Cessez la violence et la répression contre les femmes colombiennes ! (et autres textes)

Ces dernières années, en Colombie, l’ordre établi par le système patriarcal et le modèle économique néolibéral a été approfondi par un gouvernement de droite et par une crise institutionnelle, économique et politique résultant de cet ordre, qui s’est concentré sur la création de conditions permettant d’enrichir une minorité et d’enfoncer de larges secteurs de la population colombienne dans la pauvreté et la misère. Les pratiques politiques patriarcales qui excluent n’acceptent pas les différences et elles les éliminent physiquement, symboliquement et émotionnellement.

La grève nationale qui a commencé le 28 avril 2021, a été organisée par des jeunes, des femmes, des étudiants, des communautés noires, indigènes, paysannes et des organisations communautaires. Indignés par les injustices systématiques des gouvernements, ils ont élevé la voix, ils ont affronté leurs peurs pour dire : ça suffit ! Ils protestent pour empêcher une réforme fiscale qui les écrase et leur fait payer les détournements de fonds de la corruption, la défiscalisation du pays et l’inefficacité des gouvernements. Les voix des peuples et des communautés exigent : des réformes construites avec la participation de tous les secteurs et groupes sociaux du pays, la démission du président et des dirigeants corrompus qui n’ont aucun critère pour gouverner.

La répression sanglante de la police comporte de nombreux cas d’agressions sexuelles contre les femmes, en plus de nombreux rapports de coups, de blessures par balle et de meurtres. « L’État ne prend pas soin de moi, mes amis prennent soin de moi ! » C’est ce qu’on disait au Chili, aujourd’hui cela se répète en Colombie. Si l’on considère que seulement 30% des agressions sont rapportées, nous pourrions établir que pour les 15 agressions signalées, le chiffre réel doit être d’environ 70 ou plus. Ces agressions ne sont pas signalées par peur des représailles ou parce qu’il n’y a tout simplement pas de confiance dans le système judiciaire. La violence sexuelle en Colombie compte 90% d’impunité.

La plupart des victimes de violences sexuelles commises par les forces de sécurité se produisent dans des maisons, des postes de police ou des centres de détention. Au cours du long conflit armé en Colombie, la violence sexuelle a été l’arme d’humiliation et de punition des femmes des territoires, de celles qui décidaient avec autonomie ou qui transgressaient les normes conservatrices. Les femmes de Colombie ont porté avec elles la peur et la douleur.

L’expression violence sexuelle montre que le corps des femmes est compris comme un territoire pour inscrire le pouvoir, pour exercer l’autorité et comme un objet que l’on peut posséder et violer. L’une des plaignantes a partagé une vidéo dans laquelle un policier dit à l’autre : « Fais ce que tu veux d’elle. » Cela signifie : « J’ai toute l’autorité et le pouvoir de faire ce que je veux de son corps ».

Une autre plaignante a déclaré : « J’ai été enfermé par des policiers qui me harcelaient et qui m’ont dit : « Si c’est comme ça que sont les manifestantes, c’est bien de les gazer » ». La plaignante a exprimé : « Vous ne savez pas la peur que j’ai ressentie en pensant que je n’allais pas rentrer chez moi ». La violence verbale dans le contexte de l’extrême violence de la police pendant la grève nationale inflige une terreur incomparable, et elle rend les femmes qui manifestent vulnérables.

Le pouvoir de la force publique soutenue par le gouvernement national peut commettre des crimes en toute liberté. Des membres de la force publique à Bogota ont détenu arbitrairement des femmes qui, après avoir été agressées sexuellement dans un camion, se sont jetées hors du véhicule pour fuir.

« Les hommes ont été battus et emmenés, et les femmes ont été séparées. À ce moment-là, un membre de l’escadron mobile anti-émeute (Esmad) s’est approché de moi et il a abusé de moi, en présence de tous ses collègues, y compris une femme (…) il m’a pelotée et a mis sa main dans ma zone intime », a déclaré la femme. Les policière sont complices de la même violence contre leur genre, même si des plaintes pour agression sexuelle ont été déposées à l’interne.

Pendant les détentions arbitraires, les jeunes femmes subissent toutes sortes d’intimidations et de violences. Une jeune femme a été amenée à l’unité de réaction immédiate du bureau du procureur sous la menace d’être poursuivie pour obstruction de la voie publique. Sur place, ils lui ont touché le corps et lui ont pincé les seins.

Les homicides sont également exercés contre les femmes, comme dans le cas d’une enseignante de la ville de Cali, qui a été capturée par la police, violée, empalée et démembrée. Son corps a été retrouvé dans la ville de Buenaventura.

En plus des gaz lacrymogènes lancés dans les quartiers, deux femmes adultes ont perdu la vie : Maria Jovita Osorio et Julia Navarrete.

Au nom de celles qui ont perdu la vie en exerçant leur droit de manifester, qui ont été humiliées et maltraitées, nous sommes ici aujourd’hui pour dire : Cessez la violence contre les femmes, À bas le patriarcat, Vive le féminisme communautaire, Vive le féminisme populaire !

Québec, 14 mai 2021

https://www.pressegauche.org/Cessez-la-violence-et-la-repression-contre-les-femmes-colombiennes

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Colombie : la mobilisation continue de croître

Après des décennies de conflit armé, « le conflit social reste intact », déclare Marylen Serna, du Congrès des Peuples.

Le 28 avril, une grève nationale a débuté en Colombie. Depuis lors, on assiste à des mobilisations massives dans les rues, dont les protagonistes sont les femmes, les jeunes, les organisations autochtones, les paysannes et les Noires. Le déploiement de l’armée dans plusieurs des principales villes du pays, sur ordre du président Iván Duque, a donné une nouvelle ampleur à la militarisation, aux groupes paramilitaires et à la gouvernance de la police et de l’armée colombiennes déjà en place.

Le 11 mai, la Radio Mundo Real (Monde Réel) a interviewé Marylen Serna, leader paysanne dans l’état colombien de Cauca, et porte-parole du Congrès des peuples [Congreso de los Pueblos]. L’interview peut être écoutée sur le site de la radio (en espagnol) ou lue ici sur Capire.

Marylen, bienvenue. Parle-nous de ces journées de mobilisation dans l’état du Cauca.

Nous venons d’une convocation en novembre 2019, avant la pandémie, lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la situation économique et sociale difficile, contre la reprise du conflit armé et la non-application des Accords de paix, une série de questions très intenses dans diverses régions du pays.

Ce fut une mobilisation sans précédent. Ils disent que cette mobilisation du 21 novembre 2019 a dépassé celle du 14 septembre 1977. Puis la pandémie est arrivée et a tout éclipsé. Pendant la pandémie, plusieurs mobilisations ont également eu lieu, mais en raison de l’isolement, elles n’ont pas eu une grande ampleur. La mobilisation a repris récemment, le 28 avril, de manière massive et avec une caractéristique très particulière : de nombreux secteurs qui sont descendus dans la rue ne font pas partie des mouvements sociaux. Nous, les secteurs organisés, qui faisons partie des grandes plateformes d’organisation en Colombie, nous avons l’habitude de descendre dans la rue, mais cette fois-ci, les jeunes se sont mobilisés dans la rue, les gens dans les quartiers et dans les communautés paysannes plus petites, des activités ont eu lieu dans les villages.

Tout a donc commencé par une grande mobilisation le 28 avril, qui s’est poursuivie toute la nuit, avec ce que nous appelons un « cacerolazo » [faire du bruit en tapant sur des casseroles], avec des barricades et des bougies allumées pour les victimes. Puis nous avons commencé à voir que toutes les nuits, de nombreuses activités avaient lieu dans tout le pays.

Le 1er mai est arrivé. Bien que les centrales syndicales aient déclaré que la mobilisation serait virtuelle, les gens sont descendus dans la rue. A partir du 3 mai, les secteurs paysans, le mouvement noir et le mouvement autochtone a rejoint les grandes mobilisations et sont venus dans les villes pour y rester. Et cela a considérablement renforcé la grève. C’était quelque chose de simultané à la répression brutale. Toute action communautaire était réprimée par la police : un groupe de jeunes au coin d’une rue, un groupe de femmes cuisinant et distribuant de la nourriture de manière communautaire. Des escadrons armés ont commencé à apparaître dans des voitures d’élite, avec des vitres sombres et des armes à longue portée, attaquant nos espaces. La situation est devenue très grave, mais la mobilisation a continué.

Le gouvernement national a ensuite lancé un appel à la négociation. Ils ont appelé le Comité national de grève, qui a lancé la convocation, mais qui aujourd’hui ne représente plus toutes les personnes mobilisées, car de nombreuses personnes qui sont descendues dans la rue ne font partie d’aucun processus organisationnel.

En tant que Congrès des Peuples, nous avons proposé que, pour écouter tous ces gens qui n’étaient pas organisés, mais qui avaient des besoins et une grande indignation, nous allions créer des assemblées populaires, qui sont maintenant conduites dans tout le pays. On espère qu’une grande assemblée nationale aura bientôt lieu.

Avant de parler des assemblées populaires, je tiens à rappeler que le dimanche 9 mai, le président Iván Duque s’est adressé directement aux secteurs mobilisés pour leur dire de retourner dans leurs refuges. Le ton qu’il a utilisé dans le message était pratiquement celui de la menace, ayant déjà militarisé plusieurs endroits. Après cela, il rencontrera le Comité national de la grève. Comment ces messages ont-ils été interprétés ?

Le gouvernement dispose de trois mécanismes pour mettre fin à la mobilisation. Le premier consiste à dire que les gens doivent retourner sur leurs territoires parce qu’ils courent un grand risque. C’est une menace évidente, un avertissement sur l’intention de répression.

La seconde est d’essayer de démobiliser les gens par le biais de la réunion avec ce Comité National de la Grève. S’ils parviennent à un accord, il est certain que certains secteurs rentreront chez eux, mais beaucoup resteront dans la mobilisation.

La troisième est la répression. La mort, la judiciarisation, l’emprisonnement, la disparition forcée et les abus sexuels commis par la police, par l’ESMAD [Esquadrão Móvil Antidistúrbios, la troupe d’élite de la police militaire], par l’armée, par toutes les forces militaires que le gouvernement a mises dans la rue.

Il y a une intention de mettre fin à cette situation, mais pas d’écouter ce qui est proposé, ce qui est voulu, les raisons pour lesquelles les jeunes, les paysans, les femmes au foyer sont dans la rue aujourd’hui. L’intention est de démobiliser et de démanteler la grève en utilisant la démagogie, la persuasion, les menaces, mais aussi en créant une table de négociation avec un groupe, notamment les centrales syndicales, qui, il faut le dire, n’ont pas beaucoup de monde dans les rues.

La participation des centrales syndicales s’est faite par le biais de grandes mobilisations qui durent une journée. Mais les paysans, les autochtones et le mouvement noir sont dans les rues et sur les routes depuis deux semaines. Nous ne voulons pas mépriser le potentiel d’interlocution du comité, mais il est essentiel de chercher un mécanisme pour que les autres secteurs qui sont mobilisés atteignent ces espaces pour dialoguer avec le gouvernement national.

Au début, les médias ont dit que la grève était pour la réforme fiscale. Mais dès que Duque a reculé un peu sur la proposition de réforme, ils ont dit « c’est fini, la grève est terminée, pourquoi continuer ? ». Mais ce premier pas avait d’autres exigences, comme la démilitarisation, l’interdiction de l’application du glyphosate sur les cultures « à usage illicite », et pas seulement le programme « non à la réforme fiscale ». Pourquoi la population se bat-elle et se mobilise-t-elle dans les rues aujourd’hui ?

La réforme fiscale a été l’une des questions les plus fortes et a réussi à articuler de nombreuses personnes. Il s’agissait d’une réforme très rétrograde pour les droits de la population et qui rassemblait tout le monde autour du même objectif. Mais il faut dire que la réforme fiscale ne s’est pas complètement effondrée. L’intention du gouvernement est de rédiger un nouveau contenu et nous sommes vigilants car il assouplira certainement certaines choses, mais l’essence de la réforme demeurera certainement.

Et il y a d’autres thèmes problématiques. La question des violations des droits humains revient avec insistance. Qu’est-il arrivé aux personnes disparues ? Il y a plus de 500 personnes qui ont disparu pendant la grève. Il y a beaucoup de gens à l’hôpital, blessés, accusés avec des charges légales. Il y a beaucoup de morts.

La réforme de la santé est un autre étendard. Le projet de loi 010 est au Sénat, c’est une réforme profondément rétrograde, qui confie la gestion des soins de santé aux multinationales, aux grands hommes d’affaires colombiens, et elle privatise encore plus la santé. Les frais mensuels, c’est-à-dire la contribution financière que les gens doivent apporter pour bénéficier de soins de santé dans un régime dans lequel ils doivent payer mensuellement, sont de plus en plus chers. Ces restrictions font de la santé de plus en plus un business et non un droit.

Et il y a d’autres thèmes : la démission immédiate du président Duque et de son gouvernement. Il s’agit d’un étendard imminent, que nous savons complexe et difficile, mais qui est là pour rester de manière définitive, à travers le slogan « Que le mauvais gouvernement tombe », placé en ce moment au niveau national. L’autre question est que les paysans sont sur les routes principales du pays pour protester parce que le gouvernement propose de résoudre le problème des cultures illégales avec l’application de glyphosate, mais nous savons que cela ne résout rien.

De nombreux endroits disent que les scènes que nous voyons ressemblent à une guerre, mais que la Colombie n’est plus en guerre car il existe un Accord de paix, qui n’est pas respecté mais qui est toujours en vigueur. Comment définiriez-vous la situation en Colombie aujourd’hui ?

Historiquement, il existe en Colombie un conflit social et armé. Nous parlons de conflits politiques et économiques dus à la marginalisation, à l’inégalité économique et à l’inégalité des chances, de l’accès à la terre, aux services et aux droits tels que la santé, l’éducation, l’alimentation, à l’exclusion de la majorité de la population colombienne des espaces de décision, par des restrictions de la participation politique. Il y a un conflit social qui a débouché sur un conflit armé. 

La confrontation armée en Colombie a une origine sociale et économique et c’est pourquoi les groupes d’insurgés ont pris les armes, dans une guerre de plus de soixante ans.

Le gouvernement a tenté d’effacer le conflit armé par le biais de l’Accord de paix, mais il n’en a appliqué qu’une petite partie, à savoir la démobilisation et la réintégration des combattants dans la vie sociale. Le gouvernement a investi beaucoup d’efforts dans ce domaine. Bien sûr, il y a aussi beaucoup d’anciens combattants qui ont été assassinés, 290 sont déjà tombés. Le gouvernement veut éteindre le feu avec beaucoup d’eau dans le conflit armé, mais le conflit social est intact.

Les thèmes établis dans l’Accord de paix (réforme rurale globale, participation politique, remplacement des cultures illicites, les droits des victimes, entre autres) n’ont pas été résolus. Le gouvernement n’a pas rempli sa part d’engagements. Environ 100 000 familles ont signé un pacte pour éradiquer les cultures illicites, en échange de l’investissement économique du gouvernement dans ces territoires, et le gouvernement n’a pas tenu ses promesses. Il n’y a pas de légalisation et de distribution des terres, ce dont la Colombie a besoin pour avoir un meilleur équilibre.

Tant que le conflit social ne sera pas résolu, les causes du conflit armé, qui ne cesseront de se complexifier, subsisteront, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Il y a des années, nous avions des forces militaires et paramilitaires sur nos territoires. Mais maintenant, nous avons trois groupes d’insurgés, les dissidences, les forces militaires, les paramilitaires, les groupes armés qui protègent les grandes compagnies minières dans les territoires, l’insurrection organisée. Nous sommes dans une situation bien pire dans ce conflit armé qu’il y a quelques années.

La pandémie est arrivée en plein milieu de cette situation, et au milieu de celle-ci, le gouvernement, au lieu d’approuver un revenu de base, a sorti une réforme fiscale qui va asphyxier encore plus la population. Il est impossible de penser à résoudre le conflit armé alors que le conflit social est devenu plus complexe et que ce que fait le gouvernement étouffe la population.

Projection des jours à venir : il y a une mobilisation permanente mais il y a un appel à de nouvelles grèves. Comment vous organisez-vous dans le Cauca ?

Le gouvernement dit que les mobilisations diminuent, mais nous considérons qu’elles augmentent, car de nouveaux secteurs descendent dans la rue. Le gouvernement a tenté de dialoguer avec le Comité national de la grève [le 10 mai], mais aucun accord n’a été trouvé. Le gouvernement comprend que la manière de répondre à la grève nationale est la répression et pense qu’avec elle, le peuple retournera dans ses territoires. Il y a un bras de fer politique en ce moment pour voir qui a le plus de force.

Nous autres paysans, nous sommes à la périphérie des villes, marchant de maison en maison, dans tous les quartiers de ce secteur, appelant les gens à la mobilisation. Nous sommes convaincus que la Colombie descendra en masse dans la rue et que nous aurons une nouvelle épreuve de force, la grève nationale battant le gouvernement. Si nous descendons dans la rue avec force, si nous parvenons à mettre en place les assemblées populaires et à avoir des porte-parole d’une construction plus démocratique, nous aurons la force d’un nouveau moment pour négocier et faire pression sur le gouvernement national.

Dans les réseaux sociaux, nous voyons les différents appels à cette participation plurielle, diverse, large, inclusive et directe. Quelle est la proposition des assemblées populaires ?

Les assemblées populaires sont l’occasion pour nous, des mouvements sociaux qui ont une structure organisationnelle, d’ouvrir les portes et les canaux de participation et d’écoute des secteurs de la société qui sont mobilisés aujourd’hui. Une nouvelle page pourrait voir le jour.

Nous ne pouvons pas rentrer chez nous puis revenir à l’assemblée populaire. Nous devons tenir les assemblées maintenant, où que nous soyons. Aujourd’hui, il y a des centaines d’assemblées sur les routes, dans les quartiers, dans les endroits où les gens sortent la nuit pour boire du lait, allumer des bougies ou distribuer de la nourriture.

Des assemblées populaires y sont organisées, basées sur trois questions. Pourquoi nous mobilisons-nous ? C’est-à-dire, quels sont les problèmes ? Que proposons-nous ? Sommes-nous d’accord sur le fait que nous devons négocier avec le gouvernement ? Beaucoup de gens disent qu’on ne peut rien négocier avec le gouvernement, parce qu’il n’a aucune volonté politique et qu’il est totalement délégitimé.

L’idée est que, à partir de là, des assemblées plus importantes voient le jour, au niveau des municipalités ou des états, puis une assemblée nationale, d’où émergeront nos réponses. Nous voulons aussi enrichir cet espace de représentation. De nouveaux porte-parole, de jeunes leaders qui peuvent oxygéner le leadership national que nous avons eu pendant de nombreuses années.

Nous sommes stigmatisés comme si nous étions un pays de droite, mais historiquement, nous avons lutté intensément contre le modèle dominant, de l’extrême-droite, qui prend de nombreuses vies et la liberté à de nombreuses personnes. Cette grève fait de nous un peuple qui lutte, qui est dans la rue, qui résiste à la domination et à la paupérisation.

Traduit du portugais par Claire Laribe

Langue originale : espagnol

Entretien réalisé par Azul Cordo

https://capiremov.org/fr/entrevue/colombie-la-mobilisation-continue-de-croitre/

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Les exigences du Comité national de grève en vue
de la possible réunion du 20 m
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Le gouvernement a demandé au Comité national de grève de  «déclarer explicitement sa condamnation des blocages de route et du recours à la violence dans les manifestations ». Le Comité national, pour sa part, a déclaré qu’il attendait une réponse concrète et sérieuse de l’État pour garantir l’exercice de la protestation.

Alors que le gouvernement national, par la voix du Haut-commissaire pour la paix, Miguel Ceballos [en place depuis 2018], assure qu’« il existe une bonne volonté pour continuer à avancer»  dans les dialogues [proposés par le gouvernement d’Ivan Duque], le Comité national de grève affirme que « le gouvernement Duque ne veut pas négocier, refuse de fournir des garanties ». C’est ainsi que se prononcent les parties ce lundi soir 17 mai férié, à l’issue d’une nouvelle réunion qui laisse sur la table, pour l’instant, les demandes de part et d’autre.

Le gouvernement a demandé au Comité national de grève d’émettre les condamnations susmentionnées, tout en remerciant l’Église catholique et les Nations unies pour leur accompagnement dans ce processus.

Miguel Ceballos a annoncé que le dialogue avec le Comité de grève continuera d’avancer vers la mise en place éventuelle d’une table de négociation, pour laquelle une nouvelle réunion a été prévue le 20 mai à 7 heures du matin au siège de Compensar [caisse de compensation familiale et de santé], à Bogota.

Le gouvernement national a annoncé que ce mardi 18 mai se réunira le Conseil national d’évaluation des garanties des manifestations publiques et pacifiques, réglementé par décret, mais a précisé qu’en aucun cas cela ne signifie que cette réunion remplace la table de négociation qui devrait être instaurée avec le Comité de grève.

De plus, le Comité de grève a été déçu par l’absence de réponses à se demandes de garanties pour la protestation, qui sont nécessaires « pour pouvoir commencer les négociations ». Il souligne aussi que « le gouvernement a dit non à tout, et même n’a pas fait référence à plusieurs questions ». Dans un communiqué, il a affirmé que « la véritable réponse que nous avons reçue aujourd’hui est la violence policière brutale qui s’est déchaînée depuis la nuit dernière (dimanche) à Yumbo [ville du département Valle del Cauca], avec au moins deux meurtres, 24 blessés et 18 disparus » [cette répression brutale s’exerce dans la foulée de celle exercée à Cali – par exemple dans le quartier pauvre de Siloe – ou à Popayan, où le viol par la police d’une jeune fille s’est produit, avec le suicide qui en a découlé].

Le Comité de grève a également remis en question le fait que le président Duque ait annoncé le déploiement de la capacité maximale des forces de sécurité [impliquant l’armée] pour débloquer le pays. « La réponse aux garanties, c’est celle de la terre brûlée contre la grève nationale. » Il a prévenu que la grève allait se poursuivre et que «la seule préoccupation du gouvernement, ce sont les blocages de routes, et ils nous demandent de les lever. Et nous avons dit que nous continuerons à nous mettre d’accord sur la mise en place de corridors humanitaires, que nous ne mettrons pas en danger la vie, la santé et l’approvisionnement en nourriture des Colombiens.» Enfin, le Comité national de grève a déclaré attendre toujours une réponse concrète et sérieuse pour garantir l’exercice de la protestation.

Article publié dans El Espectador, en date du 18 mai 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/colombie/colombie-les-exigences-du-comite-national-de-greve-en-vue-de-la-possible-reunion-du-20-mai.html

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Le soulèvement populaire est en train de faire tomber
le régime néolibéral et militariste de Duque

« Le néolibéralisme ne meurt pas sans tuer, mais plus il tue, plus il meurt. Ce qui se passe en Colombie n’est pas un problème colombien, c’est un problème qui est nôtre, celui des démocrates du monde » (Boaventura Dos Santos)

Le 28 avril 2021 a marqué une nouvelle étape dans l’histoire de la mobilisation et de l’exercice de la protestation sociale en Colombie. La grève nationale appelée par les centrales syndicales a fini par devenir un grand soulèvement populaire. Ce même jour, les capitales des départements ont été le théâtre de mobilisations de travailleurs et travailleuses, de travailleurs informels, d’étudiant·e·s, d’organisations de quartier, de femmes, de communautés indigènes et afro ; une expression sociale diverse et plurielle d’un peuple désespéré, acculé par la mise en œuvre de décennies de politiques néolibérales et abandonné à son propre sort pendant la pandémie [qui est très présente]. Ce soulèvement populaire s’inscrit dans une ligne de continuité avec les mobilisations urbaines du 21 novembre 2019, mais, cette fois, des villes intermédiaires et des zones rurales s’y sont jointes. Des manifestations de rue ont eu lieu dans 600 municipalités et le nombre de manifestant·e·s a atteint environ cinq millions de personnes.

Cette protestation de masse a déjà obtenu des résultats. La chute de la réforme fiscale [qui frappait les « classes moyennes » et les pauvres par une hausse massive de la TVA sur les biens et services], le départ du ministre des finances Alberto Carrasquilla et de son équipe économique, la démission de la ministre des affaires Etrangères Claudia Blum, l’enlisement au Congrès des réformes de la santé, des retraites et du travail qui font partie du « Paquetazo » [du paquet de contre-réformes] du gouvernement d’Ivan Duque exigé par les agences de notation et le FMI.

Ces résultats ont été obtenus malgré le déploiement policier et militaire sans précédent dans le pays, déploiement décidé par le gouvernement contre la mobilisation sociale. Les 50 assassinats, 400 disparitions, des centaines de blessés et des dizaines de femmes abusées sexuellement – comme Alisson Meléndez, 17 ans, violée dans une Unité de Réponse Immédiate (URI) de la police à Popayán, ce qui a conduit à sa décision tragique de se suicider – ont été la conséquence du traitement de type guerre civile réservé à la protestation citoyenne par l’ESMAD (Escuadrón Móvil Antidisturbios), la police, l’armée et les civils armés. Dans le cas de Cali, la répression a inclus l’utilisation d’armes longues (fusils de guerre), de grenades et de gaz lacrymogènes projetés sur les manifestant·e·s et dans les quartiers ou sur les unités résidentielles voisines, et même le mitraillage depuis des hélicoptères militaires, comme ce fut le cas à Siloé [quartier paupérisé de Cali]. A la périphérie de Buga, sur la route panaméricaine, des unités militaires aéroportées ont également été utilisées et des quartiers sont toujours encerclés par l’ESMAD et attaqués au gaz lacrymogène et aux explosifs. A Popayán, la réponse militaire au soulèvement d’indignation populaire provoqué par les abus de la police a déjà coûté la vie à un étudiant, sans parler des disparus et des blessés. A Yumbo, quelque chose de similaire s’est produit.

Ces « théâtres d’opérations » militaires ont été personnellement et directement autorisés par le président Iván Duque, le commandant général des forces armées,

Eduardo Zapateiro, le directeur général de la police, Jorge Luis Vargas, auxquels il faut ajouter la responsabilité par omission des maires locaux qui leur ont remis le contrôle de « l’ordre public » dans les villes, sans même en discuter. Tous sont responsables de génocide, de terrorisme contre les peuples [indigènes] et doivent être jugés comme tels devant la Cour pénale internationale et les organes internationaux créés à cet effet.

Cette barbarie militariste confirme que nous assistons à l’effondrement du prétendu « Etat de droit » et confirme qu’il existe une séparation abyssale entre les institutions d’une démocratie représentative précaire et les demandes sociales de la majorité des Colombiens. L’application systématique et programmée du terrorisme d’Etat est également la preuve de la crise du capitalisme périphérique – conjointement à la pire crise économique de l’histoire du capitalisme – aggravée par la pandémie de Covid-19. Nous avons atteint la situation extrême d’impasse d’un État et de ses « élites », incapables de résoudre les besoins les plus élémentaires de la population, maintenant, à moyen et à long terme.

La flambée sociale a débordé les formes classiques de mobilisation populaire, a rendu possibles des expressions de solidarité – comme dans le cas de la présence de la « Minga » [action collective] indigène à Cali – et a fait des blocages des routes dans les villes et de leur défense (les barricades) les points clés d’une véritable grève nationale.

La « ligne de front », ceux qui ont animé les blocages, est composée de jeunes « marginalisés » par le néolibéralisme, privés d’accès à la santé, à l’éducation et au travail. Ils viennent protester par indignation, unis par le désespoir. Ils ne croient pas aux institutions conventionnelles, ni aux partis politiques, de gauche ou de droite. Ils s’organisent « d’en bas » dans des processus lents de coordination, compte tenu des exigences de la résistance de rue auto-convoquée. Ils rejettent le leadership personnalisé, proclament « l’horizontalité » dans la prise de décision. Ils ont acquis une grande légitimité sociale dans les quartiers où ils opèrent et facilitent la réalisation d’assemblées populaires. Ces blocages urbains, comme l’a déclaré publiquement l’archevêque de Cali, Darío Monsalve, « sont presque le seul moyen dont disposent les militants de la grève pour se faire entendre… ». Ils sont également apparus comme une réponse au siège des villes par les forces armées.

Le fait que depuis le début des journées de protestation – soit depuis plus de deux semaines – les blocages ont été utilisés par le gouvernement, les hommes d’affaires et les commerçants locaux en les présentant à la population étant comme les responsables de la pénurie de produits de première nécessité et de carburant. Et cela bien que des « couloirs humanitaires » aient été mis en place par les manifestants. Dès lors, un débat a été ouvert la discussion sur l’opportunité de maintenir les blocages. À cet égard, nous pensons que toute décision sur cette question doit être précédée de garanties de non-poursuite et de non-criminalisation pour tous ceux qui animent les blocages, garanties supervisées par des organisations de défense des droits de l’homme et, dans la mesure du possible, avec une surveillance internationale et des engagements explicites du gouvernement national et des dirigeants locaux concernant leurs revendications. Ce qui s’est passé à Cali, après l’échec de la table de négociation qui a été tentée avec la mairie, est contraire à ce dont nous avons besoin pour trouver des solutions à la situation actuelle. Les leaders de quartier qui ont participé à la réunion ont été repérés et sont actuellement détenus par la police à leur domicile afin d’être poursuivis.

En ce qui concerne la décision politique de mettre fin aux blocages, nous considérons qu’elle doit être prise par ceux qui les ont organisés comme une forme de résistance légitime, c’est-à-dire par les membres des « lignes de front » avec leur soutien logistique proche. Ceux qui ont mené les affrontements dans la rue et qui ont connu dans leurs rangs des morts, des blessés et des disparus sont ceux qui ont l’autorité morale pour prendre cette décision. Il en va de même pour les blocages de routes menés par les camionneurs et les paysans.

Les gigantesques marches auxquelles nous avons assisté à Ibagué, Neiva et Bogota ces derniers jours et les organisations sociales qui s’y sont jointes, comme les camionneurs de tout le pays et les cultivateurs de coca du sud-ouest, confirment que ce soulèvement populaire est en train de prendre de l’ampleur. C’est pourquoi nous considérons que le facteur décisif est l’ouverture d’alternatives politiques « venant d’en bas » à la crise du capitalisme périphérique du pays. Ce soulèvement populaire montre que l’auto-organisation et la démocratie directe qui s’expriment dans de multiples formes de résistance vont dans le sens de la consolidation d’une « institutionnalité parallèle » qui dépasse les limites étroites de la démocratie représentative. Ce soulèvement a dépassé la représentativité traditionnelle des organisations syndicales et du Comité national de grève, confirmant que leurs revendications étroites les laissent en dehors de celles du large spectre populaire. Le 1er mai l’a démontré de manière spectaculaire. Alors que dans les combats de rue, la brutalité policière a déjà provoqué des morts et des disparus, les centrales syndicales ont appelé à une célébration de la fête des travailleurs avec un « défilé virtuel ». La méfiance des leaders des quartiers et des dirigeants populaires à l’égard des négociations que le Comité de grève tente de développer découle de cette réalité.

Le soulèvement populaire démontre également l’incapacité d’un Congrès et de partis politiques piégés par la corruption et les engagements envers les intérêts des grands capitalistes, ainsi que celle d’organes de contrôle et de hauts tribunaux qui ont joué le rôle de complices de la barbarie militariste à laquelle nous assistons actuellement. Pour cette raison, il a ouvert une crise institutionnelle qui pourrait aboutir à la démission du président Ivan Duque. Le développement des événements et les rapports de forces qui s’établiront dans un avenir immédiat détermineront s’il est possible de réaliser cette possibilité qui implique un certain coup porté au régime politique néolibéral et militariste.

Nous sommes d’accord sur le fait qu’il est nécessaire d’avancer désormais cette revendication, comme le proposent avec de plus en plus de force les organisations politiques et sociales. Ignorer cette possibilité en argumentant [comme l’a fait l’ancien maire de Bogota et sénateur Gustavo Petro] qu’elle produirait un « vide institutionnel » et que dans cette conjoncture nous ferions face à l’arrivée au Palais de Nariño du vice-président ou du président du Congrès – qui sont supposément pires que Duque – ou qu’une fois la démission de Duque concrétisée, la voie du coup d’Etat militaire serait ouverte – raisons pour lesquelles il faut « défendre Duque de l’uribisme » [Alvaro Uribe] qui l’a mis au pouvoir –, non seulement exempte ce gouvernement de responsabilités politiques, mais il l’exempte aussi de responsabilités face à l’assassinat collectif contre le peuple sans défense, en tant que chef des forces armées. Mais cette position part également du critère erroné que l’approfondissement de la crise institutionnelle qui ouvrirait le renversement populaire d’un gouvernement réactionnaire comme celui de Duque, chose sans précédent dans l’histoire du pays, ne pourrait être résolu que dans le cadre de cette même institutionnalité qui s’effondre actuellement.

Au contraire, nous considérons qu’un triomphe populaire de cette ampleur ouvrirait de grandes possibilités pour l’action politique autonome de la population et serait la voie pour la convocation d’une Assemblée constituante et populaire. Ce serait le meilleur moyen d’isoler et de vaincre la réaction politique et les putschistes, à un moment où la solidarité populaire est immense à l’échelle internationale.

Les leaders sociaux et populaires ont également mis l’accent sur les revendications économiques et sociales suivantes que nous appuyons et qui peuvent constituer une plateforme minimale et urgente face à l’appauvrissement auquel sont soumis des millions de Colombiens à cause des politiques néolibérales que continue d’imposer le gouvernement Duque :

  • Poursuite légale et sanction des responsables des meurtres et des disparitions qui ont eu lieu pendant la militarisation de la protestation sociale. Punir les responsables de viols de femmes. Démanteler l’ESMAD et transformer la police en un organe civil relevant du ministère de l’Intérieur. Arrêtez les assassinats et les massacres de leaders sociaux. Promouvoir un accord humanitaire dès à présent avec tous les groupes armés afin de trouver une solution au conflit qui devrait se conclure par des tables de négociations différenciées selon les caractéristiques de chaque groupe.

  • Revenu de base d’urgence pour le secteur informel et les chômeurs. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de suspendre le paiement de la dette publique qui représente actuellement 63% du produit intérieur brut et de réaliser une réforme fiscale démocratique et redistributive qui instaure un impôt sur la fortune des riches et des super riches, non déductible de l’impôt sur le revenu; un impôt sur les dividendes des entreprises et les héritages, ainsi que l’élimination des exonérations fiscales pour les grandes entreprises et le secteur financier.

  • Le respect des accords de paix, notamment en ce qui concerne la substitution volontaire des cultures [en remplacement de la culture de la coca] et la mise en œuvre de projets collectifs qui améliorent le niveau de vie des communautés paysannes et ethniques, sur la base de la souveraineté alimentaire.

  • Programme de création d’emplois pour les jeunes, extension de la couverture et du financement des frais de scolarité des étudiants dans les universités publiques.

Dehors le gouvernement génocidaire d’Iván Duque !

Pour une sortie alternative de la crise actuelle…

Assemblée constituante et populaire !

Movimiento Ecosocialista, 18 mai 2021,

publié par Correspondencia de Prensa ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/colombie/colombie-le-soulevement-populaire-est-en-train-de-faire-tomber-le-regime-neoliberal-et-militariste-de-duque.html


Capture d’écran . 2021-05-16 à 20.07.16

En complément possible :

Soutien aux travailleurs et travailleuses de Colombie

Colombie : révoltes massives contre la violence de l’État

Une crise sans précédent. Duque propose une « solution » qui a déjà échoué

Nous exigeons le respect du droit de protester des organisations colombiennes

Daniela Arias Baquero : La sauvagerie de l’Etat colombien face la protestation sociale

Une répression farouche contre une grève qui vise des politiques qui précarisent la vie

Entretien avec Bety Ruth Lozano conduit par Veronica Gago

Marche Mondiale des Femmes : Déclaration de solidarité avec le peuple colombien

Via campesina : Colombie : Appel à la vie, à la démocratie et à la paix !

Solidarité avec la classe ouvrière de Colombie

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/07/colombie-plusieurs-textes-crise-repression-droits-soutiens

Assassinats politiques, féminicides et spoliation : un aperçu de la situation en Colombie

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/05/assassinats-politiques-feminicides-et-spoliation-un-apercu-de-la-situation-en-colombie/

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