Pour les prisonnières syriennes

Il y a quelques années, j’ai été sollicitée pour composer la musique du film Syrie, le cri étouffé de Manon Loizeau et Annick Cojean (à visionner ici).

Française d’origine syrienne militant pour la liberté du peuple syrien et son autodétermination, je connaissais déjà l’horreur des prisons du régime syrien, l’utilisation systématique de la torture et du viol comme moyen de destruction du peuple syrien, et ces frissons d’horreur en pensant que le corps d’une femme pouvait être un terrain de guerre. 

Mais en plus de la violence subie par ces femmes dans leur corps et leur intégrité, j’ai été révoltée par les témoignages anonymes de ces femmes, comme une parole silencieuse, étouffée, par leur refus de témoigner à visage découvert, comme si elles devaient avoir honte de leur sacrifice, comme si elles étaient coupables d’être victimes. 

Cette double violence, cette double peine, de nombreuses personnes en ont parlé lors du mouvement contre le viol et les violences sexuelles #metoo. Je comprends cette humiliation, cette douleur indicible. Je comprends la difficulté extrême de dénoncer des proches ou des amis de la famille ou des collègues de travail mais la parole et la justice sont absolument nécessaires pour réparer les blessures et c’est notre devoir, en tant que société, d’encourager la parole et d’être à l’écoute de cette souffrance. Je suis révoltée quand en France, une jeune femme victime de violences sexuelles peut mettre une vie à se débarrasser du poids de cette violence. 

Mais que penser alors de la situation des prisonnières syriennes qui n’ont pas été violées par des proches, mais par notre ennemi à tous, par les soldats d’un régime dictatorial qui cherche précisément à briser notre société en souillant le corps des femmes, en humiliant leurs maris, leurs familles, en punissant la société entière pour son affront au travers de ce qu’ils ont de plus sacré, le corps de leurs mères ou de leurs filles.

Refuser la parole à ces femmes, refuser leur témoignage, c’est non seulement infliger à ces femmes une souffrance supplémentaire, mais c’est aussi offrir la victoire au régime de Bashar al-Assad.

Ces femmes doivent obtenir justice comme toutes les victimes de tortures dans les prisons syriennes, rescapés ou morts en martyrs. Et nous continuerons à nous battre pour que ces crimes abjects soient jugés et que leurs auteurs soient punis.

En attendant ce jour qui finira bien par arriver, il me semble absolument nécessaire de reconnaître à ces femmes, à leur force, à leur sacrifice, le droit de dire, de dénoncer et de crier. Ces femmes sont des héroïnes. Nous devons leur rendre hommage.

J’ai demandé au rappeur et chanteur palestinien Osloob d’imaginer l’histoire d’une prisonnière politique « Mariam » et de raconter son histoire qui pourrait être celle de nombreuses, beaucoup trop nombreuses femmes syriennes depuis 10 ans et que j’ai mise en musique accompagnée du contrebassiste Claude Tchamitchian.

Naïssam Jalal

https://blogs.mediapart.fr/naissam-jalal/blog/100621/pour-les-prisonnieres-syriennes


De l’autrice :

Cd Naïssam Jalal & Rhythms of resistance : Almot Wala Almazala

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/01/21/to-regain-their-lives-they-demandes-to-livre-free/

Double cd Naïssam Jahal : Quest of the Invisible

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/07/28/a-la-rencontre-8/

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Transition sans Assad, il est temps !

Concerne : Revendications de la Diaspora syrienne à travers le monde à l’occasion de votre rencontre avec M. Biden et avec M. Poutine

Monsieur le Président de la Confédération,

Monsieur le Chef du Département Fédéral des Affaires Etrangères,

Il y a dix ans, en mars 2011 le peuple syrien a rejoint le mouvement révolutionnaire pacifique du printemps arabe pour revendiquer liberté, dignité, démocratie et justice sociale. Dès les premières manifestations, le régime Assad a riposté en réprimant dans le sang les manifestations pacifiques et toute autre forme de résistance. Cette répression, toujours active après dix ans, a ciblé particulièrement les civils, transformé la révolution en une guerre et conduit à la destruction massive des villes et villages et à l’occupation du pays. 

Le bilan humain est extrêmement lourd: plus de 500 000 morts, plus de 148 000 détenu.e.s ou disparu.e.s forcé.e.s, des dizaines de milliers de morts sous la torture. Plus de la moitié de la population syrienne est aujourd’hui déracinée (sur les 23 millions d’habitants, 7 millions sont devenus des réfugié.e.s partout dans le monde, et plus de 7 millions sont des déplacé.e.s internes). L’économie est en faillite et il y a aujourd’hui de graves menaces de famine. Les procès contre le régime Assad se multiplient en Europe concernant les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis depuis dix ans !

A l’occasion de votre rencontre avec les chefs d’Etat des USA et de la Russie à Genève nous voulons rappeler la cause juste de la population syrienne et le parcours difficile auquel elle fait face depuis dix ans, ainsi que ses revendications :

  • Une position ferme de la communauté internationale pour boycotter le régime autoproclamé Syrien de toute présence dans les instances internationales, avec effet immédiat. 

  • La réouverture des corridors humanitaires dans le nord syrien pour acheminer l’aide humanitaire dans les camps des déplacé.e.s internes pour éviter une famine imminente. 

    • Mise à jour du 13.06.2021: La réouverture des corridors humanitaires, sous contrôle de l’ONU, dans le nord, dans l’Est et dans le sud de la syrie; ceci pour acheminer l’aide humanitaire dans les camps des déplacé.e.s internes pour éviter une famine imminente. 

  • La fin de toutes les occupations militaires de la Syrie et le départ de toutes les forces et milices étrangères. 

  • Une transition politique sans le régime Assad, qui conduise à des élections libres sous la surveillance de l’ONU, pour acheminer la Syrie vers un Etat de droit démocratique basé sur la citoyenneté de tou.te.s les syrien.ne.s.

  • La mise en oeuvre d’une justice transitionnelle pour juger tous les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie. Seule la justice permettra à la population syrienne de guérir de toutes les souffrances subies.

  • La libération de tous les détenu.e.s d’opinion et la possibilité de retour en toute sécurité (ce qui implique le départ préalable du régime Assad) de tou.te.s les déplacé.e.s internes et les réfugié.e.s syrien.ne.s dans leur pays, leurs villes et villages.

Nous vous demandons d’intervenir en faveur d’une paix juste pour la Syrie et d’un avenir démocratique pour ce pays qui a été à l’origine des premiers alphabets du monde. Comme l’a dit André Parrot : « Chaque Homme a deux patries, la sienne et la Syrie ».

Nous espérons que la Suisse, terre d’asile, berceau de l’action humanitaire et hôte du Haut Commissariat des Droits Humains de l’ONU aura à coeur de jouer un rôle décisif  en faveur du peuple syrien.

En vous remerciant d’avance pour l’attention que vous porterez à cette lettre, nous vous prions d’agréer, M. le Président de la Confédération, M. le chef du DFAE, nos salutations distinguées.

Le 10.06.2021, Femmes Syriennes pour la démocratie

Co-signée par 94 Syrien.ne.s et leurs ami.e.s en Suisse (état du 13 juin 2021)

Soutenue par 10 organisations de la société civile syrienne (état du 13 juin 2021)

Soutenue par 49 de syrien.ne.s et de leurs ami.e.s à travers le monde (état du 13 juin 2021)

https://femmesdemoc.wordpress.com

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