Myanmar (plusieurs textes)

Le régime militaire a suspendu de leurs fonctions au moins 1 683 enseignant·es et membres du personnel administratif de 15 universités en grève.

À la suite du coup d’État du 1er février, de nombreux fonctionnaires du pays se sont mis en grève car ils et elles étaient opposé·es à la prise de pouvoir, refusant de travailler sous un régime militaire.

Le régime a ordonné la réouverture des classes de doctorat, de maîtrise et de dernière année de licence le 5 mai dans tout le pays, et le retour au travail des enseignant·es et du personnel administratif le 3 mai au plus tard, en demandant aux autorités universitaires de lui communiquer la liste des absent·es.

Parmi les personnes suspendues de leurs fonctions figurent des professeur·es, des professeur·es associé·es et du personnel administratif. Les avis signés par les recteur·es concerné·es indiquent qu’ils et elles ont été suspendu·es de leurs fonctions en raison d’une absence non autorisée.

Selon les listes obtenues par The Irrawaddy, un total de 339 enseignant·es et membres du personnel administratif ont été suspendu·es à l’Université de Yangon, 392 à l’Université des arts et des sciences de Mandalay, 149 à l’Université des langues étrangères de Mandalay, 60 à l’Université technologique de Myitkyina, 72 à l’Université technologique de Taungoo, 137 à l’Université de l’éducation de Yangon et 45 à l’Université maritime du Myanmar.

Les autres institutions concernées sont les universités d’informatique de Pathein et Taungoo, l’université de Sittwe, l’université de Maubin et les universités technologiques de Taunggyi, Hpa-an, Pathein et Kengtung.

Ces chiffres ne représentent que ceux que The Irrawaddy a pu vérifier, et le nombre réel de ceux et celles qui ont été suspendu·es pourrait être beaucoup plus élevé.

« Quoi qu’il arrive, nous continuerons à nous engager dans le mouvement de désobéissance civile jusqu’au bout. Nous devons résister parce que nous ne pouvons pas laisser nos générations futures sous le joug du régime militaire », a déclaré un maître de conférences assistant en grève de l’université de Yangon, qui a été accusé d’incitation [à la rébellion] par le régime.

Les enseignant·es sont heureux·euses et fier·es d’être suspendu·es de leurs fonctions pour avoir rejoint le MDP, a-t-il dit, et les enseignant·es en grève qui n’ont pas encore été inclus·es dans les listes de suspension sont même inquiet·es qu’ils et elles soient pris·es pour des appuis du régime par le public.

La volonté du régime militaire de rouvrir les universités et les écoles se heurte à une résistance croissante, les manifestant·es anti-régime appelant au boycott de l’enseignement dans le cadre du Mouvement de désobéissance civile national contre la junte. Les enseignant·es estiment que cette résistance est un signe de l’échec du coup d’État.

Face à une pénurie d’enseignant·es, le régime militaire recrute des chargé·es de cours et prévoit de donner des promotions à des professeur·es ne faisant pas partie du mouvement contre la junte pour remplacer les recteur·es et vice-recteur·es en grève, ont déclaré les enseignant·es en grève.

Parallèlement, le régime fait également pression sur les fonctionnaires en grève, notamment les enseignant·es et les travailleur·euses de la santé, pour qu’ils et elles reprennent le travail en les poursuivant pour incitation [à la rébellion] et en arrêtant leurs proches.

Par The Irrawaddy, 8 mai 2021

Traduction Patrick Le Tréhondat

http://www.laboursolidarity.org/La-junte-du-Myanmar-suspend-plus


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Les femmes à la tête des efforts de démocratisation au Myanmar

Capire s’est entretenu avec Debbie Stothard de l’histoire du pays et des stratégies créées par les femmes pour lutter contre l’impunité.

Nous suivons depuis 2020 les résultats violents du coup d’État militaire au Myanmar. L’histoire du pays, situé en Asie et également appelé Birmanie, est marquée par la dictature qui, après le renversement de la démocratie en 2011, est de retour au pouvoir. La Malaisienne Debbie Stothard s’est entretenue avec Capire au sujet de la situation sur place aujourd’hui. Debbie, coordinatrice d’ALTSEAN (réseau de soutien à la démocratie birmane regroupant des militants, des personnalités du monde politique et universitaire et des ONG d’Asie du Sud-Est) soutient les droits humains et la démocratie dans le pays depuis 1988. L’ALTSEAN a été fondé en 1996 en tant que réseau alternatif à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), accord politique et économique établi le 8 août 1967 entre 11 pays.

L’une des principales résolutions d’ALTSEAN est la visibilité des femmes activistes dans les mouvements sociaux au Myanmar, en particulier les femmes birmanes, considérées comme le groupe ethnique majoritaire. « L’histoire de la résistance dans le pays s’est largement appuyée sur le leadership des femmes, mais à l’époque, elles étaient invisibles. Nous sommes très fières que ce programme fonctionne depuis 1996 sans interruption et qu’il ait contribué au leadership des femmes et à la solidarité interethnique des femmes », explique Debbie. Lisez ci-dessous l’entretien que Capire a réalisé avec elle.

Le Myanmar est victime d’un régime militaire dictatorial qui a duré jusqu’en 2011 et a repris le pouvoir cette année par un coup d’État. Pouvez-vous nous donner un aperçu de l’histoire du pays et de la façon dont elle se reflète dans la crise politique actuelle ?

Le Myanmar a été une démocratie de 1948 à 1962. Il est devenu indépendant de la Grande-Bretagne en 1948, puis en 1962, un coup d’État militaire a eu lieu et a placé le pays sous une dictature sévère pendant plusieurs décennies. Dans les années 1990, les pays de l’ASEAN ont essentiellement considéré le régime militaire de la Birmanie ou du Myanmar comme une question interne, même si ce régime a tenu des élections en 1990. Les militaires ont perdu les élections et ont refusé d’abandonner le pouvoir, et ce n’est que 30 ans plus tard qu’il y a eu une transition. Pour la plupart des gens du mouvement en Birmanie, l’ASEAN était favorable à la junte militaire.

Le pays est en guerre civile depuis six décennies. L’année dernière, par exemple, les militaires ont attaqué et blessé des communautés de civils. Il y a eu 1024 morts en un an, dans 10 des 14 États du pays, et c’était pendant la pandémie de COVID-19. Les attaques ont même eu lieu à des postes de contrôle sanitaire de minorités ethniques. En outre, depuis des décennies, les militaires utilisent le viol et la violence sexuelle à l’encontre des femmes et des filles, voire des hommes, comme moyen de terroriser et d’humilier les communautés locales.

Les féministes ont été la principale force dans la lutte contre l’impunité des militaires. Elles ont parcouru le pays et différentes communautés pour documenter et dénoncer l’impunité, parler aux femmes des résolutions pour la paix et la sécurité, demander la protection des civils et la responsabilisation des crimes. Au Myanmar/Birmanie, les femmes ont commencé à prendre l’initiative contre le coup d’État.

Même si le pays a évolué vers des gouvernements plus démocratiques, la figure de Min Aung Hlaing a continué à jouir d’un certain prestige, ce qui lui a apporté un soutien politique pour le coup d’État. Pourquoi l’armée est-elle si importante sur le plan politique, même après la mise en place d’un gouvernement démocratiquement élu en 2015 ?

En 2011, lorsque la junte militaire a été transformée en gouvernement civil, le contrôle des militaires sur la politique et l’économie n’a pas perdu de sa force. Entre 2011 et 2020, au cours des neuf années de cette soi-disant transition, le nombre d’attaques contre des civils a augmenté de 143% et le budget national consacré à l’armée a augmenté de 180%. Avant cette transition, de nombreux investisseurs, y compris des pays occidentaux, ont soutenu une position de compromis, affirmant que les militaires devaient faire partie de la solution. Les militaires ont supervisé la rédaction d’une nouvelle constitution adoptée en 2008 qui donne au commandant en chef des forces armées le pouvoir de nommer le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Défense et le ministre des Frontières, qui sont des fonctions clés du portefeuille de la sécurité.

Les militaires ont également décidé que le président du pays ne pouvait pas avoir de conjoint étranger et devait être familier avec les affaires militaires. En outre, ils se sont octroyés l’immunité pour les accusations/poursuites et la Constitution leur garantit 25% des sièges dans au parlement national, des états et des régions. Ils n’ont pas non plus renoncé au pouvoir qu’ils détiennent sur de nombreuses entreprises clés qui versent des dividendes directement aux unités militaires.

Pouvez-vous nous parler plus précisément de l’année écoulée et de ce qui se passe actuellement dans le pays ?

Le Parti de l’Union de la solidarité et du développement (PUSD), un allié des militaires, a reçu beaucoup de soutien et de moyens pour participer aux élections. En 2010, ce parti a remporté les élections car le parti non militaire LND (Ligue nationale pour la démocratie) était interdit de candidature. Lors des élections de 2015, la LND, qui était dirigée par Aung San Suu Kyi, a été autorisée à se présenter et a remporté une victoire écrasante. La LND a pris le pouvoir, mais n’a pas eu le contrôle total du gouvernement ni de certaines parties de l’administration civile en raison du pouvoir militaire.

En novembre 2020, une autre élection a eu lieu et malgré tous les efforts et les ressources des politiques alignées sur les militaires, ceux-ci ont perdu une fois de plus. Ils ont en fait perdu plus de sièges au profit d’autres partis composés de groupes ethniques. Les militaires et le PUSD ont allégué une fraude électorale, un peu comme Donald Trump l’a fait aux États-Unis, sauf que dans ce cas, l’allégation provenait de personnes ayant une puissance de feu.

Le 1er février, alors que les membres du parlement récemment élus devaient se réunir dans la capitale Naypyidaw, ceux-ci ont été enfermés dans leurs dortoirs et empêchés de se rendre au parlement. Et puis le coup d’État a été annoncé. Quelques jours plus tôt, le général commandant en chef Min Aung Hlaing, chef des armées, a eu de vives discussions avec Aung San Suu Kyi, la chef du parti LND, exigeant qu’elle lui permette de devenir président. Face à son refus, il a déclaré le coup d’État.

Selon la constitution, qui a été rédigée sous l’œil des militaires, seul le président peut déclarer l’état d’urgence, mais le général Min Aung Hlaing a arrêté la présidente, puis le vice-président militaire a déclaré l’état d’urgence. Ils agissent illégalement, même selon leurs propres lois. En tout cas, pour autant que nous le sachions, ce coup d’État n’est pas complet car les militaires n’ont aucun contrôle juridique, économique ou territorial sur le pays.

D’entrée de jeu, de jeunes travailleuses chefs de files, principalement des ouvrières d’usines de l’industrie textile, sont descendues dans la rue pour protester contre le coup d’État. Le mouvement de désobéissance civile est né de l’initiative de femmes travaillant dans le secteur médical qui ont cherché à suivre l’exemple du satyagraha, modèle de désobéissance civile promu par le Mahatma Gandhi. La première personne tuée par l’armée lors d’une manifestation anti-coup d’État à Naypyidaw était une jeune femme. Au début du mouvement, on estimait que 60% des personnes présentes aux manifestations étaient des femmes.

Les femmes ont brisé de nombreux tabous dans ce mouvement. Dans la vision traditionnelle birmane, les hommes sont supérieurs aux femmes dans la hiérarchie spirituelle, et le sarong a une connotation d’impureté spirituelle. Par conséquent, selon les règles sociales, lorsque les femmes vont laver les vêtements, elles doivent laver ceux des hommes séparément. De plus, elles doivent également suspendre leurs vêtements dans un endroit bas pour que les hommes ne les touchent pas. C’est une grande superstition. Elles ont donc commencé à accrocher leurs sarongs sur des cordes à linge de part et d’autre des rues, et quand les camions de la police et de l’armée sont arrivés, ils ne voulaient pas passer sous les vêtements des femmes car ils croient que cela porte malheur. En général, ils s’arrêtent et essaient de casser les cordes à linge pour faire tomber les vêtements et passer par-dessus plutôt que par-dessous. C’est très utile pour ralentir les véhicules militaires lorsqu’ils entrent dans les quartiers.

Il est révélateur que le coup d’État militaire ait eu lieu après l’arrestation d’une icône politique du pays, Aung San Suu Kyi, et que la première personne tuée lors des manifestations ait été une femme. Quels sont les impacts de la violence et de la criminalisation du militantisme sur la vie des femmes au Myanmar ?

Mya Thwet Thwet Khine a été la première personne connue dont le décès a été causé par ce coup d’état. Il semble qu’il s’agisse d’un type de violence qui vise également les enfants, créant ainsi le sentiment que personne n’est en sécurité. Les gens sont constamment menacés d’être arrêtés, de se faire tirer dessus, d’être battus, et pourtant ils sortent pour protester. Ils trouvent des moyens de résister. Cette atmosphère de peur et de violence est en grande partie une extension de ce qui est ressenti dans de nombreuses zones de conflit, mais elle se produit désormais partout dans le pays.

Dans un cas très dramatique, le 16 mars, un conflit de travail a eu lieu dans la zone industrielle de Hlaing Thar Yar, près de Yangon. Les travailleuses et les travailleurs ont été payés par l’administration en deçà du salaire habituel. Ils ont donc protesté et la direction a appelé la police. La police et les militaires sont arrivés sur les lieux et l’un d’eux a giflé la femme qui menait la grève. Lorsqu’elle lui a rendu la gifle, il l’a abattue devant ses collègues et a tiré sur cinq autres grévistes, qui sont morts sur le coup. Par la suite, la police a arrêté 70 de ces travailleurs.

La résistance est toujours là, malgré l’extrême cruauté, malgré le fait que les militaires montrent des images de jeunes femmes avant et après leur arrestation, qu’ils montrent des jeunes militantes battues, leurs expressions d’effroi et leurs blessures à la télévision nationale pour avertir de la manière dont ils vont punir les gens. 

Les femmes et les travailleurs se sont beaucoup mobilisés pour faire face au coup d’État, avec des grèves et des manifestations. Pouvez-vous nous parler un peu des stratégies d’articulation des mouvements sociaux et de la dynamique de la solidarité internationale ?

En Asie, il se produit un phénomène de jeunes militants luttant pour les droits humains et la démocratie. Des réseaux plus traditionnels, tels que les mouvements syndicaux, ont également fait preuve de solidarité. La main-d’œuvre des usines de confection au Myanmar est principalement composée de femmes, et de nombreuses grèves générales dans le pays sont menées par des femmes travaillant dans ces usines.

L’une des choses intéressantes qui se sont produites est que certaines femmes activistes dans les mouvements syndicaux d’ici ont entendu dire que les employés d’Amazon aux États-Unis étaient en grève. Nous avons été surprises de voir sur des photos publiées sur les réseaux sociaux que, dans leurs protestations contre le coup d’État, elles brandissaient des pancartes montrant leur solidarité avec les employés d’Amazon. Ce sentiment de solidarité internationale est à double sens.

Tout d’abord, il est important que les femmes qui dirigent ce mouvement et participent à la vie de leur communauté comprennent qu’elles ne sont pas seules ni oubliées. Deuxièmement, nous devons entendre leurs voix. Elles veulent que la constitution de 2008 soit abolie, que les entreprises et les pays appliquent des sanctions et des boycotts sur les approvisionnements militaires et veulent également que les gens comprennent que la junte militaire est illégale et que, par conséquent, les entreprises ne doivent pas lui payer d’impôts ni de revenus. À l’heure actuelle, nous sommes confrontés à deux choix : le gouvernement d’Unité Nationale, qui représente 76% des membres élus du parlement et des groupes ethniques, ou la junte illégale, qui a violé sa propre constitution pour prendre le pouvoir et qui assassine des personnes dans la rue, tous les jours.

Les résultats des élections nationales et la force avec laquelle les gens descendent dans la rue démontrent une volonté nationale d’un régime politique démocratique. Quelles sont les forces politiques féministes dans le pays et comment agissent-elles dans cette vague de protestation populaire ?

L’une des principales forces féministes est la Ligue des Femmes de Birmanie, groupe comprenant 13 organisations de femmes de différentes ethnies et territoires. Elles ont préparé d’énormes quantités de documents et ont effectué un travail juridique considérable pour lutter contre l’impunité dans le pays. Une grande partie du travail qu’elles accomplissent est extrêmement importante, mais nous ne pouvons pas encore vous en faire part de façon sûre car nous avons déjà vu l’une des femmes de la ligue être assassinée et une autre emmenée pour interrogatoire et privée d’assistance juridique.

Elles travaillent d’arrache-pied pour assurer la sécurité des femmes et des défenseurs des droits humains ainsi que de leurs familles. Leurs voix sont très importantes. La question est de savoir si le reste du monde veut entendre ces voix. Il est très important et urgent que nous veillions tous à ce que leurs voix soient entendues, pour la protection des civils, pour la responsabilisation et pour un système démocratique fédéral qui soit inclusif et respectueux des droits du peuple.

Entretien et rédaction par Bianca Pessoa

Édition de Helena Zelic et Tica Moreno

Traduit du portugais par Claire Laribe

Langue originale : anglais

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Une nouvelle phase dans l’affrontement avec la junte ?

Cette semaine, les affrontements entre les combattants civils et les troupes de la Tatmadaw se sont intensifiés; les journalistes ont été persécutés pour avoir fait leur travail; la Banque centrale du Myanmar a échoué dans sa vaine tentative de rétablir la confiance du public et la junte a annoncé un remaniement ministériel mineur. (Réd. Frontier)

La résistance civile armée se développe

Après que le gouvernement civil parallèle (Gouvernement d’unité national-GUN) ait annoncé la formation d’une Force de défense du peuple pour combattre la junte, le régime militaire a déclaré que les PDF (People’s Defence Forces) et les forces alliées étaient des organisations terroristes. Dans un avis publié samedi dans les médias d’État, le Comité représentant le Pyidaungsu Hluttaw [Assemblée de l’Union dissoute par la Junte], le gouvernement d’unité nationale, les PDF et « tous leurs subordonnés » ont été officiellement qualifiés de groupes terroristes. L’avis les accuse d’inciter le Mouvement de désobéissance civile (CDM) à commettre des « actes violents », notamment des émeutes, des attentats à la bombe, des incendies criminels et des « assassinats ».

Le GUN, quant à lui, a une nouvelle fois rejeté la possibilité de pourparlers avec le Tatmadaw [forces armées de la junte], montrant que les deux parties ne sont pas plus proches du dialogue. « La voie des négociations convenue lors du sommet de l’ASEAN ne correspond pas à ce que veut le peuple du Myanmar », a déclaré samedi le vice-président Duwa Lashi La [il est aussi le président de la Kachin National Consultative Assembly].

Les civils ont de plus en plus pris à cœur les appels à l’autodéfense, des affrontements ayant été signalés cette semaine dans l’État Chin et dans les régions de Sagaing et de Mandalay. Les forces de la junte ont finalement pris le contrôle de la Force de défense du peuple myingyan [district important] à Mandalay, après plusieurs jours d’escarmouches dans le secteur du village de Talokmyo. Sagaing est resté le cœur de la résistance, avec des combats signalés dans les districts de Kani, Taze et Tamu. Dans chaque cas, les combattants civils ont affirmé avoir infligé des pertes importantes aux forces ennemies, mais il est impossible de le vérifier. En tout cas, les rumeurs selon lesquelles les civils de Tamu étaient plus lourdement armés que ce qui avait été initialement rapporté semblent se confirmer, car des photos circulent montrant des combattants armés de fusils d’assaut.

La junte a placé le district de Mindat, dans l’État de Chin, sous la loi martiale après que des combats ont à nouveau éclaté entre les troupes de la Tatmadaw et les forces de défense civiles dans la nuit de mercredi 12 à jeudi 13 mai, marquant la fin d’un bref cessez-le-feu. Les militaires n’auraient pas donné suite à leur promesse de libérer cinq prisonniers, n’en libérant que quatre. « Il n’y aura plus de pourparlers. Nous allons protéger notre ville du mieux que nous pouvons », a déclaré l’un des résistants.

Mauvaises nouvelles pour la presse libre

Trois journalistes du média interdit Democratic Voice of Burma (DVB) ont été arrêtés en Thaïlande après avoir fui le Myanmar, tandis qu’un de leurs collègues a été condamné à trois ans de prison par les tribunaux contrôlés par la junte. Selon une déclaration de DVB, trois reporters et deux militants ont été arrêtés à Chiang Mai et accusés d’« entrée illégale en Thaïlande ». « DVB demande instamment aux autorités thaïlandaises de ne pas les expulser vers la Birmanie, car leur vie serait gravement menacée s’ils devaient y retourner », a déclaré ce média dans un communiqué, dans lequel il a également demandé au Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés d’« intervenir pour assurer leur sécurité ».

Soulignant les dangers de l’expulsion, le reporter de la DVB Min Nyo a été condamné à trois ans de prison, soit la peine maximale autorisée par l’article 505A du Code pénal, une accusation qui a été portée contre des dizaines d’autres reporters dont les procès n’ont pas encore été entendus. Si les trois journalistes présents en Thaïlande étaient renvoyés dans leur pays, ils risqueraient presque certainement d’être emprisonnés, voire pire.

Les autorités thaïlandaises ont laissé entrevoir l’espoir d’une résolution qui respecte les droits de l’homme. « Les autorités thaïlandaises concernées se coordonnent pour trouver une ou plusieurs solutions humanitaires ayant trait au cas récent des journalistes du Myanmar », a tweeté le porte-parole du ministère thaïlandais des Affaires étrangères. Le porte-parole de la police, le colonel Krishna Pattanacharoen, a eu des mots encore plus prometteurs, déclarant que « pour le moment, nous n’envisageons pas encore de les expulser. » Pourtant, aucun des deux responsables n’a pris l’engagement de leur permettre de rester. Ils restent donc dans une position extrêmement précaire et la situation demeure très préoccupante.

Les mauvaises nouvelles ne se sont pas arrêtées là sur le front de la liberté de la presse, puisque deux journalistes basés à Rakhine et deux journalistes basés à Mandalay ont également été inculpés en vertu de l’article 505A. Deux reporters de DMG (Development Media Group) à Rakhine ont appris cette semaine qu’ils avaient déjà été inculpés en vertu de l’article 505A, après l’avoir été en janvier dernier en vertu de l’article 66d de la loi sur les télécommunications. Deux autres journalistes de Voice of Myanmar à Mandalay, dont le rédacteur en chef, ont été inculpés des mêmes chefs d’accusation et placés en détention provisoire par un tribunal lors d’une audience mercredi 12 mai.

Le seul point positif est que la junte a annoncé qu’elle allait libérer le journaliste indépendant japonais Yuki Kitazumi, bien qu’il ait « enfreint la loi », en signe de bonne volonté envers le Japon. C’est toujours un pas en avant et dix pas en arrière.

La CBM remet ça

La Banque centrale du Myanmar (CBM) continue de proférer des menaces et d’édicter de nouvelles règles dans sa quête, apparemment futile, visant à rétablir la confiance dans les institutions financières du pays et prévenir une crise économique majeure.

Vendredi 7 mai, elle a annoncé qu’elle réduisait les réserves obligatoires des banques nationales de 3,5% à 3% [de leurs fonds propres], en raison du besoin désespéré de liquidités des banques. Le taux de réserves obligatoires était auparavant de 5%, mais il a été ramené à 3,5% pendant la pandémie du Covid-19. Le gouverneur adjoint de la CBM, Win Thaw, a pris la parole lors d’une conférence de presse organisée par l’armée ce jour-là. Il a tenté de minimiser les inquiétudes concernant le système bancaire en assurant au public que la junte n’avait « aucun plan pour dissoudre les banques » et que « les dépôts des gens dans les banques ne seront pas perdus pour quelque raison que ce soit ». Il a ensuite défendu les limites de retrait imposées par la CBM, affirmant qu’elles avaient été mises en place pour « maintenir la stabilité du secteur bancaire » et prédisant que «la confiance et la coopération du public» résoudraient rapidement la crise actuelle. Cependant, les limites de retrait n’ont fait qu’aggraver la situation, car les longues files d’attente dans les agences et aux guichets automatiques et les difficultés générales pour obtenir de l’argent créent une nouvelle panique.

Il a ensuite donné une interview exclusive à la BBC birmane mardi, qui n’a probablement fait qu’accroître l’inquiétude de la population. Il a commencé par accuser le mouvement pro-démocratie d’inciter à une campagne de « retraits massifs » dans le but de briser le système financier, ajoutant que les limites de retrait mises en place par la CBM sont nécessaires pour stabiliser le secteur bancaire. Il a déclaré que les banques ne sont pas des « coffres-forts » desquels les déposants peuvent retirer autant d’argent qu’ils le souhaitent, ce qui pourrait être une nouvelle information pour les titulaires de comptes. Mais il a également admis une autre raison pour les limites de retrait : « pour éviter que des milliards d’argent ne soient retirés et canalisés vers le mouvement CDM (Civil Disobedience Movement) ». Win Thaw a également déclaré que « garder des réserves d’argent liquide à la maison est illégal car cela perturbe l’économie nationale » et a menacé de poursuites judiciaires toute personne qui possède plus de 10 000 dollars en devises étrangères.

Mais Win Thaw n’avait pas que les clients dans sa ligne de mire. Il a également prévenu que la CBM infligerait des amendes aux banques qui ne respecteraient pas le plafond de retrait et permettraient au contraire à leurs clients privilégiés de retirer des centaines de millions de kyats à la fois. Il a déclaré avoir dit aux banques, lors d’une récente réunion, qu’elles devaient « servir l’intérêt de la nation » et améliorer la qualité de leurs services afin de rétablir « la confiance du public ». Nous doutons quelque peu que la crise de confiance ait quelque chose à voir avec la qualité du service.

Enfin, et c’est peut-être le plus inquiétant, une déclaration de la CBM a circulé mercredi 12 mai, ordonnant aux banques de soumettre une liste détaillée des transactions, y compris les retraits, les transferts et les dépôts effectués dans les agences et les distributeurs automatiques par des particuliers, des entreprises et des organisations entre le 1er février et le 7 mai. Quel qu’en soit l’objectif, il s’agit d’une violation alarmante de la vie privée qui ne fera qu’ébranler davantage la confiance, déjà plus que faible, dans le système bancaire. Plus inquiétant encore, la junte pourrait tenter de retracer les fonds qui ont été donnés pour soutenir les fonctionnaires en grève ou le gouvernement civil parallèle (GUN). Il pourrait également s’agir d’une tentative de surveiller et de punir les banques elles-mêmes, étant donné la menace précédente de prendre des mesures contre les banques qui autorisaient leurs clients privilégiés à retirer de l’argent au-delà de la limite imposée par l’État. 

Petit remaniement ministériel

La junte a procédé à un remaniement de certains fonctionnaires de haut niveau cette semaine, dans ce qui semble être une tentative de renforcer les positions des loyalistes à des postes importants, mais il n’a fourni aucune explication officielle.

Le lieutenant-général Yar Pyae a été nommé ministre du Bureau du gouvernement de l’Union, occupant un poste qui était vacant depuis le coup d’État. Yar Pyae était à la tête du Comité de solidarité nationale et de rétablissement de la paix de la junte, chargé de mener des actions de sensibilisation auprès des organisations armées ethniques. Il semble cumuler les deux fonctions. Le major-général Soe Tint Naing, qui occupait le poste de ministre adjoint au ministère du Bureau du gouvernement de l’Union, a été transféré au ministère de l’Intérieur, où il occupera le poste de ministre adjoint – le même poste qu’il occupait avant le coup d’État. Il est possible que Soe Tint Naing n’ait fait que remplacer le ministre en attendant que la junte trouve un fonctionnaire à long terme pour diriger ce ministère.

Pendant ce temps, le vice-ministre de la Défense, le contre-amiral Myint Nwe, a été relevé de ses fonctions et réaffecté à ses « fonctions militaires initiales ». Il avait été nommé en 2018 sous le gouvernement civil, lorsque le ministère de la Défense était l’un des trois ministères sous contrôle militaire (et non pas tous). Cela complète un nettoyage au ministère de la Défense, puisque l’ancien ministre, le lieutenant-général Sein Win, a été remplacé immédiatement après le coup d’État.

Myint Nwe a été remplacé par le major-général Aung Lin Tun, qui travaillait auparavant au bureau du commandant en chef. Il est donc possible qu’il soit considéré comme un fidèle de Min Aung Hlaing. Aung San Suu Kyi a clairement fait des efforts pour s’attirer les faveurs de certains membres du cabinet militaire et, étant donné que les ministres de la Défense et des Affaires frontalières ont tous deux été rapidement écartés après le coup d’État (et que le ministère de l’Intérieur a été remplacé au début de 2020), Min Aung Hlaing pourrait ne plus leur faire entièrement confiance, ni à leurs subordonnés.

Lettre d’information du site Frontier Myanmar pour la semaine du 7 au 14 mai 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/asie/birmanie/myanmar-birmanie-une-nouvelle-phase-dans-laffrontement-avec-la-junte.html

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Les enseignant·es du Myanmar résistent à la pression de la junte
pour la réouverture des universités et des écoles

Les enseignant·es et le personnel administratif en grève au Myanmar poursuivent leur action contre le régime, malgré les pressions exercées par ce dernier pour qu’ils et elles reprennent le travail et rouvrent les universités et les écoles.

La junte a récemment ciblé les enseignant·es et le personnel administratif en grève qui refusaient de servir sous le régime militaire en les arrêtant, en lançant des mandats d’arrêt et en les suspendant de leurs fonctions.

Depuis la dernière semaine d’avril, le régime émet des mandats d’arrêt contre les enseignant·es et le personnel de l’éducation qui ont rejoint le Mouvement de désobéissance civile (MDC).

À la date de mardi, 220 enseignant·es, dont des professeur·es, des directeurs et directrices d’école, des responsables de l’éducation et des fonctionnaires, ont été inscrit·es sur la liste [des « séditieux »].

Un certain nombre d’enseignant·es qui ont fait grève ont récemment été arrêté·es, inculpé·es ou condamné·es. Des annonces de suspension de leur poste ont également été faites.

Malgré les menaces croissantes, de nombreux enseignant·es et personnels en grève poursuivent leur résistance contre la junte.

Les fédérations d’enseignant·es du Myanmar ont déclaré qu’environ 60% des universitaires et des collèges ont résisté à la réouverture des campus par la junte. La junte a annoncé la réouverture, le 5 mai, des universités et des collèges qui avaient été fermés pendant plus d’un an en raison de la pandémie de COVID-19.

Ces universitaires en grève, plus de 19 000 sur un total de 35 000 enseignant·es dans les universités et les collèges, ont été suspendu·es de leurs fonctions pour avoir poursuivi leur grève contre le régime.

Et dans les écoles publiques de l’enseignement de base, plus de 100 000 enseignant·es et membres du personnel éducatif sur un total de 450 000 [soit environ 27%] ont rejoint le MDP, selon une première annonce du ministère de l’éducation le 23 avril.

Depuis le 7 mai, la junte a émis des ordres de suspension pour les enseignant·es et le personnel éducatif en grève dans les écoles publiques du pays. Parmi les personnes suspendues figurent le personnel de garde, les agents de sécurité des écoles, les technicien·nes de laboratoire, les enseignant·es, les directeur·trices d’école et les fonctionnaires du département de l’éducation de base du ministère de l’Éducation.

« La réouverture des écoles vise juste à montrer que le pays est bien sous le contrôle des militaires plutôt que de se préoccuper de l’éducation perturbée », a déclaré à The Irrawaddy un responsable de la fédération des enseignant·es, qui a demandé à rester anonyme.

Il a déclaré que même si certains enseignant·es du CDM [Mouvement de désobéissance civile] ont cédé et sont retourné·es au travail par crainte d’être arrêté·es après que la junte ait intensifié les détentions [en prison], beaucoup d’entre eux·elles poursuivront la grève jusqu’à ce que le régime militaire s’effondre.

« Nous sommes déterminé·es à poursuivre la lutte jusqu’à la chute de la dictature et le retour d’un gouvernement civil élu par le peuple », a déclaré le fonctionnaire, qui a lui-même été récemment suspendu de l’une des universités de Yangon.

Une enseignante de la région de Yangon, récemment suspendue de son poste, a déclaré qu’elle était fière de s’opposer à l’injustice, même si cela signifiait qu’elle devait renoncer à un travail qu’elle adorait. « Je ne retournerai travailler que sous notre gouvernement civil élu », a-t-elle ajouté.

Face à une pénurie d’enseignant·es, le régime militaire recrute des maîtres de conférences et prévoit de donner des promotions à des professeur·es non-CDM pour remplacer les universitaires en grève. Dans les écoles publiques, le régime fait appel à des enseignant·es payé·es à la journée pour remplacer les enseignant·es en grève.

Pendant ce temps, le régime continue à faire pression sur les enseignant·es en grève pour qu’ils et elles cèdent. Dans certains cas, la junte a arrêté les proches des enseignant·es, les retenant comme otages pour forcer les enseignant·es à reprendre le travail.

Les étudiants boycottent « l’éducation esclavagiste de l’armée ».

Ce ne sont pas seulement les enseignant·es, mais aussi les étudiants qui boycottent « l’éducation esclavagiste des militaires ». Les étudiant·es protestataires ont déclaré qu’ils et elles n’assisteraient pas aux cours ou ne s’y inscriraient pas sous un régime dont les forces ont tué des centaines de jeunes, y compris des lycéens et des enfants.

Selon la fédération des enseignant·es (MTF), environ 80 à 90% des étudiant·es universitaires ont boycotté les cours en refusant de s’y rendre ou de s’inscrire.

La junte prévoit également d’ouvrir les écoles publiques le 1er juin, mais de nombreux étudiant·es ont fait savoir qu’ils et elles ne voulaient pas d’une éducation sous la dictature.

Les parents ont également exprimé leur inquiétude quant à la sécurité de leurs enfants en raison de la probabilité de violence dans le cadre des actions brutales continues des forces du régime contre les civils.

Pour aggraver la situation, plusieurs écoles du pays ont été incendiées ou bombardées de grenades artisanales par des inconnus. Le régime a affirmé que les attaques contre les écoles avaient été perpétrées par des « émeutiers », terme qu’il utilise pour désigner les manifestants hostiles au régime. Irrawaddy ne peut pas vérifier de manière indépendante les affirmations de la junte. Malgré les attaques contre les écoles, le régime insiste toujours sur le fait qu’il ouvrira les écoles comme prévu le 1er juin. Au cours d’une conférence de presse la semaine dernière, un porte-parole du régime a déclaré que le régime assurerait une sécurité suffisante pour les écoles, mais a refusé de révéler tout détail, invoquant des questions de sécurité.

Entre-temps, le risque de contracter le COVID-19 est également une autre source d’inquiétude, car le Myanmar détecte encore une douzaine de cas par jour. Le régime a déclaré qu’il fournirait gratuitement des masques faciaux et des protections aux étudiant·es.

Un lycéen a déclaré que lui et ses amis ne retourneraient pas à l’école tant que la révolution ne prévaudrait pas. « Nous n’irons à l’école que lorsque Grandma Suu [conseillère d’État Daw Aung San Suu Kyi, mise en détention au moment du coup d’État du 1er février] sera libérée. »

The Irrawaddy 19 mai 2021

Traduction Patrick Le Tréhondat

http://www.laboursolidarity.org/Les-enseignant-es-du-Myanmar


En complément possible :

Myanmar : information, solidarité et résistance

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/30/myanmar-information-solidarite-et-resistance/

Les travailleur·euses et les syndicats du Myanmar en première ligne dans la lutte contre le coup d’État

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/01/les-travailleur·euses-et-les-syndicats-du-myanmar-en-premiere-ligne-dans-la-lutte-contre-le-coup-detat/
Salai Ming : Coup d’État en Birmanie : la résistance face au spectre de 1988

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/22/coup-detat-en-birmanie-la-resistance-face-au-spectre-de-1988/

Le mouvement ouvrier du Myanmar est au cœur de la lutte contre l’autoritarisme

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/11/le-mouvement-ouvrier-du-myanmar-est-au-coeur-de-la-lutte-contre-lautoritarisme/

Les syndicats du Myanmar luttent pour protéger les droits des travailleurs malgré la répression militaire

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/26/les-syndicats-du-myanmar-luttent-pour-proteger-les-droits-des-travailleurs-malgre-la-repression-militaire/

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