Après la mort de Nizar Banat, des Palestiniens demandent la démission de Mahmoud Abbas + soutien aux grévistes du Jacir Palace de Bethléem

Nizar Banat, militant palestinien et critique de l’Autorité palestinienne (AP), est mort jeudi 24 juin, après avoir été arrêté et violemment battu par les forces de sécurité palestiniennes, a déclaré sa famille.

Les agents ont fait irruption [à 3h30 du matin] dans la résidence de l’oncle de Nizar Banat dans la ville de Dura, au sud-ouest d’Hébron, où ce père de cinq enfants avait trouvé refuge au cours des deux derniers mois. En effet, il avait reçu des menaces de la part de dirigeants du parti au pouvoir, le Fatah, en raison de ses critiques virulentes à l’égard de l’Autorité palestinienne et de ses responsables.

Avant que le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas n’annule les élections législatives en avril 2021, Nizar Banat s’était présenté comme candidat de la liste Liberté et Dignité. Nizar Banat a sévèrement critiqué Mahmoud Abbas et d’autres hauts fonctionnaires et personnalités du Fatah, qu’il a parfois nommés explicitement. Il a exprimé son opposition à la coordination sécuritaire des dirigeants de l’AP avec Israël et a accusé l’AP de corruption. Il a publié des vidéos hebdomadaires sur ses chaînes de médias sociaux, dont la plus récente était un clip de 6 minutes, datant du début de la semaine, dans lequel il attaquait avec véhémence l’AP au sujet de l’accord avec Israël sur le vaccin Covid-19, accord désormais annulé.

Des centaines de Palestiniens sont descendus dans les rues près de la place Al-Manara à Ramallah, jeudi, 24 juin, pour protester suite à la mort de Nizar Banat. Ils ont fait face à la répression policière. Ils ont revendiqué le départ du président Abbas et exigé la fin de son règne. Vendredi 25 juin, des milliers d’autres personnes ont défilé à Hébron lors des funérailles de Nizar Banat, appelant à un changement de gouvernement.

Depuis le début du mandat de Mahmoud Abbas en 2005, la popularité du leader de 85 ans n’a cessé de décliner. Sa décision de reporter ce qui aurait été les premières élections en 15 ans, qui devaient avoir lieu le mois dernier, n’a fait qu’exacerber cette crise de légitimité, tout comme le silence relatif de l’AP sur l’expulsion forcée imminente de familles palestiniennes à Jérusalem et le dernier assaut d’Israël sur Gaza.

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En début de semaine, les forces de sécurité de l’AP ont arrêté le militant palestinien Issa Amro et l’ont détenu toute la nuit pour avoir publié sur Facebook des messages critiquant la politique du gouvernement. Issa Amro, qui a ouvertement critiqué Israël et l’Autorité palestinienne, a déclaré avoir été convoqué pour être interrogé par l’unité de lutte contre la cybercriminalité de l’Autorité palestinienne.

Selon Firas Doudin, militant palestinien de Dura et ami proche de Nizar Banat, ce dernier a été pris pour cible dans le cadre de la répression menée par l’Autorité palestinienne contre de la dissidence. Il a décrit Nizar Banat comme un homme indépendant et travailleur qui aspirait à un avenir meilleur pour ses enfants et son peuple.

Par le passé, Nizar Banat avait été arrêté plusieurs fois pour ses critiques. Il recevait des menaces constantes et a dû faire face à d’autres formes de harcèlement, a expliqué Firas Doudin. « Ce n’était pas quelque chose de nouveau pour Nizar, et cela ne l’a pas empêché non plus de pratiquer son droit à la liberté d’expression. »

Au cours des derniers mois, les Palestiniens se sont battus contre les firmes de médias sociaux qui censuraient les contenus critiquant les politiques oppressives d’Israël. « Maintenant, c’est fou que leur propre gouvernement ne soit pas capable de leur accorder la liberté d’expression qui est exigée des firmes de médias étrangères », a déclaré Dina Azouni, une activiste palestinienne de premier plan et une influenceuse sur les médias sociaux.

Indépendamment des opinions et du style d’expression de Nizar Banat, a-t-elle ajouté, il devait avoir le droit de s’exprimer librement. « Personne ne devrait jamais être visé pour avoir exprimé ses opinions et ses croyances », a déclaré Dina Azouni. « Nous ne pouvons pas accepter un gouvernement qui essaie de nous faire taire, tout comme ces firmes [de médias sociaux]. Ils font tous deux exactement la même chose. »

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Selon Dalal Erikat, une universitaire palestinienne de premier plan et chroniqueuse dans le journal Al-Quds, Nizar Banat ne représentait pas une menace sérieuse pour l’AP et n’avait aucun poids politique. Elle a déclaré que si les organisations de défense des droits de l’homme se sont récemment concentrées sur les violations commises par Israël et son système d’apartheid à l’égard du peuple palestinien, l’attention se tourne désormais vers les violations des droits de l’homme commises en Palestine par des autorités palestiniennes. C’est « regrettable» , a-t-elle déclaré, car cela entrave « la dynamique de mobilisation face aux violations contre les droits de notre peuple propres à l’occupation israélienne ».

La mort de Nizar Banat n’est « pas une anomalie »

Jeudi, vers 3h30 du matin, environ 25 agents de sécurité ont fait une descente dans la maison à la recherche de Nizar Banat, a déclaré Ammar Banat, un cousin qui a assisté à son arrestation. Les agents ont fait sauter la porte principale et sont entrés en trombe dans la maison, certains en passant par les fenêtres, se souvient-il.

« Certains d’entre eux étaient masqués et lourdement armés », a-t-il dit. « Ils se sont dirigés vers la chambre dans laquelle Nizar dormait avec deux de ses cousins. Là, ils ont commencé à le frapper brutalement à la tête avec une matraque en fer. »

Les forces de l’AP ont aspergé le visage de Nizar Banat de gaz lacrymogène alors qu’il était inconscient, puis l’ont déshabillé, a déclaré Ammar Banat. Alors qu’il était couvert de sang, ils l’ont traîné jusque dans un véhicule, a-t-il ajouté.

« Nous ne savions pas où ils ont emmené Nizar, mais quelques heures plus tard, nous avons été informés qu’il avait été conduit dans une morgue à Abu Dis [à Jérusalem-Est], sans être transféré dans aucun hôpital », a déclaré Ammar Banat. La famille était « horrifiée » et est toujours en état de choc, a-t-il ajouté.

Ammar Banat a affirmé que son cousin a récemment été menacé par Iyad Rayan, le chef du Fatah dans le district sud d’Hébron. « Nizar a décidé de se réfugier dans la maison de mon oncle car elle est située dans la zone C qui est sous contrôle total israélien, mais malgré cela, les forces de l’AP ont réussi à l’atteindre. »

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Dans un communiqué publié jeudi, le gouverneur d’Hébron, Jibreen al-Bakri, a déclaré que « l’état de santé de Nizar Banat s’est détérioré pendant l’arrestation».  Après quoi il a été immédiatement transféré à l’hôpital gouvernemental Princesse Alia à Hébron, où les médecins qui ont examiné son corps ont constaté son décès. Le Ministère public palestinien a procédé à une autopsie dès qu’il a été informé de l’incident, conformément à la loi, indique le communiqué. Jibreen Al-Bakri refuse de commenter l’affaire jusqu’à ce que les résultats de l’autopsie complète soient publiés.

Ammar Banat a déclaré que la famille n’avait aucune confiance dans le gouvernement ou les conclusions du Ministère public. Elle exige la formation d’une commission d’enquête comprenant un médecin désigné par la famille et un médecin sélectionné par la Commission indépendante des droits de l’homme (CIDH) basée à Ramallah, « afin d’éviter toute tentative de manipulation par l’AP et ses organes », a-t-il expliqué. A cette fin, et compte tenu de la pression de l’opinion publique depuis l’annonce de la mort de Nizar Banat, le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a ordonné une enquête dirigée par le ministre de la Justice, Mohammad Shalaldeh.

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Les résultats d’une autopsie préliminaire ont révélé des ecchymoses sur tout le corps de Nizar Banat et des fractures des côtes, selon la Commission internationale des droits de l’homme et le groupe palestinien de défense des droits de l’homme Al-Haq. Ils ont tenu une conférence de presse conjointe à Ramallah jeudi soir et travaillent ensemble pour recueillir des informations sur l’incident. La Commission internationale des droits de l’homme (CIDH) a considéré la mort de Nizar Banat comme une affaire très grave, « car sa mort a été annoncée peu après son arrestation par une importante force de sécurité », a déclaré le directeur général de la commission, Ammar Dwaik, au magazine +972.

Les deux organisations ont conclu que la mort de Banat n’était pas naturelle. Selon le directeur d’Al-Haq, Shawan Jabarin, Nizar Banat était arrivé mort à l’hôpital. « L’ensemble du système sécuritaire et politique doit être reconsidéré, et il est temps de tirer des leçons car la société [palestinienne] est asphyxiée », a ajouté Shawan Jabarin.

La mort de Nizar Banat peu après son arrestation par l’AP « n’est pas une anomalie », a déclaré Omar Shakir, directeur pour Israël et la Palestine de Human Rights Watch (HRW). « Pendant des années, les forces de sécurité de l’AP ont systématiquement arrêté arbitrairement, maltraité et torturé des critiques et des dissidents », a-t-il ajouté. En 2018, HRW a publié un rapport critiquant l’utilisation de la torture par les dirigeants palestiniens pour écraser la dissidence.

Les gouvernements qui veulent aider le peuple palestinien à développer l’Etat de droit devraient couper tous les liens avec les forces de sécurité palestiniennes qui le sapent activement, a poursuivi Shakir. « La libération palestinienne restera incomplète tant que la machine de répression de l’AP restera intacte. »

Dima Abumaria

Dima Abumaria est une journaliste palestinienne qui a plus de six ans d’expérience dans le journalisme et la communication. Elle est diplômée en sciences politiques et en journalisme de l’Université Birzeit de Ramallah.

Article publié par le magazine +972, le 25 juin 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/apres-la-mort-de-nizar-banat-des-palestiniens-demandent-la-demission-de-mahmoud-abbas.html

Exigen la dimisión de Abbás tras la muerte de Nizar Banat

https://vientosur.info/exigen-la-dimision-de-abbas-tras-la-muerte-de-nizar-banat/

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Palestine : soutien aux grévistes du Jacir Palace de Bethléem

Depuis mars, 17 salarié∙es du Jacir Palace, un hôtel de luxe de Bethléem situé à côté d’un camp de réfugié∙es, sont en grève. L’hôtel fait partie de la holding Padico, présidé par Bashar Al Masri, la plus grosse fortune de Palestine.

En mars, le patron a annoncé qu’il mettait fin à leurs contrats de travail, sans indemnités, en appliquant la loi d’urgence liée à la pandémie de Covid-19. Le droit palestinien est très défavorable aux salarié∙es mais prévoit tout de même des indemnités en fonction du nombre d’année travaillées. Certain∙es des salarié∙es travaillaient depuis plusieurs décennies au sein de l’hôtel, et l’avait d’ailleurs protégé durant la 2e intifada des gaz lacrymos et destructions.

La grève est soutenue par le comité populaire et le centre des jeunes d’Aida, qui font un travail remarquable en faveur des habitants et habitantes depuis 2 ans ; ils ont ainsi monté un petit hôpital autogéré pour soigner les malades du Covid-19. Un tribunal doit juger de l’affaire en septembre prochain. Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes soutiennent les revendications des grévistes, qui demandent à reprendre le travail ou obtenir un dédommagement pour licenciement abusif.

http://www.laboursolidarity.org/Palestine-soutien-aux-grevistes-du

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