Affaire Mila : stop à la haine en ligne (plus deux textes)

Communiqué LDH

Dès qu’elle a été rendue publique, l’affaire Mila a remis sur le devant de la scène le droit à la libre critique des religions, à la liberté d’expression et elle est devenue un des éléments du débat autour de la laïcité. Dans notre pays, il n’est pas de délit de blasphème et quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur les propos de Mila et sur ses intentions, on ne saurait tolérer la violence des dizaines de milliers de messages haineux et les menaces de mort qu’elle a reçus et continue de recevoir. Il est inadmissible qu’hier, cette jeune femme ait dû choisir entre sa scolarité et sa sécurité et qu’aujourd’hui, elle doive vivre en permanence sous la protection de gardes du corps. Mila a le droit de mener une vie normale, de sortir, d’aller et venir, de s’amuser en toute liberté, comme toutes les jeunes femmes de son âge.

Le procès qui vient de se dérouler a montré à quel point les réseaux sociaux peuvent être vecteurs de haine. Il montre aussi l’extrême banalisation, notamment par les plus jeunes, de certains propos, qu’ils soient menaçants ou graveleux. Il est grand temps que les pouvoirs publics se donnent les moyens de lutter contre la viralité et la virulence de tous ces messages qui, à des degrés différents, relèvent d’un cyberharcèlement destructeur pour les victimes. Pour stopper ce phénomène, l’Etat doit renforcer son action de régulation. Cela passe par une augmentation des moyens humains et financiers octroyés au nouveau pôle spécialisé du Parquet du tribunal judiciaire de Paris, par un renforcement de ceux déjà accordés au service de signalement Pharos, par un meilleur encadrement de toutes les plateformes de réseaux sociaux en général, avec la possibilité pour la justice d’identifier les auteurs, par un accompagnement des parents et le soutien à toutes les victimes. La liberté d’expression est un droit fondamental mais les abus et les délits doivent pouvoir être sanctionnés et prévenus par le développement de la formation à la citoyenneté numérique, notamment à l’école.

Paris, le 24 juin 2021

https://www.ldh-france.org/affaire-mila-stop-a-la-haine-en-ligne/

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La fureur des lesbiennes contre l’attaque lesbophobe subie par Alice Coffin

Nous crions notre colère lesbienne face à l’agression lesbophobe dont a été victime hier à Rouen la militante féministe et lesbienne Alice Coffin, élue au conseil municipal de la ville de Paris, par un groupe d’identitaires appelé « les normaux ».

Nous exprimons à Alice notre soutien le plus fort et notre solidarité la plus profonde comme l’a déjà fait la Eurocentralasian Lesbian* Community.

Depuis des mois, Alice fait l’objet de menaces et d’insultes d’une grande violence dans un climat d’une extrême-droitisation du débat politique français et où les militants féministes, lgbtqi* et antiracistes, ainsi que de nombreux chercheurEs, sont accuséEs de « casser la République en deux » ou, encore, de faire le jeu des « extrémistes » et des terroristes.

Ces attaques ne se produisent pas seulement en France. Ces dernières semaines, d’autres militantes lesbiennes ont été violemment attaquées dans plusieurs pays : entre autres, en Ukraine, au Kazakhstan, en Albanie. Et ces attaques ne viennent pas seulement de l’extrême droite, mais sont l’expression d’un vaste front qui veut nous invisibiliser, qui veut nous faire taire, qui veut nous empêcher d’affirmer le caractère systémique de l’oppression sexiste, hétéronormative, raciste et classiste que nous subissons.

La « normalité » revendiquée par les « normaux » qui ont attaqué Alice hier n’est rien d’autre que la haine des femmes, des personnes lgbtqi*, des personnes racisées, elle n’est rien d’autre que l’expression d’un système de privilèges qui correspond à notre infériorisation.

Le silence que vous voulez nous imposer, nous le transformons en paroles de lutte et en actions pour notre lutte de libération.

 

 

Signataires :

Katia Acquafredda

Silvia Antosa

Stefania Arcara

Deborah Ardilli

Gaia Ballatori

Marta Bencich

Graziella Bertozzo

Elena Biagini

Rachele Borghi

Grazia Bosi

Layla Buzzi

Marta Capesciotti

Sirka Capone

Carla Catena

Samantha Cavicchi

Lucilla Ciambotti

Elisa Coco

Maria Grazia Cruccas

Sara de Falco

Maya De Leo

Sara Di Giacomo Pace

Federica Fabbiani

Eva Feole

Nina Ferrante

Emanuela Fiorletta

Marah Firenze

Silvia Fraccaro

Sara Garbagnoli

Rosina Giannandrea

Daniela Ghiotto

Paola Guazzo

Debora Guma

Nicky Gutierrez

Lucia Jorini

Lucia Leonardi

Viola Lo Moro

Claudia Lo Presti

Elisa Manici

Valeria Mercandino

Daniela Migaldi

Federica Moretti

Roberta Padovano

Giulia Paparelli

Silvia Pastore

Monica Pietrageli

Charlotte Ross

Teresa Sala

Paola Santoro

Maria Antonietta Schiavulli

Laura Sebastio

Ilaria Todde

Daniela Tonolli

Irene Villa

Chiara Zanini

 

Collectifs et associations :

ALFI – Associazione Lesbica Femminista Italiana

Arcigay Rete Donne Transfemminista

Associazione Luki Massa

Campo Lesbico di Agape

Collettivo Cagne Sciolte Roma

Gruppo autodifesa femminista e lesbica Firenze

Lesbiche Bologna

Lesbicx

Some Prefer Cake Bologna Lesbian Film Festival

Texte paru dans l’édition en ligne du quotidien Il Manifesto du 18 juin 2021.

https://blogs.mediapart.fr/sara-garbagnoli/blog/180621/la-fureur-des-lesbiennes-contre-lattaque-lesbophobe-subie-par-alice-coffin

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Contre le cyberharcèlement, nous ferons front

Tribune. En 2016, Mégane Kamel, militante féministe et antiraciste, se réjouit en privé de la fermeture provisoire de la page Facebook du dessinateur d’extrême droite Marsault. Vexé, il la désigne comme instigatrice de cette fermeture sur sa page de secours. Il sonne alors la curée : harcelée en ligne par les sbires de Marsault, elle est submergée par une vague de messages haineux. Elle porte plainte, et il est condamné, le 18 janvier 2019, à 2 000 euros de dommages et intérêts et à 10 000 euros d’amende, dont 5 000 avec sursis, pour injure publique et provocation à la haine ou à la violence en raison du sexe. Irrité par le verdict, il a récemment commis un nouveau post Facebook dans lequel, non content de se victimiser, il accuse Mégane de mentir.

Peut-être que Marsault ne mesurait pas totalement l’ampleur que prendrait la déferlante de violences qu’il s’apprêtait à déclencher, en août 2016, alors qu’il affichait Mégane sur sa page, écrivant avec une désinvolture feinte : « Tu vas peut-être recevoir trois-quatre messages. » C’est hautement improbable, mais nous pouvons éventuellement supposer qu’en son for intérieur, les « trois-quatre messages » signifiaient qu’il souhaitait que Mégane en reçoive 100 ou 200 et non plus de 1 000. Mais aujourd’hui ? Peut-il désormais ignorer qu’en conspuant Mégane sur sa page – suivie à ce jour par plus de 272 000 personnes -, qu’en l’accusant de mentir, il la jette à nouveau en pâture aux harceleurs de tout poil ? Qu’en blaguant sur le suicide, il ne peut qu’initier une vague de commentaires déplorant qu’elle « se soit ratée » ?

Les agissements de Marsault, tout comme ceux des membres de la « Ligue du LOL », nous apportent la preuve ultime, s’il en fallait une, que le harcèlement en ligne n’est pas un jeu pour trolls, pas plus qu’un dérapage dû à une dématérialisation des relations qui désinhiberait des internautes désœuvré·e·s se mourant d’ennui au fond de leur canapé. Le harcèlement en ligne est une arme, et les trolls dont on nous rebat les oreilles ne sont rien d’autre que les petits soldats d’une armée en guerre contre les femmes, les personnes racisées, handicapées, LGBTQIA +, grosses, neuroatypiques, marginalisées, et la plupart des militant·e·s des droits humains. Toutes ces salves de violences, ces menaces de mort, ces injures, ces mises en danger, ces appels aux viols, ces montages pornographiques et ce slut-shaming incessant sont autant d’obus lâchés pour faire taire des voix dissonantes. Des voix qui bousculent et malmènent l’ordre établi, dénoncent les oppressions et mettent aux dominant·e·s le nez dans leurs privilèges au point que ceux-ci, mesurant enfin leur profusion, craignent de les voir décroître.

C’est une guerre qui ne dit pas son nom. Peu importe le nombre de messages reçus par Mégane – même si nous savons, pour les avoir comptés, qu’il y en a bien plus de 1 000 -, ce qui compte, c’est l’ampleur de la menace, c’est que Mégane et tout·e·s les autres comprennent bien, dans leur chair, à coup de violences et de stress post-traumatique qu’elles ont tout intérêt à se taire, à faire profil bas, à ne pas remettre en question cet ordre établi qui fait des riches, des hommes, des blanc·he·s, des hétéros, des cis, des valides, des adultes ou des neurotypiques, une classe de dominant·e·s, autorisée à étaler sa haine dans les matinales des radios, les émissions télé, les journaux, sur les réseaux sociaux et les blogs sans être inquiétée par autre chose qu’un peu d’indignation et quelques signalements qui n’aboutissent que trop rarement. Car il suffit de regarder autour de soi : dans ce système de domination, plus les harceleurs ont de privilèges de race, de genre ou de classe, et moins les violences qu’ils exercent auront, si elles sont dénoncées, de coût social pour eux.

Nous tenons à vous prévenir que nous n’allons pas vous laisser faire. Vous voulez la guerre ? Vous aspirez – comme le clame un certain harceleur qui préfère s’allier à l’extrême droite pour initier le cyberharcèlement de femmes qu’il devrait considérer comme des sœurs de lutte plutôt que de remettre en question les structures patriarcales quelles qu’elles soient – à sortir un « magnum 357 et ses balles de vérité (sic) pour tirer dans le tas » ?

Nous sommes le tas. On nous appelle «minorités», mais nous sommes nombreux·ses et nous ferons front. Tant qu’il le faudra.

Contre la haine, nous construirons des espaces d’entraide et de bienveillance, contre les violences, nous nous organiserons. Nous ferons en sorte que les querelles militantes et les différends politiques qui traversent parfois nos espaces de lutte ne soient pas des entraves à ce combat acharné que nous devons mener pour conquérir notre liberté d’expression, coûte que coûte. Contre vents et marées, nous ferons entendre nos voix, et quelles voix ! Des voix qui, nous l’espérons, vous feront trembler au point de renverser, un jour, cet ordre établi que vous chérissez tant, au risque d’y perdre votre humanité.

Premiers signataires : BA(F)FE, Base de données féministe, Lauren Bastide, cofondatrice de Nouvelles Ecoutes et animatrice du podcast La Poudre Bathroom Quest, auteur de bandes dessinées, Yasmina Benabderrahmane, artiste, Ynaée Benaben, fondatrice d’En avant toute(s), Fatima Benomar, coporte-parole des effronté·es, Aurélie Bernard, activiste libertaire, doctorante en philosophie politique et épistémologie, Constant Boerwinkel, Scénographe, Lucas Bolivard, membre de l’équipe de coordination de Meufs, Meufs, Meufs, Anaïs Bourdet, graphiste et fondatrice du projet Paye Ta Shnek, Éloïse Bouton, journaliste indépendante et militante féministe et LGBT+, Erika Campelo, militante associative, Claire Charlès, coporte-parole des effronté·es, Alice Coffin, journaliste, porte parole de la Conférence Européenne Lesbienne, le CLHEECollectif Afro-FemCollectif Des Raciné.e.sCollectif Georgette SandCollectif Les IrrécupérablesCollectif Le SeumCollectif ROSA, Madeline Da Silva, Militante féministe, Laurence De Cock, historienne, Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice, Tara Dickman, Le Next Level, Anissia Docaigne-Makhroff, juriste féministe, Les effronté·es, association féministe et LGBT, En avant toute(s)Aurélien Fernandez, auteur de bande dessinée, illustrateur, Gras PolitiqueJuan A. Herrera, travailleur du cinéma, Lallab, association féministe et anti-raciste, Stéphanie Lamy, féministe et spécialiste de la guerre de l’information, Ophélie Latil, militante féministe, Leila, militante féministe, créatrice de la page «Social Justice Warlock», Anaïs Leleux, militante féministe, Grace Ly, autrice, Jérôme Martin, prof, militant LGBTI+, Daria MarxMadjid Messaoudene, élu de Saint-Denis, Nta Rajel, Collectif féministe et antiraciste de la diaspora nord-africaine, Océan, auteur et comédien, Jean-Fabrice Pietri, humanitaire, Tancrède Ramonet, réalisateur et musicien, Noémie Renard, militante féministe, autrice de En finir avec la culture du violValérie Rey-Robert, autrice et militante féministe, Le RESET, hackerspace queer féministe, Roseaux, magazine féministe, Gilles Roussel (dit «Boulet»), auteur de Bandes Dessinées, directeur de collection, Laure Salmona, co-fondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement, Muriel Salmona, psychiatre et présidente de Mémoire traumatique et victimologie, Stop harcèlement de rueSVT Égalité, Elise Thiébaut, autrice, Mischa Tourbillon, auteur de «C’est quoi Intersexe» et activiste du collectif Intersexes et Allié-e-s, Clémentine Vagne, militante féministe, Laélia Véron, enseignante-chercheuse, Mélanie Wanga, journaliste et cocréatrice du podcast Le Tchip (Binge Audio), Witch Bloc PanameWomen’s March Paris, Wendie Zahibo, militante féministe et fondatrice du webzine Reines Des Temps Modernes, Quentin Zuttion, auteur de BD, Hélène Breda, enseignante-chercheuse, Lionel Belarbi, auteur, Charlotte Bienaimé, documentariste, France culture, Arte radio/Un podcast à soi, B I T C H / anarchafem / queer / contre les validismes, Hélène Breda, enseignante-chercheuse, Isabelle Broué, cinéaste, réalisatrice de LUTINE, CerridwenCreations, éducatrice spécialisée et artiste, CLE autistes, collectif pour la liberté d’expression des autistes, Deuxième PageÉlise Devieilhe, sociologue pour l’association Épicène, Emma, blogueuse féministe et révolutionnaire, Gwen Fauchois, blogueuse et activiste lesbienne, Friction MagazineClémence Jost, journaliste, Béatrice Kammerer, journaliste, Aïcha Kottmann, critique de séries et co-créatrice du podcast Getting To Know You, Olivia Hicks, élue écologiste parisienne, Johanna Luyssen, journaliste, Les DégommeusesMarieLaMorte, Mirion MalleMowso, militante féministe et ingénieure informatique, Louise Nussac, étudiante féministe, Les Ourses à plumesPolysème magazineRakidd, auteur et illustrateur, Delphine Rivet, journaliste, Daxia Rojas, journaliste, Diane Saint-Réquier, militante féministe, TRANSGRRRLSWomen Who Do Stuff, collectif féministe, Marie Laguerre, militante féministe.

Publié le 12 février 2019 dans Libération

https://www.liberation.fr/debats/2019/02/12/contre-le-cyberharcelement-nous-ferons-front_1708949/

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