu. Les minutes passent puis le sol résonne. Les talons, toc, toc, toc sur le carrelage. Une à une, le toc toc toc répété, elles sont belles la tête haute, le regard direct, le gôblet de café nonchalamment à la main, elles arrivent. Il est pile l’heure. Il est neuf heure. Ce sont les avocates. Elles arrivent belles jeunes femmes avant de s’assombrir de leur robe noire, accrocher leurs cheveux en chignon, éteindre leur visage. Elles ont pris leurs allures professionnelles de combattantes. Adieu la nonchalance, bonjour la nervosité. Les choses sérieuses commencent.

Pour moi tout se passe au « Tribunal de Police », je viens d’apprendre que dans un Tribunal il y a plein de « Tribunaux ». Dans celui-ci, 6e étage, j’y suis un privilégié : seul de la matinée à être défendu par un avocat. Je n’ai pas assisté à la suite mais j’ai une pensée triste pour cette dizaine de personnes destinées à prendre cher. Oser contester une verbalisation se paye très cher. C’est la Loi, c’est la Justice. Faites pas chier.

Tout commence bien pour moi. Les faits, le plaidoyer, l’amenée des arguments avec l’élément massue porté à la fin. Non seulement je suis accompagné d’un avocat mais il est bon. Je le savais. Maitre Arié Alimi, par ailleurs Président de la Ligue des Droits de l’Homme. Il est question de LIBERTE. Pour avoir montré mes idées sur les Champs Elysées par un ballon de baudruche jaune j’ai été arrêté, nassé, menotté, verbalisé. En France, pays des Droits de l’Homme on ne rigole pas avec ces choses là. Tout de même quelle idée, montrer ses opinions. « Nassé », cette disposition policière maintenant déclarée illégale. Menotté, en effraction de la Loi à moins de déclarer que ma lecture du journal « Le Monde Diplomatique » assis devant des gendarmes sur équipés représente un danger. Et pour couronner le tout une verbalisation au nom d’un arrêté d’une date erronée… Les choses auraient dû être pliée. Mais voilà, il y a la Procureure.

Entendons nous, Procureur de la République c’est bien sûr le côté de l’Etat qui parle. Normal. Avec des arguments de Droit. Normal. Mais voilà, « Vous savez ce que c’est qu’un interdit ? Vous avez l’âge de savoir », « devant un feu rouge il est interdit de passer »… et là ce n’est plus normal. Je me sens insulté. La dame a oublié tous ses cours de Droit, ne sait plus que justement un interdit ça se fonde en Droit. Puis elle ajoute « porté atteinte à la liberté de commercer »… Je découvre avec inquiétude que Député En Marche ou Procureur c’est aujourd’hui du même niveau. Lamentable. Dangereux. Et le pire est à venir. Le Juge commence son prononcé de jugement. Il m’est favorable. Madame la Procureur de la République l’interrompt, proteste… et fait reporter à une autre audience où elle fournira un document complémentaire. La procédure est piétinée ! Scandaleux dénie du fonctionnement de la Justice ! 

Le combat continue. Pour défendre les Libertés dans notre pays. Terrible bilan. Je n’avais pas conscience de l’ampleur des perversions dictatoriales de nos institutions. L’usage de la Police Républicaine est trahi pour nuire au droit de manifester et maintenant j’assiste à une justice qui perd pied. Le combat doit être mené pour arrêter cela. 

Serge Grossvak

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.