Ylla mag llan alli ylla (Il était une fois…)

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« La grand-mère, dépositaire des traditions séculaires, s’en est allée par une nuit de décembre, comme elle a vécu, digne et discrète »

Un conte et une conteuse. Un conte et une inspiration, « S’il décrit guerres et batailles d’antan, il en appelle à la paix propre à toute nation forte de son passé, de ses strates identitaires, linguistiques et culturelle », la liberté dont la liberté religieuse face à la conquête arabo-musulmane. Une grand-mère et une héroïne. Une rebelle aux assignations et aux codes, une insurgée face aux interdits et au poids de la honte, une femme choisissant amant et enfant, « J’élèverai mon enfant seule. Pourquoi m’encombrer d’un homme et de ses ennuis ? », une personne debout, combattante, « une guerrière du nom de Tihya », vivante comme le combat des femmes pour l’égalité…

L’art du conte, c’est en premier lieu cette capacité à décliner au rythme des petites auditeurs et auditrices, « On vous offrirait une étoile, vous demanderiez la lune. On vous offrirait la lune, vous exigeriez le soleil. L’histoire de Tihya vous a divertis tout l’hiver », de ruser avec les mots et les subtilités langagières, d’orchestrer l’animation autour de soi, délier les mots magiques, de jouer sur les interruptions, les questions, les remarques, « A force de raconter, de décrire, d’inventer et de rajouter, la grand-mère donne l’illusion du vrai et du palpable », les surgissements du temps présent, les règles du conte, « On peut se l’approprier le temps de la conter, l’embellir, l’agrémenter de descriptions, de couleurs, mais on ne peut trafiquer ses événements majeurs… »

L’art du conte, c’est aussi réinvestir ou inventer une légende, souligner les éléments qui dépassent leur moment dans l’histoire, irriguer de sensations et de projections l’espace des auditeurs et auditrices – comme la candeur d’enfants, « Comment dire à un enfant les aléas de l’Histoire, la condition humaine, les croyances divergentes, les inepties, les cruautés commises à travers les âges au nom de convictions, souvent à des fins narcissiques », saisir ces concrets qui permettent amarrer les rêves, ouvrir « les dédales de l’imaginaire », construire la temporalité propre du déroulement des événements – sans négliger ce que pourrait permettre la fin de cette histoire, « et… patatras ».

« il n’y a pas plus beau moment que celui où s’élève la formule magique ». Ylla mag llan alli ylla…

Cette légende des papillons aux ailes déployées devrait séduire les lectrices et les lecteurs tant par son art du conte, que par le conte lui-même. Nadia Chafik anime une femme et ses combats, une conteuse et ses narrations, l’actualité de l’égalité. Un conte est-il autre chose qu’un miroir tendu à nos aspirations ?

Nadia Chafik : Tihya

Le légende des papillons aux ailes déployées

Des femmes – Antoinette Fouque, Paris 2021, 400 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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