La tempête que Netanyahou a déclenchée (plus autres textes)

Hier matin (mardi), nous nous sommes réveillés avec la nouvelle de vingt et un Palestiniens tués à Gaza, dont neuf mineurs, et de deux Israéliennes tuées à Ashkelon (l’une d’entre elles, il s’est avéré par la suite, était une travailleuse migrante originaire d’Inde, et depuis lors, le nombre de morts des deux côtés a plus que doublé). Puis est arrivé le courriel que j’attendais. Noa Levy de Hadash a envoyé un appel urgent à des manifestations d’urgence à Tel Aviv et Jérusalem. Un deuxième message, provenant du Forum des familles israéliennes et palestiniennes endeuillées et des Combattants pour la paix, a approuvé l’appel de Hadash et a ajouté un lieu de manifestation à Haïfa initié par le Centre des femmes pour les femmes de Haïfa. « Le gouvernement joue avec le feu – nous serons tous brûlés ! Dans une tentative désespérée de s’accrocher au pouvoir, Netanyahu nous entraîne dans la guerre, dans la tuerie, la souffrance et la douleur pour les deux peuples. Arrêtez l’escalade ! Cessez le feu ! Arrêtez l’expulsion des familles de Sheikh Jarrah, arrêtez le déchaînement de la police à Jérusalem-Est. Il ne peut y avoir ni paix ni tranquillité tant que la Cisjordanie vivra sous occupation et que Gaza subira un siège étouffant. La solution : la fin de l’occupation, la fin du siège de Gaza et la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, avec Jérusalem-Est comme capitale. Nous méritons tous de vivre dans la liberté et la sécurité. Le temps d’agir est maintenant ! »

Et ainsi, il y eut plusieurs heures de travail frénétique à l’ordinateur et au téléphone, diffusant le message par Facebook et Whatsapp à tous ceux qui attendaient un tel appel en un tel jour. Et puis prendre le bus pour Tel Aviv. Le boulevard Kugel, principale artère de Holon sur laquelle circulent tous les bus à destination de Tel Aviv, a connu une agitation quotidienne tout à fait normale. Dans la rue King George à Tel Aviv, plusieurs centaines de personnes sont déjà rassemblées devant le siège du parti Likoud. Parmi elles, des visages familiers, la minorité déterminée d’Israéliens qui se manifeste toujours ces jours-là, comme en 2014 et 2009…. « Arrêtez le feu, arrêtez le bain de sang ! » scandaient plusieurs centaines de gorges. Et « Des deux côtés de la frontière / Les enfants veulent vivre ! » et « Sheikh Jarrah, ne désespère pas / Nous mettrons fin à l’occupation encore ! » et aussi « Gaza, Gaza, ne désespère pas / Nous mettrons fin au siège encore ! » et « Netanyahu, Netanyahu / Le Dock de La Haye t’attend ! ».

Dispersion, et un vague sentiment de frustration. Mais qu’aurions-nous pu faire de plus ? Peut-être aurions-nous été plus satisfaits d’être violemment dispersés et de passer la nuit en détention – mais ici, contrairement aux autres endroits, la police n’a pas interféré avec la manifestation. Il n’y avait que deux policiers ennuyés qui regardaient de côté. Notre restaurant végétalien préféré était tout près, alors nous sommes entrés. Tout s’est passé comme n’importe quelle autre soirée dans le centre de Tel Aviv, c’était un peu étrange d’avoir la vie comme d’habitude alors que des choses terribles se passent ailleurs.

Les alarmes de raid aérien ont retenti juste après que nous ayons payé notre facture et commencé à marcher. Nous sommes entrés dans une grande pharmacie voisine. Le personnel de la pharmacie était calmement efficace – « Par ici, tournez à gauche, les escaliers du sous-sol sont là ». Une centaine de personnes – le personnel, les clients et tous ceux qui se trouvaient dans la rue – se sont pressées à l’intérieur. Même au sous-sol, nous pouvions clairement entendre les explosions dans le ciel. « Est-ce que ce sont les missiles eux-mêmes, ou les intercepteurs ? » se demandait une vieille dame. Une autre vieille femme a dit : « Ne t’inquiète pas, ma chérie, si cela continue, nous apprendrons tous à savoir qui est qui ».

Au bout d’un quart d’heure, nous avons pensé que c’était terminé et tout le monde est sorti et a recommencé à descendre la rue – et puis la sirène du raid aérien a retenti à nouveau. Cette fois, nous sommes allés dans le sous-sol d’une maison privée où se trouvaient des jeunes gens très sympathiques qui ont proposé de nous laisser passer la nuit. « Vous pouvez rester ici, pas besoin de prendre le risque de sortir à nouveau, nous avons des lits de rechange ».

Je dois dire que jusqu’à ce moment-là, j’avais encore l’impression que c’était un peu un jeu. Je me rends compte maintenant que nous partagions l’illusion arrogante de la plupart des Israéliens que les missiles du Dôme de fer nous assuraient une protection pratiquement complète. Mais alors que nous nous serrions les uns contre les autres dans le deuxième sous-sol de la soirée, le téléphone a sonné : « Tu vas bien ? C’est bon d’entendre ta voix, j’ai entendu parler du bus brûlé à Holon, j’étais si inquiet ! ». « Je suis à Tel Aviv, quel est ce bus ? » Un rapide coup d’œil sur les sites d’information a montré le boulevard Kugel où nous étions passés trois heures auparavant. C’était une zone de guerre, des flammes et des débris éparpillés partout, et le squelette d’un bus complètement brûlé au milieu. Il a été rapporté que le chauffeur a entendu l’alarme, a arrêté le bus et a dit à tout le monde de courir juste une minute avant que le bus ne soit touché.

Nous aurions peut-être dû accepter l’offre des jeunes et passer la nuit avec eux. Le retour à la maison a été une expérience longue et épuisante. Les routes principales étaient bloquées par la police, et nous avons vu des ambulances et des camions de pompiers se précipiter. Le bus de Tel Aviv nous a laissés loin de chez nous et il n’y avait pas de taxis dans toute la ville de Holon, ce qui nous a obligés à marcher péniblement et longtemps dans les rues sombres et vides. À la maison, j’ai eu un échange sur whatsapp avec un vieil ami. « Restez vigilants, cette nuit n’est pas encore terminée », a-t-elle écrit. « Le gouvernement va certainement ordonner de fortes représailles pour cette attaque sur Tel Aviv, et les Palestiniens voudront répliquer aux représailles ». Elle avait tout à fait raison. Après 15 heures, il y a eu une très longue série d’alarmes, l’une après l’autre. Les explosions étaient plus vagues et semblaient très éloignées. Cette fois, elles visaient l’aéroport Ben Gurion.

L’un des missiles est tombé sur une hutte à Lod (Lydda), et a tué un homme de 50 ans et sa fille adolescente. Il s’est avéré par la suite qu’ils étaient arabes, qu’ils avaient vécu dans un quartier « non reconnu » où aucun permis de construire n’est délivré, et que cela les avait empêchés de construire une structure plus solide qui aurait pu leur sauver la vie.

Et voilà que le conflit s’intensifie et que le nombre de morts augmente de plus en plus. Et je devrais récapituler, au moins brièvement, comment nous en sommes arrivés là.

Vendredi dernier – il y a tout juste cinq jours, bien que cela semble une éternité – l’attention du public en Israël était totalement rivée à la danse compliquée de la politique des partis. Le Premier ministre Netanyahu, confronté à trois graves accusations de corruption devant le tribunal de district de Jérusalem, venait d’échouer dans ses efforts pour former un nouveau cabinet. Le mandat est passé au « Bloc du changement », parti d’opposition, dont les dirigeants se sont lancés dans de délicates négociations visant à former une coalition gouvernementale très hétérogène comprenant des partis de droite, de gauche et du centre, qui n’ont pratiquement rien en commun, si ce n’est le souhait de voir disparaître Netanyahou. Nous avons eu des sentiments très mitigés à ce sujet, d’autant plus que le nouveau Premier ministre prévu, Naftali Bennet, est plus à droite que Netanyahou. Néanmoins, le nouveau gouvernement disposerait de mécanismes très puissants de « veto mutuel » qui empêcheraient Bennet de faire trop de mal – mais qui l’empêcheraient aussi de faire beaucoup de bien. Et ce gouvernement serait le tout premier dans l’histoire d’Israël à compter sur un parti arabe pour sa majorité parlementaire (à part le gouvernement Rabin en 1995, dont le mandat a été écourté par l’assassinat du Premier ministre).

Quoi qu’il en soit, il était très concrètement prévu que le nouveau cabinet soit prêt à être approuvé par le Parlement le mardi 11 mai (hier). Les manifestants anti-corruption qui ont manifesté chaque semaine devant la résidence du Premier ministre plaisantaient sur le moment où les déménageurs arriveraient pour emporter les meubles de la famille Netanyahou. Mais Netanyahou avait d’autres fers au feu.

Tout d’abord, il y avait l’expulsion prévue de centaines de Palestiniens de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarach à Jérusalem-Est. Des dizaines d’entre eux devaient être expulsés dans les jours qui suivaient et des colons d’extrême-droite allaient entrer dans leurs maisons libérées. Les protestations à Sheikh Jarach et ailleurs à Jérusalem-Est ont fait l’objet d’une répression policière brutale. Les protestations se sont ensuite étendues au Haram A Sharif (Mont du Temple), et la répression policière a fait de même. La police a commencé à tirer des balles en caoutchouc directement dans le visage des manifestants, leur faisant perdre les yeux – au moins deux d’entre eux ont perdu les deux yeux et sont devenus aveugles pour le reste de leur vie. Des images de la police pénétrant par effraction dans la mosquée Al-Aqsa, troisième site le plus sacré de l’islam et lieu considéré, même par les Palestiniens laïques, comme un élément majeur de leur patrimoine national, se sont largement diffusées sur les réseaux sociaux, faisant monter la pression sur les protestations. Et puis, il y a eu le projet de voir des milliers de jeunes colons radicaux organiser la provocante « danse des drapeaux » à travers la porte de Damas et le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem, en scandant leurs habituels slogans racistes. La police et le gouvernement ont répété heure après heure que la « danse des drapeaux » aurait lieu comme prévu. C’est alors que le Hamas à Gaza a menacé de riposter à l’attaque contre les Palestiniens de Jérusalem, et que le gouvernement a déclaré qu’il ne se plierait pas aux « ultimatums des terroristes ». Et au tout dernier moment, la « danse » a été annulée – mais il était trop tard. À 18 heures, la salve de sept roquettes du Hamas sur la périphérie de Jérusalem – qui n’a en fait causé aucune victime ni aucun dommage, mais qui a précipité la riposte meurtrière israélienne sur Gaza.

Et maintenant, un peu plus de 48 heures plus tard, nous voici au milieu d’une guerre qui s’intensifie, l’armée de l’air israélienne détruisant des immeubles de grande hauteur à Gaza et annonçant fièrement l’« élimination » de hauts militants du Hamas – mais incapable d’empêcher les Palestiniens de continuer à tirer des roquettes. Et les relations entre Juifs et Arabes, concitoyens d’Israël, sont descendues à des niveaux de violence intercommunautaire sans précédent. À Lod, la police a décrété un couvre-feu nocturne « pour arrêter les Arabes déchaînés », mais les habitants arabes refusent de s’y plier et sont impliqués dans de violents affrontements avec la police autour d’une mosquée locale. Et à Bat Yam et à Tibériade, des foules de Juifs d’extrême droite agressent des Arabes au hasard et détruisent des magasins appartenant à des Arabes. Et les médias ne cessent de répéter le refus total du gouvernement d’instaurer un cessez-le-feu. « Non, non, pas de cessez-le-feu – nous devons donner une leçon au Hamas ! »

Bien sûr, pas de cessez-le-feu. Pourquoi Netanyahou devrait-il vouloir un cessez-le-feu ? Chaque jour où les tirs continuent, c’est un jour de plus pour maintenir ce redoutable camion de déménageurs loin de la résidence du Premier ministre, un jour de plus pour garder le pouvoir entre ses mains. S’il y avait des preuves concrètes que Netanyahou a fait tout cela consciemment et délibérément, cela constituerait des charges criminelles bien plus graves que celles auxquelles il est confronté au tribunal de district de Jérusalem. Mais toute preuve de ce type est probablement classée Top Secret et ne serait publiée que dans cinquante ans. Nous ne pouvons donc pas prouver qu’il l’a fait délibérément, bien qu’il n’y ait guère de doute à ce sujet. Nous pouvons seulement mettre fin à la guerre et, immédiatement après, nous débarrasser de lui.

Peut-être que ce qui se passe maintenant va faire sortir le président Biden de son attitude de discrétion à l’égard d’Israël et des Palestiniens ? Après tout, tout ce bazar était tombé sur son bureau avec un bruit assez fort…

Adam Keller (12 mai 2021 – 22h00)

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

The storm which Netanyahu enleashed

By Adam Keller 

May 12, 2021 – 10.00 PM

Yesterday morning (Tuesday) we woke up with the news of twenty one Palestinians killed in Gaza, nine of them minors, and two Israeli women killed in Ashkelon (one of them; it later turned out, was a migrant worker from India, and since then, the death toll on both sides more than doubled). Then came the email which I was expecting. Noa Levy of Hadash sent out an urgent call for emergency protests in Tel Aviv and Jerusalem, A second message, from the Forum of Israeli and Palestinian Bereaved Families and Combatants for Peace, endorsed the Hadash call and added a Haifa protest venue initiated by the Haifa Women for Women Center. “The government is playing with fire – all of us get burned! In a desperate attempt to cling to  power, Netanyahu is dragging us into war, into killing and suffering and pain for both peoples. Stop the escalation! Cease the fire! Stop the expulsion of families from Sheikh Jarrah, stop the police rampage in East Jerusalem. There can be no peace and no quiet as long as the West Bank lives under occupation and Gaza suffers a suffocating siege. The solution: an end to the occupation, an end to the siege of Gaza, and the establishment of a Palestinian state alongside Israel, with East Jerusalem as its capital. We all deserve to live in freedom and security. The time to act is now!”

And so, there were several  hours of frantic work at the computer and phone, spreading  the message by Facebook and Whatsapp to all who waited for such a call on such a day. And then taking the bus to Tel Aviv. The Kugel Boulevard, main Holon thoroughfare on which all buses to Tel Aviv travel, had its completely normal daily bustle. On King George Street in Tel Aviv there were already several hundred people gathered outside the Likud Party headquarters. Among them familiar faces, the determined minority of Israelis who always show up on such days, as in  2014 and 2009.. “Stop the fire, stop the bloodshed!” chanted several hundred throats. And “On both sides of the border / Children want to live!” and “Sheikh Jarrah, don’t despair / We will end the occupation yet!” and also “Gaza, Gaza, don’t despair / We will end the siege yet!” and “Netanyahu, Netanyahu / The Dock at the Hague waits for you!”.

Dispersal, and a vague feeling of frustration. But what more could we have done? Perhaps we would have felt more satisfied to be violently dispersed and spend the night in detention – but here, unlike other locations, the police did not interfere with the demonstration. There were only two bored police officers watching from the side. Our favorite vegan eatery was nearby, so we went in. Everything was just like any other evening out in downtown Tel Aviv, it felt a bit strange to have life as usual while terrible things happen elsewhere.

The air raid alarms wailed just after we paid our bill and started walking. We went into a nearby big pharmacy. The pharmacy staff were quietly efficient – “Over here, turn left, the basement stairs are there”. About a hundred people – staff and clients and everyone who happened to be on the street – crowded in. Even in the basement, we could clearly hear the explosions in the sky. “Are these the missiles themselves, or the interceptors?” wondered an old woman. Another old woman said “Don’t worry, dear, if this goes on we will all learn to know which is which”.

After a quarter of an hour we thought it was over and everybody emerged and started again down the street – and then the air raid siren sounded again.  This time we went into the basement of a private house with very friendly young  people who offered to let us stay the night. “You can stay here, no need to risk going out again, we have spare beds”.

I must say that up to that point it still felt like a bit of a game. I realize now that we shared the arrogant illusion of most Israelis that the Iron Dome missiles were giving us virtually complete protection. But as we were huddling in the second basement of the evening, the phone rang: “Are you OK? Good to hear your voice, I heard of the burned bus in Holon, I was so worried!” “I am in Tel Aviv, what bus is that?” A quick look at the news websites showed the Kugel Boulevard where we had passed just three hours before. It was a war zone, flames and scattered debris everywhere, and the skeleton of a completely burned bus in the middle.  It was reported that the driver heard the alarm, stopped the bus and told everybody to run just a minute before the bus was hit.

Perhaps we should have taken the young people’s offer and stayed the night with them. Getting back home was a long and weary experience. The main roads were blocked by the police, and we saw ambulances and fire trucks rushing forward. The bus from Tel Aviv let us off a long way from home and there were no taxis to be had in the whole of Holon, so there was a very long and weary trudging through dark empty streets.  At home I had a whatsapp exchange with an old friend. “Stay alert, this night is not yet over” she wrote. “The government is sure to order a strong retaliation for this attack on Tel Aviv, and the Palestinians will want to retaliate for the retaliation”. She was completely right. After 3.00 PM  there was a very long series of alarms, one after the other. The explosions were more vague and seemed a long distance off. This time they were aiming at the Ben Gurion Airport. 

One of the missiles had fallen on a hut in Lod (Lydda), and killed a fifty year old man and his teen daughter.  It later turned out that they were Arabs, that they had lived in an “unrecognized” neighborhood where no building permits are issued, and that this prevented them from building a more solid structure which could have saved their lives.

And so here we are, with the conflict escalating and the death toll rising ever more steeply. And I should recapitulate, at least briefly, how we got to this.

Last Friday – just five days ago, though it seems like an eternity – public attention in Israel was totally riveted to the complicated dance of party politics. Prime Minister Netanyahu, facing three serious corruption charges at the Jerusalem District Court, had just failed in his efforts to form a new cabinet. The mandate passed to the oppositional “Block of Change”, whose leaders embarked on delicate negotiations aimed at forming a very heterogeneous government coalition comprising right-wing. left-wing and center parties, which have virtually nothing in common except the wish to see the last of Netanyahu. We had very mixed feelings about it, especially since the intended new Prime Minister Naftali Bennet is, if anything, more right-wing than Netanyahu. Still, the new government would have very strong mechanisms of “mutual veto” in place that would prevent Bennet from doing too much harm – though the same would also prevent the new government from doing much good, either. And this government  would be the very first in Israeli history to rely on an Arab party for its parliamentary majority (other than the Rabin Government in 1995, whose tenure was cut short by the PM being assassinated).

Anyway, there were very concrete plans to have the new cabinet ready for parliamentary approval by Tuesday, May 11 (yesterday). The anti-corruption demonstrators who have been demonstrating every week outside the Prime Minister’s residence were joking about when the movers will arrive to take away the Netanyahu family furniture. But Netanyahu had other irons in the fire.

First, there was the planned expulsion of hundreds of Palestinians from their homes in the Sheikh Jarach neighborhood of East Jerusalem. Dozens of them were due to be expelled within days and extreme right settlers were going to enter into their vacated homes. Protests in Sheikh Jarach and elsewhere in East Jerusalem met brutal police repression. Then, protests spread to the Haram A Sharif (Temple Mount) compound, and so did the police repression. Police started to shoot “rubber” bullets directly into demonstrators’ faces, causing them to lose eyes – at least two of them losing both eyes and becoming blind for the rest of their lives. Footage of the police breaking into the Al-Aqsa Mosque, Islam’s third holiest site and a place considered even by secular Palestinians as a major part of their national heritage, spread widely through the social networks, escalating the protests. And then there was the plan to have thousands of radical young settlers hold the provocative  “Dance of the Flags” right through the Damascus Gate and the Muslim Quarter of the Old City of Jerusalem, chanting their habitual racist slogans. The police and government reiterated hour after hour that the “Dance of the Flags”  would take place as scheduled. And it was then that Hamas in Gaza threatened to retaliate for the attack on the Palestinians of Jerusalem, and the government declared that it would not bend to “the ultimatums of terrorists”. And at the very last moment the “Dance” was cancelled – but it was too late.  At 6.00 PM the salvo of seven Hamas rockets at the outskirts of Jerusalem – which in fact caused no casualties or damage, but which precipitated the Israeli deadly retaliation on Gaza.

And now, a bit more than 48 hours later, here we are, in the midst of an escalating war, the Israeli Air Force destroying high rise buildings in Gaza and proudly announcing the “elimination” of senior Hamas activists – but unable to hinder the Palestinians’ ability to go on shooting rockets. And relations between Jews and Arabs, fellow citizens of Israel, have descended to unprecedented depths of inter-communal violence. In Lod, the police declared a night curfew “to stop the rampaging Arabs” but Arab inhabitants refuse to abide and are involved in violent confrontations with police around a local mosque. And in Bat Yam and Tiberias, mobs of extreme right Jews are assaulting random Arabs and smashing up Arab-owned shops. And repeated again and again in the media is the government’s total refusal to make a ceasefire. “No, no, no ceasefire – we must teach Hamas a lesson!”

Of course no ceasefire. Why should Netanyahu want a ceasefire? Every day in which the shooting continues is one more day of keeping that dreaded movers’ truck away from the Prime Minister’s Residence, one more day of keeping power in his own hands. If there was concrete proof that Netanyahu did it all consciously and deliberately, it would make up criminal charges far more serious than those he is facing at the District Court of Jerusalem. But any such evidence is probably classified Top Secret and would only be published fifty years from now. So, we can’t prove that he did it deliberately, though there can be little doubt about it. We can only end the war and immediately afterwards get rid of him.

Perhaps what is happening now will shake President Biden out of the attitude of keeping a low profile on |Israel and the Palestinians? After all, all this mess had fallen on his desk with quite a loud clatter…

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Palestine : voulez-vous agir pour arrêter le massacre ?

Dans de nombreux pays, les gouvernements et les entreprises sont profondément complices du régime israélien d’occupation militaire, de colonialisme et d’apartheid qui dure depuis des décennies, tout comme ils étaient complices du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Israël ne peut maintenir ce régime d’oppression qu’avec la complicité internationale.

Voici les 5 choses les plus efficaces que VOUS pouvez faire pour défier cette complicité et soutenir la lutte des Palestiniens pour la liberté, la justice et l’égalité :

1) Travailler avec les réseaux progressistes pour faire pression sur le parlement et le gouvernement afin de (a) mettre fin à toute coopération et commerce militaro-sécuritaire (financement militaire dans le cas des États-Unis) avec l’apartheid israélien et les régimes d’oppression criminels similaires dans le monde entier, (b) interdire tous les biens/services des entreprises opérant dans les colonies illégales d’Israël ; et (c) demander une enquête de l’ONU sur l’apartheid israélien.

2) Mobiliser vos communautés, syndicats, associations, églises, réseaux sociaux, gouvernements/syndicats étudiant, conseils municipaux, centres culturels ou toute autre organisation pour qu’ils se déclarent zone libre d’apartheid (Apartheid Free Zone AFZ), et mettent fin à toute relation avec l’Israël de l’apartheid et les entreprises complices de son système d’oppression.

3) Boycotter les produits/services des entreprises et banques israéliennes et internationales complices de crimes de guerre israéliens et de crimes contre l’humanité, et/ou faites pression au niveau institutionnel pour le désinvestissement de ces entreprises et banques. Cela inclut toutes les banques israéliennes (Leumi, Hapoalim, etc.) et les grandes multinationales telles que : Elbit Systems, HP, G4S/Allied Universal, AXA, CAF, PUMA, Caterpillar, General Mills/Pillsbury, Hyundai Heavy Industries, JCB, Volvo…

4) Annuler tous les engagements universitaires, culturels, sportifs et touristiques en Israël ou soutenus/sponsorisés par Israël (ou ses groupes de pression et institutions complices).

5) Participer à une campagne BDS ou un groupe stratégique de solidarité avec la Palestine près de chez vous pour agir collectivement et efficacement.

Canalisez votre colère et mobilisez-vous pour démanteler l’apartheid et toutes les formes de racisme et d’oppression.

Palestinian BDS National Committee, 12 mai 2021

https://alter.quebec/palestine-voulez-vous-agir-pour-arreter-le-massacre


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« Nous n’élevons pas nos enfants dans la haine.
C’est la réalité qui encourage la haine » :
un habitant de Sheikh Jarrah

Vers la fin d’une conversation dimanche 9 mai 2021 avec Abd al-Fattah Iskafi à son domicile de Sheikh Jarrah, la nouvelle est tombée que la Cour suprême d’Israël avait reporté une audience prévue lundi 10 mai sur le sort du quartier palestinien de Jérusalem-Est. La Cour devait examiner un recours contre l’ordre d’expulsion émis par un tribunal inférieur contre les Iskafi et d’autres familles. [Ce qui est un exemple des expulsions de Palestiniens qui a marqué toute la longue histoire coloniale d’Israël. Réd.]

On ne peut pas dire qu’Iskafi ait poussé un soupir de soulagement lorsqu’il a appris que la nouvelle session devait se tenir dans les 30 jours. « J’ai l’impression d’avoir été condamné à mort mais que l’exécution est toujours légèrement retardée. Maintenant, elle a encore été reportée », a-t-il déclaré à Haaretz. Néanmoins, il a pris une plus grande respiration.

Iskafi, 71 ans, avait 6 ans lorsque sa famille et celle de son oncle ont quitté leur maison temporaire de la vieille ville pour s’installer dans le quartier hors les murs. Il vit dans la maison de Sheikh Jarrah depuis lors, soit depuis 65 ans. « C’était comme déménager dans le jardin d’Eden », se souvient-il. « Il y avait beaucoup d’oliviers ici, il y avait de l’espace. La maison était petite, mais c’était une maison. Dans la vieille ville, nous vivions dans une fosse – une citerne qui avait été utilisée autrefois pour recueillir l’eau. Il n’y avait ni toilettes, ni eau courante, ni électricité. »

Avant la guerre de 1948, la famille vivait dans une maison qu’elle possédait à Baq’aa, un quartier palestinien du sud de Jérusalem. Ils ont déménagé dans la vieille ville en raison des combats, mais lorsque la guerre a pris fin, la famille, comme tous les autres réfugiés, n’a pas été autorisée à rentrer chez elle.

« Quelqu’un a vu mes parents et leurs enfants sans rien, seulement les vêtements qu’ils avaient sur le dos, à la recherche d’un endroit où rester, et les a laissés vivre dans une citerne sous la maison », m’a-t-il dit. « Nous transportions de l’eau dans des seaux depuis la mosquée Al-Aqsa pour nous laver et cuisiner. Nous utilisions des toilettes publiques près de la Porte des Llons » [l’unique porte ouverte sur la façade Est de la muraille de la Vieille Ville de Jérusalem].

Abd al-Fattah Iskafi ne connaît pas l’emplacement de la maison à Baq’aa. Ses parents sont décédés peu après la prise de Jérusalem-Est par Israël en 1967, et ils n’ont pas eu la chance, ou n’ont pas voulu, la voir avec les Juifs qui y ont vécu à leur place. « À quoi cela aurait-il servi si j’avais su où se trouvait la maison et si j’étais allé la voir ? » a-t-il demandé. « On nous l’a enlevée, et nous n’avons pas le droit d’en parler ».

Son médecin lui a ordonné de ne pas jeûner pendant le ramadan pour des raisons de santé. Il est trop nerveux pour manger, mais il fume, même si son médecin lui a ordonné de ne pas le faire. Il dort aussi peu à cause du stress.

Abd al-Fattah Iskafi a appris de son père qu’« en échange de l’abandon de notre statut de réfugié, l’United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees (UNRWA) a payé, et le ministère jordanien du logement a construit des maisons pour nous et d’autres familles de réfugiés. On nous a promis qu’après trois ans, les maisons deviendraient notre propriété. » Parmi les familles de réfugiés qui sont arrivées, selon les mêmes arrangements, et qui vivent dans le quartier, dit-il, il y en a quatre autres originaires de Jérusalem – Dajani, Husseini, Daoudi et Jaouni. Leurs maisons, avant 1948, se trouvaient à côté de la mairie de Jérusalem, sur la route de Jaffa.

Dans les années 1970 déjà, la famille s’est rendu compte que sa situation avait changé. « Ils nous ont soudainement dit que la terre appartenait à des Juifs », dit Abd al-Fattah Iskafi. « À l’époque, il n’y avait pas d’avocats arabes connaissant le droit israélien, alors les familles ont engagé un avocat juif dont on nous a dit qu’il était bon. Mais il a conclu un accord à notre insu et sans notre consentement avec les deux trusts juifs [qui avaient été déclarés propriétaires des terres à la fin du XIXe siècle], comme si nous étions des locataires protégés et eux des propriétaires. Ce n’est que lorsqu’ils ont exigé que nous quittions nos maisons et qu’ils ont expulsé ma voisine, Fawzia al-Kurd, en 2008, que j’ai commencé à comprendre que le danger d’expulsion était réel. Nous vivons dans cette pénombre depuis 13 ans. »

En 1956, dix personnes vivaient dans la maison. Les parents d’Abd al-Fattah Iskafi sont morts, son frère aîné et ses sœurs ont déménagé et seul Iskafi, cordonnier de métier, comme son père et son frère, est resté. Aujourd’hui, 14 personnes vivent dans la maison, trois familles nucléaires: Iskafi et sa femme, Salwa; leur plus jeune fils, célibataire, et deux fils mariés avec leurs familles. « Dans le jardin à l’extérieur de la maison, j’ai planté au fil des ans des oliviers, des clémentiniers, des citronniers et des kakis. Chaque arbre a été nommé en l’honneur d’un de nos six enfants », dit-il. « Maintenant, nous commençons à donner le nom de nos petits-enfants à nos arbres. Les petits-enfants vivent dans la crainte constante que nous soyons expulsés à tout moment. Parfois, ils refusent d’aller à l’école de peur qu’en rentrant chez eux, ils ne puissent pas réintégrer leur propre maison. Parfois, comme en ce moment, ils restent chez leur grand-mère maternelle pour échapper à la tension. »

Abd al-Fattah Iskafi estime que depuis 2009, il a comparu 15 à 20 fois devant un tribunal. Après chaque audience, quelque chose est mort dans son cœur.

« Les familles ont été détruites psychologiquement », dit-il. Il s’inquiète pour ses petits-enfants. «Q uand ils savent qu’il y a des plans pour les expulser, naturellement ils deviennent haineux, naturellement ils en viennent à penser que tous les Juifs sont des voleurs, l’ennemi », a-t-il expliqué. « Ce n’est que grâce aux militants juifs, qui viennent ici chaque semaine pour protester contre les expulsions, qu’ils savent que tous les Juifs ne sont pas comme ça. Nous ne sommes pas contre le peuple juif, je leur explique. Nous n’élevons pas nos enfants et nos petits-enfants dans la haine. C’est la réalité qui encourage la haine ».

Les deux maisons situées de part et d’autre de celle d’Abd al-Fattah Iskafi ont déjà vu leurs résidents palestiniens de longue date expulsés. Des familles juives orthodoxes y vivent désormais, protégées par deux postes de garde. Iskafi a besoin de quelques secondes avant de répondre à la question de savoir si l’un de ses voisins juifs a déjà exprimé un intérêt amical pour lui ou sa famille. « Peut-être un », répond-il, avant de développer : « Les locataires juifs sont constamment en train de prier. Les familles viennent pour un an ou deux, peut-être trois, chantent ‘Am Yisrael Chai’, obtiennent tout l’équipement dont elles ont besoin, sont applaudies comme des pionniers, puis repartent. »

Amira Hass

Article paru dans Haaretz le 12 mai 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/israel/israel-jerusalem-est-nous-nelevons-pas-nos-enfants-dans-la-haine-cest-la-realite-qui-encourage-la-haine-un-habitant-de-sheikh-jarrah.html


De l’autrice :

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Le droit à « l’autodéfense d’Israël » : une énorme victoire de la propagandele-droit-a-lautodefense-disrael-une-enorme-victoire-de-la-propagande/

Boire la mer à Gaza. Chronique 1993-1996 exploitation-sociale-et-oppression-nationale/

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125 ans d’un déplacement :
déclaration de l’ICAHD sur l’agression israélienne contre la Palestine occupée

L’ICAHD (comité israélien contre les démolitions de maisons demande l’arrêt immédiat de toutes les démolitions de maisons, des expulsions et d’un urbanisme discriminatoire. Que nos voix soient entendues par les peuples et par les gouvernements !

Depuis plusieurs semaines, la police et les paramilitaires d’Israël, avec des groupes de colons violents, ont intensifié leurs attaques sauvages contre les Palestiniens à Jérusalem. Particulièrement visés, les habitants de Sheik Jarrah qui se trouvent menacés d’une expulsion imminente par les colons israéliens, ainsi que les fidèles du Ramadan à la mosquée Al-Aqsa et dans la Vieille Ville. Ces attaques localisées ont ensuite été multipliées pour devenir une campagne militaire acharnée contre Gaza, qui est totalement assiégée depuis 2006 mais non disposée à abandonner ses frères de Jérusalem.

Ce cycle particulier de guerre de faible intensité survient pendant le Ramadan, au cours duquel des milliers de musulmans convergent vers Jérusalem. Là, la police israélienne les harcèle violemment, démontrant le contrôle total d’Israël par la force pure. Déjà assez grave en elle-même, cette période de tension coïncide avec les célébrations triomphalistes du Jour de l’indépendance et du Jour de Jérusalem, « jour de fête » officiel au cours duquel des milliers de colons religieux nationalistes viennent affirmer la « judéité » de la ville. Une composante majeure de ces « célébrations » consiste dans l’humiliation des habitants palestiniens de Jérusalem par d’importants défilés avec des grands drapeaux israéliens et des tambours à travers leurs quartiers de la Vieille Ville, en hurlant des chants patriotiques.

Il ne s’agit pas simplement d’« affrontements » entre les « parties » à un « conflit » symétrique entre deux peuples. Il s’agit plutôt d’actions visant à conquérir, à réprimer politiquement et à déposséder venant d’Israéliens juifs, qui se heurtent à une réaction méprisante de la part des Palestiniens. Le sionisme, mouvement colonial de peuplement de la fin du 19e siècle, avait un programme clair et explicite : dans le langage du mouvement sioniste, il s’agissait de judaïser la Palestine, de transformer la terre arabe en une terre juive ; bref, d’« épurer » le pays sur le plan ethnique. Au cœur de ce projet, se trouve le déplacement. Les colons juifs ne pouvaient affirmer leurs revendications exclusives d’un droit au pays qu’en poussant la population indigène hors de la terre et en y prenant le contrôle démographique aussi bien que politique. Le nettoyage ethnique reste la préoccupation farouche de l’Israël d’aujourd’hui. Il est au cœur des attaques et des manifestations de résistance à Sheikh Jarrah et à la mosquée Al-Aqsa, ainsi que dans la résistance que poursuit le peuple de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et, même, semble-t-il, les citoyens palestiniens d’Israël qui sont toujours eux-mêmes des déplacés et n’ont aucune égalité de droits.

Le processus consistant en un déplacement massif des Palestiniens est évident au vu des chiffres. Durant et après la Nakba de 1948 – ce que les Palestiniens appellent la « Catastrophe » et les Israéliens, leur « Guerre d’indépendance » – l’armée israélienne a démoli quelque 52 000 maisons, et plus de 530 villages entiers, villes et zones urbaines. Non pas dans le feu de l’action, mais méthodiquement, afin de s’emparer de la terre et d’empêcher tout retour des réfugiés. Quatre-vingt-cinq pour cent des Palestiniens qui vivent dans ce qui est devenu Israël, soit 750 000 personnes, sont alors devenus des réfugiés – ils sont aujourd’hui 7 millions, et toujours dans l’impossibilité de rentrer chez eux.

Lors de la guerre de 1967, Israël a achevé sa prise de contrôle militaire de la Palestine en conquérant la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, renouant avec le déplacement forcé des Palestiniens. Entre 1967 et 2021, les autorités israéliennes ont démoli plus de 55 000 maisons, structures agricoles, entreprises, centres communautaires, écoles et mosquées. Des milliers de maisons et structures continuent aujourd’hui d’être démolies à l’intérieur d’Israël. La communauté bédouine d’Al-Araqib du Néguev/Nakab a été démolie et reconstruite 186 fois par ses habitants !

À Jérusalem, le nettoyage ethnique prend d’autres formes. Le gouvernement israélien a construit des dizaines de nouveaux quartiers coloniaux à travers et autour de Jérusalem-Est, isolant ainsi la population palestinienne dans de petites enclaves déconnectées afin d’assurer son contrôle démographique et physique. Provoquant délibérément une pénurie de 25 000 logements dans le secteur palestinien, la municipalité de Jérusalem n’accorde pratiquement aucun permis pour construire des logements palestiniens, tout en démolissant jusqu’à 200 maisons chaque année. Trente mille maisons palestiniennes ont reçu un ordre de démolition. Avec ces manières « invisibles », l’urbanisme est utilisé comme un outil de déplacement et de judaïsation.

Expulser les Palestiniens de leurs maisons est une autre forme de déplacement massif à Jérusalem. Des associations de colons, bien financées, et soutenues par les tribunaux, la police et le gouvernement israéliens, sont en train de prendre possession de quartiers palestiniens déterminés : Silwan, rebaptisé maintenant « la Cité de David » par les Israéliens ; Sheikh Jarrah, connue maintenant officiellement sous le nom de « Simon le Juste » du nom d’un ancien rabbin ; Ras el-Amud, Jabal Mukaber, la Vieille Ville elle-même, etc. Dans pratiquement tous les quartiers du centre historique de Jérusalem, les familles palestiniennes risquent une expulsion violente de leurs maisons, les colons utilisant leurs fonds considérables et les voies juridiques pour les déposséder. Le déplacement forcé, quelle que soit la manière dont il est effectué, est un crime contre l’humanité en droit international. Tel est le contexte des violents affrontements à Sheik Jarrah, où les dernières familles palestiniennes risquent d’être expulsées de façon imminente, et d’être remplacées par des colons.

La résistance palestinienne sous toutes ses formes ne cessera pas, ne pourra pas cesser, tant que la politique d’Israël de déplacement et de nettoyage ethnique ne cessera pas. Aussi longtemps que le gouvernement continuera de soutenir Israël quoi qu’il arrive, aussi longtemps qu’Israël n’aura pas à craindre de sanctions significatives, il n’aura aucune motivation pour modifier son objectif historique de judaïsation de la Palestine, avec toute la violence, les violations des droits de l’homme et les violations du droit international que cela implique. Nous, les peuples du monde, somme les seuls alliés des Palestiniens. Nous devons faire entendre nos voix dans les couloirs des pouvoirs. Nous le répétons :

L’ICAHD demande l’arrêt immédiat de toutes les démolitions de maisons, des expulsions et d’un urbanisme discriminatoire. Que nos voix soient entendues par les peuples et par les gouvernements !

Pour plus d’informations, cliquez ici

Source : ICAHD

Traduction BP pour l’Agence média Palestine

https://ujfp.org/125-ans-dun-deplacement-declaration-de-licahd-sur-lagression-israelienne-contre-la-palestine-occupee/

 

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Contre l’horreur, les Palestiniens continuent de se soulever

Le chaos qui se déroule sur le terrain en Palestine-Israël est réel, brutal et terrifiant. Les avions de chasse, les roquettes, les policiers et les lyncheurs ont envahi le ciel et les rues ces quatre derniers jours. L’armée israélienne et les militants du Hamas continuent d’échanger des tirs aveugles, tuant des dizaines de personnes et en blessant un nombre incalculable, principalement dans la bande de Gaza assiégée. Dans tout Israël, des foules de groupes armés, dont beaucoup de voyous juifs accompagnés par la police, parcourent les villes et les quartiers en détruisant des voitures, en envahissant les maisons et les magasins, et en cherchant à faire couler le sang dans ce que beaucoup décrivent à juste titre comme des pogroms.

Cette descente dans la violence incontrôlée de l’État et de la foule étouffe tragiquement l’un des moments les plus incroyables de l’histoire récente de la Palestine. Depuis des semaines, les communautés palestiniennes, avec Jérusalem comme épicentre, organisent des manifestations de masse qui se sont répandues comme une traînée de poudre des deux côtés de la ligne verte. Déclenchées par les événements survenus à la Porte de Damas et dans le quartier adjacent de Sheikh Jarrah, les manifestations se sont étendues du camp de réfugiés de Jabaliya à Gaza à la ville de Nazareth en Israël, en passant par le centre de Ramallah en Cisjordanie. Et jusqu’à présent, elles montrent peu de signes d’apaisement.

Même si les événements actuels prennent une tournure horrible, ces mobilisations de ces dernières semaines ne peuvent être négligées. Si les Palestiniens de tous bords sont profondément conscients de leur identité commune, beaucoup craignent depuis longtemps que la fragmentation violente de leur peuple par Israël – encouragée par des dirigeants nationaux qui imposent ces divisions – n’ait irrémédiablement affaibli leur unité. Le fait que les Palestiniens soient descendus dans la rue à l’unisson rappelle de manière courageuse que, malgré le nombre incommensurable de victimes, la politique coloniale d’Israël n’a toujours pas réussi à s’imposer. Cette persévérance est plus qu’une simple source de réconfort pour les Palestiniens; elle les a galvanisés pour qu’ils saisissent ce moment afin de forger un changement radical et décisif.

Ce n’est guère la première fois que de telles manifestations ont lieu : le plan Prawer de 2013 visant à déplacer les citoyens bédouins dans le Naqab/Negev, la guerre de 2014 contre Gaza et la Grande Marche du retour de 2018 ont généré des actions communes similaires au cours de la seule dernière décennie. Pourtant, tout Palestinien qui a assisté aux manifestations actuelles ou suivi les nouvelles de l’étranger ne peut s’empêcher de sentir que cette vague n’est pas comme les autres. Quelque chose semble différent. Personne ne sait exactement de quoi il s’agit ni combien de temps cela va durer – et après la folie de la nuit dernière [du 12 au 13 mai], cela n’a peut-être plus d’importance. Mais c’est angoissant à regarder et électrisant à contempler.

Pas seulement un slogan

La centralité de Jérusalem dans ce renouveau national est un élément essentiel de l’histoire. Cela fait des années que la capitale historique n’a pas été présente dans l’esprit de tant de Palestiniens – et même de millions de personnes dans le monde – comme elle l’a été ces dernières semaines. La dernière fois que cela s’est produit, c’était en juillet 2017, lorsque, à la suite d’une attaque de militants palestiniens contre la police des frontières près de la mosquée Al-Aqsa, les autorités israéliennes ont installé des détecteurs de métaux autour du complexe [esplanade des Mosquées] et ont refusé de laisser entrer les fidèles musulmans sans les contrôler.

Refusant cet assujettissement par leur puissance occupante, les Palestiniens ont mené un boycott massif des détecteurs et protesté contre toute tentative de modifier le « statu quo » du Haram al-Sharif [Notre Sanctuaire]. Leur désobéissance civile a contraint les acteurs régionaux à intervenir et a finalement obligé Israël à retirer les installations. Bien que limitée dans sa portée, cette victoire a été une source d’inspiration et a donné un aperçu du potentiel d’organisation des Palestiniens dans la ville, dont beaucoup craignaient qu’elle ait été décimée par la répression israélienne pendant et après la deuxième Intifada [septembre 2000 à 2004-2005].

Cette fois, la mobilisation à Jérusalem est bien plus importante. Contrairement à 2017, les manifestants palestiniens ne se sont pas contentés de lever les restrictions arbitraires imposées par la police aux festivités du Ramadan à la porte de Damas. Dans un timing qui s’est avéré fatal, les autorités israéliennes et les groupes de colons ont intensifié leur pression pour expulser les familles palestiniennes de leurs maisons à Sheikh Jarrah, dont les expulsions devaient être scellées par la Cour suprême ce mois-ci, au moment même où la police intensifiait sa violence répressive dans la vieille ville. Le sort de Sheikh Jarrah, ainsi que d’autres zones menacées comme Silwan [quartier de Jérusalem-Est], est devenu intimement lié au cœur de la Jérusalem palestinienne – non pas comme un simple slogan fatigué, mais comme un mouvement qui entreprend des actions de masse pour les défendre.

Ce faisant, les Palestiniens ont franchi une étape importante dans la lutte contre les tentatives d’Israël de séparer les quartiers de Jérusalem les uns des autres, et de les couper de leurs frères à l’extérieur de la ville. Encouragés par le réveil de la capitale, les Palestiniens d’autres villes ont organisé leurs propres manifestations de soutien à Sheikh Jarrah et à Al-Aqsa, sans se laisser impressionner par les menaces et les actes de répression israéliens. Samedi dernier [8 mai], des milliers de citoyens palestiniens d’Israël ont bravé les obstructions de la police et se sont rendus en bus et à pied sur le lieu saint, priant pour Sheikh Jarrah dans le même souffle. Jusqu’à ce que les pogroms de cette semaine se répandent dans le pays, tous les yeux étaient rivés sur Jérusalem avec une énergie fervente que les Palestiniens n’avaient pas ressentie depuis des lustres.

Une caractéristique extraordinaire des manifestations est qu’elles sont principalement organisées non pas par des partis ou des personnalités politiques, mais par de jeunes activistes palestiniens, des comités de quartier et des collectifs de base. En effet, certains de ces militants rejettent explicitement l’implication des élites politiques dans leurs protestations, considérant leurs idées et leurs institutions – de l’Autorité palestinienne à la Liste commune – comme domestiquées et obsolètes. Ils s’affirment dans la rue et surtout sur les médias sociaux, encourageant d’autres jeunes qui n’avaient jamais participé à des manifestations politiques à les rejoindre pour la première fois. À bien des égards, cette génération défie ses dirigeants palestiniens traditionnels autant qu’elle combat l’État israélien.

La résilience au milieu du chaos

Il n’est pas étonnant que le Hamas ait décidé d’entrer en scène en tirant des milliers de roquettes sur le sud et le centre d’Israël au nom de la défense de Jérusalem. Pour certains Palestiniens, il s’agit d’une intervention militaire justifiée pour soutenir le mouvement sur le terrain ; pour d’autres, il s’agit d’une tentative flagrante de détourner les manifestations à son profit, comme il l’a fait avec la Grande marche du retour à Gaza. Pourtant, avec le président Mahmoud Abbas qui repousse indéfiniment les élections palestiniennes de cet été, les dirigeants politiques des deux côtés des territoires occupés ont montré qu’ils n’ont pas grand-chose à offrir, si ce n’est de vieilles stratégies et un pouvoir plus autoritaire.

La cooptation n’est pas la seule menace à laquelle le mouvement en plein essor est confronté. Dans les « villes mixte » comme Lod, Jaffa et Haïfa – des villes historiquement palestiniennes qui ont été transformées de force en localités majoritairement juives par l’expulsion et l’embourgeoisement – des foules juives d’extrême droite, souvent protégées et aidées par la police, lynchent les Palestiniens et terrorisent leurs quartiers. Des bandes juives armées provenant des colonies de Cisjordanie, où les agressions violentes contre les Palestiniens sont monnaie courante, convergent vers ces villes pour se joindre à la mêlée. Certains Palestiniens agressent également des Israéliens juifs et mettent le feu à leurs véhicules et à leurs biens, notamment en incendiant des synagogues. Cependant un seul de ces groupes [les non « arabes-israéliens »] a peu de raisons de craindre les autorités – et peut même compter sur la police pour sa protection.

Ces événements poignants vont probablement s’aggraver dans les jours à venir, Israël et le Hamas intensifiant leur guerre asymétrique, les Palestiniens de la bande de Gaza sous blocus payant le plus lourd tribut. Le gouvernement israélien envisage maintenant de déployer l’armée pour aider la police à établir « l’ordre » dans le pays, une mesure qui imposera une tyrannie supplémentaire aux citoyens palestiniens de l’État. Pendant ce temps, de nombreux Palestiniens qui soutiennent les manifestations craignent de descendre dans la rue par peur d’être blessés, arrêtés ou pire. D’autres se sont résignés à croire qu’après des décennies de soulèvements, d’inaction internationale et d’impunité israélienne, il y a peu d’espoir que cet épisode apporte un changement significatif.

Et pourtant, même si la violence semble échapper à tout contrôle, elle ne doit pas effacer les courants de fierté, de solidarité et de joie qui ont dynamisé la vague de résistance palestinienne de ce mois-ci. Dimanche 9 mai, dans une image symbolique, un Palestinien de Lod a escaladé un lampadaire pour remplacer un drapeau israélien par un drapeau palestinien – une scène de défi près de 73 ans après le nettoyage ethnique de la ville par les forces sionistes lors de la Nakba. Lorsque la police a empêché les bus d’entrer à Jérusalem pour la nuit sainte de Laylat al-Qadr, des chauffeurs de passage ont proposé de prendre en charge les Palestiniens qui étaient prêts à marcher des kilomètres pour atteindre Al-Aqsa. Cette semaine, dans le quartier de Wadi Nisnas à Haïfa, les résidents palestiniens se sont regroupés pour repousser les foules juives, sachant que la police était plus susceptible d’aider les agresseurs que de les arrêter.

Sur les médias sociaux, une vidéo virale montrait des citoyens palestiniens riant et applaudissant alors qu’une voiture de police israélienne passait sans savoir qu’un drapeau palestinien avait été coincé dans sa porte arrière. Une autre vidéo populaire montrait un jeune Palestinien, poussé hors d’Al-Aqsa par une foule de policiers, lançant sournoisement sa chaussure en direction de la tête d’un officier casqué. Une autre vidéo montre un Palestinien qui sourit lorsque sa fille, inconsciente du fait que son père est arrêté par la police dans sa propre maison, lui demande impatiemment des nouvelles de sa poupée. Même au milieu du chaos, ces moments de beauté et de résilience ne doivent pas être oubliés.

Une émeute nationale

Il ne fait aucun doute que la période actuelle est périlleuse pour tous ceux qui vivent en Palestine-Israël. L’instabilité dans les rues est terrifiante et les dangers qu’elle entraîne sont presque sans précédent. Cette folie aurait dû être évitable, mais les pouvoirs en place l’ont rendue presque inévitable. La communauté internationale, y compris les États arabes, a effectivement abandonné la cause palestinienne ; la droite israélienne a consolidé son régime d’apartheid entre le fleuve et la mer; et les dirigeants palestiniens ont refusé de donner à leur peuple un droit de regard sur son avenir politique.

C’est précisément cet environnement isolant et écrasant que le mouvement palestinien naissant tente de briser. Nombre des jeunes militants qui ont mis leur corps en jeu ces dernières semaines ont passé leur vie à essayer d’obtenir leurs libertés. Plus affirmés et mieux équipés que les générations précédentes, ils se sont essayés aux médias sociaux, au plaidoyer public, aux programmes de « coexistence », à la pratique juridique, et même à l’amitié avec des collègues juifs – pour constater qu’ils restent prisonniers des mêmes chaînes que leurs parents et grands-parents avant eux. Privés d’options, la désobéissance publique est désormais l’une des rares stratégies dont disposent les Palestiniens pour résister à l’oppression implacable d’Israël, notamment en luttant contre les expulsions de Sheikh Jarrah à celles Jaffa et au-delà…

Cet acte massif de mobilisation ne peut pas simplement être classé dans la fausse catégorie de la résistance « violente » ou « non violente ». Il s’agit, pour parler franchement, d’une émeute nationale. Bien qu’il s’agisse d’un mot profondément stigmatisé, utilisé plutôt pour diaboliser et justifier la brutalité contre des manifestants, les émeutes sont une caractéristique familière de la résistance populaire contre l’injustice ; les manifestations de Black Lives Matter après le meurtre de George Floyd l’année dernière en ont été des exemples marquants. Et pour de nombreux Palestiniens dans la rue, la violence émanant de ces manifestations – aussi odieuse et condamnable soit-elle – reste incomparable face à la brutalité quotidienne, directe et structurelle exercée par l’État qui les gouverne.

En effet, avec les guerres sismiques de 1948 et 1967, le succès du sionisme en tant que projet colonial découle en grande partie de son approche rampante de la dépossession. Il vole des territoires morceau par morceau, expulse des familles maison par maison, et réduit au silence l’opposition de personne à personne. Le « silence » est essentiel pour saper la résistance collective, tout en donnant aux critiques l’illusion qu’ils ont le temps de renverser la vapeur. Et comme les événements de Jérusalem l’ont montré ce mois-ci, plus Israël poursuit effrontément ses politiques, plus la résistance s’intensifie.

Les Palestiniens qui sont descendus dans la rue ces dernières semaines le savent très bien – et c’est pourquoi ils ne veulent pas laisser Israël revenir à la « normale ». La normalité signifie permettre au colonialisme de peuplement et à l’apartheid de continuer à fonctionner sans heurts, sans être gênés par une surveillance locale ou internationale. Cette condition violente et inhumaine constitue l’expérience commune de millions de Palestiniens, qu’ils vivent sous le blocus, le régime militaire, la discrimination raciale ou l’exil. Tous comprennent qu’ils s’affrontent à une force unique qui tente de les supprimer, de les pacifier et de les effacer, simplement en raison de leur identité « originelle ».

Même au bord d’une effrayante phase de guerre, de nombreux Palestiniens ne peuvent se permettre d’attendre la prochaine crise pour se débarrasser de cette force oppressive. Il y a une émeute en ce moment – et même si elle ne libère pas les Palestiniens de leurs chaînes, elle peut au moins desserrer l’emprise d’Israël sur leur conscience.

Amjad Iraqi

Amjad Iraqi est rédacteur au magazine +972. Il est également analyste politique au think tank Al-Shabaka. Il est un citoyen palestinien d’Israël, basé à Haïfa.

Article paru sur le site du magazine israélien +972 le 13 mai 2021 ; traduction rédaction de A l’Encontre

http://alencontre.org/moyenorient/palestine/contre-lhorreur-les-palestiniens-continuent-de-se-soulever.html

Contra el horror, las y los palestinos siguen alzándose

https://vientosur.info/contra-el-horror-las-y-los-palestinos-siguen-alzandose/

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Les femmes de Sheikh Jarrah tiennent tête aux Israéliens

Des coulisses aux avant-postes de la lutte, les femmes de Sheikh Jarrah mènent leur propre combat pour sauver leur quartier des plans israéliens d’appropriation des terres sur lesquelles elles ont grandi, dans des familles établies depuis plusieurs générations.

« Je m’enchaînerai moi-même dans ma chambre s’ils viennent à prendre d’assaut notre maison pour nous expulser de force », affirme Muna al-Kurd, 23 ans, dont la famille vit sous la menace d’être délogée de sa maison à Karm al-Jaouni, dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est occupée. « Je ne partirai pas de chez moi, de Sheikh Jarrah. »

Alors que les Palestiniens sont attaqués par les forces israéliennes et les colons parce qu’ils défendent leur droit de rester chez eux, Muna, la seule journaliste du quartier, est rarement chez elle.

En effet, elle s’est mise à la disposition des médias afin de rendre compte des violations quotidiennes commises par les colons israéliens et les forces d’occupation.

Middle East Eye rencontre Muna près de la maison familiale. La journaliste livre son propre témoignage au sujet du quotidien des femmes de Sheikh Jarrah dans un contexte d’escalade des tensions, d’oppression quotidienne à l’encontre des habitants et de solidarité croissante de la part des activistes, alors que des ordres d’expulsion en faveur des colons les menacent.

Le harcèlement israélien a commencé à se manifester dans la vie de Muna en 2001, trois ans après sa naissance, lorsqu’une partie de sa maison a été fermée et ses clés confisquées pour y accueillir des colons.

« Avant la mort de ma grand-mère, je n’avais pas de chambre et je dormais dans le salon, près de la fenêtre, où j’imaginais une main portant une arme qui me tirait dessus »

– Muna al-Kurd, habitante de Sheikh Jarrah

« Certaines des premières histoires que j’ai entendues et dont j’ai parlé concernaient des menaces d’expulsion à l’encontre d’habitants du quartier, jusqu’à ce que la menace vienne frapper à notre propre porte », confie Muna.

« J’ai grandi et mûri avec les champs lexicaux du droit international, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, entre autres expressions de ce type. »

La maison des Al-Kurd est habitée par des colons depuis 2009.

Aujourd’hui, Muna se retrouve à répéter ces mêmes expressions sur les réseaux sociaux et auprès des médias, elle qui assume la responsabilité qui lui a été confiée en tant que journaliste par les habitants de Sheikh Jarrah pour recueillir un soutien international.

Muna défend depuis longtemps la cause de Sheikh Jarrah. Il y a deux mois, elle a lancé une campagne en ligne sous le hashtag #SaveSheikhJarrah pour attirer l’attention sur la détresse des habitants du quartier.

« À bout de souffle »

Dans le sillage des événements à Sheikh Jarrah, les femmes palestiniennes assument des rôles essentiels et prépondérants en assistant aux réunions des habitants et en participant au processus décisionnel, reconnaît Muna. Elles prennent également des initiatives individuelles en tant qu’activistes, en assistant aux audiences dans les tribunaux israéliens et en suivant de près la bataille juridique.

« Je ne saurais trop insister sur cette résilience en disant qu’en plus d’être terrorisées pour leur mari et leurs fils face à l’oppression quotidienne et brutale d’Israël, les femmes du quartier éprouvent une profonde anxiété découlant de la crainte d’une expulsion imminente de leur foyer », affirme-t-elle.

« Je dors avec mon voile et mon hijab par crainte d’un raid soudain, car nous avons affaire à des gangs »

– Nuha Attieh, habitante de Sheikh Jarrah

« Après avoir rompu le jeûne du Ramadan, les femmes s’empressent de divertir les activistes en leur offrant du thé, du café ou des melons frais pour atténuer la chaleur de la journée, puis elles se précipitent pour faire la police une fois que les activistes sont partis », raconte Muna avec un sourire qui cache des années de pression.

L’intrépidité de Muna s’est manifestée lorsqu’elle a tenté de libérer son frère des mains des forces spéciales israéliennes qui le frappaient violemment. Son frère a finalement été arrêté il y a quelques jours.

Interrogée au sujet de ses craintes, Muna répond qu’il est douloureux d’en parler et que cela ne peut se résumer en quelques mots.

« Je suis née et j’ai grandi à Sheikh Jarrah, je ne peux pas m’imaginer vivre ailleurs », confie-t-elle. « Parfois, je m’endors et je me réveille soudainement à bout de souffle. Depuis des années, je fais un cauchemar récurrent dans lequel j’ai l’impression que quelqu’un essaie de me déloger de ma maison par la force et je lui résiste. »

Muna répète qu’en dépit du danger quotidien qui plane sur elle et sa famille depuis que les colons occupent la moitié de leur maison et malgré la menace imminente d’une expulsion forcée de la partie restante, elle ne se sentirait en sécurité nulle part ailleurs.

« Avant la mort de ma grand-mère, je n’avais pas de chambre et je dormais dans le salon, près de la fenêtre, où j’imaginais une main portant une arme qui me tirait dessus », raconte-t-elle. « Mais je refuse totalement l’expulsion forcée. »

En 1948, le père de Muna, Nabil al-Kurd, a été chassé de sa maison à Haïfa par la milice juive et contraint de partir pour Jérusalem au cours de la Nakba (« catastrophe ») palestinienne.

Sa famille a fait partie des 28 familles que la Jordanie, en coopération avec l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, a décidé de réinstaller à Jérusalem en 1956 en échange de leur renoncement à leurs droits en tant que réfugiés.

Ces familles ont été sélectionnées et ont se sont vu attribuer des logements construits par le gouvernement jordanien pour une période de trois ans, après laquelle la propriété des biens leur revenait automatiquement.

Cependant, après l’occupation de Jérusalem en 1967 et le passage de l’est de la ville sous contrôle israélien, les habitants du quartier de Sheikh Jarrah ont eu la surprise de constater que deux commissions juives avaient enregistré en leur propre nom leurs dix-huit dounams (unité de mesure pour les surfaces) auprès de l’Autorité foncière en 1972.

Par conséquent, des dizaines de procédures judiciaires ont été engagées devant les tribunaux israéliens, alors que les 28 familles palestiniennes d’origine se sont agrandies et que le nombre d’habitants menacés d’expulsion au profit des colons a grimpé à 500, dont 111 enfants.

En 2001, pour pouvoir accueillir sa famille de plus en plus grande dans sa maison, Nabil a achevé la construction d’une extension. Mais quatre jours avant l’emménagement prévu avec sa famille, les autorités d’occupation israéliennes ont confisqué les clés de l’extension.

En 2009, des colons israéliens sont arrivés et ont occupé la maison, faisant de la vie de la famille al-Kurd un enfer marqué par un harcèlement incessant.

Aujourd’hui septuagénaire, Nabil attend avec trois autres familles de Sheikh Jarrah que la Cour suprême d’Israël rende son verdict dans l’affaire d’expulsion qui les concerne. La semaine dernière, la cour a reporté sa décision en raison de l’escalade des tensions.

Salwa Skafi

Sur la route menant de la maison de la famille al-Kurd à celle de la famille Skafi plus au nord, on peut voir des postes de colons à côté de la maison d’Umm Kamel al-Kurd, que les colons ont prise par la force en 2008.

Sur le portail en fer de la maison des Skafi, on est accueilli par une plaque comportant l’inscription « Nous ne quitterons jamais notre terre » en anglais. La maîtresse des lieux, Salwa Skafi, 62 ans, y vit depuis 1976.

« J’ai donné naissance à tous mes fils et à toutes mes filles ici, mes petits-enfants sont également nés ici », raconte Salwa à MEE.

« Chaque fois qu’il me vient à l’esprit que je pourrais être expulsée de cette maison, je sens une boule dans ma gorge.

« Nous ne pouvons plus dormir tranquilles et nous vivons sous une énorme pression, en particulier lors des délibérations judiciaires israéliennes, auxquelles j’ai tenu à assister ces derniers temps. »

Salwa confie son inquiétude pour ses fils et son mari, malade, en cas d’expulsion. Elle évoque ensuite le mari d’Umm Kamel, décédé d’une attaque cérébrale dans le mois qui a suivi leur expulsion forcée.

« Je me suis mariée dans cette maison et j’aimerais pouvoir y mourir. Je tiens énormément à tout ce qui se trouve entre ces murs et tout autour », affirme-t-elle. « Parfois, je pense à déraciner les arbres de ma cour, pour que les colons ne puissent pas manger leurs fruits. Dans quelques mois, les kakis du plaqueminier du Japon vont mûrir et tous les jours, je me demande qui les mangera : nous ou les colons ? »

Salwa décrit le sentiment général de frustration que partagent les femmes du quartier, qui risquent d’être confrontées à un destin cruel et à un avenir flou si les expulsions viennent à se concrétiser.

Nuha Attieh

Nuha Attieh, une infirmière de 59 ans qui vit à Karm al-Jaouni, dans le quartier de Sheikh Jarrah, depuis son mariage en 1988, affirme qu’elle ne se sent plus en sécurité depuis que la première famille a été expulsée du quartier en 2008.

Cette année, à l’occasion du Ramadan, les responsabilités des femmes sont chamboulées. Nuha ne se consacre plus à la préparation du repas de rupture du jeûne pour sa famille le soir. Elle assume désormais une plus grande responsabilité envers les activistes et se précipite pour leur venir en aide lorsque le besoin s’en fait sentir. Elle s’occupe également d’eux en leur offrant du thé, du café et des biscuits pour qu’ils se sentent comme chez eux.

Le traumatisme qu’elle a subi en voyant les forces israéliennes prendre d’assaut la maison de ses voisins en pleine nuit il y a treize ans n’a fait qu’amplifier le sentiment d’insécurité que Nuha éprouve.

« J’ai vu les portes de nos voisins, les Al-Gawi, voler en éclats dans la nuit noire, j’ai vu les femmes se faire jeter dehors en vêtements de nuit, expulsée de force de leur maison », raconte Nuha à MEE. « Cette scène ne quitte jamais mon esprit. Je me souviens avoir pris des vêtements chez moi pour les donner aux femmes. Aujourd’hui, avec les tensions dans le quartier, je dors avec mon voile et mon hijab par crainte d’un raid soudain, car nous avons affaire à des gangs. »

Aseel Jundi, Middle East Eye, 12 mai 2021

https://alter.quebec/palestine-les-femmes-de-sheikh-jarrah-tiennent-tete-aux-israeliens/

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Nous désirons tous vivre et avons droit à un régime
qui garantit la justice et l’égalité.

La violence actuelle en Israël/Palestine est le résultat du régime d’apartheid qui contrôle toute la région.

Sous ce régime, environ la moitié des personnes qui vivent entre le Jourdain et la mer Méditerranée – les Juifs – peuvent mener une vie pleine et entière et bénéficier de la protection de leurs droits fondamentaux, tandis que l’autre moitié – les Palestiniens – ne le peuvent pas.

L’effroyable violence de rue à laquelle nous assistons est déchirante, terrifiante et doit être condamnée avec force. Toute violence contre des civils est absolument répréhensible. Pourtant, la violence est plus profonde que ce qui peut être filmé.

La gamme de mesures employées par le régime israélien pour assurer la suprématie juive est intrinsèquement violente. Les frappes aériennes et les grenades paralysantes sont visibles, tandis que les lois, les ordres militaires, les bureaucrates, les décideurs politiques et les juges qui soutiennent le système restent pour la plupart invisibles.

Rétablir l’« ordre » signifie que les Juifs retourneront à leur vie paisible, tandis que les Palestiniens continueront à vivre sous une botte : soumis à une violence constante, implacable et invisible.

Une réalité fondée sur la violence organisée n’est pas seulement immorale – elle est un danger pour nous tous.

C’est pourquoi la Déclaration universelle des droits de l’homme a proclamé, en 1948 : « Il est indispensable, pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression, que les droits de l’homme soient protégés… »

Nous méritons tous de vivre sous un régime qui assure la justice et la qualité pour les deux peuples. Un régime qui donne à tous ceux qui vivent ici le droit à la vie, à la sécurité et à la liberté de créer, d’apprendre, de rêver et d’aimer.

Nous désirons tous la vie. Pour chacun d’entre nous.

B’Tselem, Haaretz (14 mai 2021)

https://www.btselem.org/hebrew/apartheid/20210514_we_all_desire
_life_and_are_entitled_to_a_regime_
that_guarantees_justice_and_equality

Traduit de la version anglaise fournie par Adam Keller avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


En complément possible :

Il faut des actes forts pour arrêter les agressions israéliennes contre le peuple palestinien :

Arrestation du président de l’Association France Palestine Solidarité :

Le président de l’AFPS en garde à vue : il doit être remis en liberté immédiatement :

Répression des Palestiniens de Jérusalem-Est : la Belgique doit agir ! :

Protéger les Palestiniens de Jérusalem, la France doit agir :

Soulayma Mardam Bey : Cheikh Jarrah ou l’histoire d’une interminable dépossession :

Haggai Mattar : « Israël choisit la violence » :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/12/il-faut-des-actes-forts-pour-arreter-les-agressions-israeliennes-contre-le-peuple-palestinien-cheikh-jarrah-ou-lhistoire-dune-interminable-depossession/ 

Gideon Levy : Nous pouvons continuer à nous mentir sur l’« apartheid », mais Israël a franchi la ligne :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/04/nous-pouvons-continuer-a-nous-mentir-sur-l-apartheid-mais-israel-a-franchi-la-ligne/ 

Gideon Levy : « Ofer Cassif, une personne vraiment importante » : 

Gideon Levy : « Les ultra-orthodoxes israéliens sont les derniers voyous néofascistes d’Israël » : 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/29/ofer-cassif-une-personne-vraiment-importante-et-les-ultra-orthodoxes-israeliens-sont-les-derniers-voyous-neofascistes-disrael/

Orly Noy : J’écris pour me souvenir de la brutalité de la violence juive que j’ai vue à Jérusalem :

Michele Giorgio : « Mort aux arabes » : nuit d’agressions racistes à Jérusalem :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/27/jecris-pour-me-souvenir-de-la-brutalite-de-la-violence-juive-que-jai-vue-a-jerusalem-et-autres-textes/ 

 

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