Je ne cautionnerai jamais la violence ! (plus Réflexions du SO de Solidaires)

Nous voici 3 jours après le 1er mai. De cette date qui prenait le chemin d’un grand rendez vous de la résistance du peuple ne reste déjà dans les mémoires que les marques de violences. Macron du haut de sa pyramide peut garder son sourire méprisant.

Nous voici 3 jours après. Les esprits se calment et prennent la mesure du piège que représente la construction en camps ennemis entre gilets jaunes et syndicats, entre Cgt et gilets jaunes, entre peuple et peuple. Ensemble nous avons une très grande responsabilité pour l’avenir : pour échapper à l’aventure militaire qui avance avec le sourire de la force guerrière le peuple doit montrer sa dignité.

Et la violence ne fait pas partie de la dignité. Et la violence ne figure pas dans les aspirations du peuple. La violence est une arme des dominants méprisants et une parole de blessés de la société, ceux là qu’on nommait il y a un siècle « lumpenprolétariat ». Je regarde les images des événements, d’où qu’elles viennent, quelques soient les points de vu des témoins et journalistes, et je vois une violence immense, sauvage, périlleuse pour la société dans cette horde qui se jette sur les camions et les militants de la Cgt. Une violence qui n’a rien à voir avec une altercation. Une violence démesurée.

Que les choses soient claires, j’en ai à redire sur le Service d’Ordre de la Cgt. Je me suis déjà engueulé avec eux. Je suis convaincu que le sentiment de force n’est pas le plus favorable à l’intelligence, encore moins à l’écoute. Qu’il y ait une engueulade, et même des gestes brutaux qui ne devraient jamais exister, qui de toute façon ont à être condamnés, ne change rien. Rien n’efface ni justifie ces images de déchainement qui ont suivi. Pour exhiber un tel niveau de violence il faut être bien fracassé dans sa tête. Jamais je ne cautionnerai ces agissements, j’ai passé ma vie professionnelle à expliquer à quantité d’adolescents que les injustices qu’ils dénoncent ne peuvent justifier leurs débordements de colère. C’étaient des enfants, certains ne sont jamais parvenus à prendre la mesure de la colère qui les habitent. Ceux là sont aujourd’hui de dangereux adultes. Comme toujours ils veulent recouvrir de nos justes protestations leurs destructrices colères. C’est de cette même veine qu’émergent les terroristes qui couvrent leurs déchainements de religion musulmane, qu’émergent les racistes sous couvert de France, qu’émergent les casseurs sous couvert de Révolution. Toute idée, tout symbole est recyclé pour justifier leur violence. Lorsque la société va mal et qu’elle arrive au bout d’un cycle de son histoire, alors se multiplient les individus en souffrance et en violence. 

Que sans réprobation ceux-là puissent se répandre sur les réseaux sociaux en minorant la gravité de leurs actes représente un danger pour l’avenir. J’en vois proclamer que « ce n’est pas grave et que la Cgt doit cesser de pleurnicher », « juste une vitre de brisée, juste un ballon décroché, juste une portière ouverte », « ils sont vexés parce que leur SO a pris la pâté »… Non, c’est grave et ce qu’on voit de vous est une honte pour la dignité humaine. Votre violence qui explose fait de vous des délinquants, des dangers pour la société et vos proches. Il est du devoir de toute société de vous interdire vos actes de brutes. Si vous ne trouviez une utilité pour ceux qui règnent vous n’auriez pas cette latitude destructive. Ni les attaques contre la Cgt, ni les destructions de façades d’hypermarchés, de succursales de banque, ni les feux de véhicules ou de poubelles ne sont justifiables. Tout cela, toléré et favorisé pour faire des images, ne représente pas le choix de l’immense majorité de ceux qui manifestent, et ceux qui n’osent plus manifester parce que ce sale jeu est effrayant. Tout cela vous nous l’imposez par la force, par votre violence. Vous êtes déjà des dictateurs et vous ne valez pas mieux que ce pouvoir politique qui vous utilise en même temps que la police. Vous êtes méprisables.

Je n’oublierai jamais la destruction par vos soins de la façade d’un immeuble Emmaus à Paris pendant la « loi travail ». Le panneau de signalisation arraché, le poteau utilisé comme bélier pour fracasser le revêtement de l’immeuble, la vingtaine de spectateurs qui applaudissaient émerveillés et les mamans qui ne savaient comment sortir pour chercher leur môme à l’école. Vous aviez été chauffés et libérés par la police. Vous accomplissiez votre oeuvre, comme toujours. Je vous hais autant que je vous méprise déchets de la société, celui du sommet qui donne les ordres en pleine conscience autant que l’imbécile bouffi de violence. 

Vous accusez de « collabo » le service d’ordre syndical parce qu’il vous refuse le refuge lorsque vous jouez à faire la guerre. Ce service d’ordre, ces travailleurs conscients du devoir de ne pas laisser se propager les violences de votre amusement, permet qu’encore il soit un peu possible de manifester en France. Manifester en respirant des gaz, en marchant des km parce que les stations de métro sont fermées, en attendant de longues heures que le Préfet juge suffisant la durée des altercations et ses images produites. 

Je suis gilet jaune. Avec passion, avec persévérance, occupant toujours chaque samedi notre rond point de St Brice. Je suis gilet jaune avec la passion de la justice sociale et du retour au pouvoir pour le peuple. Nous y sommes forts parce qu’y vit la fraternité, la bienveillance, la dignité pour chacun. Parmi nous viennent quelques syndicalistes, pas assez, mais eux qui sont les uns à la Cgt, les autres à FO, ou bien à Sud et depuis peu un de l’UNSA mènent notre lutte commune pour notre commune dignité. Nous y seront toujours frères, et que l’UD Cgt 95 qui a toujours été ouverte au dialogue avec nous, dans ce moment si difficile pour eux, soit ici saluée.

Serge Grossvak

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Incidents du premier mai : réflexions du SO de Solidaires

Ces réflexions ont été relayées sur les réseaux sociaux, elles sont donc publiques. Publication avec l’aimable autorisation de Solidaires

« Depuis samedi soir, les camarades de la coord. SO de Solidaires IDF ont recueilli un certain nombre d’informations concernant les affrontements qui ont eu lieu le 1er mai 2021 lors la manifestation parisienne. Au regard de la gravité des faits, nous souhaitons en informer largement les organisations et les adhérent-es de Solidaires.

1- Il n’y a aucune collaboration entre le SO unitaire et les forces de l’ordre

En premier lieu, il faut préciser que le préfet Lallement avait demandé à rencontrer les syndicats en amont de la manifestation du 1er mai. Les Unions Régionales d’IDF de Solidaires, de la FSU, de la CGT et de FO ont refusé de rencontrer le préfet de police de Paris et même de lui répondre au vu des agressions policières répétées contre les manifestations. Les relations entre les organisations syndicales et le nouveau préfet sont très conflictuelles.

Il a été reproché au SO de la CGT, pour justifier l’attaque dont ils/elles ont été victimes, d’avoir manqué de solidarité à l’égard du cortège de tête pendant la manifestation car le SO unitaire n’est pas parvenu à le protéger. Des militant-es du SO Solidaires ont participé au Service d’ordre unitaire de la manifestation du 1er mai avec la CGT, FO et la FSU. Ils et elles nous ont fait un récit détaillé des événements. Au niveau du métro Saint-Ambroise, un feu a été allumé à hauteur du cortège de tête et une vitrine de banque a été attaquée pendant une dizaine de minutes. Les forces de l’ordre en ont profité pour attaquer le Service d’ordre unitaire (gaz lacrymogène et charge de la BRAV), en chargeant le carré de tête syndical. Le SO unitaire a résisté, cela a permis à la manifestation de continuer. Le SO unitaire a refusé d’avancer tant que le feu n’était pas éteint afin de ne pas risquer d’être coupé du reste de la manifestation comme cela a été le cas le 5 décembre 2020, lorsque le SO avait avancé malgré le feu permettant ainsi aux forces de l’ordre de couper le cortège derrière lui.

Suite à cela, les forces de l’ordre ont coupé le cortège de tête en deux, loin devant le SO. Une partie du cortège de tête s’est réfugié derrière le SO unitaire qui a fini par avancer.

Les camarades du SO de Solidaires qui ont participé au Service d’Ordre unitaire affirment qu’il n’y a eu aucune collaboration du SO unitaire avec les forces de l’ordre, au contraire il y a eu des charges des forces de l’ordre contre le SO unitaire et de nombreuses grenades lacrymogènes.

Par ailleurs, le SO unitaire a bien laissé reculer vers l’arrière les personnes qui étaient à l’avant du carré de tête en refluant sur les côtés (trottoirs) du cortège.

Enfin, la pratique maintenant récurrente consistant à dresser des barricades ou allumer des incendies sur la chaussée en amont et en travers du parcours de la manifestation interroge.

2- Une augmentation des agressions à l’encontre des cortèges syndicaux depuis les mobilisations des retraites

Il y a depuis des dizaines d’années une diversité de tactiques entre les syndicats et d’autres groupes militants qui s’expriment dans la rue. Pour Solidaires, chacun a sa stratégie. Le débat peut être légitime et il n’est pas question d’imposer à quiconque sa stratégie mais le respect des stratégies différentes doit être mutuel. La stratégie de Solidaires est de permettre au plus grand nombre de manifester dans les meilleures conditions possibles afin de construire un rapport de force favorable pour gagner sur nos revendications. Néanmoins, depuis le mouvement sur les retraites, nous avons de plus en plus de difficultés à manifester avec des individus hostiles aux syndicats qui tentent par exemple de s’en prendre à nos camions syndicaux. Certains individus qui apparaissent parmi les assaillants du 1er mai, font partie de ceux qui ont attaqué le camion de la fédération SUD santé sociaux en décembre 2019 à Paris.

Régulièrement depuis 2019, nous constatons que des individus se positionnent devant notre camion pour empêcher notre cortège d’avancer, en insultant les syndicats.

Nous faisons le constat que des groupes hostiles au syndicalisme sont de plus en plus présents en manifestation parisienne et de plus en plus véhéments à l’égard des cortèges syndicaux. Dans les manifestations du 28 novembre, du 5 décembre et du 16 janvier (contre la loi sécurité globale), plusieurs camions syndicaux (Solidaires et surtout CGT) ont déjà été la cible de blocages et d’attaques violentes

3- Qui sont les assaillant-es du 1er mai ?

Il est très difficile d’identifier et de caractériser clairement ces individus : on compte d’ancien-nes membres d’organisations anarchistes individualistes ou autonomes, certain-es en ont été exclu-es en raison de comportements violents, sexistes ou dominants, d’autres en sont parti-es. Une partie des personnes qui nous agressent sont par ailleurs souvent très alcoolisées.

Plus inquiétant, une partie d’entre elles tiennent un discours anti-syndical, réactionnaire, homophobe et sexiste et arborent des symboles réactionnaires voire rouge-bruns (slogans confusionnistes ou complotistes écrits sur leurs vêtements, drapeau confédéré américain, esthétique voire tenues militaire…). Ce 1er mai, des slogans très graves comme « à mort les syndicats » ont été scandés.

Par ailleurs, nous assistons en règle générale à une montée de comportements autoritaires au sein du pré-cortège de tête: nous avons par exemple pu observer il y a un an et demi un groupe décider de manière unilatérale de faire une chaîne pour bloquer l’avancée de la manifestation. De même, le 5 décembre 2020 alors que le carré de tête unitaire se retrouve au milieu des affrontements qui opposent des manifestant-es et les forces de l’ordre, des individus font une chaîne pour empêcher la manifestation d’avancer et pour maintenir le carré de tête au milieu des affrontements.

4- Appel à vigilance

Le SO de Solidaires lie l’attaque de la CGT d’abord à la présence de plus en plus importante d’individus d’extrême-droite (pas forcément organisés) dans nos manifestations mais également à des pratiques autoritaires de plus en plus manifestes. Solidaires respecte la diversité des tactiques et dénonce la stratégie des forces de l’ordre à chaque manifestation. Néanmoins, cette diversité des tactiques n’est pas respectée lorsque des militant-es syndicaux sont maintenu-es de force dans des affrontements, empêché-es d’avancer, ou bien lorsque des individus cherchent à créer des situations d’affrontement avec la police aux abords ou dans notre cortège syndical.

Nous appelons les camarades de Solidaires à être particulièrement vigilant-es en manifestation aux comportements autoritaires, sexistes, homophobes et racistes. Nos combats n’ont rien de commun avec les complotistes et les confusionnistes perméables à l’extrême droite, ils n’ont pas leur place dans nos manifestations. Il est important que les militant-es de Solidaires ne confondent pas le cortège de tête tel qu’on l’a connu pendant les mouvements contre la loi travail ou les retraites (des cortèges de lutte syndiqué-es et non-syndiqué-es) et les individus qui ont attaqué la CGT à l’occasion du 1er mai avec des mots d’ordre anti-syndicaux et virilistes.

Le SO de Solidaires continuera à assumer le mandat qui lui a été confié par nos instances : celui d’appliquer dans la rue les choix stratégiques de notre organisation syndicale en permettant à tou-tes de participer sereinement à une manifestation et de la mener à son terme.

Le service d’ordre de Solidaires est constitué de camarades adhérent-e-s des organisations de Solidaires. Pour garantir le droit de manifester face à toutes celles et ceux qui attaquent nos cortèges et nos manifestations il est important de prendre collectivement en charge son renforcement.

La coordination du SO est disponible pour intervenir dans les réunions de syndicats afin de présenter le fonctionnement, le mandat, les formations et répondre aux questions.

Nous réitérons la demande que l’ensemble des organisations mandatent des camarades pour participer au SO.

 Paris, le 4 mai 2021


« On ne peut pas laisser passer un événement comme celui du 1er mai
comme si c’était un incident de rien du tout »

Quatre jours après l’agression contre la CGT à Paris le 1er mai, nous avons interrogé Annick Coupé, l’ancienne porte-parole de Solidaires entre 2001 et 2014. Nous lui avons posé des questions sur son appréciation des événements de la place de la Nation, de l’état du mouvement social aujourd’hui et des enjeux que pose la période que nous vivons.

https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/on-ne-peut-pas-laisser-passer-un-evenement-comme-celui-du-1er-mai-comme-si-cetait-un-incident-de-rien-du-tout-050710214


Pour rappel :

1er mai : des violences inacceptables :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/05/02/1er-mai-des-violences-inacceptables/

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