France : le cauchemar idéologique (plus texte du Syndicat de la magistrature)

C’est une première dans l’histoire de la Ve République. Pour deux raisons : d’abord parce que l’on n’avait jamais vu un ministre de l’intérieur participer à une manifestation de policiers qui s’en prenaient aux institutions, qui plus est devant l’Assemblée nationale. Le 19 mai, Gérald Darmanin était en effet, aux côtés des policiers qui scandaient « Le problème de la police, c’est la justice ! », et cela au moment même où dans l’hémicycle, le Garde des Sceaux défendait son projet de loi sur « la confiance » dans la justice. Darmanin qui était présent avec l’aval explicite du Premier ministre et l’appui au moins implicite du Président de la République soutenait des syndicats de policiers qui s’en prenaient au « laxisme » du gouvernement. De ministre de l’Intérieur, l’homme qui dans la macronie est chargé de concurrencer Marine Le Pen sur son propre terrain s’instituait, une fois de plus, « ministre des policiers ».

L’autre « innovation » de cette manifestation, c’est qu’elle a étrenné un « front national commun » qui en matière de politique sécuritaire va désormais du Rassemblement national au PCF en n’oubliant pas les derniers socialistes. Fabien Roussel, candidat communiste aux présidentielles a désormais pris en charge la thématique sécuritaire au nom de son caractère « populaire ». Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, présent avec Anne Hidalgo, ne pouvait demeurer en reste. Le socialiste n’a pas hésité à demander que « la police ait un droit de regard au moment de l’aménagement des peines » provoquant une violente polémique au sein même de son parti. Jusque-là personne, même pas à l’extrême droite, n’avait formulé aussi catégoriquement cette confusion des pouvoirs. Olivier Faure a plaidé « l’expression malheureuse », mais a tout aussitôt ajouté : «  jamais je ne laisserai le monopole de la sécurité à Marine Le Pen ». Pour les verts, Yannick Jadot n’a pas hésité à « conforter » son image de présidentiable en se joignant également à la manifestation, suscitant, lui aussi, quelques remous au sein de sa famille politique. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, toute une classe politique est passée de la compassion pour les policiers assassinés à une complaisance idéologique indéfendable en démocratie.

Désormais, la droite comme la gauche dite « de gouvernement » ont trouvé la surenchère sécuritaire comme seule réponse à l’extrême droite, lui offrant inexorablement la voie du pouvoir suprême (entre autres). Seule La France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon ont sauvé l’honneur en dénonçant ces dérives dramatiques qui conduisent tout droit au retour au pouvoir de la France de Vichy.

C’est le même délabrement idéologique qui règne aujourd’hui dans les élites politiques traditionnelles. Le macronisme n’est qu’un néolibéralisme d’opportunisme qui épouse toutes les courbes de l’opinion pour tenter de consolider ses minces ressources électorales. La droite classique a explosé entre « marcheurs » et alliés potentiels (ou déjà bien réels) du Rassemblement national. Et l’on a vu ce qu’il est advenu d’une gauche déjà condamnée à la défaite, sinon à la disparition par ses errements idéologiques comme par ses irrémédiables divisions. Le travail est à l’œuvre depuis des décennies, mais cette fois il est achevé ou presque : l’extrême droite, avec le concours des partis de gouvernement, a installé son hégémonie culturelle et idéologique.

Observateur attentif de la vie politique française depuis un demi-siècle, jamais je n’aurais cru assister au déroulement d’un tel scénario : la France risque bel et bien d’entrer dans les ténèbres sans que les responsables des partis démocratiques ne semblent le mesurer. Seul un sursaut radical pourrait encore permettre de l’éviter. Mais quelles forces politiques ont-elles encore la capacité et la volonté de livrer bataille ?

Hugues Le Paige

22 mai 2021

https://leblognotesdehugueslepaige.be/france-le-cauchemar-ideologique/

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Premiers flics de France…

Cet après-midi, ministres et élus de tous bords se pressent à une manifestation organisée par différents syndicats de police, qui font part depuis quinze jours de leur exaspération face à une justice qui ferait quotidiennement la démonstration de son laxisme et de son inconséquence – dénoncée encore dernièrement dans l’affaire de Viry-Châtillon, dont la qualité et la sincérité des investigations menées méritaient bien, outre des protestations outrées devant les acquittements intervenus, le soutien du Directeur général de la police nationale.

La revendication principale exprimée dans le communiqué intersyndical appelant à cette manifestation est celle de peines planchers pour les agresseurs des forces de l’ordre, ainsi qu’un « changement de logiciel » par rapport à « l’orientation prise pour l’individualisation des peines et l’érosion de celles qui sont prononcées ». 

S’engouffrer dans l’instrumentalisation des drames récemment vécus par deux fonctionnaires de police est bien commode pour nos élus et ministres : ils espèrent ainsi faire oublier le renoncement des gouvernements qui se sont succédés à faire des forces de l’ordre de véritables agents de la paix publique, et à améliorer leurs conditions de travail et leur formation. 

Le courage politique et surtout le sang-froid démocratique de ces responsables politiques méritent d’être salués : il eût été peu stratégique, alors qu’il est temps de battre campagne, de ne pas être aux côtés de ceux qui représentent les agents de la force publique – quitte à avaliser la démonstration de force – et du côté de la belle unanimité qui se forme pour accuser ceux qui appliquent les lois votées années après années. Cela ne coûte pas cher, le prix à payer étant seulement de reléguer toujours un peu plus loin le principe de la séparation des pouvoirs, devenu si suranné en ces temps fébriles.  

La concurrence est rude, pour obtenir le label de premier flic de France mais le nouvel horizon que dessinent nos ministres et élus en participant à cette manifestation et en s’associant ainsi aux revendications policières, est celui d’une société dans laquelle la police devient une puissance autonome au lieu d’être une force publique au service des citoyens, dictant à l’exécutif la définition de la politique pénale, au parlement le contenu des lois, et revendiquant une indispensable impunité pour elle-même – puisqu’elle est la seule à pouvoir sauver la collectivité de l’anarchie. 

Quel est le nom d’un tel régime ?

Syndicat de la magistrature

https://blogs.mediapart.fr/syndicat-de-la-magistrature/blog/190521/premiers-flics-de-france

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Morts tragiques de nos collègues :
les vautours du sécuritaire se régalent

La Police Nationale vient de perdre deux de ses membres en quelques jours. Après l’attentat qui a frappé Stéphanie Monfermé, une agente administrative du commissariat de Rambouillet, c’est un policier, Eric Masson, qui a été tué dans l’exercice de ses fonctions à Avignon, lors d’un contrôle de police en matière de stupéfiants. Aux familles et services endeuillés, Sud Intérieur adresse une nouvelle fois ses condoléances.

Notre syndicat est attristé par ces pertes, qui plus est, dans des circonstances tragiques. Mais nous sommes également en colère de voir ces drames servir une nouvelle fois l’agenda sécuritaire d’une partie de la classe politique, médiatique et syndicale qui cherchent, à travers l’émotion légitime suscitée par ces tragédies, à exploiter la mort d’autrui pour enfermer la société dans un carcan liberticide et inégalitaire au profit de ses propres intérêts. Loin de prendre le recul nécessaire face à cette violence afin d’en analyser les causes, ils se livrent à un concours de fake news, d’amalgames et de propositions hors-sol, quand ce n’est pas la reprise de mesures qui… existent déjà.

La dignité due à la mémoire de nos collègues voudrait que le débat sur les questions de sécurité soit fait de raison et d’arguments factuels. Il n’est que pathos et travestissement de la réalité. L’enjeu est donc moins l’hommage aux victimes que d’utiliser ces drames pour imposer un projet de société mortifère.

Il semble donc essentiel pour Sud Intérieur d’apporter ici un certain nombre d’éléments qui sont pas ou peu visibles dans le débat public.

La mort et les policiers

Les meurtres de nos 2 collègues, dans un temps très proche, ont remis l’idée, dans le débat public, que les policiers étaient de plus en plus exposés à un risque de mort. Or, l’examen des faits et des statistiques en la matière démontre le contraire. Depuis le milieu des années 80, où les policiers étaient extrêmement exposés à la mort, notamment dans le cadre d’actes de terrorisme et de divers braquages, le nombre de policiers tués en mission n’a cessé de baisser. De manière circonstancielle, certaines années récentes ont été beaucoup plus dramatiques que d’autres en termes de policiers tués en mission, expliquant une légère hausse, mais globalement le chiffre des policiers tués volontairement lors de missions de police est à la baisse sur le temps long.

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C’est ce que nous apprend notamment le site Mémorial en ligne des policiers morts en service, victimes du devoir qui recense et rend hommage aux policiers décédés en mission. Leur excellent travail de mémoire, qui a recensé notamment 193 décès depuis 1970, montre la baisse du nombre de policiers tués dans des affaires de droit commun depuis le milieu des années 80, particulièrement les homicides par arme à feu. La légère hausse du nombre de policiers tués dans les années 2010 est dû, quant à elle, aux attentats qui ont visé nos collègues.

Les forces de l’ordre (y compris les militaires de l’opération sentinelle et les polices municipales) ont fait l’objet de 17 actions terroristes depuis 2014. Ceci n’est pas nouveau dans notre histoire. Les policiers français, en tant que représentants extrêmement symboliques de l’Etat régalien français, furent à de nombreuses reprises victimes du terrorisme, qu’il soit islamiste, indépendantiste (guerre d’Algérie), d’extrême-droite (OAS) ou venant de l’ultra-gauche (Action Directe).

Cependant, malgré le risque accru lié au terrorisme, les policiers français, à l’heure actuelle, semblent moins exposés que ne l’étaient les policiers durant les années 80 ou 90, et à un niveau presque équivalent aux années 2000. S’il convient de rester vigilant, puisque la police est clairement une cible désignée du terrorisme islamiste en France, l’hystérie qui entoure cette question dans le débat public mérite donc d’être dénoncée. Il faut garder raison et refuser la surenchère populiste et autoritariste dont le seul objectif n’est pas la protection des policiers et de l’ensemble de la population mais bien l’instrumentalisation des émotions pour s’assurer toujours plus du contrôle social de la population, autant par la peur que par de nouvelles lois et mesures liberticides.

De plus, il y a un discours extrêmement malsain, venant notamment des syndicats de policiers, laissant penser que l’Etat et le laxisme de la justice ne feraient rien pour empêcher les policiers de mourir. Premièrement, le laxisme supposé de la justice ne résiste pas à l’examen des faits quand on étudie les statistiques de la justice pénale : la justice condamne de plus en plus, la moyenne des peines augmentent et nous battons des records de surpopulation carcérale. Le problème n’est pas la sévérité ou non des juges mais les moyens accordés à la justice et la lutte contre la récidive. Notre justice n’a cessé de se paupériser à mesure qu’on lui en demandait de plus en plus.

Deuxièmement, le risque d’être tué fait partie du métier de policier, au même titre que dans les professions de pompier et de militaire. C’est un métier qui intervient sur différentes formes de violence, parfois gravissimes. Cela a toujours été le cas. Mécaniquement, cela expose les policiers à ce risque de mort. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’habituer à la mort de nos collègues, à ces drames qui détruisent des vies et des familles. Cela veut dire qu’il faut travailler à une société qui élimine toute forme de violences. Exiger que plus aucun policier ne soit tué en mission sans créer les conditions d’une société qui élimine toute forme de violence, y compris la violence originelle produite par un système inégalitaire, c’est être malhonnête politiquement, syndicalement et intellectuellement. Car, tant que la société produira de la violence, des policiers seront susceptibles d’être tués en mission.

Est-ce que cela signifie que les policiers exercent en toute sécurité ? Non.

Si broder sur un risque de mort supposément plus important, que les faits tempèrent, est une stratégie dangereuse pour la démocratie, on ne peut nier que les policiers encourent des risques plus importants d’être blessés de nos jours. Les chiffres semblent montrer une tendance nette, celle d’une augmentation du nombre de blessés en mission. Néanmoins, il faut là encore faire très attention à comment interpréter des chiffres qui ont régulièrement été manipulés pour justifier une intensification de la répression, tant sur le terrain que dans les dispositions législatives.

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Policiers blessés en service et en mission de 2014 à 2018
(tableau de l’ONDRP)

De plus, cette augmentation du nombre de policiers blessés en mission ne vient pas de nulle part. Elle a des causes qu’il faut identifier pour mieux comprendre le phénomène et y remédier. Pour Sud Intérieur, qui ne prétend pas apporter toutes les réponses, les causes suivantes peuvent expliquer en partie ce regain de tension entre la police et une partie de la population :

  • Politique du chiffre et police d’intervention : Avec les années Sarkozy, la police s’est orientée vers une politique de la tolérance zéro et du résultat quantifiable immédiatement. Cela a profondément modifié le faire police en France en accentuant deux pratiques : la police d’intervention et le contrôle d’identité. Ces deux pratiques professionnelles, poussées à l’extrême, ont engendré de plus en plus de rapports conflictuels et donc de violence, que ce soit contre ou par des policiers. Comme l’ont noté de nombreux sociologues, la police est devenue une bande rivale aux yeux de nombreux jeunes des quartiers, une bande voulant imposer son autorité armée sur un territoire qui n’est pas le sien, selon la vision qu’en ont certains jeunes. Cette vision problématique de la police est la conséquence de politiques publiques qui ont abandonné l’idée de lutter réellement contre les inégalités sociales, préférant le maquillage de la politique de ville tout en faisant de la police l’acteur central de la présence étatique dans les quartiers populaires. Cela a contribué à aggraver des tensions et à favoriser guet-apens et attaques de commissariat. Ces violences que nous dénonçons sont avant tout la conséquence d’un abandon politique qui encourage la violence de rue.

  • Un maintien de l’ordre autoritariste : Longtemps loué pour son professionnalisme, le maintien de l’ordre à la française n’a cessé de régresser ces dernières années. Sivens, Notre Dame des Landes, la Loi Travail, les Gilets Jaunes, autant de luttes sociales qui ont montré que le maintien de l’ordre à la française devenait de plus en plus la seule réponse politique aux questions fondamentales de notre société et de notre planète. La répression accrue des manifestations et son caractère hautement liberticide a été dénoncée jusqu’à l’ONU. En se parant du frauduleux concept de monopole étatique de la violence légitime, l’Etat n’a cessé de terroriser les mouvements sociaux tout en refusant de comprendre la violence qui pouvait s’y exercer à la marge. Or, cette violence n’est qu’une réponse à la violence institutionnelle et sociale produite par le système capitaliste et son gestionnaire institutionnel, l’Etat. Sud Intérieur ne cautionne pas cette stratégie militante de la violence, qui n’est pas la nôtre, mais nous en comprenons les causes et les objectifs. Malheureusement, ces violences qui ciblent symboliquement le capitalisme n’atteignent généralement que les policiers eux-mêmes, sans efficacité démontrée à changer le système. Elles blessent des femmes et des hommes qui sont aussi des victimes de ce système et ce n’est pas, pour nous, la bonne solution. Néanmoins, c’est une violence militante qui naît d’une violence plus globale qu’entretiennent les politiques des gouvernements successifs et cela ne peut qu’engendrer plus de blessures chez les policiers et gendarmes.

Plus globalement, loin des discours fallacieux sur un ensauvagement fantasmé de la société, les enquêtes de victimation montrent plutôt une tendance stable sur les 20 à 30 dernières années alors que le nombre d’homicide a été divisé par deux depuis les années 90 et par quatre depuis les années 60. Oui, la violence criminelle et délinquante existe, et les policiers en sont aussi victimes, mais elle n’est pas plus intense qu’avant. Historiquement, nous vivons dans la société la moins violente de l’histoire française. Et c’est parce que la violence a reculé sensiblement durant la deuxième moitié du 20ème siècle que notre perception de celle-ci nous la rend encore plus insupportable, particulièrement à l’heure des réseaux sociaux et des chaînes d’informations en continue qui grossissent l’importance et les émotions sur le moindre fait divers, offrant une vue du monde biaisé.

Néanmoins, comme dit plus haut avec le risque d’être tué en mission, le risque d’être blessé fait également partie du métier. On ne peut choisir la police en pensant échapper à ce risque, tout comme un pompier ne peut espérer éviter les interventions dangereuses ou un militaire d’être envoyé dans une zone de combats. Il ne faut pas laisser penser aux policiers que ce risque peut être supprimé à court terme, par des mesures à prendre immédiatement. C’est malhonnête. Que l’on parle de mort ou de blessures, c’est la diminution du risque qui doit être envisagée dans un premier temps, tout en acceptant que le risque zéro n’existe pas.

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Tableau créé par le site mémorial des policiers français mort en service

Quelles solutions pour protéger les policiers ?

Face à l’émotion légitime suscitée par le meurtre de nos deux collègues, les chantres du sécuritaire continuent de proposer des solutions hors-sol et dangereuses pour la démocratie, jusqu’à un syndicat de police demandant la même politique anti-drogue que des pays comme le Brésil avec renfort de l’armée et mesures attentatoires à la démocratie.

Depuis des décennies, à l’exception de la police de proximité, les gouvernements ont voté des lois, pris des mesures et mis en place des réformes pour augmenter le pouvoir répressif de l’Etat, et de la police en particulier, dans une frénésie sécuritaire qui nous a conduit dans une impasse. La politique de prohibition des stupéfiants depuis les années 70 en est un parfait exemple. Le trafic prospère et la consommation de cannabis en France est la plus élevée d’Europe. Gérald Darmanin propose une nouvelle guerre à la drogue sur un modèle qui a échoué partout, y compris quand des moyens énormes étaient disponibles (cf la « war on drugs » de Reagan dans les années 80).

Ne soyons pas dupes : la guerre à la drogue du ministre de l’Intérieur de la Sarkoz… de la Macronie a moins à voir avec l’envie de combattre les trafics et la consommation de stupéfiants qu’avec le renforcement d’un Etat autoritaire et son contrôle social de la population, à un an d’une élection présidentielle. Il en est de même pour les lois anti-terroristes et toutes les lois d’exception qui prennent prétexte d’une réelle problématique (terrorisme, pandémie, bandes violentes, etc) pour créer les moyens de réprimer la contestation sociale et de maintenir un ordre inégalitaire.

Un ordre inégalitaire, générateur d’une violence sociale et institutionnelle, protéiforme, qui est la source de toutes les violences que nous subissons au quotidien (violences sexuelles, conjugales, intrafamiliales, entre bandes, discriminatoires, d’acquisition, etc), y compris la violence subie par les policiers. Une société qui crée des inégalités, des différences de traitement, du mal-être, du rejet pour permettre à une minorité de posséder la majorité des richesses et des privilèges est une société qui dysfonctionne profondément. Un dysfonctionnement structurel violent qui génère en retour de la violence.

Ce que nous montre l’histoire, ancienne comme récente, c’est qu’une société qui s’améliore socialement et démocratiquement est une société qui fait reculer la violence. La criminalité n’est jamais vaincue par la police et la justice, qui agissent, à la marge, comme des digues temporaires, mais par des politiques sociales fortes. Ce sont les conditions de vie qui importent et non le taux d’interpellations ou de condamnations.

La criminalité est comme une maladie et la société, un patient. Pour guérir le patient, il faut des médecins et des remèdes, pas l’intervention du vigile qui garde l’entrée de l’hôpital.

La lutte contre les violences faites aux policiers, tout comme la lutte contre les violences policières et toutes les autres formes de violence, se situe donc à un niveau politique et social. Il faut changer notre société et notre manière de faire la police dans la société. Améliorer la sécurité des commissariats, acheter de meilleurs gilets pare-balles ou recruter plus de policiers ne seront que des mesurettes inefficaces ou peu efficaces si le fond du problème n’est pas traité. Les policiers et la population méritent mieux que de la cosmétique.

Changer notre société va prendre du temps mais des mesures peuvent être prises immédiatement :

  • Renforcer les dispositifs d’aide, d’insertion et de soutien dans les quartiers populaires et auprès des publics précaires, particulièrement la prévention spécialisée, secteur paupérisé malgré son importance dans l’accompagnement des jeunes et la prévention de la délinquance.

  • Donner de véritables moyens à la justice dans la lutte contre la récidive, pour les peines alternatives, l’exécution des condamnations et le suivi probatoire des personnes condamnées, notamment pour éviter les sorties sèches qui conduisent à la récidive.

  • Donner de véritables moyens à l’Education Nationale dans les secteurs de grande difficulté sociale, les établissements scolaires ayant un rôle de prévention et de lutte contre la délinquance bien plus opérant que la police à moyen et long terme.

  • Mettre fin REELLEMENT à la politique du chiffre et au faire police délétère d’une police d’intervention et de contrôles systématisés. Aujourd’hui, l’Etat expose les fonctionnaires de police en leur confiant une mission impossible à remplir, dans le seul but de maintenir un système inégalitaire.

  • Mettre fin à la politique inefficace de prohibition des stupéfiants qui encourage la politique du chiffre et les tensions sur le terrain, et donc les violences, sans que cela n’ait d’effet sur le trafic, la consommation et la tranquillité publique.

L’objectif de ces propositions est de ne plus faire de la police l’acteur central de la réponse de l’Etat aux problématiques sociales et sociétales. La sécurité n’est pas la première des libertés. Et la meilleure sécurité face aux violences, c’est la sécurité sociale au sens large.

De telles mesures amèneront à un recul de la violence et à moins exposer les policiers à cette violence. Cela permettra également à un recul des violences institutionnelles. Un avenir qui se construira par la justice sociale et une vitalité démocratique, loin du délire sécuritaire et liberticide qui nous entoure, véritable impasse pour la société et ses policiers.

C’est d’ailleurs parce que nous refusons la récupération de la mort de nos collègues que Sud Intérieur ne donnera aucune consigne pour la marche citoyenne du 19 mai prochain qui risque de se transformer en nouvelle tribune des tenants de la ligne d’un Etat autoritaire et d’une police de la seule répression, comme le montre l’appel à manifester de certains syndicats de police qui donnent rendez-vous ce jour-là devant l’Assemblée Nationale. Nos collègues méritent mieux. Les victimes de violence méritent mieux. Nous méritons tous mieux.

https://sudinterieur.fr/2021/05/16/morts-tragiques-de-nos-collegues-les-vautours-du-securitaire-se-regalent/

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Rassemblement du 19 mai à l’appel de syndicats de policiers :

la CGT Intérieur n’a pas appelé à y participer

Paris, le 20 mai 2021

La CGT Intérieur n’a pas appelé à participer au rassemblement de syndicats de policiers du 19 mai 2021 à Paris.

Ce rassemblement, largement instrumentalisé au plan politique, a donné lieu à des attaques verbales contre la justice témoignant d’un dangereux mépris contre le principe de la séparation des pouvoirs.

Appeler à rejoindre un tel rassemblement, inscrit dans le registre de la réaction émotionnelle vis-à-vis de l’opinion publique et de la récupération politique, n’était pas acceptable pour la CGT Intérieur. Les faits ont montré que nous avons eu raison de ne pas relayer cet appel.

Pour sa part, la CGT Intérieur s’associe à la peine suite au drame qui a frappé l’agent administratif en poste au commissariat de Rambouillet et celui survenu à Avignon au cours duquel un brigadier de police a été tué.

Ces drame font suite à ceux de Magnanville, de la préfecture de police de Paris, des préfectures de Lille, Montauban, du site Lumière au ministère de l’intérieur, et de tant d’autres morts survenus sur le lieu de travail parmi les fonctionnaires travaillant au sein de ce ministère.

Quelles que soient les causes de ces drames, les conditions de travail des agents et des ser  vices sonnent à chaque fois comme des révélateurs.

Pour la CGT, personne ne doit aller au travail pour mourir !

La CGT Intérieur s’associe à cet égard à la tristesse de la famille et des amis de la conseillère en économie sociale et familiale tuée dans l’exercice de ses fonctions la semaine dernière dans l’Aube.

La CGT Intérieur dénonce la mort au travail en tout lieu et toutes circonstances : les morts du BTP en France et ceux sur les chantiers de la coupe du monde football au Qatar, les morts au travail dans le secteur des transports, les morts par maladie professionnelle, la précarité comme cause de mortalité au travail, les accidents mortels par la négligence des employeurs, les suicides des salariés à cause du travail, dans la police, le secteur médical, chez les enseignants…

Non, personne ne doit aller au travail pour mourir !

https://drive.google.com/file/d/1J0_gyB5vrhuTB
kvqsmx8hbVKCa1SPKDM/view

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