Colombie (plusieurs textes : crise, répression, droits, soutiens)

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Soutien aux travailleurs et travailleuses de Colombie

Le gouvernement d’Iván Duque a soumis au Parlement colombien un projet de réforme fiscale qui vise à récolter 26 000 milliards de pesos par l’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les aliments de base, l’augmentation du taux d’imposition sur les salaires des travailleurs et travailleuses, parmi d’autres mesures qui feront payer aux pauvres du pays le prix d’une crise économique créée qui est celle des capitalistes, tandis que le chômage augmente, comme les indices de la misère et le nombre d’assassinats de combattants sociaux, tout ceci dans un contexte d’augmentation flagrante de la corruption.

Face à ces mesures, les centrales ouvrières ont appelé à une journée nationale de protestation, le 28 avril, qui a montré par ses grandes mobilisations l’indignation contre le gouvernement, s’est propagée et transformée en une lutte reconductible. A Cali, où la protestation était la plus forte, le gouvernement et le maire ont donné l’ordre de réprimer la protestation sociale, après un tweet de l’ancien président Uribe dans lequel il appelait au « droit des policiers et des soldats à utiliser leurs armes ».

Environ 35 personnes ont été tuées à Cali, Ibagué et Bogotá, plus de 400 personnes ont été arrêtées, plus de 150 personnes ont été blessées. par les balles des agents de sécurité de l’Etat et 6 jeunes ont perdu un de leurs yeux, triste réplique des pratiques génocidaires du Chili. Ils ont également donné l’ordre de militariser les grands centres urbains, pour tenter d’imposer leurs politiques anti-populaires. dans le sang et le feu.

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Duque il y a trois ans, plus de 1 000 combattants sociaux ont été assassinés : des défenseurs des droits de l’homme, des guérilleros démobilisés des FARC, des demandeurs de terres et des dirigeants syndicaux. Tout ce massacre a lieu alors que les organes d’enquête de l’État, tels que le bureau du procureur général, continuent de mener des enquêtes exhaustives qui en restent… à une impunité la plus flagrante.

Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes dénonce la brutalité de la répression en Colombie, les attaques du gouvernement d’Iván Duque et du Parlement à travers la réforme fiscale. Nous adressons toute notre solidarité internationaliste aux combattant∙es sociaux, aux jeunes et aux travailleurs et travailleuses qui sont dans les rues pour défendre leurs droits.

Dehors le gouvernement criminel de Duque !

Non à la répression !

A bas la réforme fiscale !

Vive la lutte des travailleurs et travailleuses dans le monde !

http://www.laboursolidarity.org/Soutien-aux-travailleurs-et

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Déclaration de solidarité avec le peuple colombien

Depuis la Marche Mondiale des Femmes, nous avons envoyé notre voix de protestation et de rejet au gouvernement colombien dirigé par Duque et ses forces de police répressives qui attaquent, sans pitié, les manifestants qui descendent dans la rue pour protester contre les mesures institutionnelles attentatoires aux droits des citoyens, qui ont entraîné une forte demande nationale pour toutes les injustices accumulées pendant des décennies dans le pays frère.

Nous adressons toute notre solidarité au peuple colombien, les femmes et les jeunes filles qui, en contournant les obstacles et en exposant leurs corps, sont confrontées à un régime répressif et militaire qui viole toutes les garanties de vie de la population qui exerce légitimement le droit de manifester.

Les protestations, qui ont commencé le 28 avril dernier par des millions de personnes à travers le territoire, ont commencé en opposition à une réforme fiscale, qui cherchait à ajouter des taxes aux produits de première nécessité et aux services publics qui, en temps de pandémie, ne font que rendre la vie plus précaire et accentuer les inégalités dans le pays. En l’absence de réponse du gouvernement, le peuple colombien décide de rester en chômage permanent.

Bien que le gouvernement colombien ait retiré cette réforme, la population continue de manifester son mécontentement face à tant de situations d’inégalités, privatisations à la santé, à l’éducation, persécutions des dirigeants sociaux et non-respect de l’accord de paix, avec les assassinats d’anciens – dirigeants qui ont signé ces pactes témoignent d’une escalade criminelle qui se développe et se perpétue dans les gouvernements néolibéraux qui défendent le capitalisme fasciste en Amérique latine.

Dans cette vague de violence, qui dure depuis huit jours, 37 personnes, pour la plupart des jeunes, ont été tuées; Près d’un millier d’arrestations arbitraires ont été signalées, avec un pourcentage élevé de violences physiques de la part des forces de police ; 21 personnes atteintes de lésions oculaires et 10 femmes victimes de violences sexuelles. Nous avons vu des populations qui ont été évacuées par des gaz polluants lancés de l’air, où les femmes et les enfants/es subissent les principales conséquences.

Une autre situation qui touche le grand public et les observateurs nationaux et internationaux des droits de l’homme est que, face à des situations d’urgence provoquées par des manifestations populaires, le droit aux soins de premiers secours et aux services médicaux nécessaires dans des conditions d’extrême gravité doit être respecté, et ces brigades de soins n’ont pas été autorisées à avoir accès aux soins d’humanité dont a besoin la population.

C’est pour toutes ces raisons que la Marche mondiale des femmes réaffirme notre attachement à la justice, le droit légitime à la défense de la vie et le respect des manifestations qui réclament un monde meilleur et plus équitable.

Nous compatissons avec les femmes maltraitées. Les organisations féministes et les organisations de femmes qui font partie de notre mouvement mondial exigent que justice soit rendue aux coupables de ces actes odieux et des crimes qui se sont perpétués au cours de cette période. La communauté internationale et les institutions des droits de l’homme ne peuvent rester à l’écart des actions délibérées du pouvoir gouvernemental.

Nous exigeons que Duke soit jugé et puni.

Nous continuerons jusqu’à ce que nous soyons tous libres.

Marche Mondiale des Femmes

https://marchemondiale.org/index.php/2021/05/10/declaration-de-solidarite-avec-le-peuple-colombien/?lang=fr

Declaração de Solidariedade com o Povo da Colômbia da Marcha Mundial das Mulheres

http://www.marchamundialdasmulheres.org.br/declaracao-de-solidariedade-colombia/

Declaración de Solidaridad con el Pueblo de Colombia

https://marchemondiale.org/index.php/2021/05/10/declaracion-de-solidaridad-con-el-pueblo-de-colombia/?lang=es

Declaration of Solidarity with the People of Colombia

https://marchemondiale.org/index.php/2021/05/10/declaration-of-solidarity-with-the-people-of-colombia/

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Une répression farouche contre une grève
qui vise des politiques qui précarisent la vie…

Entretien avec Bety Ruth Lozano conduit par Veronica Gago 

Depuis Cali, l’épicentre de la révolte et du déchaînement répressif, Betty Ruth Lozano – professeure d’université et leader afroféministe – décrit ce qui se passe et appelle l’attention de la communauté internationale. Depuis le 28 avril, la Colombie est en grève et la grève ne s’arrête pas, comme l’indique le hashtag devenu viral pour rendre compte d’un processus qui a débordé même les organisations qui l’ont convoquée. Elles imaginaient qu’elle ne durerait qu’un jour. Elle a commencé comme une épreuve de force contre la contre-réforme fiscale et la contre-réforme de la santé promues par le président ultra-néolibéral Iván Duque, décidées en pleine la crise pandémique. Mais la grève s’est répandue car répondant un « appel massif » dans les grandes et petites villes, fonctionnant comme un catalyseur d’un mécontentement plus profond.

Nous (Pagina 12 – Argentine) publions ici une partie de la conversation organisée par le collectif NiUnaMenos avec l’enseignante universitaire et militante afroféministe Bety Ruth Lozano. Avec deux collègues, Gloria et Cristina, du syndicat des enseignants, elles font un rapport depuis la ville de Cali, l’épicentre du soulèvement et aussi du déchaînement répressif qui a fait des morts, des disparitions, des viols et des centaines de blessés.

En fait, alors que cet entretien avait lieu, un sommet à Miami réunissait Ivan Duque lui-même avec l’ancien président argentin Mauricio Macri (décembre 2015-décembre 2019) et le président chilien Sebastián Piñera, parmi d’autres, pour parler d’une « démocratie en danger » alors qu’elle est gouvernée par la force des balles.

Il est urgent d’arrêter le massacre en Colombie, disent les organisations syndicales, féministes, indigènes, paysannes, lgbtqi, afro et populaires des bidonvilles qui, en état d’alerte et sans quitter la rue, exigent une condamnation internationale. Les images qui circulent depuis des jours sont celles d’une guerre au sens littéral: hélicoptères tirant depuis le ciel, rues illuminées par des éclats de grenades, gaz lacrymogènes et tanks occupant les routes. Et pourtant, l’indignation ne s’arrête pas.

Comment la protestation qui a débuté le 28 avril s’est-elle intensifiée ?

La grève a commencé pour un jour mais s’est poursuivie et la répression a été très forte les 29 et 30 avril. Le 1er mai, jour de la fête du travail, il y a eu une marche historique, estimée à plus d’un million de personnes rien qu’à Cali. En fait, les organisateurs de la grève ont appelé à une mobilisation virtuelle et les gens ont ignoré l’appel et sont descendus dans la rue et se sont mobilisés. Il y a de multiples points de blocage dans toute la ville et aussi à Bogota et à Medellín. L’escalade a été très rapide au niveau national. La mobilisation n’est pas seulement contre la contre-réforme fiscale qui fait peser plus d’impôts sur les plus pauvres et la classe moyenne, elle se fait aussi face à la contre-réforme de la santé en cours au Congrès, ainsi que contre un ensemble de politiques publiques qui précarisent la vie.

Deux éléments structurent le mouvement de ces journées. La première est l’intercommunication instantanée dont disposent les jeunes. Ceux d’entre nous qui appartiennent à une autre génération se trouvent en troisième ligne; nous sommes principalement des femmes qui transportent de l’eau et des médicaments. L’autre élément réside dans le fait que les jeunes sont ceux qui ont directement vécu les conséquences économiques et émotionnelles de la pandémie: l’enfermement, le chômage de leurs parents, leur propre chômage, les protestations pour pouvoir aller à l’université, les situations de santé mentale dues au stress, au confinement et à la pauvreté. Cela reprend ce qui a été vécu en 2019 lorsque, comme au Chili, au Pérou et en Équateur, la population et les mouvements sociaux se réveillaient face aux conséquences du modèle néolibéral de paupérisation et d’extermination, mais qui est désormais approfondi par le virus. Comme le disait l’un des slogans : « Nous ne nous soucions même pas de perdre la vie, car ils nous ont déjà tellement pris qu’ils nous ont enlevé notre peur. »

L’une des plaintes répétées est que l’internet est coupé dans les zones de protestation afin d’empêcher les transmissions documentant, en temps réel, la répression de l’État.

Oui, les mobilisations ont réussi à avoir une résonance mondiale instantanée, grâce à tous ces médias et réseaux alternatifs. Les médias privés sont pro-gouvernementaux. Pour eux, il ne se passe rien, ou bien ils parlent de vandalisme, d’actes terroristes, mais ils ne mentionnent pas la répression et la violation des droits de l’homme, même contre des défenseurs des droits de l’homme et des fonctionnaires du Bureau du médiateur (defensoría del pueblo). Ils parlent de 31 personnes tuées, mais il y a beaucoup de morts qui ne sont pas pris en compte pas. Il y a plus de 90 personnes disparues, on sait qu’elles ont été assassinées et leurs corps n’ont pas été retrouvés. Il y a plusieurs femmes qui ont dénoncé les violences sexuelles de la police et des centaines de blessés. Ces chiffres sont sous-déclarés car nous savons qu’il y en a beaucoup plus et le bureau du procureur refuse également de collecter tous les rapports.

Comment expliquez-vous la force de la protestation, déjà presque un soulèvement ?

La situation de la pandémie a rendu visible toute la précarité. Tout ce travail informel a été comme un coussin de sécurité face à la crise, mais il est devenu très difficile à maintenir. Les travailleuses domestiques, par exemple, ne peuvent pas sortir pour travailler et l’emploi a été trop réduit. Il y a une énorme précarité de la vie, à laquelle s’ajoute toute la corruption du gouvernement.

Malgré l’annonce de l’arrêt de la réforme fiscale, le peuple reste mobilisé. En outre, les rapports d’assassinats de leaders sociaux ont augmenté de façon spectaculaire cette année…

C’est à cela que je voulais faire référence. Il y a trop de choses. On dit que la grève est déclenchée pour arrêter la réforme fiscale, et c’est ce que dit la « table ronde nationale pour la grève ». Mais les gens qui descendent dans la rue savent qu’il ne suffit pas d’arrêter la contre-réforme fiscale, qu’il y a un nombre énorme d’assassinats de leaders sociaux, malgré le fait qu’un accord de paix ait été signé avec la guérilla des FARC, qui est maintenant un mouvement politique.

La guerre continue, surtout dans les zones rurales, où les meurtres de femmes leaders indigènes et afro-descendantes sont très nombreux. En outre, le nombre de féminicides dans le pays a augmenté de manière spectaculaire au cours de l’année dernière et de cette année. Ajoutez à cela les 6402, c’est ainsi que l’on appelle le nombre de « faux positifs » pendant les huit années du gouvernement d’Alvaro Uribe [2002-2010] : ce sont les jeunes qui ont été enlevés chez eux ou piégés, tués, puis déguisés en guérilleros pour la séance de photos. C’est-à-dire qu’Uribe a menti au pays, en disant qu’il gagnait la guerre avec les FARC en montrant un certain nombre de guérilleros assassinés, alors qu’en réalité il s’agissait de jeunes des secteurs populaires qui avaient été trompés sous le prétexte d’un travail, qu’ils allaient être payés pour un match de football, ou qu’ils allaient être emmenés pour cueillir du café dans les zones rurales, et ils ne sont jamais réapparus. Tous ces mensonges ont été révélés au grand jour et le peuple le sait. En outre, ce gouvernement est l’un des plus mauvais dans la gestion de cette situation de pandémie sur le continent. Tout ce mécontentement remonte à la surface en ces jours de grève et les gens demandent vraiment des changements fondamentaux.

On dit qu’un décret est prêt pour déclarer l’état de  «commotion intérieure ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Nous attendons que le décret soit rendu public et de savoir d’où il provient. C’est une menace de dire que le décret est sur le bureau du président et que sa signature manque. Ce qu’ils nous disent, c’est: retirez-vous, levez la grève et alors nous retirerons le décret. Je pense que les jeunes ne croient plus à ces menaces. Le peuple reste toujours fermement dans la rue et s’il y a un décret de « commotion interne » [une des trois normes justifiant un état d’exception, ici « pour troubles graves de l’ordre public »] alors la violence va être beaucoup plus grave et généralisée.

Nous demandons à la communauté internationale de tourner son regard vers la Colombie, d’exiger du gouvernement qu’il retire l’armée des rues et qu’il résolve le mécontentement de la majorité de manière pacifique. En outre, l’ESMAD [Unité antiémeute de la police nationale] est en opération. C’est une force de police antiémeute qui a déjà éborgné plusieurs personnes, qui tire sur les générateurs électriques pour couper l’électricité, parce que c’est une force de police formée pour briser les protestations. Il est également demandé que l’ESMAD soit dissoute. En outre, il y a un nombre énorme de policiers infiltrés dans les manifestations.

Il est impressionnant de voir comment les méthodes de criminalisation et de répression brutale de la protestation se répètent:  comme au Chili, la méthode consiste à viser directement les yeux. Récemment, nous avons assisté à une forte incorporation du mouvement indigène…

Il semble que la décision d’interrompre la grève ne soit plus entre les mains de la CUT (Central Unitaria de Trabajadores), de la FECODE (Federación Colombiana de Educadores) et de la Mesa de Paro Nacional (Table ronde de la grève nationale). Elle a pris sa dynamique propre dans les mobilisations des jeunes à travers le pays. En outre, la Minga indigène [le terme minga renvoie à la réunion de voisins, avec y compris la référence aux travaux collectifs] – qui est la forme de mobilisation des organisations indigènes, en particulier dans le département du Cauca – s’est déplacée autour des sites de blocus. Ils constituent une force symbolique de soutien très importante, très respectée, reconnue et aimée. Ils ne sont armés qu’avec des bâtons de commandement et pourtant ils sont des autorités qui font que tout le monde se sent très soutenu. Ils sont restés à Cali à cause de la situation particulière qui est vécue et qui a été vécue à Siloé [quartier populaire de Cali], qui est ce quartier périphérique qui a été constitué à la fin des années 1950 par une population déplacée par ce qu’on appelle en Colombie la violence avec une majuscule, c’est-à-dire cette guerre civile générée par les partis politiques libéraux et conservateurs et qui a mis à mort le peuple colombien. Cela a été l’occasion pour lancer toute une réforme agraire qui a dépouillé un grand nombre de paysans de leurs parcelles de terre et les a conduits sur cette colline qu’est Siloé, où il y a une jeunesse dynamique, et où la violence militaire a frappé le plus fort.

Pourquoi Cali a-t-elle été particulièrement visé, au point d’envoyer un colonel de l’armée pour contrôler la situation ?

Cali est reconnu comme la capitale mondiale de la salsa, mais nous avons montré que nous dansons aussi au rythme de la contestation, n’est-ce pas ? Nous pouvons aussi danser au rythme de la rébellion, de l’insurrection, de la dignité. Cali est une ville qui compte près de trois millions d’habitants, avec la plus grande population noire de tout le pays. On dit que Cali compte environ 40% de population noire, qui, ces dernières années, a été déplacée par le conflit dans tous ces quartiers marginaux et qui vit du travail informel ; les jeunes noirs sont les cibles de la police, leurs assassinats n’entrent pas dans les statistiques officielles.

C’est une ville qui accueille des personnes déplacées de partout: indigènes, du Pacifique colombien, du sud, du Putumayo, du Cauca. La mobilisation ne s’est pas faite en un seul endroit, mais la population a décidé de bloquer les entrées et les sorties de la ville à des points stratégiques.

Et il ne faut pas oublier que Cali est l’entrée de l’océan Pacifique. Le port le plus important de Colombie est Buenaventura, où entrent plus de 60% des marchandises. Ces blocages stratégiquement placés – parce qu’ils causent d’énormes dommages non seulement à l’économie locale mais aussi à l’économie nationale – ont conduit à l’arrivée des militaires envoyés non seulement par le gouvernement mais aussi, comme nous le savons, par les hommes d’affaires et les agro-industriels. Car il faut savoir que Cali est l’épicentre de l’agrobusiness de la monoculture de la canne à sucre. Les producteurs de canne à sucre, qui sont ceux qui détiennent le pouvoir dans la ville, ont également demandé au gouvernement de venir « débloquer » la situation. Nous devons rester vigilants car ce qui s’annonce pourrait être pire que ce qui s’est passé ces derniers jours.

Article publié dans le quotidien argentin Pagina 12 en date du 7 mai 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/colombie/colombie-une-repression-farouche-contre-une-greve-qui-vise-des-politiques-qui-precarisent-la-vie.html

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Colombie : révoltes massives contre la violence de l’État

Depuis près d’une semaine, une vague de soulèvements massifs et souvent insurrectionnels secoue le pays. En face, le gouvernement Duque, que l’on peut sans trembler qualifier d’extrême-droite, a répondu par une répression violente, une grande tradition en Colombie, qui compte en quelques jours plus de 30 morts et près de 1000 blessés. Déjà en 2019, des protestations secouaient le pays en réclamant notamment l’abandon de la réforme des retraites d’alors, un meilleur accès aux soins de santé et une meilleure protection sociales des classes populaires, mais aussi le respect des accords de paix par les autorités. Cette fois-ci, la colère paraît bien difficile à maîtriser, mais nul doute que le gouvernement colombien s’y attèlera, au prix de nombreuses vies humaines.

Les raisons de la colère

Il faut revenir sur le contexte politique et sanitaire colombien pour comprendre ce qui se joue ici. Sanitaire d’abord, puisque la Colombie est, après le Brésil et l’Argentine, le pays le plus touché par la pandémie du Covid-19. Le pays se rapproche dangereusement du seuil de 3 millions de cas positifs, avec la situation hospitalière que l’on peut imaginer, et comptabilise aujourd’hui environ 76 000 décès. Il faut dire que l’accès aux soins est extrêmement difficile, du fait de la guerre civile qui a ravagé le pays (et continue de le faire dans une moindre mesure), de la part importante de la population qui vit dans des zones rurales et reculées, qui ne disposent pas d’infrastructure sanitaire à proximité, infrastructures sanitaires elles-mêmes insuffisantes dans les grandes villes.

Au niveau politique, le pays est dirigé par le président Iván Duque, un proche de l’ex-président tortionnaire Álvaro Uribe. Uribe a été président de la Colombie de 2002 à 2010, mais son pouvoir politique et son influence s’étalent sur plusieurs décennies. Il est notamment un des acteurs centraux de la guerre mortifère contre la « subversion » et « la drogue », qui visait particulièrement les FARC et l’ELN (Armée de libération nationale), à l’aide de milices paramilitaires ultraviolentes coupables d’assassinats, tortures et viols par milliers. Après l’accord de paix passé avec les FARC en 2016, Uribe a toujours lutté de toutes ses forces pour enterrer la « paix » (pourtant bien relative au vu du contenu de l’accord).

Cette guerre des autorités colombiennes contre la population remonte à plus de cinquante ans, que ce soit contre les guérillas marxistes qui naissent aux alentours des années 60, et plus généralement contre l’ensemble des militant.e.s et des pauvres, mais c’est bien au tournant des années 2000 et avec l’arrivée d’Uribe au pouvoir qu’elle a atteint son paroxysme. Voilà donc l’histoire dans laquelle s’inscrit le président colombien actuel, et voilà l’histoire qu’il s’évertue à accomplir à son tour.

En effet, d’importantes manifestations ont éclaté pour protester contre la nouvelle réforme fiscale du gouvernement Duque. Celle-ci prévoyait d’élargir la base d’imposition sur les revenus et d’augmenter la TVA (de 5 à 19%), précarisant d’avantage une population déjà pauvre et frappée de plein fouet par la pandémie. À Cali, l’épicentre de la contestation, mais aussi à Bogota, à Medellin, ainsi que dans d’autres villes moins importantes, des dizaines de milliers de manifestant.e.s prennent les rues depuis le 28 avril. Des émeutes éclatent alors, avec des affrontements contre les forces armées et des pillages populaires, auxquels se rajoutent ces derniers jours le blocage des axes routiers (notamment à Cali et Bogota) et des attaques nocturnes de postes de police, dépassant largement le cadre et les revendications des syndicats de travail et autres organisations sociales officielles.

Au regard de l’embrasement général, Duque a fini par retirer son projet de réforme fiscale, qu’il n’a néanmoins pas abandonné, et le ministre des Finances a démissionné. Mais le nouveau projet de réforme de la santé, l’ampleur des violences policières et les profondes inégalités sociales (environ 45% de la population est pauvre) nourrissent une colère bien plus profonde, qu’il sera maintenant bien difficile de contenir.

La répression Duque, Violencia toujours

Dès les premières manifestations, le couvre-feu et autres interdictions de rassemblement mises en place du fait de la pandémie ne sont pas parvenus à empêcher les masses révoltées de sortir de chez elles. Les forces armées ont tiré sur la foule, et les protestations se sont intensifiées, en même temps que la violence extrême qui s’est déchaînée sur la population colombienne.

Le déploiement d’escadrons mobiles anti-émeutes et autres forces armées est à la source d’exactions continuellement pointées du doigt par la population (et par les observateurs internationaux). En quelques jours à peine, il en résulte plus de 30 morts, ainsi que des centaines de blessés, dont des dizaines de personnes éborgnées, causés respectivement par des tirs à balles réelles (sur des foules émeutières aussi bien que pacifiques). Plus encore, on note des faits de violences sexuelles à l’encontre des manifestantes par les forces de police, auxquelles le président a renouvelé son soutien indéfectible, ainsi que près d’une centaine de disparus et d’innombrables détentions arbitraires. Dans ce contexte, Duque a condamné le « vandalisme terroriste » des manifestant.e.s et a annoncé lundi le déploiement de l’armée pour soutenir les policiers. Ajoutons à cela les intimidations et agressions des défenseurs des droits de l’homme et autres observateurs internationaux par les autorités, l’ONU et l’UE ont condamné l’« usage excessif de la force » et appelé « au calme », tout comme les États-Unis, qui ont pourtant été l’allié le plus profitable de la guerre anti-subversive menée par le gouvernement Uribe. De son côté, la France reste bien silencieuse.

Déjà si marqué par l’histoire sanglante de la lutte armée et de sa répression, par le gouvernement ultralibéral-fasciste d’Uribe en tête, et les exactions paramilitaires permanentes, le continuum de violences sociale et politique ne tarit donc pas. Combats à la frontière vénézuélienne, reprise partielle de la lutte armée face aux violences des autorités par des dissidents des FARC qui ont refusé de déposer les armes (une dizaine d’entre eux sont morts dans un bombardement par l’armée colombienne il y a tout juste deux mois) et de nouveaux groupes armés qui émergent depuis 2018, sans parler des centaines d’assassinats chaque année d’anciens membres des FARC ou de militants et cadres d’organisations sociales ou syndicales…

Et désormais, cette terrible répression qui s’abat sur les mouvements sociaux. Répression qui se poursuivra sans doute aujourd’hui, puisque des manifestations sont appelées un peu partout dans le pays.

ACTA, 5 mai 2021

https://alter.quebec/colombie-revoltes-massives-contre-la-violence-de-letat/

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Une crise sans précédent.
Duque propose une « solution » qui a déjà échoué

C’était le deuxième discours en trois jours le 4 mai, au milieu de la crise la plus aiguë de son gouvernement. Au même moment, à de multiples endroits dans des dizaines de villes, des mobilisations ont eu lieu dans la rue. Le pays a achevé hier sept jours de manifestations. Aujourd’hui 5 mai, une nouvelle manifestation nationale est organisée à l’appel du Comité de grève.

Mais le président n’a donné aucun signe qu’il écoutait. La formule d’Ivan Duque [président depuis août 2018] face à la situation chaotique du pays, un jour avant le nouvel appel à manifester, réédite celle qu’il avait proposée en 2019, après la première grève nationale. Mais avec encore moins de force et dans un pays beaucoup plus complexe. « Je veux clarifier que nous allons installer un espace afin d’écouter les citoyens et construire des solutions », a déclaré le président, depuis la Casa de Nariño, avec un vase de roses derrière lui.

Des impôts à la répression policière

La Silla Vacía a couvert les manifestations organisées hier dans quatre villes. Comme beaucoup de celles qui ont suivi le 28 avril, elles se forment spontanément, dans des endroits où la répression policière est récurrente. « La Tributaria [les décisions fiscales] a mis en lumière des choses que nous avions laissé passer, mais aujourd’hui je suis ici à cause de la répression policière », dit Paulina Domínguez, étudiante universitaire lors d’un sit-in dans le parc principal de Sabaneta, une municipalité au sud de Medellín. « C’est un signe de la rage que suscite le fait que nous affirmons “nous allons faire une manifestation pacifique” et les policiers viennent exercer la violence contre nous », a déclaré Steven Ospina, un leader social de Siloé, à Cali, lors d’un rassemblement motivé par la mort de trois personnes la nuit précédente.

Dans son discours, le président n’a pas fait référence aux 19 personnes qui ont trouvé la mort dans les manifestations, selon les chiffres préliminaires du bureau du médiateur [Defensoría del Pueblo], la plupart d’entre elles à cause de la répression policière. Des abus qui ont été diffusés, dans de nombreux cas, en direct sur les réseaux sociaux, sur lesquels circulent des vidéos de policiers tirant sur des manifestants.

Il n’y avait pas non plus de trace des signaux d’inquiétude de la communauté internationale, qu’ils proviennent de l’administration Biden, de l’ONU ou de l’OEA (Organisation des Etats américains). Duque n’a même pas reconnu qu’il y avait eu des abus de la part des forces de sécurité : « Les citoyens doivent reconnaître et être reconnaissants pour leur travail, être leur allié dans la lutte contre le crime, sans renoncer à dénoncer tout abus s’il se produit », a-t-il déclaré.

Ce message s’accompagne de la décision de faire face aux manifestations en recourant à l’assistance militaire, l’armée étant déployée dans plusieurs villes. Par exemple à Cali, où devant des dizaines de policiers et de soldats, le commandant de l’armée, le général Eduardo Zapaterio, leur a dit sur un ton véhément : « Nous faisons bien les choses. Nous sommes fiers d’être policiers, patrie, honneur, loyauté. Ajua ! » [Ajua: cri de guerre qui exalte Dieu, la patrie et la famille et est propre à l’armée colombienne.]

Ce message, dans lequel un officier militaire assume le commandement de la police – une circonstance irrégulière, puisque le supérieur de la police n’est pas le commandant de l’armée dans une démocratie – a été diffusé dans une vidéo partagée, entre autres, par l’ancien président Álvaro Uribe.

Cela place le pays dans une situation instable. Lundi 3 mai, à Bucaramanga [capitale du département de Santander] et dans sa région métropolitaine, il y a eu deux marches massives qui ont fini par se rejoindre à Floridablanca, dans le secteur de Cañaveral, où se trouvent trois centres commerciaux. Selon huit manifestants présents ce jour-là, tout était parfaitement calme jusqu’à ce qu’un groupe d’une dizaine de personnes au maximum commence à jeter des pierres sur la façade de l’un des centres commerciaux. Selon deux d’entre eux, cela s’est produit juste après que les esprits se sont échauffés du côté des manifestants face à la police, une bouteille étant tombée en plein milieu de la manifestation depuis un pont piétonnier où se trouvaient des policiers.

La police et l’Esmad [Escuadrón Móvil Antidisturbios] ont commencé à disperser les manifestants et des centaines d’entre eux ont fini par arpenter les rues de différents quartiers de Floridablanca et commettre quelques actes dits de vandalisme. A Villabel, ils ont attaqué un CAI [poste de police]. À Ciudad Valencia, des gaz lacrymogènes ont inondé les maisons et les commerces et l’un des 18 capturés, selon la police, s’est retrouvé la tête fracassée par des coups de matraque. À Santa Ana, une vidéo, que La Silla a pu vérifier, montre un policier frappant un jeune homme qui était seul et marchait dans la direction opposée à la manifestation.

En outre, bien que le discours du président Duque ait été prononcé dans la tonalité de la droite, son incapacité à contrôler les rues l’oppose à l’humeur de ceux qui souhaiteraient une réponse plus énergique. Des gens qui ont très peur de ce qu’ils voient parce que leur normalité est sérieusement affectée par les manifestations, souvent violentes. Parfois, comme à Cali, on voit des manifestants tirer des coups de feu sur des policiers. Un chauffeur de taxi de Cali, qui ne souhaite pas être nommé, a déclaré à La Silla : « Regardez mon cas, je dois payer des péages pour rentrer chez moi. » Il nous a dit qu’il y a des endroits à Cali où des groupes de manifestants demandent un paiement, qui peut être de 1000 ou 2000 pesos, pour les laisser passer, comme à El Pondaje et Villa del Sur. Le manque de contrôle et l’inconscience de certains manifestants ont eu des résultats douloureux, comme celui d’une femme qui a perdu son bébé dans une ambulance bloquée à un barrage routier à Tocancipá. Ou des scènes virales, comme celle des poussins jetés sur une route à Buga, parce qu’il n’y a pas de nourriture pour les nourrir en raison de la pénurie d’approvisionnement causée par les blocages. Un ensemble de faits propre à une situation chaotique où la crise sociale se combine avec une tradition répressive.

Parler sans avancer

La première référence aux manifestations dans le discours du président a été la suivante : « Je suis conscient que dans cette situation, il y aura toujours des voix qui chercheront à capitaliser politiquement sur le malheur. » Il a ensuite appelé à un nouvel échange « avec toutes les institutions, les partis politiques, le secteur privé, les gouverneurs, les maires et les dirigeants de la société civile, motivés par l’aide aux citoyens ».

Selon Juan Carlos Guerrero, directeur de l’Observatoire des réseaux et de l’action collective de l’université de Rosario, le président « n’a pas su faire de la politique, c’est-à-dire être capable de négocier avec les secteurs d’opposition, de construire un consensus, de faire bouger les lignes du débat public. Il propose des dialogues très formels, où les gens ne se sentent pas reconnus et sont dès lors ignorés, ils donnent l’impression qu’ils nous entendent mais qu’ils ne nous écoutent pas », dit-il.

Le président a de nouveau proposé son échange en prenant appui sur des institutions qui manquent de légitimité aux yeux de beaucoup parmi ceux et celles qui manifestent. Lors de la manifestation d’hier à Siloé, à Cali, José Antonio Zúñiga a déclaré : « Nous continuons à protester et nous allons jusqu’au bout. » Il a 57 ans et gagne sa vie « au jour le jour ». « Comment est-il possible qu’un membre du Congrès gagne 34 millions de pesos et que le peuple soit affamé ? » nous a-t-il dit.

De plus, c’est un échange que le président propose sans le rattacher à les questions essentielles. Il ne mentionne pas la réforme fiscale, il parle en général du rejet de la violence, de la création d’emplois et du plan de vaccination. La répression des manifestations pacifiques, qui est redevenue comme à l’occasion du 9S [le 9 septembre 2020] le grand mobilisateur de la grève d’aujourd’hui, est totalement absente de sa proposition.

Surtout, c’est un échange qui arrive après avoir quitté à mi-chemin les discussions, en septembre 2020, ce qui réduit fortement sa crédibilité. Par exemple, l’un des engagements de la stratégie de dialogue ouverte après la grève de novembre 2019, dans laquelle les écologistes ont joué un rôle clé, était l’approbation de l’accord d’Escazú [concernant l’accès à l’information et à la participation publique sur les thèmes environnementaux et d’extraction de combustibles fossiles]. Ce traité international a traîné au Congrès en raison du faible soutien du gouvernement, qui dans un premier temps l’a présenté avec un message d’urgence avant de céder au lobby du secteur privé qui s’y opposait.

Même histoire pour un autre pays

Au moins 15 CAI ont été vandalisés la nuit dernière à Bogota, dans une vague de violence contre ces installations qui rappelle les événements du 9 septembre 2020. Dans la journée, la Calle 170, une avenue clé pour la circulation dans le nord de la capitale, a été fermée par une manifestation de volqueteros [camionneurs]. « La raison en est le non-respect par le maire de Bogota et le gouverneur de Cundinamarca du pacte signé l’année dernière sur la mise à la ferraille de véhicules» , a déclaré Alex Rubio, l’un des porte-parole de l’Association volquetera de Bogota et de Cundinamarca.

Deux camions-bennes ont bloqué la route pendant des heures sous les yeux de la police. Une bâche en plastique était accrochée à un autre camion-benne et servait de toit pour protéger de la pluie un chaudron en métal, noir de suie, qui faisait cuire du café sur un feu de bois. Autour d’eux, une cinquantaine d’hommes, propriétaires des camions-bennes, discutent, rient et mangent du pain et du vin rouge. Ils sont restés de trois heures du matin jusqu’à l’après-midi.

Ce qui a commencé par une opposition à une réforme fiscale est maintenant une protestation nationale prenant appuis sur toutes sortes de motifs et d’intérêts non organisés qui sont descendus dans la rue. Un homme cagoulé qui bloque une partie du rond-point de Siloé à Cali nous dit : « Je me mobilise parce que mon frigo est vide et que je n’ai aucun moyen de le remplir. » Selon les chiffres du DANE [institut de statistique], près de 3,6 millions de personnes sont tombées dans la pauvreté l’année dernière, alors que la Colombie connaît la pire récession de son histoire. « Cela va durer jusqu’à ce que Duque démissionne », ajoute l’homme au visage couvert.

Trois des sources auxquelles nous avons parlé dans le quartier paupérisé de Cali nous ont dit que l’appel a été fait via les réseaux sociaux, par des groupes Whatsapp, Telegram et par certaines pages sur Facebook qui font circuler l’information dans Siloé.

Cela se passe aussi à Antioquia. « Nous avons vu de nombreux appels qui nous inquiètent car nous ne savons pas qui appelle. Nous sommes venus en soutien et nous nous sommes rendu compte que personne n’est à la tête de la marche, qu’ils n’ont pas de parcours fixe et que cela produit des affrontements avec la police », a-t-il déclaré à La Silla. Maria Janeth Villejas, membre de El Sur Renace, l’un des groupes de citoyens en charge des mobilisations dans le sud de la vallée d’Aburrá. « La manifestation d’hier à Itagüi [dans le département d’Antioquia] n’a pas été convoquée par nous, mais nous avons trouvé étrange de voir qu’ils avaient déjà des conseillers municipaux qui prenaient des photos avec les banderoles, tout était super-organisé », a-t-elle ajouté.

En plus de l’expérience de divers groupes de mobiliser dans les rues – qui sont entrés en contact en 2019 durant les jours de protestation –, cette grève tombe sur le président en période pré-électorale [l’élection présidentielle est prévue pour le 29 mai et 19 juin 2022]. Comme Duque, Gustavo Petro [sénateur depuis juillet 2018, maire de Bogota d’avril 2015 au 31 décembre 2015] va prononcer son « deuxième discours sur la situation nationale » depuis le début de cette journée de manifestations. Ce sont des messages lus, avec un air présidentiel, publiés par le pré-candidat de Colombia Humana sur ses réseaux sociaux. Dans le premier, il a encouragé les mobilisations. Mais dans le message publié hier, le chef de l’opposition appelle à la retenue, ce qui souligne la profondeur de la crise actuelle. « Nous sommes au bord du point de non-retour », dit Gustavo Petro, « la société peut lever la bannière de la démission de Duque et de l’avancement de la date des élections. Et Duque, ou celui qui le remplacera, pourra tirer avec des armes contre le peuple. Même cela est évitable. Je demande au Comité de grève [Comité del Paro] de réorganiser la mobilisation, de redéfinir des dates précises. » [Selon la presse colombienne, Petro appelle « à la retenue » au nom du danger d’un retour d’Alvaro Uribe – Réd.]

Mais ces derniers jours, la manifestation a pris une tournure particulière. Duque fait face à une contestation qui se nourrit d’un écosystème de réseaux sociaux et de médias numériques de plus en plus fragmenté et radicalisé. Toute personne disposant d’un téléphone portable peut réaliser des émissions citoyennes en direct. Une vidéo d’abus de la police suscite une marche, et cette marche suscite plus d’abus. A eux seuls, ni Petro, ni le Comité del Paro [Comité de grève], ni, bien sûr, Duque n’ont orchestré le rythme des rues. Et s’affirme l’absence d’un leadership pour rassembler et mettre d’accord de larges secteurs de la politique et de la société civile du pays.

Nous entrons donc dans une nouvelle journée de mobilisation de masse, cette fois-ci à l’appel du Comité de grève, au milieu de la pire pandémie depuis un siècle. Avec un président qui, pour interpeller les jeunes qui manifestent dans les rues, prétend leur rappeler que « nous, les Colombiens, sommes des gens bien ». Article publié le 5 mai 2021 sur le site La Silla Vacia-La chaise vide ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/colombie/colombie-contexte-une-crise-sans-precedent-duque-propose-une-solution-qui-a-deja-echoue.html

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Nous exigeons le respect du droit
de protester des organisations colombiennes

Communiqué de l’articulation des femmes de la CLOC-Via campesina

(Managua, le 4 mai 2021) L’Articulation des femmes de la Coordination latino-américaine d’organisations paysannes CLOC-LVC, en tant qu’instance continentale de femmes paysannes, autochtones et noires, devant la RÉPRESSION contre le peuple colombien et considérant les efforts de ce peuple frère pour réaliser la paix, et avec la légitimité de sa mobilisation pour revendiquer ses droits, nous exigeons que le gouvernement cesse la répression exercée à l’aide de ses organes d’exécution que sont la police et l’armée.

En pleine crise sanitaire, les journées de contestation en Colombie ont laissé des centaines de blessés, plus de 726 détentions arbitraires, plus de 27 personnes tuées et six cas de viol, ce qui aggrave la situation de ce peuple qui crie pour sa liberté et exige le respect des droits humains de chaque citoyen et citoyenne.

Le conflit armé que la Colombie a vécu pendant plus de quarante ans a approfondi la pauvreté et la migration de sa population. Depuis de nombreuses années, les dirigeantes et dirigeants des organisations sociales font l’objet de menaces, de persécution et d’assassinats. On observe dans ces journées de contestation la réalité crue que le peuple vit au quotidien.

Nous exigeons le respect du droit de protester des organisations colombiennes; Nous appelons les organisations internationales de droits de l’homme à prendre les mesures pertinentes contre la violence brutale exercée par le gouvernement.

Nous demandons que cesse la violence sexuelle contre les femmes dans le contexte des manifestations.

Nous exigeons que cesse la répression contre les organisations sociales.

Nous lançons un appel urgent à la solidarité internationale et à la condamnation de toute forme de violence contre un peuple qui cherche à améliorer ses conditions de vie.

Mondialisons la lutte.

Mondialisons l’espoir.

https://viacampesina.org/fr/nous-exigeons-le-respect-du-droit-de-protester-des-organisations-colombiennes/

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La sauvagerie de l’Etat colombien face la protestation sociale

Le silence ne peut apaiser la douleur ressentie lorsqu’on entend pleurer la mère de Santiago Murillo. « Mon fils, mon fils unique », dit-elle dans un cri qui ne trouve aucune consolation. « Ils m’ont tué aujourd’hui, laissez-les me tuer, parce que je pars avec mon fils, je pars avec mon fils. C’était mon fils unique, ils m’ont tué aujourd’hui, ils m’ont tiré dessus aussi. Où est-il ? Où est-il ? » dit-elle d’une voix déchirante.

Santiago, 19 ans, était un jeune homme d’Ibagué, capitale du département de Tolima, dans l’ouest du pays, qui est mort après avoir reçu une balle dans la poitrine, tirée par un policier pendant les manifestations en cours en Colombie. Le lendemain, sa mère était accompagnée d’une foule, à deux rues de la maison où son fils a été tué. Des cas comme celui-ci sont la raison des protestations en Colombie. D’autres jeunes, comme Sebastián, n’oublient pas non plus. Il tient dans ses mains une pancarte sur laquelle on peut lire : « Debout pour nos morts, pas une minute de silence de plus. » Ils ne se taisent pas et ne succombent pas à la répression du gouvernement. Selon l’ONG Temblores, chargée d’enregistrer les cas de violence policière en Colombie, du 28 avril au 6 mai, on a dénombré 37 personnes tuées, 26 victimes de blessures aux yeux, 234 victimes de violence physique, 11 victimes de violence sexuelle, 98 cas de coups de feu et 934 détentions arbitraires par l’État.

Sebastián, comme le reste des manifestants, met sa vie en danger face au troisième pic d’infections au Covid-19 dans le pays et à la militarisation des villes : le 1er mai, le président Ivan Duque a placé le déploiement des forces armées sous le parapluie d’une « assistance militaire » pour assurer «l’ordre public», ce qui a augmenté la violence de l’Etat contre les citoyens et citoyennes.

Sur une autre des pancartes, un jeune homme d’environ 23 ans déclare : « Ils ont même volé notre peur ! » C’est pourquoi, au milieu des tambours et des banderoles jaunes, bleues et rouges, différents secteurs de la population, menés par une nouvelle génération de mouvements sociaux, ont rejoint la grève nationale qui a débuté le 28 avril. Des milliers de personnes expriment aujourd’hui dans la rue leur mécontentement généralisé face à la force excessive et à la répression de la contestation sociale.

Mécontentement social et misère

Sur la Plaza de Bolívar, dans le centre de Bogota, Sebastián va manifester avec des milliers de personnes souffrant du chômage, un problème qui, en mars, le dernier mois pour lequel des chiffres officiels sont disponibles, touchait au moins 14,2% de la population totale. Chez les jeunes, la situation est pire : même avant la pandémie, le taux de chômage parmi eux était de 22,5%. Alors que la marche avance, les vendeurs informels, une profession qui emploie des dizaines de milliers de personnes dans la capitale colombienne, marchent, épuisés, en essayant de gagner un peu d’argent pour le rapporter à leurs familles. Un autre groupe de manifestants qui protestent le long de la Septième Avenue voit les visages désespérés de personnes allongées sur les trottoirs avec leurs valises: des familles entières déplacées par la violence dans d’autres parties du pays.

Outre la misère et les déplacements forcés, courants dans le pays, la pandémie a entraîné une baisse de 6,8% du PIB, la fermeture de plus de 500 000 petites entreprises entre janvier et octobre de l’année dernière et une hausse du chômage. Vingt et un millions de Colombiens (42,5% de la population) vivent aujourd’hui dans la pauvreté, selon les chiffres officiels. Face à une situation aussi critique, la réponse du président Ivan Duque et de l’ancien ministre des Finances Alberto Carrasquilla a été de proposer une réforme fiscale qu’ils ont appelé la Loi de solidarité durable. Cette réforme visait à prélever environ 23 000 milliards de pesos (environ 6 milliards de dollars) dans les poches des Colombiens, par le biais d’un impôt supplémentaire sur le revenu et de l’imposition de la TVA sur les produits du panier familial et de consommation de base, tels que l’eau, l’électricité, le gaz, les services funéraires, Internet, entre autres. Biens et services sur lesquels cette taxe n’était pas encore prélevée. La contre-réforme a également imposé une taxe de solidarité sur les hauts salaires. Au total, 73% de l’argent serait collecté auprès des particuliers et la charge pèserait principalement sur lesdites classes moyennes et sur les pauvres du pays.

Cette situation a été le déclencheur d’un mécontentement social qui s’était accumulé depuis longtemps, aggravé pendant les années du gouvernement d’Ivan Duque (en fonction depuis le 7 août 2018). Il s’est fait sentir lors des manifestations massives de 2019, au cours desquelles la population s’est plainte du non-respect de l’accord de paix avec la guérilla et contre le modèle économique clientéliste qui favorise la privatisation de la vie et les inégalités dans le pays.

Le 28 avril 2021, Sebastián et des milliers de citoyens sont venus manifester contre la nouvelle contre-réforme fiscale. Après de longues journées de protestation, le peuple colombien a obtenu, lundi 3 mai, la démission du ministre Alberto Carrasquilla et le retrait du projet du ministère des Finances. Toutefois, face à la répression et aux graves violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité et les agents infiltrés pendant les manifestations – ainsi qu’au maintien d’un projet officiel de contre-réforme de la santé auquel les travailleurs et les employeurs du secteur s’opposent largement – le Comité national de grève a décidé de poursuivre les manifestations.

Encourager la violence

Alejandro Rodríguez Pavón, coordinateur de la plateforme numérique GRITA, à travers laquelle l’objectif est d’enregistrer et de signaler tous les cas de violence policière et de fournir des conseils juridiques aux victimes, explique à Brecha qu’« en Colombie, la mobilisation sociale a augmenté progressivement, mais la répression du gouvernement aussi. » « Aujourd’hui, nous voyons non seulement la police et l’ESMAD [Escuadrón Móvil Antidisturbios] dans les rues, mais aussi les forces militaires. Il semble normal pour un policier d’utiliser son arme à feu contre des manifestant·e·s. C’est vraiment sérieux », a-t-il ajouté.

Le 30 avril, l’ancien président Alvaro Uribe Vélez [président d’août 2002 à août 2010 et sénateur de juillet 2014 à août 2020] a provoqué une controverse avec un tweet dans lequel il soutenait « le droit des soldats et des policiers à utiliser des armes pour défendre leur intégrité contre l’action criminelle du terrorisme vandale» . Alejandro Rodríguez affirme que « ces discours ont accentué la violence » et que ce n’est pas le président Duque qui est réellement aux commandes, mais qu’il « obéit aux ordres ». En fait, Duque appartient au Centre démocratique, un parti dirigé par Alvaro Uribe Vélez, qui fait l’objet d’une enquête par la justice pour ses liens avec le paramilitarisme.

Pour Alejandro Rodríguez, la décision du gouvernement de déployer l’armée pour réprimer les manifestations ne fait qu’aggraver l’insécurité dans les villes, déjà touchées par la pandémie et le chômage. Se référant aux actes de violence survenus ces derniers jours, il déclare : « Les mairies locales elles-mêmes ne s’étaient pas préparées à ces catastrophes annoncées. Elles ont, en fait, permis à ce type d’actes de se produire, soit par ordre, soit par omission. A cela s’ajoute l’existence de groupes criminels et de civils armés dans les zones périphériques de villes comme Cali et Bogota. »

Criminalisation de la pauvreté et de la protestation

La succursale du ciel, comme on nomme Cali, a été confinée dans une nuit de terreur qui a duré du mardi 4 au mercredi 5 au petit matin. Dans des quartiers marginaux, comme Siloé, les habitants affirment que la police a « pris place comme dans une tranchée » et a tiré à la mitrailleuse sur la population, faisant cinq morts et 33 blessés parmi les jeunes.

L’explosion que connaît la Colombie aujourd’hui – en plus d’être provoquée par la répression et la violence de l’État – est également stimulée par la criminalisation de la pauvreté et de la protestation sociale dans cette partie des villes. « Les quartiers où la situation est la plus grave sont ceux occupés par les classes inférieures, où il y a des jeunes et des pauvres. Les personnes les plus assassinées ce sont elles », dit Alejandro Rodriguez.

Par ailleurs, pendant les jours de manifestations à Cali et dans d’autres villes, la population a signalé des coupures de courant et d’Internet. « Cela nous préoccupe car cela s’oppose à la liberté d’expression; les citoyens et citoyennes ont le droit d’utiliser les réseaux sociaux comme mécanisme de dénonciation. Ce à quoi nous assistons, c’est à leur censure. Nous ne savons pas si c’est par l’armée ou par qui d’autre », ajoute le coordinateur de GRITA. Diverses personnes et mouvements sociaux ont également dénoncé la présence dans les rues de policiers sans leurs numéros d’identification et de policiers habillés en civil, ainsi que de civils déguisés en policiers pour semer la confusion dans les manifestations.

Outre les graves violations des droits de l’homme, Cali connaît une culture du trafic de drogue qui s’est intensifiée ces dernières années, ainsi qu’une migration débordante de ceux qui ont fui la guerre dans le sud-ouest du pays. Cela a accentué la division entre les différents secteurs sociaux et la stigmatisation de la protestation sociale comme relevant du « vandalisme ». C’est le cas de Ciudad Jardín, un quartier huppé de Cali où « ses habitants sont sortis dans plusieurs fourgons blindés, signe de paramilitarisme, en criminalisant les manifestant·e·s et en leur disant, arme au poing, qu’ils devaient s’occuper de leurs quartiers et que, s’ils les voyaient dans les leurs, ils se feraient justice eux-mêmes », explique Alejandro Rodríguez.

Un état amorphe

Sebastian se souvient comme si c’était hier, du 25 novembre 2019, quand il a vu mourir, à quelques mètres de là, Dilan Cruz, un autre jeune homme tué par l’ESMAD. « Il partait avec un groupe de 100 ou 200 personnes. Un bloc de maisons plus loin, nous avons rencontré un autre groupe participant à la marche. Il était commandé par un ami avec un drapeau géant. Nous nous sommes serrés l’un contre l’autre. On s’est mis à scander : « Ami qui nous voit, rejoins la marche ! » Lorsque nous sommes arrivés à l’angle de Diecinueve et Quinta, un ami s’est évanoui et, à ce moment-là, nous avons vu Dilan se faire tuer », dit-il, la tristesse dans les yeux. Il désigne ensuite le Capitole, où se trouve l’ESMAD ainsi que les forces militaires et de police. Il dit, en colère, « ils l’ont tué, ils lui ont tiré dessus avec une balle en aluminium et elle s’est enfoncée dans sa tête. Je l’ai vu. Puis nous avons fait un autel avec des pierres en hommage à Dilan et contre les abus policiers. »

Outre le discours du gouvernement actuel qui légitime le recours à la force contre « les vandales » afin de justifier les abus de pouvoir et les crimes d’État commis contre les citoyens, l’impunité dans les cas de violence policière a augmenté. Un exemple douloureux: après que tout le pays a vu les vidéos d’un agent d’ESMAD tirant sur Dilan, le bureau du procureur général a décidé que l’affaire devait être suivie par le système de justice pénale militaire et non pas par le système de justice ordinaire. Au final, l’enquête menée par le bureau du procureur a conclu que le coupable était le mort, pour être « entré soudainement dans l’angle de vision précédemment établi par le tireur ». En outre, pour justifier sa mort, le rapport du procureur général présente un profil quasi criminel du jeune homme.

Víctor Barrera, politologue et chercheur au Centre de recherche et d’éducation populaire, explique à Brecha qu’« il y a un effet cumulatif de la très forte impunité dans les cas de violence systématique exercée par les agents de l’État. » « Les procès qui se sont terminés par un jugement contre la police sont presque inexistants et, par conséquent, les coupables ne sont jamais identifiés », ajoute-t-il. Cette situation de justice d’exception et le pouvoir excessif des agences de sécurité de l’Etat colombien rendent difficile une réforme structurelle de ces forces, telle que celle réclamée par les jeunes qui manifestent aujourd’hui. « En Colombie, il y a un très gros problème de conception institutionnelle; il en résulte que nous avons une force de police – qui est un corps civil en armes – qui est évaluée sur la base de ses « performances » en tant que force militaire », explique Barrera.

« Molécules » et droits

D’autre part, le chercheur Victor Barrera assure que l’acharnement actuel contre les manifestations est une réaction à la chute de popularité de l’uribisme, « qui voit sa continuité menacée en vue des prochaines élections de 2022 ». En janvier 2018, selon le cabinet de conseil Datexco, Uribe avait une image favorable auprès de 45% de la population et faisait face à un taux de désapprobation de 49%. En janvier 2021, cependant, sa popularité était tombée à 27% et le rejet de sa candidature atteignait 66%, contrairement au principal candidat de gauche, le sénateur Gustavo Petro, qui a vu sa popularité rester stable à plus de 40%. Selon Victor Barrera, le gouvernement « tente de plonger la population dans une spirale de violence en raison des difficultés qu’il éprouve à maintenir son influence par le biais de procédures démocratiques : c’est pourquoi il prend des décisions inspirées de modèles répressifs et musclés ».

C’est dans ce contexte qu’Alexis Lopez, un supposé chercheur scientifique chilien, s’est rendu en Colombie en février pour apprendre aux forces militaires comment gérer la protestation sociale. Lors de plusieurs conférences à l’Université militaire de Nueva Granada, Alexis López, qui se décrit comme un « entomologiste ayant fait des études de journalisme, d’électronique, d’informatique et de langues classiques », a expliqué ce qui, selon lui, est le nouveau modèle conspirateur de la gauche latino-américaine en vue de prendre le pouvoir et en finir avec la démocratie : la « révolution moléculaire dissipée », une expression empruntée au philosophe français Gilles Deleuze.

Alexis López s’est fait connaître au début du siècle dans son pays natal pour avoir fondé le Movimiento Patria Nueva Sociedad, ouvertement néonazi et pinochetiste, avec lequel il a pu organiser des conférences internationales avec d’autres militants de formations nationales- socialistes. A cet égard, un nouveau tweet d’Uribe a suscité la controverse sur les réseaux le dimanche 2 mai, lorsqu’il a formulé quatre recommandations pour faire face aux protestations, comme s’il s’agissait d’un crime et non d’un droit légitime. Parmi ces recommandations : « reconnaître que le terrorisme est plus grand qu’on ne l’imagine » et « résister à la révolution moléculaire dissipée ».

Jusqu’à présent, Ivan Duque a clairement exprimé son soutien à l’utilisation de la force « contre les vandales ». Dans son dernier discours, il a déclaré qu’il avait « conçu une stratégie contre le vandalisme au niveau national » et qu’il versait une récompense pouvant aller jusqu’à 10 millions de pesos (2600 dollars) pour retrouver les auteurs d’actes de vandalisme. Mardi 4, mai, la conseillère du président pour les droits de l’homme, Nancy Patricia Gutiérrez, a déclaré au magazine Semana que « les droits de l’homme n’existent que si tous les citoyens respectent les devoirs que nous avons en tant que membres de la société. »

Bien que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et d’autres organismes internationaux aient condamné la violence exercée par les forces de l’Etat, la répression se poursuit et inquiète les Colombiens. Le directeur adjoint de la Fondation pour la paix et la réconciliation, Ariel Avila, a récemment déclaré que le déploiement de forces militaires dans les villes constituait « un risque terrible », car l’armée est habituée à lutter « dans le sang et le feu » contre des groupes armés tels que les guérillas et les trafiquants de drogue. Mais, face à la violence de l’Etat, la protestation continue d’être le choix de nombreux jeunes qui, comme Sebastián, croient en la possibilité d’un changement. Comme tant d’autres, il fait partie d’une génération qui souhaite la paix en Colombie. Ce n’est pas un vandale ou un clochard, c’est un étudiant qui a des rêves, qui connaît ses droits et qui veut que son avenir soit marqué par l’empathie et non par la violence.

Daniela Arias Baquero

Article publié par l’hebdomadaire Brecha le 7 mai 2021; traduction par la rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/colombie/la-sauvagerie-de-letat-colombien-face-la-protestation-sociale.html


En complément possible

Nadège Mazars : Révoltes en Colombie : « Ils nous ont tellement pris qu’ils nous ont même enlevé notre peur » 

https://www.bastamag.net/Revoltes-en-Colombie-Ils-nous-ont-tellement-pris-qu-ils-nous-ont-meme-enleve

Assassinats politiques, féminicides et spoliation : un aperçu de la situation en Colombie

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/03/05/assassinats-politiques-feminicides-et-spoliation-un-apercu-de-la-situation-en-colombie/


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Solidarité avec la classe ouvrière de Colombie

Nous, les organisations populaires soussignées des peuples du monde rural, des milieux aquatiques et forestiers, avec d’autres organisations du monde entier, nous sommes solidaires des paysan⋅ne⋅s, des peuples autochtones, des personnes Afro-descendantes, qui, alliés à la classe ouvrière des villes, manifestent en Colombie pour défendre des droits humains aussi fondamentaux que le droit à vivre dans la paix et la dignité. Nous saluons tous les collectifs en lutte, étudiants, femmes, travailleurs, indépendants, paysan⋅ne⋅s, peuples autochtones, Afro-descendants et la jeunesse organisée.

Nous rejetons l’usage des forces militaires et paramilitaires contre les personnes mobilisées et la criminalisation des manifestations. Lutter pour ses droits n’est pas un crime. Nous rejetons l’usage historique et structurelle de la violence contre nos organisations sœurs en Colombie, qui subissent des massacres, des disparitions, des déplacements forcés, des menaces et des assassinats.

Nous faisons écho à la voix des organisations sociales de Colombie qui exigent une réforme agraire complète pour construire la souveraineté alimentaire, pour la démilitarisation des territoires, le démantèlement du paramilitarisme en tant que politique d’État, la renégociation des accords de libre-échange qui affectent les paysan⋅ne⋅s, les peuples autochtones et Afro, et l’arrêt immédiat de l’éradication forcée des cultures illicites et des aspersions aériennes de glyphosate.

Le peuple colombien n’est pas seul.

Lutter n’est pas un crime !

Réforme agraire et souveraineté alimentaire maintenant !

Signataires de cette déclaration:

  1. About Face Veterans Against the War – Estados Unidos

  2. Alianza Continental por la Soberanía Alimentaria – América Latina

  3. Amigos de la Tierra América Latina y el Caribe – ATALC

  4. Amigos de la Tierra Argentina

  5. Amigos de la Tierra Brasil

  6. Asociación Nacional para el Fomento de la Agricultura Ecológica (ANAFAE) – Honduras

  7. Bizilur – País Vasco

  8. CESTA – Amigos de la Tierra El Salvador

  9. CETIM – Suiza

  10. COECOCEIBA – Amigos de la Tierra Costa Rica

  11. Comissão Pastoral da Terra (CPT) – Brasil

  12. Communities United for Restorative Youth Justice (CURYJ) – Estados Unidos

  13. Community to Community Development – Estados Unidos

  14. Conselho Pastoral dos Pescadores (CPP) – Brasil

  15. Convergence Globale des Luttes pour la Terra et l’Eau Afrique de l’Ouest

  16. Convergence Malienne contre l’Accaparement de terres (CMAT)

  17. Coordenação Nacional de Articulação de Quilombos (Conaq) – Brasil

  18. Coordenação Nacional de Entidades Negras (CONEN) – Brasil  

  19. Design Action Collective – Estados Unidos

  20. East Michigan Environmental Action Council (EMEAC) – Estados Unidos

  21. Equality Labs – Estados Unidos

  22. FIAN Colombia – Colombia

  23. FIAN International

  24. Florida Immigrant Coalition – Estados Unidos

  25. Focus on the Global South

  26. Foro de Abogadas/os de Izquierda- Red de Abogados/as Demócratas (FAI-RADE) – España

  27. Friends of the Earth Africa

  28. Friends of the Earth Asia Pacific – FoE APAC

  29. Friends of the Earth Europe

  30. Friends of the Earth International (FoEI)

  31. Fundación de Estudios para la Aplicación del Derecho (Fespad) – El Salvador

  32. Grassroots Global Justice Alliance

  33. Grassroots International

  34. Grupo de Mujeres de San Cristóbal Las Casas, AC. – México

  35. Haití Survie – Amigos de la Tierra Haití

  36. Indigenous Climate Action – Estados Unidos

  37. Indigenous Environmental Network – Estados Unidos

  38. International Federation of Rural Adult Catholic Movements (FIMARC)

  39. Just Transition Alliance – Estados Unidos

  40. Katarungan – Philippines

  41. La Vía Campesina Internacional (LVC)

  42. Levante Popular da Juventude – Brasil

  43. Marcha Mundial das Mulheres Brasil (MMM) – Brasil

  44. Matahari Women Workers’ Center – Estados Unidos

  45. Mexico Solidarity Project – Estados Unidos

  46. Migrant Justice/Justicia Migrante – América del Norte

  47. Movimento de Atingidos por Barragens (MAB) – Brasil

  48. Movimento de Mulheres Camponesas (MMC) – Brasil

  49. Movimento de Pequenos Agricultores (MPA) – Brasil 

  50. Movimento de Pescadores e Pescadoras Artesanais (MPP) – Brasil

  51. Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) – Brasil

  52. Movimento pela Soberania Popular na Mineração (MAM) – Brasil

  53. Mujeres Libres COLEM A.C. – México

  54. Mundubat – País Vasco

  55. Observatorio de las Multinacionales en América Latina (OMAL)

  56. Otros Mundos Chiapas – Amigos de la Tierra México

  57. Pastoral da Juventude Rural (PJR) – Brasil

  58. Pastoral da Juventude Rural (PJR) – Brasil

  59. Paz con Dignidad – Espãna

  60. People Organizing to Demand Environmental and Economic Justice (PODER) – Estados Unidos

  61. Progressive Technology Project – Estados Unidos

  62. Rede Nacional de Médicas e Médicos Populares – Brasil

  63. REDES – Amigos de la Tierra Uruguay

  64. Sempreviva Organização Feminista (SOF) – Brasil

  65. Soldepaz Pachakuti – España

  66. Transnational Institute (TNI) – Holanda

  67. União da Juventude Socialista (UJS) – Brasil

  68. Unión Tierra y Vida – Ecuador

  69. Uniterre – Suiza  

  70. URGENCI – Internacional

  71. Via Campesina Brasil – Brasil

  72. WhyHunger – Estados Unidos

  73. World Forum of Fisher Peoples (WFFP)

  74. World March of Women International (WMW)

https://viacampesina.org/fr/solidarite-avec-la-classe-ouvriere-de-colombie/

Solidarity with the working class of Colombia

https://viacampesina.org/en/solidarity-with-the-working-class-of-colombia/

Varias organizaciones internacionales firman Declaración de Solidaridad con la clase trabajadora de Colombia

https://viacampesina.org/es/varias-organizaciones-internacional-firman-declaracion-de-solidaridad-con-la-clase-trabajadora-de-colombia/

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