L’EZLN en Europe : entre enthousiasme et marginalisation (plus autres textes)

À la mi-juin, sept envoyés de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) débarqueront en Espagne pour entamer une tournée qui les mènera à travers toute l’Europe. Le point culminant de leur voyage aura lieu à Madrid le 13 août, date du 500e anniversaire de la chute de Tenochtitlán en 1521, début d’une longue soumission aux conquistadors espagnols. Le sociologue belge Bernard Duterme, directeur du Centre tricontinental et spécialiste de la rébellion zapatiste depuis son surgissement en 1994, répond aux questions d’Underground – Periodismo Internacional à propos de la visite de la guérilla mexicaine qui, malgré le temps qui passe, continue à gagner des soutiens sur le « vieux continent ».

Bernard Duterme est un chercheur belge qui suit le mouvement zapatiste depuis son apparition le 1er janvier 1994. Il travaillait alors pour l’organisation non gouvernementale Entraide et Fraternité, qui fait aujourd’hui partie de la plateforme européenne Coopération internationale pour le développement et la solidarité (CIDSE). Ce réseau est constitué d’associations catholiques progressistes liées au diocèse de San Cristóbal de las Casas, dont le défunt évêque, Samuel Ruiz, fut un médiateur clé du conflit zapatiste dans ses premières années.

Duterme est peut-être l’universitaire qui connaît le mieux l’EZLN en Belgique. Il est l’auteur de plusieurs livres et essais sur la guérilla du Chiapas. Sa voix fait autorité dans les médias belges dès qu’une nouvelle concernant le groupe rebelle apparaît. Il est actuellement directeur du Centre tricontinental, un centre qui étudie les pays en développement et les rapports Nord-Sud depuis 1976, et suit attentivement à ce titre les tenants et aboutissants de la tournée qu’une délégation zapatiste est sur le point d’entreprendre en Europe.

« Il y a une grande effervescence parmi les groupes de soutien », déclare-t-il dans une interview accordée à Underground le lundi 1er juin. Des centaines de collectifs de tout le continent européen sont en communication constante et s’organisent pour que les visiteurs zapatistes puissent atteindre leur objectif de 30 pays visités, dont la Russie et la Turquie. Le but, selon les rebelles, est de « parler de nos histoires mutuelles, de nos douleurs, de nos rages, de nos réussites et de nos échecs ».

On perçoit de l’enthousiasme du côté européen, bien que Duterme reconnaisse que l’époque où l’EZLN captait la ferveur de pratiquement tout le spectre de la gauche dans cette région et était au sommet de sa gloire médiatique en France, en Italie et en Allemagne est révolue. Aujourd’hui, explique le chercheur, sa base de soutien se situe principalement dans la constellation des collectifs anarchistes et de ceux et celles qui composent le mouvement dit « décolonial », un mode de pensée relativement nouveau qui, en somme, défend et mobilise autour des identités raciales, religieuses ou sexuelles et remet en cause la lecture traditionnelle de gauche selon laquelle l’axe de domination principale se situe dans la lutte sociale.

En ce moment, la délégation zapatiste traverse l’océan Atlantique sur le voilier La Montaña, dirigé par un équipage allemand. Il a pris la mer le 2 mai depuis l’Isla Mujeres dans le Quintana Roo au Mexique. Les envoyés zapatistes, quatre femmes, deux hommes et une personne transgenre, seront les premiers à fouler le sol européen lorsqu’ils débarqueront dans le port de Vigo, en Galice en Espagne, à la mi-juin. Ce sera, écrivait le sous-commandant Marcos, devenu Galeano, « comme une gifle en bas noir à la gauche hétéropatriarcale ». Ils seront rejoints par d’autres délégué·es, qui feront le voyage en avion.

Cette tournée est hautement symbolique et atteindra son point culminant lorsqu’ils arriveront à Madrid le 13 août, une date historique qui marque le 500e anniversaire de ce que l’EZLN appelle « la prétendue conquête (espagnole) de l’actuel Mexique ». L’organisation armée affirme que sa présence dans la capitale espagnole servira à dire deux choses : « un, qu’ils ne nous ont pas conquis (et) que nous continuons la résistance et la rébellion, et deux, qu’ils n’ont pas à nous demander de leur pardonner quoi que ce soit ».

Comment interprétez-vous cette tournée des zapatistes depuis l’Europe ? demande-t-on à Duterme.

Je la perçois comme un nouveau « coup d’éclat », comme une initiative que personne n’attendait. En même temps, d’une certaine façon, le mouvement zapatiste nous a déjà habitués à ces surprises. Ce sont autant de tentatives d’exister, de « rompre l’encerclement », de « briser le siège », comme ils le disent eux-mêmes. Depuis leur apparition, ils s’efforcent de briser les barrières physiques, médiatiques et politiques. Et cette initiative est une tentative de plus, assez spectaculaire par sa dimension internationale.

Duterme rappelle que des représentants de l’EZLN s’étaient déjà rendus en Europe en 1996. Il mentionne notamment la réunion à guichets fermés dans le célèbre théâtre de l’Odéon à Paris le 11 novembre de cette année-là. Cette visite, raconte-t-il, a créé le chaos au sein de la gauche française intéressée par le Mexique. J’étais là ce jour-là, j’ai pu y être témoin des frictions entre les groupes qui, disons, se disputaient le mouvement zapatiste.

À cette époque, les zapatistes étaient confrontés à un conflit plus intense contre l’État mexicain et cherchaient un soutien international auprès des forces politiques et citoyennes en Europe. Ils avaient besoin d’un soutien social, mais aussi de ressources économiques et d’une bonne image internationale qui leur donna au final un capital politique vis-à-vis du gouvernement mexicain. Aujourd’hui, ils sont confrontés à des conditions différentes. Que recherche l’EZLN en Europe ?

Je ne vois pas beaucoup de différences. Les justifications de cette tournée sont les mêmes que par le passé : articuler des poches de résistance au Mexique et dans le monde. Les textes de la première rencontre internationale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, en juillet 1996, le disaient déjà : nous vous invitons à discuter de la manière dont nous pouvons affronter ensemble le système néolibéral. La principale différence avec cette époque est le nom donné à l’ennemi. Depuis une vingtaine d’années, ce n’est plus le néolibéralisme, mais le capitalisme.

Le réseau de soutien que l’EZLN a tissé en Europe dans les années 1990 était impressionnant. Ils avaient non seulement la sympathie de nombreuses organisations politiques et civiles, mais aussi de grands acteurs comme les centrales syndicales, l’Église catholique et les partis de gauche. Qu’est-il arrivé à cet essaim protecteur européen après tant d’années ?

Personnellement, je suis impressionné par l’effervescence à l’œuvre dans plusieurs pays européens autour de la visite des zapatistes. Particulièrement en France, en Espagne, en Italie, en Grèce et en Belgique. Il suffit de regarder la longue liste des organisations qui ont signé la « Déclaration pour la vie » le 1er janvier dernier (déclaration qui invite à la discussion avec des représentants de l’EZLN, du « Congrès national indigène – Conseil indigène de gouvernement » et du « Peuple en défense de l’eau et de la terre de Morelos, Puebla et Tlaxcala » entre juillet et octobre en Europe). Cette initiative a réanimé des centaines et des centaines de collectifs, qui se réunissent presque quotidiennement. Dans ces milieux, l’écho et la résonance du zapatisme restent forts et dynamiques.

Et quel est le profil de ces organisations de soutien ?

Ils appartiennent pour la plupart aux milieux autonomes, libertaires ou anarchistes. Au fil des ans, l’intérêt pour le zapatisme a augmenté parmi eux, tandis que celui de la gauche plus traditionnelle a diminué. Les anarchistes apprécient la manière zapatiste de tenter de construire l’autonomie, « en bas à gauche », avec des modes d’organisation horizontaux, en luttant contre toutes les formes de domination, que ce soit de genre ou dans les rapports à la nature, par exemple.

Le sociologue belge compare la forte mobilisation en Europe en faveur de la révolution sandiniste au Nicaragua dans les années 1980 avec celle pour le zapatisme dans la décennie qui a suivi. Il souligne : « Presque toutes les tendances de gauche se sont mobilisées, comme cela s’est produit avec l’EZLN : les sociaux-démocrates, les marxistes, les chrétiens de gauche, les syndicats, les ONG et beaucoup d’autres encore. » Mais, dit-il, cette large base s’est défaite avec le temps.

Les zapatistes bénéficiaient du soutien massif des jeunes au Mexique et en Europe. Toute une génération a sympathisé et s’est éduquée politiquement avec eux. Aujourd’hui, les questions qui préoccupent les jeunes ont trait au changement climatique, à l’égalité des sexes, aux droits sexuels ou au racisme, tandis que, peut-être, le militantisme politique traditionnel semble appartenir au passé. Les jeunes Européens trouvent-ils encore dans le zapatisme une inspiration pour le changement ?

Beaucoup de jeunes sont enthousiastes à l’idée de la visite de la délégation zapatiste, parce qu’ils y voient l’occasion de discuter des questions que vous venez de mentionner et qui les intéressent : l’antiracisme, les questions écologiques, le réchauffement climatique, l’égalité des sexes, le respect des différences sexuelles, et les questions qui constituent aujourd’hui le courant dit « décolonial ». Ces préoccupations sont présentes chez les jeunes qui entrent en politique ici en Europe. Et parmi ceux qui recevront les envoyés zapatistes.

L’EZLN, poursuit Duterme, est une organisation pionnière dans l’incorporation dans son discours de ces questions qui intéressent les jeunes sympathisants européens. Des jeunes qui se sont éloignés de la vision de la gauche classique, centrée sur la lutte sociale contre le néolibéralisme, car « ils considèrent qu’une domination – raciale, sexuelle, etc. – n’a pas moins d’importance qu’une autre », explique l’interviewé.

Le discours zapatiste a toujours été contre le pouvoir, et le gouvernement actuel ne fait pas exception. Pensez-vous que ce voyage aura un effet négatif sur la « gauche » qui gouverne le Mexique aujourd’hui ?

Je crains que le fait que la mobilisation se fasse surtout dans les milieux libertaires et autonomes, et presque pas parmi les acteurs plus traditionnels comme les syndicats par exemple, ne permette pas à cette tournée d’avoir un impact politique suffisant. Pour donner un exemple : lors de cette visite, une question centrale dont nous devrions discuter est le nouvel accord de libre-échange entre le Mexique et l’Union européenne, car il aura un impact social et environnemental sur les deux régions signataires. Mais les syndicats mexicains et européens, qui ont une position à ce sujet, ne me semblent pas très présents dans les comités d’accueil de la délégation zapatiste.

Et si des acteurs sociaux importants dans le débat ne sont pas suffisamment représentés dans les réunions à venir, « ce sera la preuve, souligne-t-il, que la résonance du zapatisme en Europe opère surtout dans une partie de la gauche, pas dans toute ». C’est pourquoi Duterme s’interroge sur le fait que la visite ne soit organisée qu’entre « zapatisants » (sympathisants zapatistes) autonomistes, alors que « d’importants acteurs sociopolitiques, qu’ils soient communistes, sociaux-démocrates, écologistes ou chrétiens-démocrates », devraient également se joindre.

Les zapatistes arrivent à un moment où certaines forces de gauche européennes, comme la française et l’allemande, qui ont été d’un grand soutien, traversent un moment de crise électorale très aiguë.

Une partie significative de la gauche européenne classique a en effet perdu de larges fractions de son soutien populaire. Le vote pour les partis de gauche est aujourd’hui plus élitiste. Un segment important du vote populaire va aux solutions populistes, ce qui en Europe renvoie surtout à l’extrême droite. Mais tous les partis de gauche classique ne sont pas pour autant à la dérive. En Belgique francophone par exemple, le parti socialiste est toujours bien là, il n’a pas subitement été vidé de son électorat comme en France. Maintenant, il est vrai que l’opinion publique européenne n’est plus très au fait de la rébellion des zapatistes, elle ne les connaît pas, et les politiciens non plus…

Le zapatisme a bénéficié du soutien public de personnalités politiques et d’intellectuels européens de gauche, notamment dans le cas de la France. La sympathie bien connue et même l’amitié de Danielle Mitterrand, l’épouse de l’ancien président français François Mitterrand, avec le sous-commandant Marcos résument cet emballement. Aujourd’hui, nous ne voyons pas de telles figures animer cette tournée ?

Plusieurs facteurs expliquent cette diminution de l’intérêt pour le zapatisme auprès de ces personnalités. Le premier est le temps – plus d’un quart de siècle tout de même -, qui finit par tout éroder. Une autre réside dans le profil politique évolutif du zapatisme en tant que tel : à partir des années 2000, l’EZLN a précisé son « anticapitalisme », ce qui a éloigné l’attention de certains politiques et intellectuels de gauche. C’est le cas, par exemple, des chercheurs en sciences sociales d’inspiration « tourainienne » (Alain Touraine) qui ont commencé à se désintéresser de l’EZLN à la même époque. Le sociologue Yvon Le Bot par exemple indiquait déjà en 1999 que si le zapatisme n’était pas l’opposé du guévarisme, il ne l’intéressait pas. Les sociaux-démocrates et les plus modérés n’ont pas non plus apprécié ce tournant anticapitaliste, à l’inverse de certains communistes, qui continuent à sympathiser avec le zapatisme. En d’autres termes, divers secteurs ont conditionné leur soutien.

Duterme illustre ces divergences idéologiques par une anecdote. Avant de partir pour l’Europe, Enlace Zapatista (le site web de référence de la rébellion) a publié une photo de la cérémonie d’au revoir à la délégation. Sur cette image, derrière un militant de l’EZLN, le drapeau mexicain apparaît, central, sur fond de peinture murale avec les figures de Che Guevara, Emiliano Zapata et le visage d’une femme indigène portant une cagoule qui semble être brodée de grains de maïs noirs.

Ce sont toutes les références du zapatisme. Mais il s’avère que la grande majorité des groupes qui font la promotion de la tournée européenne n’ont pas repris cette photo sur leurs sites web. Ils lui ont préféré d’autres images qui ne montrent pas le visage du Che, qui dérange certains, ni le drapeau mexicain, qui ennuie les libertaires, antiétatiques ou antipatriotes. Drapeau national qui est pourtant présent dans tous les actes officiels de l’EZLN, tant les zapatistes se considèrent comme indigènes Mayas mais aussi Mexicains à part entière. Ce qu’ils revendiquent depuis le début, c’est de pouvoir être considérés « égaux et différents ». Justice sociale, égalité citoyenne et respect des diversités. Reconnaissance et redistribution ! », conclut le chercheur.

Bernard Duterme

Traduction de l’interview de Bernard Duterme (CETRI) par Marco Appel (Underground) parue en espagnol le 5 juin 21

https://undergroundperiodismo.com/resistencias/el-ezln-en-europa-entre-el-entusiasmo-y-la-marginacion/

https://www.cetri.be/L-EZLN-en-Europe-entre

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Lettre de la Comission Sexta Zapatista

Au collectif « L’heure des peuples est arrivée ».

Mexique. Sœurs, frères et sœurs :

Recevez tous un câlin… enfin, plusieurs. Nous voulions vous envoyer des salutations… ok, plusieurs, et, profitant de l’envol de ces lettres, vous demander votre soutien.

Il s’avère que, pour la Travesía por la Vida Chapitre Europe, il a été décidé que nous devions remplir les conditions légales pour pouvoir arriver, avec notre oreille et notre parole, sur les terres que Marijose devra renommer dans quelques jours. Dans quelques heures (en prenant comme référence le jour et l’heure où j’écris ces lignes – l’aube du 11 juin 2021 -), ce défi délirant appelé « La Montagne », touchera les terres européennes dans les îles dites des Açores, au Portugal. Ils y resteront quelques jours avant de se rendre à leur destination : Vigo, en Galice, en Espagne. Après cela, un groupe aéroporté partira.

Le soi-disant « Escadron 421 » part avec ses papiers en règle. C’est-à-dire qu’ils ont un double passeport : le passeport officiel mexicain et le soi-disant « passeport de travail zapatiste », qui est délivré par les Conseils de Bon Gouvernement lorsqu’un compañera, un compañero ou un compañera quitte le territoire zapatiste pour effectuer un travail pour nos peuples. Nous disons ici qu’il ou elle part en « commission ». Nous parlerons à une autre occasion de ce « passeport zapatiste », mais pour l’instant nous voudrions parler du passeport officiel.

Nous avons déjà fait référence, dans des écrits et des conférences, à ce que nous appelons « le calendrier et la géographie ». Eh bien, notre géographie s’appelle « Mexique ». Et, pour nous, les communautés zapatistes, ce n’est pas seulement un mot. Il s’agit, au sens zapatiste, d’une géographie. Lorsque nous disons que nous sommes « Mexicains », nous voulons dire que nous partageons l’histoire d’autres peuples frères indigènes (comme ceux qui sont regroupés au sein du Congrès national indigène-Conseil de gouvernement indigène). Des histoires, c’est-à-dire : des douleurs, des joies, des colères, des griefs, des luttes. Mais pas seulement avec les peuples originels de cette géographie, aussi avec les individus, les groupes, les collectifs, les organisations et les mouvements qui coïncident avec nous, les peuples zapatistes, dans les rêves et, bien sûr, dans les cauchemars.

Je veux dire par là que nous, les communautés zapatistes, non seulement nous n’avons pas honte de dire que nous sommes mexicains, mais nous en sommes fiers. Parce que cette fierté ne naît pas du fait de lever les yeux et de regarder leurs bandes dessinées, mais du fait de regarder, d’écouter et de parler au Mexique d’en bas, de leurs vies et de leurs morts. Je n’ai pas l’intention de faire un compte rendu, même hâtif, de ce pour quoi le Mexique vit et se bat. Chacun a ses propres méthodes, son histoire, ses défaites et ses victoires, sa façon de voir et d’expliquer le monde, sa façon de se voir et de s’expliquer. Mais nous voyons qu’il y a quelque chose de commun, une sorte de racine, ou de trame, ou de colonne vertébrale ? il doit y avoir une façon de le dire en langage cybernétique ? une matrice ? Eh bien, c’est dans cette racine commune que nous nous identifions.

Oh, je sais que plus d’un, une, una, s’inquiétera si ce que je dis est une version « zapatiste » du nationalisme. Non, cela nous rend parfois paresseux, en colère contre d’autres, et toujours inquiets. Je ne parle pas de nationalisme. Les nationalismes cachent, par exemple, les inégalités et, attention, les relations criminelles. Dans les nationalismes convergent le criminel et la victime, le patron et le patronné. Quelque chose d’aussi pervers que « je te détruis mais je le fais pour ton bien car nous sommes des compatriotes ». Quelque chose comme le mauvais sens donné à « l’humain », par exemple en soulignant que les hommes et les femmes sont tous deux des êtres humains. Je laisse de côté le fait que l’on oublie qu’il existe des personnes qui ne sont ni femmes ni hommes et qui, n’étant pas nommées, ne sont plus « un être humain ». Dans ce sens de « l’humain », nous oublions la relation de domination qui existe entre les hommes et les femmes. Je ne vais pas écrire toute une bobine sur le patriarcat, sa généalogie et son délire actuel   il y en a parmi vous qui en savent plus et l’expliquent mieux que je ne le pourrais.

Est-il possible de parler d’humanité sans tomber dans le piège de l’égalité hypocrite ? Nous le pensons, et ce en nous référant à l’humanité dans les sciences et les arts, mais pas seulement. Également aux sentiments, aux pensées et aux propositions de base : le sens de la justice, la moralité et l’éthique (que le regretté camarade Don Luis Villoro expliquerait mieux que je ne pourrais même essayer), la fraternité et d’autres choses que je ne détaillerai pas (mais vous êtes libre de le faire). Par exemple, j’ajouterais la danse – musique et chansons comprises -, et le jeu, mais ne faites pas trop attention à moi.

De toute façon, de détail en détail, les différences, les distances, les désaccords vont s’ouvrir. Mais, dans le sens inverse, on pourrait trouver quelque chose de commun : c’est ce que nous appelons « l’humanité ».

Ainsi, lorsque nous disons que nous, les peuples zapatistes, sommes « mexicains » et que nous sommes fiers de l’être, nous faisons référence à cette matrice commune avec l’autre qui lutte dans cette géographie coincée entre le Río Bravo et le Suchiate, avec la morsure que la mer orientale lui a donnée et la courbe allongée que la mer occidentale a forgée dans sa taille, et incluant le bras solitaire qui borde la soi-disant « mer de Cortés ». Ajoutez l’histoire réelle, celle des géographies voisines et…

Eh bien, assez de cela. Le fait est que notre délégation aérienne est en train de traiter ses passeports. Et je dis « traitement » par délicatesse, car c’est un véritable enfer, qui se nourrit en silence et finit par être considéré comme « normal ».

Parce qu’il s’avère que nos compañeras, compañeros et compañeras remplissent toutes les conditions exigées, effectuent le paiement stipulé, voyagent depuis leurs communautés jusqu’aux bureaux du mal nommé « Secrétariat des relations extérieures » et, avec toute la pandémie, prennent un rendez-vous, font la queue, attendent leur tour, et ? on leur refuse le document.

Les obstacles du gouvernement suprême et de sa bureaucratie ignorante, stupide et raciste sont scandaleux.

Parce qu’on peut penser que c’est juste de la bureaucratie, qu’on a la malchance de tomber sur quelqu’un qui pense avoir du pouvoir parce qu’il est derrière une fenêtre, un bureau, une agence. Mais non, c’est aussi autre chose et on pourrait le synthétiser ainsi : le racisme.

Les raisons ? Eh bien, il y en a une fondamentale et, bien sûr, ses dérivés : il y a une atmosphère d’hystérie mal déguisée au sein du gouvernement. Conformément à leur engagement envers le gouvernement américain d’arrêter le flux de migrants en provenance d’Amérique centrale, pour le gouvernement fédéral, les États et les municipalités, tout ce qui n’est pas blond, aux yeux clairs et qui vient de plus au sud que Puebla est centraméricain. Pour les autorités gouvernementales schizophrènes, la première chose que fait tout Centraméricain est de se procurer son certificat de naissance, son INE ou sa carte d’identité avec photo (qui est un document officiel parce qu’il est délivré par la municipalité), et d’origine au siège officiel, son certificat de baptême, les certificats de naissance de ses parents ou de ses frères et sœurs aînés, les copies de son INE, les certificats de la municipalité autonome et du conseil de bon gouvernement, des témoins avec une identification officielle, etc. Tout cela étant fait, votre demande de document attestant que tout Mexicain a le droit de quitter le territoire national et d’y entrer est rejetée.

Oui, tous ces papiers sont présentés, mais le problème est qu’aux yeux de la bureaucratie du ministère des relations extérieures, ce qui compte, c’est la couleur de votre peau, votre façon de parler, votre façon de vous habiller et votre origine. « Au sud du métro Taxqueña, tout est Amérique centrale ».

Tant de bla, bla, bla sur les droits et la reconnaissance de nos racines, et ainsi de suite – y compris les pardons hypocrites demandés sur les terres à détruire – mais la population indigène, ou autochtone, continue à être traitée comme des étrangers sur leur propre terre. Et pire encore à Mexico, qui est censée être « progressiste ». Là, une femme, une bureaucrate du ministère des relations extérieures, a rejeté la lettre de créance de l’INE avec un désobligeant « ça ne sert à rien, seulement à voter », et a exigé que la compañera, âgée de plus de 40 ans, une habitante de la jungle Lacandon, donne son certificat d’études secondaires pour prouver qu’elle n’était pas guatémaltèque. La compañera a allégué : « mais je vis de la terre, je suis un paysan, je n’ai pas de diplôme d’études secondaires ». Le bureaucrate, hautain et arrogant : « Eh bien, ils n’étudient pas parce qu’ils ne le veulent pas ». « Mais je viens du Chiapas », insiste la compañera. « Je m’en fiche. Voyons, ensuite », répond le bureaucrate.

La bureaucratie gouvernementale prend-elle plaisir à maltraiter les populations autochtones ? L’arrogance est-elle son aphrodisiaque ? « J’ai déjà joui, ma chère, aujourd’hui j’ai ramassé un putain d’Indien et j’ai vraiment hâte d’y être », diront-elles en louchant de manière coquette.

Pour prouver qu’il s’agissait de racisme et pas seulement de bureaucratie, nous avons envoyé un collègue « blanc et barbu » pour obtenir son passeport. Ils lui ont donné le jour même et sans rien demander d’autre que son certificat de naissance, sa carte d’identité avec photo et la preuve de paiement, qui sont les exigences légales.

Et ce n’est pas tout : le ministère des relations extérieures retient le paiement effectué par tous les compas qui se voient refuser un passeport sous des prétextes et des exigences qui ne figurent même pas sur leur site web. L’austérité doit être très dure s’ils doivent dépouiller les autochtones de leur argent.

On a demandé à un collègue (âgé de plus de 60 ans) : « Vous ne voulez pas aller travailler aux États-Unis ? » Le compa a répondu : « Non, c’est là que nous irons plus tard, lors d’une autre visite. Maintenant, c’est notre tour d’aller en Europe ». Le fonctionnaire, comme le Tribunal électoral fédéral, s’est lavé les mains et l’a envoyé à une autre fenêtre. Là, on lui a dit : « C’est très loin et le voyage coûte cher, tu ne peux pas avoir l’argent dont tu as besoin parce que tu es indigène. Vous devez apporter votre relevé de carte de crédit ». Le prochain. Ils ont dit à un camarade de classe : « Voyons, chantez l’hymne ». Et la compañera a commencé à chanter « ya se mira el horizonte ». Rejeté. Elle m’a dit avec regret : « Je pense que c’est parce que je l’ai chanté avec un rythme de cumbia et non comme un corrido ranchero. Mais la cumbia est plus gaie. Les corridos rancheros parlent tous de tuer des femmes. Si votre nom est « Martina » ou « Rosita », c’est suffisant ».

Même chose à Mexico : deux compañeras de langue tzeltal de la jungle Lacandone. Ils marchent de leur village jusqu’au siège municipal où ils prennent un camion ; de là, ils prennent les transports publics jusqu’à San Cristóbal de Las Casas ; de là, un autre jusqu’à Tuxtla Gutiérrez ; de là, un autre jusqu’à Mexico ; ils paient un passeport pour 10 ans « parce que ça va prendre du temps pour parcourir le monde » ; Ils se rendent dans un bureau du SRE ; ils font la queue avec des couvre-bouches, des masques et une bonne distance ; ils entrent et présentent leurs papiers ; ils se font prendre en photo ; ils attendent dehors qu’on les appelle pour leur remettre leur passeport ; on les appelle et on leur dit « une lettre de ton nom de famille est fausse » et « ton frère a le nom de famille d’une autre mère » ; le frère « c’est comme ça, les putains d’esclaves » : « c’est comme ça les putains d’hommes et mon père était un bâtard » ; celui avec la lettre « celui qui a écrit le certificat ne connaît pas la différence écrite entre le ‘s’ et le ‘z’ » ; dans les deux cas les fonctionnaires : rires moqueurs et « vous devez retourner et apporter plus de preuves que vous êtes mexicain » ; eux « mais j’habite jusqu’au Chiapas » ; le SRE : « je ne vous donnerai pas votre passeport tant que vous n’aurez pas apporté ça ». Les compañeras reviennent en sens inverse, arrivent dans leur ville, se mettent à jour et rassemblent davantage de preuves qu’elles sont mexicaines. Un autre voyage à Mexico. Un autre rendez-vous, s’aligner à nouveau avec des couvre-bouches, un masque, une distance saine. Fenêtre. Haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères : « maintenant nous devons attendre jusqu’à ce que nous puissions prouver qu’ils sont mexicains ». Le compas : « mais j’ai apporté ce qu’ils m’ont dit ». Le SRE : « mais nous devons vérifier que les papiers sont vrais, donc nous allons demander au registre civil de votre municipalité et de votre état ». Les compañeras : « Combien de temps cela prend-il ? » Le SRE : « 10 jours ou un mois, nous vous le ferons savoir ». Les compañeras attendent 10 jours et rien. Ils y retournent. Un mois passe et rien. Encore 30 jours et rien. Ils retournent à Mexico. Le même voyage. Le SRE : « ils n’ont pas répondu, continuez à attendre ».

Et les voilà, les deux compagnons. Ils ont commencé leurs procédures en mars et nous sommes au mois de… juin.

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Si vous avez le temps, faites ceci : imaginez que vous êtes né avec la peau foncée, que vous êtes d’origine indigène et que vous êtes originaire d’un État du sud-est du Mexique. Voici maintenant les conditions à remplir pour obtenir un passeport : certificat de naissance, carte d’identité officielle avec photo, ou licence professionnelle, ou diplôme professionnel, ou carte militaire libérée, ou certificat de l’Institut national des personnes âgées, ou certificat de services médicaux d’un établissement de santé publique ; et preuve de paiement.

Et même si vous remplissez l’une ou l’autre de ces conditions, si vous avez la peau foncée, que vous parlez très différemment et que vous vous habillez « comme India Maria » (comme l’a dit un responsable du SRE), vous serez confronté à quelque chose comme : « non, vous devez apporter vos notes de la maternelle, de l’école primaire, du collège, du lycée – pas du CCH, ceux-là sont des grillons -, votre diplôme, le cours d’amélioration personnelle à NXIVM, et une lettre de bonne conduite du préfet de discipline ».

Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’INE. Occupés comme le grand patron Tatanka (le bon Jairo Calixto dixit – oh, oh, oui, je lis aussi la presse fifi) à faire semblant d’être une personne décente, et les aboiements de Murayama, ils n’ont même pas remarqué que leurs « bureaux » au Chiapas ont fermé avant le 1er février, alors qu’il avait été dit que du 1er au 10 février on pouvait y aller sans rendez-vous. Nous avons donc perdu l’occasion d’envoyer davantage de délégués aux Montagnes. Et l’INE a entériné son attitude raciste envers Marichuy.

Et je pense que, parmi les nombreuses interviews qu’ils ont accordées et accordent aux médias, néoconservateurs et néolibéraux, pour défendre « leur indépendance » (ha), ils n’ont pas réalisé que la lettre de créance de l’INE est aussi une pièce d’identité officielle et qu’en la refusant ou en la fermant, ils refusent ce droit à tout citoyen, ou peu importe ce que signifie « citoyenneté ».

Tout ce qu’ils veulent, depuis leur petit trône derrière une fenêtre, juste pour le plaisir de dire « non » à ceux qu’ils considèrent comme inférieurs parce qu’ils ont une autre couleur de peau, une autre langue, une autre culture, une autre façon de faire, et dont les ancêtres étaient dans ces terres bien avant que les créoles n’obtiennent l’indépendance des Ibères et ne les libèrent de leur oppression des peuples originels.

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Le soutien que nous vous demandons est donc de parler entre vous pour voir si quelque chose peut être fait. Par exemple : que vous donniez un cours de honte aux bureaucrates du SRE ; que vous disiez à M. Marcelo Ebrard que nous comprenons que, à cause de l’austérité, il n’a pas d’argent pour sa campagne de 2024, mais voler le coût du passeport aux indigènes et le garder sans leur donner leur document, eh bien, comment le dire sans être grossier ? C’est sans vergogne. Ou peut-être veut-il qu’ils achètent ses manteaux modèle « Neo de la Matrice » ? Ou que, avec l’argent qu’ils retiennent pour les passeports refusés, ils suivent un cours sur le genre, la tolérance et l’inclusion. Ou donnez-leur des livres d’histoire pour qu’ils comprennent la place des peuples originels dans cette géographie.

Nous sommes des Mexicains, nous sommes nés ici, nous avons vécu ici, nous nous sommes battus ici et nous sommes morts ici. Pas du tout. Si nous étions tombés dans l’Union américaine, ou au Belize ou au Guatemala, au Honduras ou au Salvador, au Costa Rica ou au Nicaragua, nous serions encore fiers de ces géographies ? et nous dénoncerions leurs gouvernements respectifs comme bureaucrates, racistes et ignorants, ce que nous faisons avec l’actuel gouvernement mexicain et son « ministère des relations extérieures ».

Quoi qu’il en soit, je ne vois pas beaucoup d’options, mais peut-être que toi, tu peux. Vérifiez- le et faites-nous savoir.

En attendant, nous vous envoyons (tous) une grande accolade qui, bien que de loin, ne cesse d’être sincère et fraternelle.

De quelque part sur la planète Terre. publié dans Camino al andar. Le 14 juin 2021. Par El Sup Galeano. Traduccion FR

Le 15 juin 2021 par Let’zapatistas

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Le passeport zapatiste (À bientôt Portugal, Galice, nous voilà)

Juin 2021

Le 12 juin 2021, le dénommé « Escadron 421 », et autres passagers et équipage, ont reçu sur leurs passeports le tampon d’entrée légale au dénommé espace ou zone Schengen, et ont débarqué à Horta, sur les Îles (des) Açores, au Portugal, en Europe. Sans perdre la grâce ni l’élégance (façon de parler), ils sont descendus de La Montagne. Comme il se doit, il y a eu de l’étonnement, de la danse, des photos et un grand gueuleton. Marijose a trouvé une ancienne prophétie qui annonçait son arrivée. Et il y a eu une course (façon de parler), du genre « le dernier arrivé paye l’addition » (Diego Osorno a perdu). On a trinqué à la vie, bien entendu.

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À 9h17m45s le 14 juin de l’année en cours, La Montagne s’est détachée des bras portugais et a pris la direction nord-est à une vitesse de 6 à 7 nœuds. À 12h30m06s, elle a doublé par la gauche le « Pico Das Urzes ». Latitude : 38.805213 ; longitude : – 28.343418. Le capitaine Ludwig pense apercevoir les côtes de la péninsule ibérique entre le 19 et le 20 juin (bien que cela puisse être avant, car La Montagne, réconciliée avec le vent, semble pressée d’embrasser ses sœurs portugaises et galiciennes). À partir de cette date, on saluera les reliefs des îles de San Martino, Monte Faro y Monte Agudo. Ensuite, on entrera dans la « Ría de Vigo ». L’arrivée est prévue à la Marina Punta Lagoa, au nord du port de Vigo, Galice, État espagnol.

« (…) desperta do teu sono fogar de Breogán. Os bos e xenerosos a nosa voz entenden e con arroubo atenden o noso ronco son, mais sóo os iñorantes e féridos e duros, imbéciles e escuros non nos entenden, non. » *

Extrait de Os Pinos, Hymne de Galice. Pascual Veiga et Eduardo Pondal.

* « … réveille-toi de ton songe / Foyer de Breogán / Les bons et généreux / notre voix comprennent / et avec dévotion soutiennent / notre son enroué / Seuls les ignorants / et faibles et durs / imbéciles et obscurs / ne nous comprennent pas, non. »

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Maintenant, laissez-moi vous parler des papiers zapatistes de l’Escadron 421 (qui à cette heure pourrait ajouter « maritime » à son nom flamboyant). Les compañer@s ont un passeport zapatiste. Je veux dire qu’en plus du passeport officiel du Mexique, iels ont le dénommé « passeport zapatiste de travail ». Je vous le décris ici :

Sur la première de couverture, au recto : un escargot avec une étoile rouge à l’intérieur. Et le titre : « passeport zapatiste de travail ». Sur la quatrième de couverture, ou au verso : une étoile rouge avec un escargot à l’intérieur.

Sur la première page, est écrit : « Ce passeport est délivré par les autorités civiles autonomes des Municipes Autonomes Rebelles Zapatistes et les Conseils de Bon Gouvernement, Chiapas, Mexique. Il n’est valide que pendant la période établie et dans le lieu décrit. Ce document comporte 32 pages et perd sa validité s’il présente des détériorations, des coupures, des tâches ou des ratures. »

Sur les pages 2 et 3, il y a des espaces pour : la photo du titulaire, ses données personnelles, les données du Conseil de Bon Gouvernement et du MAREZ (ndt : Municipios Autónomos Rebeldes Zapatistas) qui ont délivré le document ; le travail qu’il va exercer ; la date d’expédition et le calendrier et la géographie où il va accomplir son travail ; l’emplacement pour le tampon du MAREZ et de la JBG (ndt: Junta de Buen Gobierno).

Aux pages 4 et 5, sont établies les 7 ègles suivantes :

1.- Le, lx ou la titulaire de ce passeport ne peut ni ne doit demander ni recevoir d’aide que ce soit en espèces ou en nature pour son bénéfice propre ou celui de sa famille, au-delà du strict nécessaire pour mener à bien le travail qui lui a été confié.

2.- La, lx ou le titulaire de ce passeport ne pourra faire que le travail stipulé sur ce même document.

3- Lx, le ou la titulaire de ce document a pour interdiction le port et l’usage d’armes à feu de quelque type que ce soit, et ne peut ni proposer, ni suggérer, ni encourager une activité qui impliquerait ou provoquerait l’usage d’armes à feu dans le lieu où il effectuera son travail.

4- La, lx ou le titulaire de ce document ne peut raconter notre histoire de résistance et rébellion comme peuples originaires et comme zapatistes, que s’iel a reçu une préparation et une formation préalables.

5- Le, lx ou la titulaire de ce document ne peut conclure des accords ou des désaccords au nom des structures organisationnelles et/ou du commandement politico-militaire avec des personnes, groupes, collectifs, mouvements et organisations, au-delà du strict nécessaire pour l’accomplissement du travail qui lui a été confié.

6- Les opinions personnelles sur des sujets politiques et privés exprimées par lx, le ou la titulaire de ce document, non seulement ne reflètent pas les positions zapatistes, mais peuvent aussi être complètement contraires à notre pensée et à notre pratique.

7- La, le ou lx titulaire de ce document devra à tout moment se conduire dans le respect des différences d’identité, de sexe, de credo, de langue, de culture et d’histoire des personnes et des lieux où iel réalisera le travail pour lequel lui a été délivré le présent document.

À la page 6, il est établi : « Il est certifié que la, lx ou le titulaire de ce document a reçu une formation (si iel a appris ou non, on le verra dans les faits) à ….. (espace pour mettre le nom du lieu). »

Et la page 7 indique les dates de départ et d’arrivée : « La, lx ou le titulaire de ce document est sorti du territoire zapatiste ___ (espace pour les détails et cachets au milieu de la page). » La moitié inférieure de la page : « La, lx ou le titulaire de ce document est revenu dans le territoire zapatiste : ___ (espace pour les détails et tampons). »

Les pages suivantes sont vierges pour que les différentes personnes, groupes, collectifs, organisations et mouvements des différents coins des dissemblables mondes qu’iels visiteront apposent leur cachet, signent, décorent, laissent une trace, mettent des dessins, rayent ou quoi que ce soit pour que le, la ou lx compa ait une sorte de guide d’où iel a été, en plus des notes prises dans son carnet, pour quand iel rentrera et racontera comment ça s’est passé.

La dernière page est pour les « Observations » (par exemple une allergie, un handicap ou des goûts musicaux – je le dis parce que s’iel aime la cumbia et que vous lui faites danser une valse, vous pouvez imaginer …!)

J’en témoigne. SupGaleano, Planète Terre, juin 2021.

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Les zapatistes à l’heure européenne –
Interview de Bernard Duterme 

Entretien mené par Iván Cadín pour Pie de Página, México – 23 junio, 2021.

Iván Cadín – Quelles vont être les effets de la visite en Europe de cette délégation zapatiste, composée d’indigènes pauvres (femmes, hommes et trans), qui vient d’y débarquer ? Quel impact sur le débat public dans un continent où l’ultra-droite a gagné beaucoup d’espace, tant au niveau des gouvernements que dans les discours ? Aura-t-elle de fortes répercussions ou seulement des impacts sectoriels ?

Bernard Duterme – Je souhaite me tromper, mais je crains que l’impact sur le débat public de la tournée de la délégation zapatiste en Europe reste limité, confiné aux cercles de sympathisants et de sympathisantes de la rébellion du Chiapas – ceux et celles qu’on appelle ici les « zapatisant·es » – et à une série de luttes particulières ou de mobilisations locales que cette délégation va rencontrer grâce à ces sympathisants : des groupes de solidarité avec les migrants, des initiatives agroécologiques, des occupations urbaines pour le droit au logement, des « zones à défendre » (ZAD) contre des projets commerciaux, industriels, aéroportuaires…, des associations féministes, des actions symboliques de personnes « racisées », des communautés autogérées, etc.

Dans le débat qui divise les opinions publiques européennes, mais aussi la gauche elle-même, parfois très fortement comme en France, voire en Belgique aujourd’hui avec la question du port du voile des femmes musulmanes dans les services publics, c’est donc plutôt des activistes de ce pôle minoritaire que les « universalistes » qualifient de « communautariste » que les zapatistes vont rencontrer. Là où les perspectives « intersectionnelles » (pluralité des discriminations de classe, de sexe, de race…), la culture « woke », les positionnements « décoloniaux » font florès. En rupture donc, en effet, avec ce que vous percevez des « vents dominants » européens, sécuritaires à plus d’un titre, et hostiles aux « menaces identitaires ».

IC – Personnellement, vous qui vous avez écrit des ouvrages de référence sur le zapatisme, comment recevez-vous cette tournée ? Participerez-vous à des événements prévus avec la délégation zapatiste ? 

BD – Bien sûr, j’irai les écouter là où je pourrai. Je suis ravi qu’enfin, pour une fois, le rapport visiteurs – visités classique soit inversé, que les zapatistes aient pu créer les conditions d’un renversement de perspectives, que « le Sud » vienne déambuler dans « le Nord » en période estivale, que des militants indigènes mayas débarquent à Madrid (500 ans après Hernán Cortés à Mexico-Tenochtitlán), à Paris, à Bruxelles… Et ce, de leur propre volonté, sans instrumentalisation externe. Pour parler de leurs luttes, échanger et tenter l’articulation avec celles et ceux qui, en Europe, « en bas à gauche » selon leur formule, contestent le modèle dominant qui creuse les inégalités et détruit l’environnement. Depuis le 1er janvier 1994, pour exister au-delà du Chiapas, pour entretenir leur écho « intergalactique », la rébellion zapatiste a multiplié les ruptures symboliques, les « coups d’éclat ». Certes à intervalles irréguliers, mais durant plus d’un quart de siècle maintenant. Il s’agit là d’un tour de force sans précédent dans l’histoire des mouvements de libération.

IC – Quelle est la réaction de la gauche à la tournée zapatiste ? Si l’on compare avec les années 1990, lorsque le zapatisme intéressait un large spectre de la gauche européenne (les sociaux-démocrates, les eurocommunistes, les luttes autogérées, les luttes paysannes, les artistes, etc.), l’accueil paraît aujourd’hui plutôt prudent et circonspect. Cette tournée aura-t-elle des répercussions sur la « gauche électorale » ou seulement sur la « gauche antisystème » ?

BD – Encore une fois, j’espère me tromper, mais dans la liste – impressionnante – des centaines de groupes et d’associations qui se sont mobilisés ces derniers mois pour préparer l’accueil des zapatistes sur le sol européen, la surreprésentation des courants autonomes, anarchistes ou libertaires est manifeste. Hormis certaines exceptions (quelques configurations partisanes-syndicales particulières en Grèce, en Italie ou en Catalogne par exemple), on y trouve très peu de partis politiques, de grands syndicats ou de traces des principaux acteurs collectifs « traditionnels » de la gauche européenne. Je ne suis même pas sûr que ces acteurs soient au fait de ce qui se joue. Tant que la grande presse n’en parle pas davantage, l’information pourrait ne pas les atteindre. C’est regrettable évidemment. Tant les mouvements sociaux européens que les mouvements sociaux mexicains, comme le zapatisme, ont beaucoup à gagner d’échanges et de coopération sur des enjeux politiques et économiques majeurs, tels que, par exemple, la ratification en cours dans les États européens du nouvel accord de libre-échange entre l’Europe et le Mexique. Cet accord, en dépit des impacts sociaux et environnementaux désastreux du précédent signé en 2000, prévoit d’accentuer la libéralisation et la déréglementation du commerce entre les deux régions, en donnant davantage de pouvoir encore aux investisseurs extérieurs. Entre acteurs critiques du capitalisme, ici et là-bas, il y a forcément des choses à se dire sur le sujet, non ?

IC – Quelle évaluation faites-vous de l’évolution idéologique et programmatique des zapatistes ? Ils ont déjà frappé les esprits en 1994 en s’éloignant d’emblée du discours stéréotypé des guérillas marxistes-léninistes de l’époque, et maintenant, en 2021, ils évoluent dans un perspective plus autogestionnaire, anarchiste, antisystème et anticapitaliste.

BD – Le caractère évolutif du rapport au politique des zapatistes, de leur conception de l’État et des voies privilégiées du changement social est un fait. Le « Sup Galeano » (ex-Marcos) a lui-même longtemps parlé, ironiquement, d’« indéfinition » à propos du profil idéologique de la rébellion. En gros, en vingt-cinq ou trente ans de zapatisme, on est passé d’une tendance plutôt « étatiste » (jacobine, marxiste-léniniste, révolutionnaire, « par le haut »…) à une tendance plus « autonomiste » (libertaire, horizontale, « par le bas », celle du « mandar obedeciendo »…). Pour autant, essentialiser cette dernière tendance, ou identifier, voire réduire le zapatisme à celle-ci, revient à la fois à sous-estimer son caractère hautement circonstanciel – c’est-à-dire « faire de nécessité vertu » selon le mot du philosophe Daniel Bensaïd – et à oublier les réflexes plus « verticalistes » ou les dimensions plus « délégatives » toujours à l’œuvre dans l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale). D’où – un exemple parmi bien d’autres – la surprise d’une partie des « zapatisants » européens à l’annonce de la candidature indigène de « Marichuy » à l’élection présidentielle mexicaine de 2018. Candidature suggérée et promue par les zapatistes, qui risquait aux yeux des tenants du « changer le monde sans prendre le pouvoir » de re-légitimer la voie classique du jeu politique.

IC – Les luttes ouvertement anticapitalistes doivent-elles emprunter des voies totalement distinctes de celles empruntées par les gauches électorales qui cherchent la possibilité d’exercer le pouvoir et qui, par leur propre profil électoraliste et par le fait même de gouverner dans la soi-disant « realpolitik », remisent les bannières anticapitalistes ? Autrement dit, est-il possible de mettre fin à « l’hydre capitaliste », comme les zapatistes appellent le modèle mondial actuel, exclusivement par la voie anticapitaliste et autogestionnaire ? Est-il par exemple concevable de reproduire l’expérience anarchiste des « Municipalités Autonomes Rebelles Zapatistes » au niveau de l’administration politique d’une ville ou d’un pays ?

BD – Questions complexes ! Pour nombre d’acteurs de gauche dans le monde, l’option « anticapitaliste » n’est pas forcément corrélée à l’option « autogestionnaire ». D’un côté, il existe des expériences « municipalistes » qui se veulent anticapitalistes mais qui peinent à l’être, tant au final elles restent dépendantes, même partiellement, d’un marché extérieur dont les rapports économiques les englobent et les surdéterminent malgré elles. C’est un peu le cas de la rébellion zapatiste dans ses zones d’influence (les Caracoles) socialement très fragmentées de l’Est du Chiapas. D’un autre côté, il existe aussi des partis politiques traditionnels, aux visées anticapitalistes assumées, qui jouent le jeu électoral formel pour monter au pouvoir et gouverner. C’est par exemple le cas aujourd’hui en Belgique d’un « petit » parti communiste relooké qui frôle les 20% d’intentions de vote (dernier sondage en date) dans la partie Sud du pays. Le postcapitalisme a-t-il plus de chance d’advenir par la voie étatiste ou par la voie autonomiste, je n’en sais rien. Que les partisans de ces deux options partagent une même aversion à l’égard d’un système économique séculaire, fondé sur l’accumulation par exploitation, prédation et dépossession, ne suffit pas à les réconcilier. Certains acteurs cependant continuent à parier sur l’une et l’autre, en fonction des circonstances et des rapports de force. C’est le cas, à mon sens, de l’EZLN dont la dimension guévariste historique ne s’est pas totalement dissoute dans l’autogestion participative des Caracoles.

IC – Pour terminer, Bernard Duterme, selon vous, cette visite en Europe va-t-elle changer quelque chose à la stratégie politique zapatiste ? S’agira-il d’un nouveau réajustement (comme ceux que vous avez connus depuis 1994) ou le voyez-vous plutôt comme une réaffirmation de leur dernière étape en date ?

BD – La stratégie politique zapatiste est faite de continuités et de ruptures, d’ajustements et de sursauts. Dans les années qui ont suivi le soulèvement de 1994, les diverses tentatives successives d’articulation aux gauches mexicaines ont toutes capoté. Seul le Congrès national indigène (CNI), constitué en 1996 pour réunir à l’échelle du pays les peuples indiens en lutte, s’est perpétué. Et accompagne d’ailleurs aujourd’hui la délégation zapatiste en Europe. Paradoxalement, de par son originalité, cette « invasion » européenne (et celles des autres continents, qui devraient suivre…) ressemble aux initiatives précédentes. « Romper el cerco » (briser l’encerclement) une fois de plus, pour exister, pour aller discuter avec d’autres de cet « autre monde » à construire, de cet « autre monde où il y aura de la place pour tous les mondes », en rupture avec les différents registres de domination face auxquels la perspective émancipatrice zapatiste s’est progressivement élaborée, au fil du temps. Quête de reconnaissance et de redistribution, de respect des diversités et de justice sociale. Nous voulons être « égaux et différents », répètent-ils depuis des lustres. Mayas et Mexicains, indigènes et citoyens à part entière. La rébellion vise encore et toujours l’autonomie sans séparation et l’intégration sans assimilation. Mais également l’égalité hommes-femmes, plus que jamais centrale dans la dynamique, même si les réalités du quotidien restent difficiles, ils et elles sont les premiers à le reconnaître. Respect de la terre, de l’air et de l’eau…, l’enjeu écologique est constitutif lui aussi de la démarche. Reste que, en dépit de son opiniâtreté, la viabilité de l’expérience d’« autonomie de fait » (à défaut d’« autonomie de droit ») des zapatistes, dans un contexte toujours adverse militairement, voire socialement, interroge. Sur le terrain, l’EZLN souffre d’une forte vulnérabilité et, au sein de la société mexicaine, d’un relatif isolement. Le tout rend d’autant plus étonnante son extraordinaire durabilité.

https://www.cetri.be/Les-zapatistes-a-l-heure

https://piedepagina.mx/gira-zapatista-una-bocanada-de-aire-para-las-izquierdas-en-europa/

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Tierra y Libertad, 2021 !
Solidarité avec la « Gira por la Vida » des zapatistes

Nous sommes nombreux dans ce vieux continent à saluer la Gira por la Vida des camarades zapatistes. Par son caractère mondial, planétaire, c’est une initiative historique, sans précédent. C’est un exemple impressionnant de la force internationaliste de l’expérience zapatiste, qui a touché les consciences de tant de personnes dans les plus divers lieux du monde. C’est une expérience qui, avec toutes ses inévitables limites et contradictions, porte bien haut, depuis trente années, le drapeau rouge et noir de la dignité et de l’émancipation.

La remarquable Déclaration pour la Vie est l’expression de cet engagement éthique, social, humain et révolutionnaire; elle réunit, dans une heureuse synthèse, l’ouverture à la diversité et la convergence dans le combat au système.

« Ce n’est pas possible de domestiquer ce système » dit la Déclaration. Très juste ! Si le système était un animal sauvage – un tigre, ou même un crocodile – on pourrait peut-être le domestiquer. Mais il est quelque chose de bien pire : une machine aveugle de destruction, qui écrase tout dans son chemin. Le capitalisme – pour l’appeler par son nom – est un système intrinsèquement pervers, dont la logique destructive est necropolitique et ecocide, sacrifiant toutes les formes de vie, humaines ou pas, aux nouveaux idoles, équivalents modernes des anciens Moloch, Mammon et Baal : le Marché, le Profit, l’Accumulation du Capital.

« La survie de l’humanité dépend de la destruction du capitalisme », dit la Déclaration. Elle a mille fois raison ! Le capitalisme, avec sa dynamique destructrice, nous conduit inexorablement vers une catastrophe écologique sans précédent, qui menace les fondements même de la vie dans la planète : le changement climatique. Nous avons besoin de détruire ce système avant qu’il nous détruise : en d’autres termes, nous avons besoin d’une révolution. Walter Benjamin, dans ses Theses de 1940, définissait la révolution non comme la « locomotive de l’histoire », mais comme l’humanité qui tire les freins d’urgence pour arrêter le train. Rien n’est plus vrai aujourd’hui : nous sommes tous des passagers d’un train suicide, la civilisation capitaliste moderne, qui court, à une vitesse croissante, vers un abîme mortel : la catastrophe écologique. Nous devons tirer les freins d’urgence de la révolution avant qu’il ne soit trop tard. Les zapatistes sont à l’avant-garde de ce grand combat planétaire.

Le vieux mot d’ordre d’Emiliano Zapata, gravé en lettres,de,feu sur les bannières de l’Armée du Sud, est plus que jamais actuel : Tierra y Libertad ! « Terre » signifie à notre époque non seulement la lutte paysanne pour la terre – toujours présente aujourd’hui dans le Sud global – mais aussi la lutte pour sauver notre Mère Terre de la rage destructrice du capital. Et « Liberté » signifie non seulement en finir avec les divers dictateurs qui, comme Porfirio Diaz dans le Mexique de 1911, oppriment leurs peuples, amis aussi libérer l’humanité de la dictature du capital, qui veut nous enfermer dans une cage d’acier.

Cher(e)s camarades de la délégation des indigènes et insurgent(e)s du Mexique : vous nous apportez un message de lutte intransigeante, de résistance tenace, mais aussi d’espérance, de recherche d’alternatives anti-systémiques, de formes de vie communautaires. Vous représentez le plus ancien – les traditions collectivistes et communautaires des civilisations indigènes des Amériques – et le plus nouveau, l’esprit libertaire de l’auto-organisation, et de l’auto-gouvernement, des communautés insurgeantes.

Paraphrasant Che Guevara, je dirais que nous avons besoin de un, deux, trois, cent Chiapas rebelles, dans le monde.  Peut être que votre Gira por la Vida contribuirá pour que s’étende, dans d’autres lieux, la volonté de rupture avec le système et la recherche d’alternatives radicales.

Hasta la Victoria de la Vida, Siempre !

Michael  Löwy

https://blogs.mediapart.fr/michael-lowy/blog/040721/tierra-y-libertad-2021-solidarite-avec-la-gira-por-la-vida-des-zapatistes

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L’invasion a commencé

Le 22 juin, les 7 zapatistes de l’Escadron 421 ont débarqué à Vigo, en Espagne, premier pas de leur conquête inversée.

https://blogs.mediapart.fr/le-voyage-pour-la-vie/blog/010721/linvasion-commence

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Une délégation zapatiste arrive à Madrid après avoir traversé l’océan Atlantique
et entame une tournée européenne

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Crédit image : Oleg Yasinsky

C’est sous les acclamations et les applaudissements que le 421e escadron de l’Armée zapatiste de libération nationale  EZLN) du Mexique a été reçu ce samedi 4 juillet à Madrid, où ses membres ont livré les « semences confiées » par leur peuple dans la lutte contre l’inégalité.

Lors de la cérémonie d’accueil, dans le Teatro del Barrio central de la capitale espagnole, une centaine de personnes ont accueilli les zapatistes Marijose, Yuli, Ximena, Carolina, Lupita, Bernal et Felipe, qui sont arrivés en Espagne après avoir traversé l’océan Atlantique en bateau.

L’EZLN, devenu un mouvement politique, a pris les armes le 1er janvier 1994 pour protester contre l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et a engagé une confrontation armée avec le gouvernement mexicain pendant 12 jours dans l’État du Chiapas.

À l’occasion du 500e anniversaire de la conquête du Mexique par les Espagnols, les zapatistes sont partis en Europe le 3 mai dernier pour transmettre un message contre « l’inégalité dérivée du système économique et social capitaliste ».

« Aujourd’hui, nous livrons les semences que nos peuples nous ont confiées, nous sommes la première délégation à arriver, mais beaucoup d’autres vont arriver », a déclaré l’indigène Tojolabal Yuli lors de la présentation des représentants de l’EZLN, qui ont pris brièvement la parole.

« Nous sommes très heureux, merci de nous avoir ouvert les portes de votre cœur », a ajouté Marijose.

Parmi les proclamations zapatistes telles que « La lutte continue, Zapata est vivant », les offrandes sous forme de musique des groupes Puerto Vaivén et Calle 7, la poésie, l’humour et les mots d’affection des représentants des organisations civiles espagnoles ont rempli les quasi deux heures de la rencontre.

Lors de cette étape de leur tournée européenne, qui les mènera à Paris après avoir visité d’autres villes espagnoles, un groupe d’enfants leur a également offert divers cadeaux de bienvenue, comme un bateau en carton imitant celui qui les a amenés en Europe.

Europe « Terre insoumise »

Quelques jours avant son arrivée, le mouvement zapatiste a déclaré que « le nom de cette terre, qu’e l’on nomme aujourd’hui Europe, s’appellera désormais : SLUMIL K’AJXEMK’OP, ce qui signifie Terre Insoumise ».

« C’est ainsi qu’elle sera connue des locaux et des étrangers tant qu’il y aura ici quelqu’un qui n’abandonnera pas, qui ne se vendra pas et qui ne cédera pas », selon les autochtones.

« Nous vous souhaitons la bienvenue depuis la Terre Insoumise, vous nous avez fait un cadeau dès votre arrivée car renommer les choses nous donne de nouveaux imaginaires et de nouveaux cadres de pensée », a déclaré Monica Gortayre, de la Commission Migration et Antiracisme du mouvement féministe 8M, chargée de présenter l’événement

Gortayre a voulu expliquer la situation actuelle dans la capitale espagnole après les mois les plus durs de la pandémie.

« Madrid vous accueille dans la lutte », a-t-elle souligné, « pour défendre nos centres de santé, une assistance sanitaire et une éducation publique, gratuites et de qualité, contre les expulsions et les renvois, contre la destruction des quartiers et du tissu associatif ».

Sous un fronton portant la phrase « Bienvenue les zapatistes, Madrid vous embrasse », Pablo Mayoral, victime de la dictature franquiste espagnole a remercié l’EZLN pour sa visite et a affirmé que son arrivée a permis aux mouvements de mémoire historique espagnols et mexicains de « se connaître à nouveau ».

« Votre visite nous a réunis, nous avons appris à nous connaître à nouveau et à avancer, nous continuons à lutter contre la dictature de Franco parce que malheureusement elle est toujours présente dans les institutions », a déclaré Mayoral, qui a également rappelé que les victimes de la dictature ont dû se rendre dans d’autres pays « à la recherche de la justice. »

« Votre visite nous encourage à continuer, ici personne n’abandonne », a-t-il déclaré.

Étaient également présents des représentants des mouvements LGBTI, qui ont remis un drapeau de ce mouvement à l’une des zapatistes.

Tatiana Romero, représentante de la Plate-forme des rencontres de Bolleros, a célébré la venue des zapatistes le 1er janvier 1994, et a souligné leur contribution à l’égalité des sexes : « Cela a changé nos vies ».

« Nous sommes reconnaissants que vous ayez traversé les mers et nous ayez apporté les graines de l’espoir, nous voulons écouter, échanger et apprendre, parce que notre lutte est aussi celle pour la vie, contre l’hydre capitaliste, parce que nous savons qu’en allant lentement nous allons loin », a-t-il déclaré.

Après la rencontre, qui s’est terminée au rythme de la musique latine, l’escadron a été accueilli par des personnes qui n’avaient pas pu assister à l’événement pour des raisons de places, et qui se sont rassemblées sur une place voisine pour le suivre de manière virtuelle.

Traduit de l’espagnol par Ginette Baudelet

https://www.pressenza.com/fr/2021/07/une-delegation-zapatiste-arrive-a-madrid-apres-avoir-traverse-locean-atlantique-et-entame-une-tournee-europeenne/

Delegación zapatista llega a Madrid tras cruzar en barco el océano Atlántico y comienza gira europea

https://www.nodal.am/2021/07/delegacion-zapatista-llega-a-madrid-tras-cruzar-en-barco-el-oceano-atlantico-y-comienza-gira-europea/

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