Tu n’étais pas un ange, mais les anges n’existent pas

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« JE VEUX D’ABORD TE PARLER D’ELLE, de cette femme qui, sans le savoir, m’a fait venir jusque-là, jusqu’à toi, qui est morte depuis deux cent soixante et un ans, pendue au gibet de Quimper en 1755. Tu avais 38 ans ». Une femme aperçue, des cheveux roux flamboyant, une femme seule, « Il m’avait semblé lire sur le visage de cette femme que nous étions dans la même sidération, le même désir d’être ailleurs », une femme jamais réapparue dans cette soirée…

Une autrice, comme étrangère dans ce présent qui lui paraissait illisible, « Et puis il y eut cet hiver ».

Michèle Lesbre construit son récit parmi les chemins oubliés de l’histoire. Histoire de Marion du Faouët, rencontre au présent, inflexibilité de la dignité, possible des rêveries, « Je faisais des rêves étranges où vous n’étiez qu’une seule personne », désir d’écrire et « de t’écrire », histoire intime…

Début du XVIIIe siècle, les impôts et les taxes, les pauvres comme « des bannis de Dieu », une chevelure acajou, la liberté et le vagabondage, « Je t’écris bien que tu ne sois nulle part. Aucune sépulture pour les pendus, jetés à la fosse », les batailles menées contre la misère, la brigande d’hier et l’écrivaine d’aujourd’hui, les emportements de la nature et les protestations citoyennes, « Aucune intervention de police ne pouvait faire reculer la Seine et la remettre dans son lit », une charrette et les cris hystériques de la foule…

Les pendu·es en effigie, les enfants considérés comme illégitimes et n’ayant « aucune existence officielle », un mariage, « tu étais un individu doté d’une personnalité singulière, non une épouse », le brigandage et les S’il vous plait et les Merci, des femmes sous autorité masculine…

L’autrice parle de ses souvenirs, de « petite musique lointaine », des manifestations contre la guerre d’Algérie, des utopies et des espérances, de Bécassine et de la violence des dessins, du corps des femmes « toujours en proie à tous les affronts sexuels », de la Ballade des pendus de François Villon, des lieux enfouis de la memoire collective, des frontières…

Une femme sortie de l’ombre, la mémoire des lieux, les refus de l’ordre établi, les dialogues imaginaires avec celles et ceux du passé dont le souvenir contribue aux émancipations possibles….

Michèle Lesbre : Chère brigande

Lettre à Marion du Faouët

Sabine Wespieser Editeur, Paris 2017, 80 pages, 12 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Victor Dojlida, une vie dans l’ombre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/10/19/jai-toujours-eu-peur-de-loubli-cette-grande-nuit-aveugle/

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