Pour un renforcement des collaborations entre mouvement social et quartiers populaires

Dans le mouvement social et écologique français, le déficit d’inclusion des minorités d’origine non européenne est récurrent sauf exceptions. Or, du fait de leur visée égalitaire et émancipatrice, les organisations progressistes ont un devoir d’exemplarité ; elles peuvent et doivent s‘affranchir des préjugés et autres réflexes d’exclusion que véhicule une partie de l’opinion publique.

Le contexte géopolitique et national incite vivement à des avancées significatives sur ce front. Du fait de l’essor inquiétant des nationalismes xénophobes, spécialement en France, les exécutifs, guidés par les droites et les extrêmes droites, mettent au point depuis une décennie un arsenal de lois et de décrets aux effets clairement discriminatoires : lois anti-terroristes, anti-migratoires, anti-séparatiste ; chasse aux sorcières à l’Université et dans l’Education nationale, lettre de généraux adressée au président Macron préconisant un recours militaire, pour un « retour à l’ordre public ». L’application de cette politique par les forces de l’ordre militaires, policières et judiciaires attente régulièrement aux droits démocratiques et humains dans les pays du Sud (pays du Sahel et subsahariens…), comme dans les quartiers populaires et dans la chasse aux migrant·e·s. Le terrorisme que cette situation alimente frappe lui aussi les peuples et les communautés des Suds.

Les questions relatives à l’impérialisme français et au néocolonialisme françafricain ne peuvent être traitées de manière périphérique car elles impactent directement les luttes sociales et l’état d’esprit de la population française et de ses leaders d’opinion. Le tropisme ethno-nationaliste est solidement ancré dans l’histoire de France (pas seulement celle-ci, hélas) et ce poison n’a pas fini de faire des dégâts.

Du fait, entre autres, de l’absence de résolution des crises qu’enregistrent les relations Nord-Sud, l’étape actuelle de la mondialisation, dite néolibérale autoritaire, se caractérise, au nom de la sécurité, par une atteinte dangereuse aux droits fondamentaux des organisations du mouvement social et écologique lui-même, et par une régression des forums sociaux mondiaux et de leur influence.

Pour toutes ces raisons, il importe de rompre avec une séparation de facto des activités des différentes équipes de progressistes. Les militant·e·s qui sont originaires des Suds s’investissent dans les suites des printemps arabes en dépit de leur répression et de la montée de l’islamisme radical, dans la mobilisation interafricaine pour l’abolition du franc CFA, contre les opérations militaires extérieures et les dégâts écologiques occasionnés par le productivisme occidental, dans les mobilisations antiracistes en Outremer et en métropole notamment suite à l’assassinat de George Floyd et à l’essor du mouvement Black Lives Matter aux USA…

L’alternative réside dans la construction d’un « altermondialisme intérieur », qui s’avère un complément indispensable de l’altermondialisme globalisé. Ce dialogue entre les différentes composantes du peuple français ouvrira la perspective d’un contrat social qui revitalise les libertés publiques et les droits démocratiques et humains, qui promeuve une citoyenneté équitable et fraternelle ainsi que des relations intercommunautaires apaisées. 

Nous appelons donc les organisations du mouvement social et écologique à renforcer les collaborations avec leurs homologues des quartiers populaires, des migrant·e·s, des Outremers ainsi que des pays ex colonisés, et à médiatiser largement l’expertise de leurs représentant·e·s. 

Premier.es signataires : 

Nils Andersson, ancien éditeur, spécialiste de géo-politique
Ludivine 
Bantigny, historienne
Bernard 
Bassemon, membre de la commission Démocratie d’Attac France
Adda 
Bekkouche, juriste, membre du Conseil scientifique d’Attac France
Jacques 
Berthelot, économiste, réseau SOL
Pierre 
Billaud, cadre de l’industrie retraité
Philippe 
Blanchet, linguiste, membre du Conseil d’orientation de la fondation Copernic
Véronique 
Bontemps, anthropologue, chargée de recherche au CNRS
Martine 
Boudet, didacticienne, membre du CS d’Attac France
Claude 
Calame, anthropologue, membre du CS d’Attac France
Pierre 
Cours-Saliés, sociologue, Ensemble !
Laurence 
De Cock, historienne, enseignante
Christian 
Delarue, spécialiste de l’antiracisme, MRAP
Christine Delphy, sociologue
Didier Epsztajn, animateur du blog « Entre les lignes entre les mots »
Alain 
Fabart, co-responsable Commission migrations d’Attac France
Patrick 
Farbiaz, militant écologiste et anticolonialiste (PEPS/Pour une écologie populaire et sociale)
Jean-Michel 
Faure, professeur émérite université de Nantes
Bernard 
Fischer, employé de la Sécurité sociale et militant internationaliste
Charlotte 
Géhin, initiatrice de l’appel pour l’annulation du sommet Afrique-France de Montpellier
Samy 
Johsua, professeur émérite en sciences de l’éducation, université Aix Marseille
Daniel 
Lartichaux, professeur-documentaliste au lycée Rimbaud de Garges-les-Gonesse, SNES (tendance intersyndicale émancipation), UJFP
Sonia F. 
Lauro, fonctionnaire internationale à la retraite et militante pour les droits humains 
Olivier Le Cour Grandmaison, politologue
Serge 
Le Quéau, syndicaliste membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
Olivier 
Long, peintre et militant, universitaire
Christian 
Mahieux, cheminot retraité, syndicaliste
Jean 
Malifaud, maitre de conférences retraité
Gustave 
Massiah, économiste altermondialiste
Martine 
Monier, militante d’Attac
Evelyne 
Perrin, économiste, membre du CS d’Attac France
Jean-Luc 
Picard-Bachelerie, militant d’Attac France
Yves 
Quintal, associatif Etm et altermondialiste
Antoine 
Rabadan, signataire de l’appel pour l’Annulation du Sommet Afrique-France de Montpellier
Arnaud 
Saint-Martin, élu d’opposition LFI, conseil municipal et communautaire de Melun
Catherine 
Samary, économiste, membre du CS d’Attac
Serigne 
Sarr, président de l’association pour la défense des droits de l’eau et de l’assainissement (Addea) Dakar/Sénégal et militant d’Attac
Serge 
Seninsky, retraité, militant associatif
Robert 
Simon, ancien directeur général de l’association pour le développement des relations intercommunautaires à Marseille
Claude 
Serfati, économiste spécialiste des questions stratégiques, CS d’Attac France
Alessandro 
Stella, directeur de recherches au CNRS/EHESS
Louis-Georges 
Tin, président d’honneur du CRAN
Béatrice 
Turpin, réalisatrice de documentaires
Jean-Paul 
Vanhoove, retraité et militant associatif
Pedro 
Vianna, poète, homme de théâtre, universitaire
Christiane 
Vollaire, philosophe, revue Chimères

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/260521/pour-un-renforcement-des-collaborations-entre-mouvement-social-et-quartiers-populaires

https://www.change.org/p/sos-démocratie-en-péril/u/29120259

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