Éliane Viennot : ~ Décryptage ~ Circulaire relative aux « Règles de féminisation dans les actes administratifs du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et les pratiques d’enseignement » signée par Jean-Michel Blanquer (5 mai 2021 ; publiée dans le B.O. du 6) :

Cette longue circulaire mériterait un commentaire de texte substantiel, qui montrerait que son principal objectif n’est pas d’expliciter des directives mais de mettre les personnels de l’Éducation Nationale au garde-à-vous – quitte à énoncer des sottises. Par exemple avec la phrase qui préconise « l’usage de la féminisation de certains termes, notamment les fonctions, dans le respect des règles grammaticales », alors que la « féminisation » relève du vocabulaire et non de la grammaire ; l’essentiel, ici, est l’expression respect des règles, qui revient trois fois dans la circulaire.

Il s’agit aussi d’effrayer (objectif qui sert évidemment le premier) – quitte à passer à côté de l’information et de la réflexion qui s’imposent. L’écriture inclusive est « proscrite », mais pas définie : on apprend qu’elle est « contre-productive pour cette cause-même [celle de l’égalité] », qu’elle est « nuisible à la pratique et à l’intelligibilité de la langue française », que sa « complexité et [son] instabilité constituent autant d’obstaclesà l’acquisition de la langue comme de la lecture », qu’elle « modifie en effet le respect des règles », qu’elle est « un obstacle pour l’accès à la langue d’enfants confrontés à certains handicaps ou troubles des apprentissages ». Bigre ! Alors qu’aucune étude n’atteste une seule de ces affirmations. Alors que nombre des promoteurs et promotrices du langage égalitaire (ou non sexiste, ou non discriminant, ou inclusif – tous ces termes étant synonymes dans ce domaine1) appellent elles-mêmes à stabiliser l’usage du point médian2.

Les enseignant·es et leurs élèves étant aptes à mener cette analyse stylistique, le décryptage qui suit se contentera de fournir des informations historiques, politiques et linguistiques – voire juridiques.

1. Une circulaire parmi d’autres

La circulaire Blanquer est la cinquième qu’ait publiée l’État français sur les rapports entre la langue et la question de l’égalité des sexes. C’est la seconde émise par le ministère de l’Éducation nationale (la première, annoncée en juin 1998, en pleine bagarre quant au genre du mot ministre, n’a finalement été publiée qu’en 2000). Les autres émanaient de Premiers ministres (Fabius, Jospin, Fillon, Philippe)3.

Les trois premières (1986, 1998, 2000) appelaient à rompre avec la coutume de nommer au masculin les femmes exerçant des fonctions prestigieuses longtemps monopolisées par les hommes. La quatrième (2012) invitait à ne plus user d’appellations discriminantes (Mademoiselle, nom d’épouse, nom patronymique…) dans les formulaires administratifs et les correspondances. Émises sous la pression de féministes, ces quatre circulaires ont été vigoureusement contestées par le camp conservateur, sans être vraiment soutenues par le camp progressiste – alors frileux et divisé à ce propos.

Les deux dernières circulaires (2017, 2021) ont au contraire été émises sous la pression du camp conservateur, pour tenter de contenir les progrès du langage non sexiste. Si elles reconduisent l’incitation à n’user que de noms féminins pour désigner les femmes (preuve que la bataille précédente a été gagnée), elles appellent aussi à respecter le « masculin générique » et à repousser les « graphies » faisant « ressortir les marques du féminin ». La dernière ajoute : « notamment le point médian ». Ces deux circulaires ont été contestées par des féministes et des progressistes. Toutefois, la circulaire Blanquer a été dénoncée bien plus vite et plus largement que la précédente. Moins d’une semaine après sa publication, cinq syndicats ou fédérations de syndicats enseignants (Sud-Éducation4, SNUipp-FSU5, CGT Ferc6, UNSA7) avaient fait savoir qu’ils condamnaient l’interdiction de « l’écriture inclusive » et du point médian, et qu’ils enjoignaient leurs adhérent·es à persister dans leur recherche d’une langue non sexiste. Suivis dix jours plus tard par un autre syndicat (CNT-FTE8).

La rapidité de ces réactions et leur modalité – des communiqués argumentés – prouvent que le débat a progressé de manière spectaculaire depuis quatre ans. Ce ne sont plus les spécialistes et quelques personnes qui se croient telles qui s’affrontent. La société civile s’est emparée du sujet, et des non-spécialistes sont capables de produire un discours pertinent sur les manœuvres des masculinistes.

2. Un texte contraignant ?

Une circulaire est un texte qui donne des instructions aux administré·es sur lesquel·les la ou le signataire a autorité : les agent·es de l’administration en général s’il est signé du Premier ministre, sinon, celles et ceux de l’administration émettrice.

La jurisprudence identifie en théorie deux types de circulaires : les « interprétatives » et les « impératives ». Les premières ne font qu’expliciter les conditions d’application d’un texte de statut plus élevé, les secondes introduisent une nouvelle réglementation. Les premières sont inattaquables, les secondes le sont. Bien entendu, tout est affaire… d’interprétation. La circulaire Philippe introduisait une réglementation nouvelle en préconisant le recours au « masculin générique », alors qu’aucune loi française n’a jamais statué sur une telle notion ; et par ailleurs elle contredit plusieurs traités internationaux dont la France est signataire9. Un recours ayant été élevé contre elle par une petite association de défense des personnes intersexes, le Conseil d’État a balayé d’un revers de la main la requête, sans l’examiner au fond10. La circulaire Blanquer interdit l’usage du point médian, qui est inconnu du droit français, elle contredit les mêmes traités, et elle s’en prend aux règles d’accord qui ont été ou sont toujours enseignées par l’Éducation nationale. Elle devrait donc être attaquable si des acteurs politiques plus puissants voulaient s’en mêler, ou si une mobilisation se créait autour de cette action.

En pratique, il est probable que personne ne bougera car le jeu n’en vaut pas la chandelle. L’État français agit sur ce terrain par circulaires car il sait que ces textes ont un pouvoir effectif très faible : elles entrent en vigueur si les administré·es s’en saisissent, sinon elles restent lettre morte. La Légion d’Honneur continue en 2021 de décerner des titres masculins, en dépit des circulaires émises depuis 1986.

En conséquence, les agent·es de l’Éducation nationale qui utilisent le point médian, dans des actes administratifs (statuts d’établissement, règlements intérieurs, notes diverses…) comme dans leurs enseignements ou leur communication avec les parent·es, n’ont aucune crainte à avoir – surtout dans le contexte actuel, où la moindre velléité de répression serait médiatisée et contrée par les syndicats qui ont dénoncé la circulaire. On peut même faire l’hypothèse que ce texte ne s’adresse pas seulement, ou pas d’abord, aux membres de cette administration, mais à la France conservatrice et à ses élu·es, qui depuis moins d’un an ont déposé trois propositions de loi « visant à interdire l’écriture inclusive »11. Autrement dit : une manière de faire semblant d’agir. C’est du reste ainsi que Le Figaro a accueilli la nouvelle venue : « L’écriture inclusive est-elle vraiment interdite à l’école ?12 ».

D’autres États francophones ont agi par décret. La timidité des gouvernements français en la matière explique la lenteur des évolutions caractéristique de la France, et la longévité des polémiques à ce sujet : si les équipes au pouvoir n’agissent pas plus fermement, c’est qu’elles ne sont pas sûres d’avoir raison ; donc qu’elles ont peut-être tort. Du moins peut-on le soutenir.

3. Une nouvelle circulaire sur la « féminisation » – mais la féminisation de quoi ?

Comme les circulaires précédentes à l’exception de celle sur « Mademoiselle », celle-ci se réclame de la « féminisation ». Mais on ne sait pas de quoi, puisqu’aucun complément ne suit ce terme dans le titre du texte. En comparaison, les trois premières parlaient de « la féminisation des noms de métier, fonctions, grades ou titres », celle de 2017 de « la féminisation des textes à paraitre au Journal officiel ».

De fait, seule cette dernière expression fait sens. De même qu’il y a besoin de féminiser les assemblées, les gouvernements, les conseils d’administration, les jurys…, il y a besoin de féminiser les discours – qu’ils paraissent dans le Journal officiel ou ailleurs. Du moins les textes (et plus généralement les discours) qui portent sur des populations mixtes. En effet, la plupart sont conduits au seul masculin, ce qui n’est qu’une simple habitude sexiste : les femmes étant tenues pour quantité négligeable, on ne ressent pas le besoin de les mentionner, et encore moins de se demander si elles correspondent ou non au propos tenu. À partir du moment où l’égalité des sexes a été reconnue (soit, en France, en 1944), cette habitude aurait dû être combattue. Or c’est le contraire qui s’est produit : elle s’est alors vue transformée en une théorie, celle du « masculin générique ». D’après cette théorie, le masculin aurait la capacité d’évoquer les femmes aussi bien que les hommes. Rappelons qu’au xixe siècle, certains messieurs expliquaient que les femmes étaient présentes dans les assemblées élues, par l’intermédiaire de leurs maris ou de leur père.

Pour ce qui est de l’expression « féminisation des noms… », elle est tout simplement erronée – et fallacieuse. Aucun nom d’humain13 n’a besoin d’être féminisé, pour la bonne raison qu’aucun ne nait masculin avant de subir des opérations qui lui permettraient de devenir féminin (telle Ève tirée de la côte d’Adam). Les noms d’humains, en français, sont à plus de 95% bâtis sur un radical commun (qui permet de former aussi des verbes, des adjectifs ou d’autres noms : porteur et porteuse partagent le même radical que porter, important, comportement…). Deux tiers environ de ces noms varient en genre grâce à des désinences spécifiques (eur-euse, teur-trice, in-ine, er-ère…). Un autre tiers, les « épicènes », ne varie pas grâce à des désinences valables pour les deux genres (able, ogue, iste…). Moins de 5% des noms de personne sont (nés) complètement différents : frère-sœur, oncle-tante, femme-homme…

Toutes ces circulaires devraient donc inciter à « nommer les femmes avec des noms féminins » (que tout le monde connait, parce qu’ils existent depuis des siècles, ou que tout·e francophone sait fabriquer, grâce au système radical + désinence) et non à « féminiser les noms » (sous entendu « des hommes »).

4. La première circulaire placée sous l’égide de l’Académie française

La circulaire Blanquer est la seule à s’ouvrir sur une longue citation de la secrétaire perpétuelle de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse (nommée au masculin, comme elle l’exige, sans que cette bizarrerie soit notée entre guillemets, alors qu’elle contrevient aux préconisations de la circulaire elle-même) et de son bras droit actuel, Marc Lambron. Ces deux paragraphes (à l’évidence commandités par le ministère de l’Éducation nationale), l’Académie semble avoir décidé de les transformer en amorce d’une nouvelle Déclaration, puisqu’on les retrouve, suivis de quatre autres paragraphes, publiés sur son site en date du 7 mai, sous le titre « Lettre ouverte sur l’écriture inclusive ». En somme, la circulaire Blanquer donne à lire ses « bonnes feuilles »14 !

Ces génuflexions devant la créature de Richelieu sont d’autant plus remarquables que le propos tenu ici par les deux immortel·les est aussi grotesque que celui qui figurait dans la Déclaration sur le « péril mortel » du 24 octobre 2017. L’Académie y affiche d’abord avec emphase son souci bien connu des ravages de la domination masculine (sont évoquées « les violences conjugales, les disparités salariales […] les phénomènes de harcèlement »), des changements climatiques (est prônée « l’écologie du verbe »), et de l’inutile complexité de l’orthographe du français, dont elle est la seule responsable (sont dénoncées « les difficultés rencontrées au quotidien par les pédagogues et les usagers du système scolaire »). Puis le texte renoue avec le délire que provoque chez certaines personnes la vue d’un point médian : les partisan·es de l’écriture non sexiste sont traité·es d’« élite inconsciente » « mutilant les respirations et la logique de la langue », dont l’objectif est d’« installer une langue seconde » grâce à « une réforme immédiate et totalisante de la graphie » imposée par « une injonction brutale, arbitraire et non concertée »15.

La présence de cette opinion à charge dans un texte de ce statut interroge, de même que son ampleur (20% de la circulaire). Le signataire serait-il la victime de pressions qui lui font perdre la notion des convenances ? Ou serait-ce un appel du pied envoyé à cette institution, soit par Jean-Michel Blanquer lui-même (les anciens ministres n’ont jamais été rares sous la Coupole), soit, plus subtilement, par la savante plume qui a rédigé le texte (ou qui en a pondu l’essentiel), dont le nom ne peut qu’être connu Quai Conti ? L’avenir le dira.

5. La première circulaire à s’en prendre aux accords traditionnels

La circulaire Blanquer inaugure aussi par sa mention – fort alambiquée – des systèmes d’accords de la langue française. À la lire, « l’adoption de certaines règles relevant de l’écriture inclusive modifie […] le respect des règles d’accords usuels attendues dans le cadre des programmes d’enseignement ». En clair : les accords préconisés en vue du langage égalitaire permettent de mettre au placard la règle (car il n’y en a pas trente-six) du « masculin qui l’emporte sur le féminin » – formule qu’aucun masculiniste n’ose plus prononcer ni écrire tant son obscénité est flagrante.

L’honnêteté voudrait que soit rappelé ici de quoi on parle : pas de tous les accords, mais de ceux qui demandent un arbitrage lorsque plusieurs sujets de genre et/ou de nombre différent appellent un adjectif ou un participe commun. Le manque de précision laisse croire que les partisan·es du langage égalitaire voudraient bouleverser le système des accords les plus fréquents. C’est le contraire : nous insistons pour leur respect absolu, là où les masculinistes ont si longtemps fait dérailler la langue, comme dans l’annonce célèbre : « Le capitaine Prieur est enceinte » (affaire du Rainbow Warrior).

Quant aux autres accords, tous sont « usuels », et tous sont admis dans l’Éducation Nationale. Nos ancêtres ont largement pratiqué l’accord de proximité (c’est-à-dire avec le mot le plus proche du terme à accorder). Plusieurs en ont aussi défendu la légitimité face à ceux qui prétendaient que le « genre le plus noble » devait « l’emporter » sur l’autre (dogme élaboré dans les années 1640). Ainsi argumente Condillac : « Une preuve que la noblesse du genre n’est point une raison, c’est que l’adjectif se met toujours au féminin, lorsque, de plusieurs substantifs, celui qui le précède immédiatement, est de ce genre. On dit : il a les pieds et la tête nue, et non pas nus ; il parle avec un goût et une noblesse charmante, et non pas charmants16 ».

Cet accord, dit « de voisinage », a longtemps été la norme. L’Arrêté relatif à la simplification de la syntaxe française pris le 26 février 1901 par un prédécesseur de M. Blanquer, Georges Leygues, invite à tolérerl’accord au masculin : « Lorsqu’un adjectif qualificatif suit plusieurs substantifs de genres différents, on tolérera toujours que l’adjectif soit construit au masculin pluriel, quel que soit le genre du substantif le plus voisin. » Cet accord a été enseigné jusque dans les années 1930 par « l’École de la République » dont se réclame la circulaire, avant de n’être plus que toléré (explicitement jusqu’à la Loi Haby, implicitement depuis). On retrouve ici le rapport étroit entre les progrès de l’égalité politique des sexes et les reculs de l’égalité infligés à la langue, observé sur bien d’autres terrains (notamment celui des « noms de métiers et de fonctions », frappés d’alignement sur le masculin au fur et à mesure que les femmes entraient dans les carrières et les responsabilités prestigieuses).

Le second accord traditionnel remobilisable est l’accord au choix, lorsque l’un des termes qui régit le mot à accorder est nettement plus important que les autres – que cette importance relève d’une logique quantitative (« Les voyageuses et leur chauffeur sont arrivées »), d’une logique qualitative (« les voyageuses et leurs bagages sont arrivées »), ou d’une préférence personnelle : une maison d’édition parisienne publie ainsi en 1571 un Parnasse [anthologie] des poètes français modernes, contenant leurs plus riches et graves sentences, discours, descriptions et doctes enseignements, recueillies par feu Gilles Corrozet Parisien. Ce qui permet de saisir que le corpus le plus prestigieux de cet ensemble était aux yeux ce lettré celui des sentences – information que nous perdrions aujourd’hui avec la règle mécanique du « masculin qui l’emporte ».

Cet accord-là n’est aujourd’hui repérable que lorsque le féminin « l’emporte » sur le masculin (ou le singulier sur le pluriel), c’est-à-dire quand l’auteur ou l’autrice du propos a délibérément choisi de s’émanciper de l’idéologie masculiniste. Mais en réalité, tous les accords au masculin en relèvent : un jour, au xviie siècle, certains grammairiens ont décrété que le masculin devait toujours être le meilleur choix, devait toujours « l’emporter » ; et la brave École de la République leur a emboité le pas ; et les masculinistes d’aujourd’hui en pincent toujours pour ce choix-là ; et les partisan·es du statu quo estiment que « ce n’est pas grave ». Que faire alors des exceptions ? De fait, elles n’ont jamais été condamnées par l’école, mais elles ont été rangées dans la boite des « figures de style », parées du nom de « syllepse ». Soit, d’après le Larousse des années 1960, un « accord des mots en genre et en nombre, non pas selon la grammaire, mais d’après le sens17 ». Autant dire un écart uniquement tolérable sous la plume des « Granzauteurs » morts et enterrés.

On comprend que les pointes lancées contre de telles ressources soient émoussées dans cette circulaire. Le mot accord est habilement glissé dans une phrase où il n’a que faire, puisqu’elle vise l’abréviation des doublets (« cette écriture, qui se traduit par la fragmentation des mots et des accords, constitue un obstacle à la lecture et à la compréhension de l’écrit »). On ne voit pas en quoi les accords de proximité ou de choix fragmenteraient ni feraient obstacle à quoi que ce soit : l’essentiel est de jeter sur le papier des termes inquiétants. Mais on lit aussi que les « règles d’accord usuels » sont « attendues dans le cadre des programmes d’enseignement ». Attendues, et non impératives. Tout·e enseignant·e montrant aux élèves comment faire autrement qu’avec le « masculin qui l’emporte » est en droit de le faire18. La langue française et des dizaines de « Granzauteurs » sont à ses côtés.

6. Une circulaire qui laisse voir la queue du loup

Dans la circulaire Blanquer, l’absence de complément au mot « féminisation » et la modération avec laquelle sont condamnés les accords traditionnels méritent réflexion. Je fais l’hypothèse qu’elles trahissent le profil de la personne qui l’a rédigée : une personne spécialiste du sujet, et même immergée dedans au point de ne pas préciser de quelle féminisation elle parle (c’est ainsi, par exemple, que s’exprime bien souvent le linguiste Bernard Cerquiglini). Une personne qui ne peut pas se permettre de condamner les anciens accords (c’est le cas de la plupart des linguistes, qui savent à quel point ils ont été usités). Mais une personne demeurée dans l’erreur des années 80 et 90, puisque, dans le corps de la circulaire, le complément refait surface : « la féminisation des métiers et des fonctions », « la féminisation de certains termes, notamment les fonctions », « la féminisation des termes ».

L’insistance sur les fonctions connote à elle seule l’époque de la « seconde bataille » terminologique, celle de la fin des années 90, provoquée par la demande des femmes ministres du gouvernement Jospin d’être désignées au féminin. Demande adressée tant à la presse qu’aux plus hauts responsables de l’État, Jospin et Chirac, qui y avaient répondu favorablement par la circulaire de 1998. Cette bataille avait vu l’Académie reculer pour les noms de métiers mais non pour les noms de fonctions, comme en témoigne le Rapport d’octobre 1998 de la COGETER (Commission générale de terminologie et de néologie, où cette institution siégeait) qui allait dans ce sens19.

La circulaire Blanquer renvoie également au « guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions élaboré par le Centre national de la recherche scientifique et l’Institut national de la langue française, intitulé Femme, j’écris ton nom », publié en 1999 sous la direction de B. Cerquiglini. Une personne, autrement dit, sincèrement favorable au retour de la langue française à son fonctionnement normal du point de vue lexicologique – mais qui entend que le combat s’arrête là.

Cette position n’est pas isolée. On la retrouve soutenue par quelques linguistes qui avaient pris parti pour la « féminisation » dans les années 1990 (le Français B. Cerquiglini) ou 2000 (les Belges Marie-Louise Moreau et Anne Dister), mais qui montent aujourd’hui au créneau contre « l’écriture inclusive », avec un ton souvent agacé.

Or il est tout à fait logique que la décontamination de la langue française se poursuive et s’élargisse, dans une société où l’exigence d’égalité des sexes gagne tous les terrains. La désignation des femmes au masculin n’est en effet que l’un des infléchissements masculinistes délibérément imposés à cette langue depuis le xviie siècle, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. S’exprimer sans sexisme, c’est non seulement parler des femmes au féminin (et avec des féminins qui s’entendent, quand ce ne sont pas des épicènes), mais c’est aussi refuser que « le masculin l’emporte sur le féminin » dans le système des accords, et aussi refuser que le mot homme puisse désigner l’humanité, et encore refuser la théorie du « masculin générique » (ou du masculin « neutre », terme qui figurait dans la circulaire Philippe mais qui n’apparait pas ici – autre preuve qu’un ou une spécialiste du sujet est passée par là).

7. Une circulaire partiellement rédigée… en écriture inclusive

Il est amusant de trouver, dans cette circulaire qui appelle à proscrire l’écriture inclusive, de vigoureuses recommandations à adopter deux de ses quatre piliers. C’était déjà le cas de la circulaire Philippe, mais le trait est encore plus marqué ici. En effet, à côté de la chaude incitation à nommer les femmes avec des noms féminins figure l’appel à utiliser des doublets : « recourir à des formulations telles que “le candidat ou la candidate” afin de ne pas marquer de préférence de genre, ou à des formules telles que “les inspecteurs et les inspectrices de l’éducation nationale” ». Recommandation mise en pratique dès le titre de la circulaire : « texte adressé aux recteurs et rectrices d’académie ; aux directeurs et directrices de l’administration centrale ».

Quelle belle démonstration que le masculin n’est pas générique ! Car enfin, s’il suffisait d’un nom de personne masculin pour désigner les deux sexes, pourquoi préciser le mot féminin dans toutes ces formules ? Et quelle meilleure définition pourrions-nous donner de la théorie du masculin générique, que le désir de « marquer [une] préférence de genre » dans le domaine du langage ? Désir qui, effectivement, n’a plus sa place dans la France du xxie siècle. Sauf dans celle du Figaro, qui corrige : « Publié le 4 mai dernier [sic], le texte s’adresse aux recteurs d’académie, aux directeurs de l’administration centrale et enfin, aux personnels du ministère. »

Le troisième pilier du langage égalitaire, à savoir le recours aux accords traditionnels, est ici mollement repoussé, comme on l’a vu. Les prochain·es responsables du ministère de l’Éducation nationale ne pourront certainement pas éviter de mettre le sujet à l’étude, tant l’information sur ces accords s’est diffusée. D’autant que même les académiciens – en tout cas ceux que l’on a interrogés en 2017 – ne sont pas contre.

Quant au quatrième pilier, celui qui concerne l’usage du mot homme dans le sens de « représentant de l’espèce humaine », il ne s’est pas invité dans la circulaire, et il ne le fera pas davantage dans les suivantes. Ici, c’est le sommet de l’État qui tranchera – ou continuera de faire comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé en 1944, ni en 1948, ni depuis. En attendant, ce ne sont pas les textes réglementaires de ce ministère ni d’aucun autre qui empêcheront les formules alternatives correspondant aux besoins de notre temps de gagner des parts de marché (droits humains, droits des humains, droits de la personne humaine…).

8. Une circulaire contre une abréviation

Une dernière grande nouveauté caractérise la circulaire Blanquer, en tout cas par rapport à la circulaire Philippe et aux trois propositions de loi « visant à interdire l’écriture inclusive » apparues depuis, qui ne faisaient que reproduire ses formules. Ces textes identifiaient l’écriture inclusive à la « graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine » de mots qui, selon les rédacteurs, devraient être employés au « masculin générique ». Cette approche présentait deux inconvénients majeurs. Le premier : ne pas nommer l’objet du délit, alors que tout le monde ne parle que de lui. Le second : emporter dans la condamnation tous les signes typographiques utilisés depuis une soixantaine d’années pour signaler que les femmes sont bel et bien concernées dans certains énoncés conduits au masculin, en particulier les fameuses parenthèses enserrant un e qui figurent dans la plupart des formulaires administratifs – « marié(e), « pacsé(e) »… – et qui s’affichent jusque sur nos cartes d’identité : « né(e) le ».

La peur de nommer l’ennemi public numéro un est levée ici, et la circulaire évite d’assimiler l’écriture inclusive à cette graphie (on a vu qu’elle évoquait la question des accords) pour se concentrer sur ses effets : l’écriture « dite inclusive […] utilise notamment le point médian pour faire apparaître simultanément les formes féminines et masculines d’un mot employé au masculin lorsque celui-ci est utilisé dans un sens générique20 ». Mais le second inconvénient n’est pas évité : une fois de plus, les parenthèses font la même chose avec les e qu’elles encadrent.

Il se pourrait donc que la circulaire Blanquer constitue un outil pour se débarrasser de ces intolérables parenthèses – au moins dans l’Éducation nationale. Les progressistes appartenant à cette administration peuvent en tout cas exiger leur abandon au nom de ce texte, puisqu’il appelle par ailleurs à faire tout son possible pour « participer à la lutte contre les stéréotypes de genre ». Si le prix à payer – localement du moins – est l’abandon du point médian, cela n’a finalement aucune importance. Les abréviations qu’il permet sont utiles pour écrire plus vite et plus court, mais les abréviations ne sont jamais nécessaires, et les doublets peuvent toujours être écrits en toutes lettres. Pour l’instant, aucune circulaire ni aucune loi ne les interdit. Et nous possédons le meilleur parapluie pour tenir face à la droite : l’exemple du « Françaises, Français ! » du Général de Gaulle.

Éliane Viennot

De l’autrice :

La circulaire Philippe doit être abrogée : « Une loi interdisant l’écriture inclusive conduirait à remplacer des millions de documents officiels », la-circulaire-philippe-doit-etre-abrogee-une-loi-interdisant-lecriture-inclusive-conduirait-a-remplacer-des-millions-de-documents-officiels/

Le Covid-19 s’attaquerait-il aussi à la langue française ?le-covid-19-sattaquerait-il-aussi-a-la-langue-francaise/

Sous la direction de Nicolas Mathevon & Éliane Viennot : La différence des sexes. Questions scientifiques, pièges idéologiquesla-cause-de-legalite-ne-merite-aucun-mensonge-aucun-travestissement/

« Il faut montrer que le langage égalitaire est à notre portée » 2/2, eliane-viennot-il-faut-montrer-que-le-langage-egalitaire-est-a-notre-portee-2-2/

« La langue d’autrefois est bien moins sexiste qu’aujourd’hui » 1/2eliane-viennot-la-langue-dautrefois-est-bien-moins-sexiste-quaujourdhui-1-2/

La querelle des femmes ou « N’en parlons plus ». Sur une très longue histoire effacée des mémoiresune-mise-au-pas-pensee-organisee-theorisee/

Violences symboliques : la part du langageviolences-symboliques-la-part-du-langage/

Le langage inclusif : pourquoi, commentadopter-le-langage-inclusif-est-a-la-portee-de-tout-le-monde-tout-de-suite/

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L’Académie contre la langue française. Le dossier « féminisation », Ouvrage publié sous la direction d’Eliane Viennotfaire-entendre-donc-comprendre-que-les-femmes-existent/

« Mme le président » : l’Académie persiste et signe… mollement mme-le-president-lacademie-persiste-et-signe-mollement/

Interview d’Eliane Viennot par Francine Sporenda le-combat-feministe-passe-par-les-mots/

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Réactions syndicales à la circulaire Blanquer

sur la proscription de l’écriture inclusive

citées dans le Décryptage de la circulaire

SOLIDAIRES – Éducation SUD

Circulaire Blanquer contre l’écriture inclusive : SUD appelle les personnels à ne pas la respecter

https://www.sudeducation.org/communiques/circulaire-blanquer-contre-lecriture-inclusive-sud-appelle-les-personnels-a-ne-pas-la-respecter/

Ce communiqué a été publié le 06/05/2021

Ce jeudi 6 mai, le ministre Blanquer a fait paraître une circulaire destinée exclusivement à proscrire l’usage de l’écriture inclusive dans le cadre de l’enseignement.

Le ministère de l’Éducation nationale est incapable de garantir des conditions d’enseignement correctes durant cette crise épidémique. Les inégalités scolaires s’accroissent en raison du manque criant de personnels. Parcoursup est toujours plus une machine de tri social.

Pourtant, le ministre n’a rien de plus pressé que d’interdire l’usage de l’écriture inclusive aux personnels qui s’efforcent dans leurs choix pédagogiques de rendre visibles les femmes, suivant en cela une pratique défendue depuis de nombreuses années par les féministes et des institutions comme le Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes. Le ministre pousse le cynisme jusqu’à prendre pour prétexte les élèves atteint-e-s de handicap, alors même que les AESH, profession féminisée à 80%, subissent des temps partiels imposés, le refus du ministère de verser les mêmes indemnités qu’aux autres personnels, et ne peuvent obtenir de titularisation.

L’obsession de Jean-Michel Blanquer pour l’affichage de son idéologie réactionnaire va de pair avec son bilan désastreux en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire.

SUD éducation exige du ministre qu’il cesse d’essayer d’imposer son passéisme à la communauté éducative. SUD appelle les personnels à ne tenir aucun compte de ces instructions d’un autre temps, et à exercer comme ils le souhaitent en fonction des situations professionnelles le plein usage de leur liberté pédagogique.

 

UNSA Éducation

Écriture inclusive : un point c’est tout ?

https://www.unsa-education.com/Ecriture-inclusive-un-point-c-est-tout

Article publié le vendredi 7 mai 2021

Au Bulletin officiel est parue ce jeudi 6 mai 2021 une circulaire concernant l’interdiction de l’écriture dite « inclusive » à l’école. Les médias se sont emparés du sujet avec délectation et nous voilà rassurés (ou plutôt rassuré.es ?) : quelques jours à peine après avoir annoncé une initiative dans ce domaine, le ministre de l’Éducation a donc agi rapidement, ce qui prouve que l’on peut prendre des décisions diligemment dans notre ministère. Hélas, réduisant l’écriture « inclusive » au seul point médian, cette circulaire ne mettra pas un point final à la question de l’écriture non discriminante, qui vise à mieux prendre en compte l’égalité entre les femmes et les hommes. Plus réjouissant cependant, cette même circulaire incite fortement à utiliser la féminisation des noms des métiers et à user des richesses de la langue française pour changer les habitudes ! L’UNSA Éducation, consciente des débats sur ce sujet, a lancé il y a plusieurs mois un guide d’écriture inclusive pour aider à mieux comprendre les enjeux et à manier écriture et langage plus égalitaires.

Partons tout d’abord des éléments positifs de cette circulaire qui fait déjà beaucoup parler d’elle : cela concerne les règles de féminisation dans les actes administratifs du MENJS et dans les pratiques d’enseignement. Notre fédération se réjouit du rappel de cette règle : « l’intitulé des fonctions tenues par une femme doit être systématiquement féminisé ». Nous aurons donc systématiquement une féminisation des fonctions et métiers, ce qui est loin d’être le cas jusqu’à présent. Et pour aider tout le monde à cette féminisation, notre guide d’écriture inclusive sera un outil indispensable car il fournit des listes des noms de métiers et de fonctions au féminin.

S’appuyant ensuite sur l’Académie française (qui il y a peu refusait cette même féminisation, comme quoi tout le monde évolue sur le sujet…) , la circulaire réduit l’écriture dite inclusive au seul point médian, l’interdisant dans les pratiques d’enseignement. À l’UNSA Éducation, nous sommes bien conscients et conscientes que c’est en effet un usage qui peut poser question et difficulté. Notre guide propose des reformulations, des « petits trucs » pour féminiser sans introduire trop de points médians. Nous sommes également soucieux et soucieuses de l’apprentissage de la langue française, et de la nécessaire maîtrise, sans rajouter des difficultés supplémentaires. Mais si cette circulaire peut aider à raviver les discussions présentes depuis des décennies sur la simplification de notre langue, cela peut être éventuellement bénéfique.

Mais revenons à l’essentiel : cette circulaire montre que l’on peut agir promptement au MENJS pour favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes et c’est une bonne nouvelle ! Si la féminisation des fonctions et métiers est aujourd’hui obligatoire, que mettra-t-on en place pour favoriser l’accès des femmes aux fonctions de cheffes de service, de professeures d’université, de directrices d’administration ou conseillères techniques ? Que fera-t-on pour réduire aussi rapidement les inégalités salariales entre les enseignants et les enseignantes, entre les directeurs et directrices d’école, entre les adjoints et adjointes administratif.ives ?

La circulaire en question indique que l’action du MENJS doit s’occuper de « la formation de l’ensemble des personnels, la transmission d’une culture de l’égalité, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et une politique d’orientation en faveur d’une plus grande mixité des filières et métiers ». Nous sommes complètement d’accord avec cette affirmation : alors, agissons rapidement pour que la culture de l’égalité entre les femmes et les hommes ne se réduise pas à la présence ou non d’un point médian, mais se voit plus concrètement par l’ajout de quelques chiffres en bas d’une fiche de paye !

 

FÉDÉRATION DE L’ÉDUCATION, DE LA RECHERCHE ET DE LA CULTURE (FERC-CGT)

Le Ministre de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer pour l’écriture EXclusive !

https://www.ferc-cgt.org/communique-ferc-cgt-educ-action-sneip-le-ministre-de-l-education-nationale-de

Montreuil, le 7 mai 2021.

La Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture de la CGT et particulièrement la CGT éduc’action assurent de leur soutien toutes les militantes et tous les militants pour l’écriture inclusive. Elles regrettent que le Ministre de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer cède à la facilité dans la circulaire du 5 mai 2021 « Règles de féminisation » en proscrivant l’écriture inclusive et égalitaire. En effet les deux arguments invoqués pour refuser l’écriture inclusive sont des prétextes : aucune étude ne démontre que celle-ci soit trop complexe pour les apprentissages et la conception de la langue française comme un « trésor » intouchable n’est que l’expression d’un conservatisme réactionnaire. En véhiculant ces stéréotypes qui lui semblent relever du bon sens, le ministre cautionne les valeurs d’une société sexiste. La Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture de la CGT et particulièrement la CGT éduc’action rappellent au Ministre que l’égalité Femmes-Hommes a été déclarée grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron. Une mesure qui consiste à rendre à nouveau invisibles les femmes dans la langue française va à l’encontre de cet engagement. Au contraire, en soutenant le droit des femmes à exister dans la langue de tou·tes les Français·es, le Ministre donnerait un signal encourageant aux jeunes générations. On sait que tous les facteurs de domination dont sont victimes les femmes font système. Le Ministre, en soutenant l’écriture inclusive, c’est-à-dire, égalitaire, pourrait contribuer à combattre les discriminations dont sont victimes les femmes. Nous rappelons que le combat féministe a pour objectif permanent de mettre fin au système de domination qui alimente ce que les sociologues ont caractérisé comme « la culture du viol ». De même, le Ministre Blanquer voudra bien se préoccuper d’une part de ce que les sujets d’examen ne véhiculent pas de stéréotypes sexistes comme cela a été une fois de plus le cas cette année au CAPES, et d’autre part, en garant de la langue française, de ce que les élèves puissent bénéficier de cours de Français -on sait que par rapport aux horaires de Français de 1975, c’est une année entière de cours de Français que les élèves perdent sur leur scolarité actuellement -assurés par des professeur·ses de Français titulaires. La Fédération de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture de la CGT et particulièrement la CGT éduc’action exigent donc du Ministre de l’Éducation nationale dela Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer qu’il revienne sur cette circulaire et affirme son soutien aux militant·es de l’écriture inclusive.

Montreuil, le 7 mai 2021

 

SNUipp-FSU

Écriture inclusive, injonction et écran de fumée

https://www.snuipp.fr/actualites/posts/ecriture-inclusive-injonction-et-ecran-de-fumee

Mis à jour le 07.05.21

Alors que l’école et ses personnels se débattent sans moyens pour maintenir l’école sous pandémie, le Ministre a publié cette semaine une circulaire proscrivant l’usage de l’écriture inclusive. Un choix idéologique réactionnaire qui nie la professionnalité des enseignant.es et masque mal la gestion erratique de la crise sanitaire selon la FSU qui publie un communiqué de presse.

LE COMMUNIQUÉ

Une injonction à proscrire l’écriture inclusive : En guise d’écran de fumée

En pleine crise sanitaire, le Ministre a du temps pour publier une circulaire proscrivant l’enseignement de l’écriture inclusive.

Pour la FSU, il s’agit à la fois d’une injonction inacceptable mais aussi d’une tentative de diversion des vrais problèmes que rencontre l’école.

Le langage structure la pensée. Et, pour la FSU, l’invisibilisation des femmes, y compris dans la langue est une réalité incontestable. L’écriture inclusive est une des réponses pour lutter contre cette invisibilisation. Une parmi d’autres, à améliorer mais qui a le mérite de poser des questions légitimes et participe de l’évolution vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes. Elle ne peut être réduite au seul usage du point médian, une caricature qui traduit bien la méconnaissance du ministre de ce qu’est le langage inclusif. Pourtant le ministère avait signé en mars 2017 une convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe préconisée par le Haut conseil à l’égalité*.

Par ailleurs, la FSU dénonce l’instrumentalisation indigne de supposés problèmes d’apprentissage induits par l’utilisation du point médian pour des élèves porteurs de handicaps. Si son apprentissage peut faire l’objet de débat, il n’en reste pas moins que les enseignant-es sont des professionnel-les qui connaissent leurs élèves, leurs difficultés et notamment au quotidien dans l’apprentissage de la langue comme dans celui de l’égalité. Cette énième injonction est une atteinte intolérable envers leur liberté pédagogique alors que ce sont elles et eux qui tiennent depuis des mois l’école à bout de bras. Elle s’inscrit dans la droite ligne du projet d’école autoritaire conduit par le ministre depuis son arrivée rue de Grenelle.

Personne n’est dupe de cet écran de fumée alors que le ministère est bien en mal d’apporter toutes les réponses nécessaires à une école sous covid garante de la sécurité des personnels et des élèves. Par ailleurs, si le plan d’action à l’égalité professionnelle vient tout juste d’être signé, grâce à la pugnacité notamment de la FSU, sa mise en œuvre et sa déclinaison dans les académies peinent à voir le jour.

Pour la FSU, il est grand temps que le Ministre abandonne cette posture provocante et fasse son travail en assurant une école sécure pour toutes et tous.

De leurs côtés les enseignant-es savent ce qu’ils et elles ont à faire avec leurs élèves pour les amener sur le chemin des savoirs et de l’émancipation.

Les Lilas, le 07 mai 2021

 

CNT-FTE

Non le masculin ne l’emportera pas !

http://www.cnt-f.org/fte/2021/05/17/classes-en-lutte-non-le-masculin-ne-lemportera-pas/

Publié le 17 mai 2021 par Fédération des Travailleurs de l’Education – CNT

La sous-représentation des femmes dans les manuels scolaires, qui concourt à leur invisibilisation et la reproduction des stéréotypes de genre, est dénoncée depuis nombre d’années. Plusieurs études sur les manuels d’histoire, de maths ou d’EMC ont permis de montrer, entre autre, que seulement 3,2% des personnages historiques triés sur le volet sont féminins, que les femmes ne représentent que 28% des personnages de fiction, et qu’elles n’apparaissent dans l’ensemble de ces ouvrages à visée éducative qu’à hauteur de 20%. Quant aux secteurs d’activité, les hommes sont sur-représentés dans les domaines économique ou politique (environ 85% d’hommes contre 15% de femmes), tandis que pour illustrer un personnage effectuant des tâches ménagères, on retrouve encore des personnages féminins dans 60% des cas (1).

Le ministère a-t-il alors choisi d’intervenir pour promouvoir l’égalité, et dénoncer les représentations sexistes qui perdurent ? Évidemment que non. Au contraire, Blanquer, en bon réactionnaire, préfère taire toutes les tentatives de démasculinisation de la langue et des idées en tentant de proscrire l’enseignement et l’utilisation de l’écriture inclusive (2). Sous couvert d’un nationalisme putride, il reprend les arguments fallacieux de celles et ceux qui voudraient encore et toujours que le masculin l’emporte sur le féminin. Une fois de plus, le ministère veut entraver notre liberté pédagogique. Après nous avoir imposé des « évaluations nationales » à tous les niveaux pour nous forcer à bachoter dès la maternelle, il veut nous expliquer ce qu’est la langue française, tandis qu’il démontre par ses interventions qu’il méconnaît son histoire.

Et alors que ce ministère se plaît à orchestrer la confusion langagière par un usage outrancier de sigles à l’obsolescence programmée, il voudrait nous faire croire que ce serait l’illisibilité de l’écriture inclusive qui motiverait son bannissement. Pourtant, pour qui connaît a minima les rouages de la langue, il est évident que la graphie et la prononciation ne sont pas systématiquement en concordance parfaite. On imagine bien qu’au ministère personne ne dit : « euh té cé » pour « etc. ». Là où j’écris « bonjour à tou·tes », je prononce « bonjour à tous et toutes ». Une étude a par ailleurs mis en lumière que l’usage des doublons ou de leur forme abrégée avec le point médian pouvait, dans un premier temps, ralentir la lecture, mais que dès la deuxième occurrence, celle-ci redevenait tout à fait normale par effet d’habituation (3). On ne peut pas non plus rejeter l’ensemble comme le fond de la démarche, sous prétexte qu’une ou plusieurs de ces modalités, comme le point médian, ne font pas consensus. En réalité la plupart des modalités de l’écriture inclusive (accord du nom de métier avec le genre de la personne désignée, accords de proximité, double flexion et usage de termes épicènes) sont très logiques et donc simples. Et puis rien ne nous empêche dans le même temps de continuer à chercher d’autres signes typographiques plus lisibles, ou voyelles, ou syllabes qui a fortiori permettraient aux personnes intersexes et agenres de ne pas être invisibilisé·es/nié·es non plus. Cependant, hypocrite comme il sait si bien se montrer, Blanquer ose, sans le moindre complexe, se cacher derrière la défense des jeunes souffrant de troubles « dys ». Alors qu’il œuvre, depuis son arrivée à la tête de l’Éducation Nationale, à dégrader méticuleusement la situation des élèves, comme des personnels dits A .E .S .H., chargé·e·s de les accompagner et de les soutenir tout au long de leur parcours avec, par exemple, un accueil désastreux des enfants et jeunes souffrant de handicap par, entre autres, les effectifs surchargés, des statuts et salaires misérables et précaires, une formation du personnel d’accompagnement (cf. droit à compensation) quasi inexistante, et en faisant endosser aux familles des élèves à besoin éducatif particulier le recrutement de ce même personnel. Sans compter qu’on ne peut imputer à la seule écriture inclusive certaines difficultés d’apprentissage. De fait, l’ensemble de la langue est d’une grande complexité, et chacun·e sait que seuls les moyens humains permettent un réel accompagnement individualisé de qualité. En outre, lorsqu’un contenu pose difficulté d’appropriation, et selon les règles en vigueur dans notre métier, il est censé appartenir au/à la pédagogue d’adapter sa pédagogie à ses élèves. Pédago quoi ? Blanquer, chantre insidieux du « lire, écrire, compter et obéir », préfère instrumentaliser le handicap pour mieux bâillonner ! La féminisation des noms de métiers qu’ont concédé, non sans peine, les instances les plus réactionnaires avait peut-être vocation à nous anesthésier, mais l’on ne peut s’en contenter. Et pourquoi celleux qui tempêtent contre une complexification abusive de l’écriture inclusive ne s’opposent-iels pas dans le même temps aux complexifications abusives, illogiques, et plus qu’incommodes introduites par les académicien·nes et autres pseudo-grammairien·nes, aux seules fins de distinction sociale ? Ne laissons plus ces soit-disant « immortel·les » invoquer une beauté perdue (à la manière de Pangloss, vision d’une harmonie pré-établie avec son « meilleur des mondes possibles »…) qui se limiterait à l’application de règles absurdes. Et ne les laissons pas plus appauvrir et figer une langue dans une pseudo-pureté, totalement affabulée. Laissons plutôt les prof·es, élèves, locuteurs/locutrices et les linguistes continuer à chercher, réinventer et construire une langue et une grammaire qui leur conviennent. Puisque c’est justement l’Usage, par la participation active de tou·tes, que l’on peut considérer comme une sorte d’autogestion spontanée, qui fait qu’une langue reste expressive et vivante.

De plus, les pourfendeur·ses de l’écriture inclusive semblent prétendre que la grammaire serait immuable, bien qu’incapables de démontrer la véracité de leurs propos. Et pour cause, puisque c’est scientifiquement et historiquement faux. Iels se limitent à faire usage de rhétorique, en brandissant citations et arguments d’autorité, pour finir par se ridiculiser en faisant référence à l’Académie française. Cette institution, créée en 1634 par Richelieu (4), instaure les bases de ce que l’on appellera plus tard « la politique linguistique ». Cette création de la monarchie absolue, qui vise à standardiser le français et à inventer une norme unique, prémices d’une « novlangue », a pourvu au fil des siècles des sièges sur des critères politiques ou militaires. Ainsi, alors que l’État trouve toujours des expert·es pour dire une chose et son contraire, le constat est flagrant : les académicien·nes ne sont ni historien·nes, ni sociologues, encore moins pédagogues, et les linguistes y sont plus que largement minoritaires. Au mieux, on pourrait les qualifier de lexicographes, dont la parole n’a aucun poids normatif. Qui plus est, cette dernière entreprise de dénigrement de l’écriture inclusive ne s’est pas contentée de masquer la réalité des attaques masculinistes, assidues, et de longue haleine, qui ont abouti à la construction historique de ces fâcheuses règles sexistes : ils (5) y ont activement participé ! Ainsi, il y a quatre siècles, cette fameuse Académie française s’est bel et bien bien rendue responsable de la suppression des noms de métiers féminins. En l’occurrence ceux, et cela ne doit rien au hasard, liés à des fonctions considérées comme prestigieuses, donc devant être réservées aux hommes (cf. « autrice », « ambassadrice » ou « doctoresse »). Loin de toute considération linguistique ou grammairienne, et au mépris des logiques qui fondaient l’usage du français de l’époque. On lui doit aussi la suppression de l’accord de proximité (à l’usage courant jusqu’alors), et l’affirmation péremptoire de la supériorité du genre masculin, au motif éminemment politique de « la supériorité du mâle sur la femelle » (dixit le boomer avant l’heure et grammairien N. Beauzée) (6). Déjà à cette époque, les enjeux étaient limpides : il ne s’agissait pas de « défendre la langue », mais bien de mettre en œuvre tous les rouages possibles de la domination masculine et de l’ordre patriarcal.

Derrière l’absurde prétendue neutralité du masculin se cache en réalité l’objectif politique de l’invisibilisation de la place des femmes dans l’histoire et dans la langue, portant appui à l’enracinement de rapports sociaux de genre inégalitaires. Il n’est plus à démontrer que les normes linguistiques ont un effet performatif, contribuant à ancrer durablement des représentations genrées des rôles et activités sociales (7) (l’infirmière et le médecin, la secrétaire et le directeur, etc.) avec des conséquences très pragmatiques sur les choix d’orientation scolaire et professionnelle des filles, dont le degré de confiance peut dépendre du caractère inclusif ou non du langage (8). Avoir recours à l’écriture inclusive, et donc à l’inéluctable démasculinisation de la langue, a pour principal objectif l’égalité. C’est donc une vocation à la fois politique, sociale et pédagogique. À nous de faire en sorte que la langue ne soit plus un outil d’infériorisation ou de division, à plus forte raison avec des règles sexistes que l’on ne peut plus admettre. Nous ne devrions pas la subir. C’est celle-ci qui devrait s’adapter aux normes plus progressistes de nos sociétés contemporaines. À nous également de mettre tou·tes nos élèves sur un véritable pied d’égalité, quelque soit leur genre. Il est tout bonnement impossible (et insensé) que l’on utilise le masculin pour parler à l’ensemble d’une classe composée, en partie ou en majorité, de filles.

N’oublions pas non plus qu’aujourd’hui encore, en France : une femme est violée toutes les 7 minutes, une femme est tuée par son compagnon ou son ex tous les 3 jours, 220 000 femmes sont victimes de violences chaque année, leur salaire est de 30% inférieur à travail égal, 80% des temps partiels sont occupés par des femmes… Cela est rendu possible par tout un tas de processus convergents, qui leur font croire dès la prime enfance qu’elles ne sont que des êtres de seconde zone. Processus parmi lesquels cette règle de circonstance, imposée à toute force et contre toute logique antérieure, impliquant (et même ayant été affirmé) qu’elles n’ont même pas suffisamment de « valeur » pour être reconnues ou nommées, dès lors qu’un homme se trouve parmi elles. Ces données ne devraient-elles pas nous faire prendre conscience qu’il y a urgence à lutter contre le patriarcat, et à faire évoluer mœurs et esprits ? Il serait naïf de penser que changer la langue peut changer les mentalités. L’amélioration de la langue n’est bien entendu pas plus un levier unique que suffisant, mais cette évolution n’en est pas moins indispensable. Ne pense-t-on pas aussi avec des mots ? Les sciences du langage, mais aussi des études de sociologie, de psychologie cognitive et de psychologie sociale nous permettent de ne plus ignorer que « la langue et la société ont un rapport dialectique : nous façonnons la langue, et la langue nous façonne, dans un va-et-vient perpétuel » (9). Le langage influence nos représentations mentales et ce qui n’est pas nommé peut difficilement exister. Alors empêchons que les petites filles, et toute personne subissant un état d’intersexualité, reçoivent ces coups de poing symboliques, à un âge auquel on peut difficilement contester.

Ainsi, usons également de rhétorique avec un argument d’autorité (et fort sensé !) en la parole de Roland Barthes (10) : « Toute langue, puisqu’elle a pour fonction principale de décrire le monde et la société dont elle émerge, est révélatrice des pratiques et des valeurs de celle-ci […] car elle hiérarchise, sélectionne et organise la société, dans le champ de la parole mais aussi des représentations, ayant ainsi un impact réel sur les façons de penser et d’agir. En effet, elle conditionne notre vision du monde et nous oblige à penser d’une certaine manière ».

Alors que la paresse linguistique des dominantEs tentent de freiner la volonté de façonner une langue véritablement inclusive ; pendant que d’autres se bercent de l’illusion que ces faits de langue n’ont aucune portée symbolique et pragmatique. On pourrait déjà viser un peu plus d’égalité, avec un pied de nez qui ne serait évidemment pas une fin en soi mais un moyen de démontrer par les faits. Ainsi, pourquoi ne pas se jouer de ces règles ineptes en nous amusant à employer le féminin générique et la règle du féminin qui l’emporte sur le masculin? On peut sans difficulté imaginer qu’une telle expérimentation, que l’on pourrait envisager, par exemple, une semaine par an, autour du 8 mars, ou plus équitablement la moitié de l’année , en plus de son potentiel émancipateur, pourrait faire entrevoir aux récalcitrantEs, à quel point, finalement, ces questions-là n’ont rien d’anecdotique.

Autrement dit, quelques soient les injonctions autoritaires, réactionnaires et régressives du ministère, nous continuerons à lutter pour une éducation antisexiste et, par conséquent, émancipatrice !

(1) Centre Hubertine Auclert, 2012, 2013, 2015, 2017. Observatoire des inégalités, « La place des femmes dans les manuels scolaires », 2013.

(2) Circulaire du 05-05-2021. https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo18/MENB2114203C.htm

(3) P. Gygax, N. Gesto, « Féminisation et lourdeur de texte », 2007.

(4) https://www.academie-francaise.fr/linstitution-lhistoire/les-grandes-dates

(5) A l’époque, pas la moindre femme ne pouvait prétendre à l’éternité… Et depuis, tous comptes faits, 10 femmes pour 737 académiciens ont occupé les sièges, parfois fort convoités. Voilà pourquoi l’accord selon le sens s’impose, cette institution ayant péniblement atteint le taux de 1,36% de femmes en son sein sur près de 4 siècles…

(6) É. Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! : petite histoire des résistances de la langue française, 2014. É. Viennot, L’Académie contre la langue française : Le dossier « féminisation », 2016.

(7) M. Brauer, « Une ministre peut-il tomber enceinte ? L’impact du générique masculin sur les représentations mentales », 2008.

(8) A. Chatard, S. Guimont, D. Martinot, « Impact de la féminisation lexicale des professions sur l’auto-efficacité des élèves : une remise en cause de l’universalisme masculin ? », 2005.

(9) M. Candéa, L. Véron, Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, 2019.

(10) Leçon inaugurale au Collège de France du 7 janvier 1977.

1 Certain·es disent aussi épicène, par métonymie (ou abus de langage ?), ce terme ayant un autre sens en linguistique : il désigne les noms ou les adjectifs qui sont identiques au féminin et au masculin (architecte, journaliste, facile, ridicule…) ; voir aussi la note 12.

2 Voir par exemple la tribune que j’ai co-signée avec Raphaël Haddad, responsable de l’agence Mots-clés (qui diffuse un Manuel d’écriture inclusive), « L’écriture inclusive se retrouve réduite, à tort, au point médian » (lemonde.fr, 27 avril 2021). Il est tout à fait normal que le point médian soit d’usage instable, voire utilisé à tort et à travers, puisqu’il est le produit d’expérimentations effectuées depuis une trentaine d’années par les francophones, en dehors de toute aide des institutions qui auraient pu les guider dans leur recherche d’un langage moins sexiste (quand ce n’est pas sous leurs huées).

3 Pour plus de précisions sur les trois premières, voir É. Viennot et al., L’Académie contre la langue française : le dossier « féminisation » (Éd. iXe, 2016), chap. 2, « Les offenses ».

9 Notamment la Recommandation n° R(90) du Conseil de l’Europe « sur l’élimination du sexisme dans le langage », adoptée par le Comité des Ministres le 21 février 1990, qui stipule que « le langage en usage dans la plupart des États membres du Conseil de l’Europe – qui fait prévaloir le masculin sur le féminin – constitue une entrave au processus d’instauration de l’égalité entre les femmes et les hommes du fait qu’il occulte l’existence des femmes qui sont la moitié de l’humanité, et qu’il nie l’égalité de la femme et de l’homme » ; et la Recommandation CM/Rec(2019)1 « sur la prévention et la lutte contre le sexisme », adoptée par le Comité des Ministres le 27 mars 2019, qui rappelle que le langage ne « doit pas consacrer l’hégémonie du modèle masculin » et que cela « implique d’éliminer les expressions sexistes, d’utiliser des formes féminines et masculines ou neutres dans les titres et pour s’adresser à un groupe ».

10 Voir le compte rendu du juriste Benjamin Moron-Puech,

https://sexandlaw.hypotheses.org/files/2021/05/B.-Moron-Puech-Grammaire-illicite.pdf

11 Celle du 28 juillet 2020 (issue de l’extrême-droite), celle du 23 février 2021 (République en marche), celle du 23 mars 2021 (LR). À ce sujet, voir mon article « Une loi interdisant l’écriture inclusive conduirait à remplacer des millions de documents officiels », paru dans lemonde.fr du 2 avril etLe Monde du 3 avril.

12 Article signé Claire Conruyt, paru le 19 mai 2021.

13 Les « noms d’humains », ou « noms de personnes », ou « noms d’êtres animés » (humains et personnes traitées comme tels : divinités, allégories…) se différencient des « noms d’êtres inanimés » (objets, réalités immatérielles…). Les premiers vont par deux, un féminin, un masculin, selon que la personne désignée est identifiée comme une femme ou comme un homme – à moins qu’il existe une impossibilité pour l’un des sexes d’exercer l’activité désignée (ex. : pas de masculin à nourrice, originellement « femme qui donne le sein », ni de féminin à eunuque, « homme privé de ses attributs virils »). Pour ce corpus, le genre est dit « motivé ». Les seconds sont féminins ou masculins, sans que cela fasse sens (le genre est dit « arbitraire »). Les noms d’animaux se répartissent dans les deux catégories précédentes, selon que la différence des sexes (physique ou comportementale) s’observe ou non. Je ne classe pas parmi les noms d’humains les métaphores et les métonymies, puisque les noms qu’elles mobilisent sont des noms d’inanimés (donc, des noms à un seul genre) – qu’on réalise qu’il s’agit d’images (parce que ces noms demeurent utilisés au sens propre : andouille, étoile, plume, tête…) ou qu’on ne s’en rende plus compte (parce que le référent concret est sorti d’usage : génie, individu, personne, recrue, sentinelle, témoin, vedette, victime…).

14 À ce jour (27 mai 2021), si j’en juge par mes recherches sur l’Internet, personne ne semble avoir compris que l’Académie s’était fendue d’une nouvelle bulle. Ce qui est un autre signe de l’avancée du débat sur le langage égalitaire et de la prise de conscience de l’incompétence de cette institution en matière linguistique : tout le monde débat, et tout le monde se moque de ce qu’elle peut dire.

15 La suite de la Lettre ouverte est un nouveau florilège de sottises linguistiques affirmées d’un ton docte. Il y apparait notamment que la compagnie ne saisit toujours pas la différence entre les noms d’êtres animés et les noms d’être inanimés (voir note 12. De même, elle n’a toujours pas compris que dire « une sentinelle » ou « une ordonnance » à propos d’un homme n’est pas une exception au fonctionnement des noms d’animés, mais un recours à une métaphore (comme on dit qu’un écrivain est une belle plume).

16 Condillac, Cours d’études pour l’instruction du prince de Parme, 1798.

17 Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse en 10 vol., 1960-1964. Les dictionnaires plus récents fournissent généralement des définitions tellement alambiquées de ce mot qu’elles sont incompréhensibles. No comment.

18 Du reste, les rares signataires (parmi les 314) du manifeste « Nous n’enseignerons plus que le masculin l’emporte sur le féminin » (Slate.fr du 7 nov. 2017) à avoir été inquiétées par des parents ont été immédiatement soutenues par leur hiérarchie – sur ordre de Blanquer évidemment.

19 Il faut rappeler que rien ne différencie les noms de fonctions des autres noms d’humains morphologiquement parlant, et que seules les fonctions prestigieuses monopolisées par les hommes (ou rêvées comme telles) ont fait l’objet d’une « protection » particulière.

20 Le ministère fournira-t-il une liste de ces noms qui ne peuvent être employés qu’au masculin parce qu’ils sont génériques ? On l’attend avec impatience.

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